‹ L'imagination [electronic resource]Chapitre 80 sur 122 · Imagination créatrice, p · texte numérisé non relu

Imagination créatrice, p

2. Histoire romaine, t. I, p. 26, 5'^ édit. Paris, Calmann-Lévy,

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associantes, de la perception claire du but, d'une pensée patiente, qui n'est autre chose qu'une application sans réserves de toutes les forces à la solution du problème proposé, et qui rend l'attention de l'esprit spontanée et aisée \ )) En d'autres termes, la découverte suppose l'orientation de l'esprit vers une fm nettement posée, et la combinaison de moyens en vue d'atteindre cette fin.

Ainsi définie, elle dépend elle-même des éventualités de l'expérience. Pour que l'esprit s'avise des conditions dans lesquelles la fin visée peut être atteinte, il faut en effet qu'une expérience, survenue à propos, les indique. Telle découverte, dit Bain, celle de Daguerre, par exemple, «n'aurait pu être menée à bien par aucune mesure systématique ; fallait tomber dessus, tant sont divergentes les actions réunies dans un même procédé ^ m. Il faut sans doute, d'autre part,

1. Bain. Les Sens et l'InlelUgence, tr. fr., p. 552. Paris, Germer Baillière, 1875, in-80.

2. Ibid. — Voici en quoi consista le hasard auquel Bain fait allusion. Daguerre « expérimentait avec des plaques qui exigeaient une assez longue exposition à la lumière. Il oublia, dit-on, dans une armoire une plaque dont l'exposition avait été trop courte pour que l'image s'y fut dé^^eloppée, et sa surprise fut grande lorsqu'il vit un jour la transformation accomplie. Présumant, dit VoGEL Qa Photographie et la Chimie de la lumière, p. 10), que cet efFet était dû à l'un des corps qui se trouvaient dans l'armoire, il les enleva l'un après l'autre, rapportant chaque fois une plaque impressionnée. Déjà l'armoire semblait vide et l'image apparaissait toujours. Daguerre allait croire à quelque sortilège, quand il avisa dans un coin une capsule pleine de mereure, métal qui émet des vapeurs à la température ordinaire. 11 supposa que les vapeurs de ce corps pouvaient avoir développé l'image. Pour s'assurer du fait, il prit une plaque qu'il exposa

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pour que le fait, occasion de la découverte, ne soi pas perdu, un esprit en éveil, j'allais dire averti,' prompt à saisir le moindre indice, capable d'en tirer des conséquences, c'est-à-dire des idées nouvelles, éclairant d'autres faits, lesquels, à leur tour, suggèrent d'autres idées, et ainsi de suite.

Les faits nouveaux et les idées nouvelles surgissant tour à tour, l'invention peu à peu se dégage et prend corps : elle n'est point, autant qu'on croit, une illumination soudaine, un trait de génie, mais une œuvre de patience, une accumulation de découvertes de détail. L'inventeur glorieux est d'abord un cbercheur obscur qui, pendant longtemps, s'épuise à collectionner des faits, à bâtir des théories, à essayer des expériences, et qui, un beau jour, recueille d'un coup le fruit de ses travaux : ceux-ci ont fait la boule de neige, ou, si l'on A^eut, le bloc qui détermine Tavalanche.

Dans l'ordre pratique et mécanique, les conditions de succès sont nombreuses, complexes, difficiles à réunir. L'esprit suit sa voie, la nature la sienne, et il faut qu'ils se rencontrent. Or le concours d'un esprit avisé, fertile en expédients et de circonstances favorables est, par essence, fortuit. On sait qu'il peut et même qu'il doit, à la longue, se produire, mais on ne saurait dire en quelles circonstances ni suivant quelles lois. Dès lors le développement de l'invention

pendant peu de temps dans la ctiambre noire et sur laquelle il n'y avait encore aucune trace d'image visible, puis il l'exposa aux vapeurs du mercure, et voilà qu'il vit, à sa grande surprise, apparaître une image. Une des plus belles découvertes de ce siècle était faite )) (Paulhan. L'Invenlion in Revue philosophique, mars

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mécanique ne saurait avoir lieu que par sauts, d'une façon irrégulière et discontinue, et l'esprit propre à une telle invention est celui qui sait le mieux se retourner, se plier, s'adapter aux circonstances, qui a le moins d'idées préconçues ou de raideur logique, qui sait le mieux passer d'un ordre de faits à un autre, d'un point de vue à un autre.

On attribue communément à l'esprit inventeur une certaine étroitesse ; on le suppose exclusivement et à toujours orienté vers une fm, apte seulement à trouver et à combiner des moyens variés de réaliser cette fin.

En réalité, cet esprit garde une certaine liberté à l'égard de la fin qu'il poursuit. D'abord cette fin ne représente pas un besoin matériel voulant être à tout prix satisfait, dût-il l'être à bon compte et en quelque sorte au rabais, mais un idéal dont on ajourne au besoin la réalisation pour la rendre parfaite, un problème qu'on s'applique avant tout à bien poser, qu'on élargit et qu'on étend, dont on cherche, non une solution quelconque, mais une solution à la fois élégante et complète. C'est par là que l'inventeur est de la race des artistes, non un simple ouvrier ou manœuvre. Il poursuit moins les avantages que l'honneur du succès. Même il goûte moins la gloire que les joies de la découverte; à la fin, on dirait qu' a il ne cherche plus que le plein épanouissement, l'affirmation et le débordement de sa puissance créatrice, le plaisir d'inventer pour inventer, de tenter l'extraordinaire, l'inouï. C'est la victoire de la construction pure* » (Ribot).

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