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Ghekbuliez. L'Art et la Nature, p. loi et suiv

de cristal » , et il n'est personne qui trouve ces comparaisons forcées. Les poètes ont des images tirées de bien plus loin encore, reposant sur des analogies bien plus subtiles. « Remarquons, dit Steaa^art, — énonçant ainsi d'une façon heureuse la loi d'association, dite d'intérêt, dont il a été parlé plus haut, — que des choses entre lesquelles nous ne saisissons aucun rapport, lorsque nous les envisageons en elles-mêmes, peuvent néanmoins s'associer dans notre esprit parce qu'elles l'affectent de la même manière. Quelquesunes des plus belles allusions poétiques n'ont pas d'autre fondement. » Là réside « la beauté de cette ode de Thompson adressée à une femme :

(( 0 toi, dont le regard expressif et tendre me montre l'âme que j'aime, le doux azur du ciel, Fombre pensive des bois ^ » .

Le lecteur qui ne sentirait pas comme le poète luimême, ajoute SïEW^ART, ne saisirait pas Pallusion et ne pourrait que la trouver absurde. Ainsi trouvons-nous absurdes, parce qu'elles reposent sur des analogies qui nous échappent, parce qu'elles répondent à des sentiments cachés, incommunicables, mais vrais et sincères (il faut le supposer) les métaphores, nous disons : prétentieuses, en réalité naïves, des poètes symbolistes.

Entrons donc hardiment dans la voie de l'analogie sentimentale, suivons-la jusqu'au bout. Toutes les métaphores seront alors permises puisqu'à chacune peut répondre et, par hypothèse, répond une émotion sentie. De plus toutes se développeront selon la

I. Philosophie de l'esprit humain, tr, fr. , t, I, ch. v, sect. 2.

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logique spéciale du sentiment : on verra naître les allégories, les paraboles, toutes les créations de l'imagination personnelle, arbitraire, bientôt incompréliensible, qu'on a appelée mystique.

Le symbolisme est ainsi logiquement conduit, en même temps qu'à réduire, à simplifier à l'excès l'image sensible, prise pour signe évocateur du sentiment, à étendre sans mesure, indéfiniment, la portée de ce signe, en vertu des analogies les plus lointaines. Il s'achemine fatalement, de deux côtés à la fols, vers l'incompréhensibilité.

Le symbolisme, est-il besoin de le dire ? est étudié ici, non pour sa valeur d'art, qui est plus que contestable, mais pour Findication qu'il fournit sur les tendances de Fart affectif. Il constitue une véritable expérience psychologique, une compulsio ou productio experimenti, comme dirait Bacon : il est, pour ainsi dire, l'émotion toute nue, les moyens d'expression de cette émotion étant réduits au minimum. Cette expérience psychologique est le renversement ou la contre-partie (inversio experimenti) de celle que représente la doctrine parnassienne, réduisant au minimum le sentiment et donnant toute sa valeur à l'image sensorielle. De ce que le dilettantisme parnassien et le symbolisme sont des formes d'art également avortées, incomplètes, des erreurs inverses, se réfutant l'une par l'autre, on peut conclure que l'art véritable, quelle qu'en soit la matière, est la fusion intime ou la synthèse indécomposable de l'image sensorielle et du sentiment.

Si l'imagination artistique ou esthétique, au sens précis du terme, est toujours une synthèse d'imagination sensorielle et d'imagination sentimentale, les

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éléments de cette synthèse sont cFailleurs en proportions variables suivant la nature des arts et, dans chaque art, suivant le tempérament de l'artiste. C'est ainsi qu'il y a des arts, ou plutôt des artistes réalistes et idéalistes, les uns s'adressant surtout aux sens, les autres, à l'âme.

Mais ne peut-on pas trouver un caractère commun à tous les arts, et ce caractère ne doit-il pas être cherché, comme on l'enseigne d'ordinaire, dans une sorte d'épuration ou de sublimation des sensations, aussi bien que des sentiments, laquelle ne va, dit-on, à rien moins qu'à en changer la nature, qu'à les idéaliser.

C'est ce qu'on exprime en disant que l'art est un jeu, qu'il est né, suivant la formule heureuse de Cherbuliez, « du double besoin de réduire les choses à l'état de pures apparences, et de donner une apparence de réalité à des choses qui n'en ont point ». Nous venons au monde « avec deux passions : l'une est la passion des réalités, l'autre est l'amour des pures apparences. L'enfant, dès les premiers jours, connaît ces deux passions » ; il crie quand il a faim, mais repu, gorgé de lait, « il joue avec un rayon de soleil, une voix, un chant, rit aux anges. Plus tard, il aura le sentiment féroce de la propriété, et il aimera les jouissances désintéressées, les histoires, les contes de fées^ ».

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