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CHAPITRE XII

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

L'imagination comprend le pouA'oir de former des représentations et de donner l'être à des représentations.

I. — En tant que pouvoir de former des représentations, elle est reproductrice et productrice ou créatrice.

L'imagination reproductrice, distincte de la mémoire et qui n'en dérive pas, est la réintégration complète des souvenirs, se produisant selon la loi de contiguïté, et favorisée par les petits faits ou circonstances d'ordre matériel et sensible. — -Cette imagination se transforme et devient créatrice, la loi d'intérêt se substituant à la loi de réintégration dans l'évocation du passé.

L'imagination créatrice organise les représentations. — Cette organisation représente une nécessité des choses et un besoin de l'esprit. — Elle se produit selon la loi d'association par similarité. - — Analyse de la notion de similarité. — Son caractère relatif, ses degrés. — Variété infinie de combinaisons auxquelles elle donne lieu. — Les différentes sortes d'imagination, artistique, scientifique, consistent à saisir certaines analogies spéciales entre des faits d'un ordre déterminé. — Un point de vue, s'emparant de notre esprit, commande, d'une façon souvent même artificielle, toutes nos conceptions. — Autre loi de développement des images : le contraste. — Le contraste est irréductible à la similarité ; il marque une réaction de l'esprit contre la réalité, — contre ses propres images.

En résumé, les images se développent intégralement et sans choix, ou partiellement, et d'après une sélection opérée par le tempérament de chacun. Dans le premier cas, elles se développent selon la loi de contiguïté, dans le second, selon la loi de similarité ou de contraste.

L'iMAGnATIO?^

II. — L'imagination considérée comme pouvoir de donner l'être aux représentations. — Son rapport avec l'imagination constructive ou combinatrice. — Son rôle, son importance. — Ses espèces : i° L'imagination qui se réfère à un critère objectif, à savoir au succès réel (imagination scientifique, technique), au succès d'opinion ; 2^ l'imagination qui se réfère à un critère subjectif, c'est-à-dire au sentiment (imagination esthétique, morale, religieuse). — Sa forme outrée : l'illusionisme et le fanatisme. — Sa forme normale : la tolérance. — L'imagination subjective est l'imagination joar excellence, elle est créatrice d'être, et non seulement de formes de l'être. — Evolution de l'imagination au point de vue de la croyance : refonte incessante des images, efforts pour serrer la réalité de plus près, abandon des images et croyances anciennes. — C'est la loi de l'imagination de se renouveler sans cesse, de consolider et d'afïirmer sa foi.

Dégageons les conclusions de cette étude. Nous sommes maintenant en mesure de définir Fimagination. Elle est le pouvoir de former des images ou des représentations, et le pouvoir de donner ou d'attribuer l'être aux représentations, de les transformer en croyances et en actes, en un mot, de les objectiver. L'objectivation est inhérente aux images ; elle se rencontre toujours en elles à quelque degré, elle en est un élément naturel, constitutif, non adventice et surajouté ; l'image est un processus idéo-moteur. L'hallucination, bien mieux, l'hallucination agissante (celle du somnambule, par exemple), en est le type complet, la représentation pure et simple, le type avorté. De ce que la croyance qui s'attache aux images est souvent illusoire, il ne faut pas conclure qu'elle en doive et puisse être détachée. Il y a au fond plus de vérité psychologique dans la thèse de Pascal, présentant l'imagination comme une « puissance trompeuse »,

RÉSUMÉ ET CONCLUSIOîsS Sog

comme un principe d'erreur et de fausseté, que dans la théorie qui réduit l'imagination à n'être que le pouvoir de former et de combiner des représentations, car s'il est faux que l'imagination pèche nécessairement par crédulité, il est vrai du moins qu'elle est toujours et essentiellement croyante. Toutefois, pour la clarté et la commodité de l'exposition, nous pouvons considérer à part les deux opérations inséparables de l'imagination : la formation des représentations et leur objectivation.

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