‹ L'imagination [electronic resource]Chapitre 113 sur 122 · I. Cherbuliez. h'art et la nature, p. i3-i · texte numérisé non relu

I. Cherbuliez. h'art et la nature, p. i3-i

l'imagination esthétique 29g

Y a-t-il donc une imagination dont le caractère propre serait d'être détachée de la réalité, et de se complaire dans l'apparence ? Bien plus, cette imagination est-elle, comme on l'entend d'ordinaire, l'imagination par excellence ou proprement dite? Il faut s'entendre. Le caractère de l'imagination est d'impliquer la croyance à la réalité de son objet. L'imagination esthétique n'échappe pas à cette loi. Elle est sincère, ardente, passionnée. Elle n'a rien à envier aux autres imaginations pour l'élan et la foi. L'artiste n'a pas le privilège étrange de ne pas croire à son œuvre. L'admirateur ému de cette œuvre, non plus. Dès lors que veut-on dire, quand on prétend que « l'imagination joue avec elle-même, avec ses images, avec la réalité ^ ))

Entend-on que l'imagination esthétique n'est point dupe de ses propres créations, qu'elle n'a garde de les confondre avec la réalité? Mais cela même n'est qu'à moitié vrai. Dans le feu de l'inspiration, quand il crée son œuvre, l'artiste, s'il est dramaturge ou romancier, s'identifie si bien aux personnages qu'il imagine, entre si bien dans les situations qu'il invente; s'il est peintre, s'absorbe si complètement dans la contemplation du tableau qui naît et s'anime sur sa toile, à chaque coup de brosse ou de pinceau ; s'il est musicien, s'oublie si bien dans la mélodie qu'il compose, que pour lui, à ce moment précis, il n'existe rien d'autre, et que la mélodie, le tableau, les personnages du roman ou du drame existent réellement. Il y a là une illusion véritable, ou, comme dit ïaine,

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