‹ L'imagination [electronic resource]Chapitre 81 sur 122 · I. Imagination créatrice, p · texte numérisé non relu

I. Imagination créatrice, p

l'imagination créatrice

! Ce qui a pu faire méconnaître le caractère désintéressé, j'allais dire le dilettantisme de l'inventeur, v c'est qu'il ne se contente pas de créer dans l'idéal, f

! mais qu'il réalise ses conceptions. Qu'importe cepen- \

I dant, si le besoin d'agir est le complément naturel du besoin d'imaginer ou de concevoir, s'il est au fond ;

i de même espèce, s'il est, comme dit Bain, a une |

I tournure du caractère à l'activité, une dépense de

! forces qui se manifeste dans des essais de tout genre

j pour risquer de faire de bons coups, ... un véritable

I fanatisme d'expérimentation » comme on a vu qu'il

I fallait pour « donner naissance à certaines combinai-

I sons des plus magnifiques de la pratique ^ » ! |^ Chaque fin, que poursuit l'inventeur, devant être T ainsi considérée comme n'étant à ses yeux qu'un ' problème, qu'un aliment donné à son intelligence, ^ on conçoit qu'il puisse abandonner telle fin pour , \

une autre, plus désirable ou mieux posée, aussi aisément qu'il abandonne tel procédé pour un autre meilleur. C'est même en cela que consistent les inventions les plus remarquables.

C'est le caractère des progrès accomplis dans l'ordre

\i pratique de ne nous donner jamais satisfaction entière : \

I on ne peut s'y arrêter et s'y tenir. On n'a jamais assez de commodité et de bien-être ; plus on en \ obtient, plus on en veut avoir. La satisfaction d'un besoin fait surgir d'autres besoins. On peut se complaire un temps dans une forme d'art ; on se blase aussitôt sur un genre de confort. C'est pourquoi

I. Bain. Les Sens et l'Intelligence, tr. fr., p. 552. Paris, Germer Baillière, 1875, in-S».

l'industrie n'est jamais stationnaire. Ses progrès résultent d'un accroissement de besoins qu'ils ont euxmêmes suscité.

Ils consistent à tirer parti d'inventions anciennes pour des besoins nouveaux, à détourner pour une fia des inslruments créés pour une autre. Ce qu'on appelle l'application d'une découverte constitue souvent une véritable découverte, égale ou supérieure à la première. Ainsi l'homme a d'abord créé les armes ; ensuite, par adaptation Spéciale, l'arme est devenue outil : « le bâton de combat sert de levier, le cassetête sert de marteau, la hache se fait cogaée \ » Il serait aisé de suivre la transformation en ce sens des objets les plus familiers : le clou, la pointe, la patère, la vis, l'épingle, l'aiguille, etc. lesquels sont issus les uns des autres, changeant de forme à mesure qu'on leur découvrait une destination nouvelle, si toutefois un changement de forme accidentel n'a pas luimême suggéré l'idée d'un emploi nouveau.

Les inventions de ce genre ont dû être fort nombreuses. Elles se rencontrent partout, dans les arts autres que mécaniques, et dans les sciences. Elles constituent des découvertes en quelque sorte involontaires, qui se sont présentées d'elles-mêmes sans avoii' été expressément cherchées. Reste pourtant qu'on a eu le mérite de les reconnaître, de les utiliser. D'ailleurs il ne faut pas moins d'imagination peut-être pour saisir, étant donné an objet, la fin à laquelle il se trouve bon, que pour découvrir, en partant d'une fin, l'objet qui y répond. On sait que les alchimistes,

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