L'Imagination créatrice, p
2. Esquisse d'une psychologie fondée sur l'expérience, tr. fr., p. i66. Paris, Alcan.
3. La pantomime antique est à la tragédie ce que le symbolisme moderne est à la poésie. Elle a sur l'art dramatique cet avantage, j'allais dire cette supériorité, de suggérer, au lieu
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interjections, les différences d'intonation ; il trouve son expression complète et savante dans la musique. Les symbolistes veulent transférer aux mots le rôle du son, en faire l'instrument qui traduit et suggère l'émotion par la seule sonorité ; les mots doivent agir, non comme signes, mais comme sons ; ils sont des notations musicales au gré d'une psychologie passionnelle^ »
Pour en venir là, les symbolistes doivent avoir une foi absolue en la valeur des procédés de suggestion du sentiment. Or ces procédés se réduisent à un seul, celui-là même qu'ils ont pris pour mot d'ordre et pour devise : le symbole. Qu'est-ce donc que le symbole? On peut le définir une vérité de sentiment exprimée par une fiction sensible. Que cette vérité n'apparaisse pas^ n'arrive pas à se dégager, ce ne sera point la faute de l'image qui l'exprime, une telle image étant et ne pouvant être qu'obscure, mais de l'âme qui ne s'ouvre pas d'elle-même à cette vérité. Le langage symbolique est aristocratique ; il ne s'adresse qu'aux privilégiés du sentiment, qu'à ceux qui s'avisent du sens profond des figures. Il paraît toujours assez clair à ceux qui l'emploient.
L'art en général est symbolique. Il « se contente d'à-peu-près, vit de fictions », mais ses mensonges (( expriment des vérités d'impression et de sentiment, les seules dont l'imagination se soucie" ». On dit couramment d'une femme qu'elle a « des grâces ondoyantes » , une « blancheur de lys » , une « voix
d'exprimer directement les situations, et de conférer au spectateur une liberté d'imaginer égale à celle de l'acteur.