‹ L'imagination [electronic resource]Chapitre 83 sur 122 · I. RiBOT. L'Imagination créatrice, p · texte numérisé non relu

I. RiBOT. L'Imagination créatrice, p

l'imagination créatrice

^' Ils offrent cependant une certaine suite : ils se développent selon la loi de convenance, comme dirait Leibniz.

Quelque but que l'homme se propose (qu'il s'agisse de moudre le blé, de labourer la terre, de

I s'éclairer, etc.) les procédés, instruments et matériaux qu'il emploie vont ainsi se transformant, tantôt se simplifiant, tantôt se compliquant, mais s'adaptant toujours mieux soit à la fin première, soit à telle ou

j telle fin secondaire, obviant à tel inconvénient de détail, signalé par l'usage, etc.

Si, par exemple, on considère un instrument né d'hier, et dont le détail des modifications successives est encore présent à la mémoire : le vélocipède, on voit qu'il s'est renouvelé complètement, dans son ensemble, et pièces par pièces. Pour ne parler que de la bicyclette, le système qui relie les différentes pièces a subi des modifications profondes : la draisienne

' se composait de deux roues réunies par deux traverses de bois, supportant la selle ; on prenait de l'élan avec les pieds qui touchaient le sol; la bicyclette est actionnée par des pédales ; la roue d'avant est mobile avec un guidon ; la roue d'arrière est reliée par une chaîne à une roue dentée, et un coup de pédale fait faire à cette roue plusieurs tours (multiplication). En même temps chaque pièce (roues, freins, etc.) est peu à peu radicalement transformée : les roues sont entourées de caoutchoucs d'abord pleins, puis creux, et enfin de pneumatiques qui boivent l'obstacle. Le nombre des freins inventés est considérable : freins à patin sur le bandage, — à collier ou à tambour, — freins sur jante, etc. On suit en quelque sorte ici, au jour le

jour, ces variations rapides d'un même instrument qui font l'effet plus tard, le détail oublié, de métamorphoses complètes.

De quelque façon qu'elle procède, qu'elle consiste à trouver de nouvelles fins ou destinations à un instrument donné, ou à combiner de nouveaux moyens pour atteindre une fin donnée, l'invention mécanique est toujours un perpétuel changement d'orientation mentale. « Elle se fait, dit Ribot, par stratifications et additions successives... Elle est une belle vérification de la loi de complexité croissante » ^ On passe d'une idée à une autre, d'un perfectionnement ou, seulement, d'un changement à un autre, sans que le passage puisse jamais être assimilé, même après coup, à une opération logique, à une déduction. Il y a entre-croisement de recherches, de découvertes, d'où résulte un progrès constant, mais non continu ; il n'y a pas, si on peut dire, génèse, mais épigénèse.

Ces remarques trouvent leur confirmation dans la théorie de M. Paulhan sur l'invention en général, ou, si Ton préfère, rentrent dans cette théorie. M. Paulhan distingue une invention régulière et irrégulière. La première, à laquelle il donne le nom évolution ne laisse pas cependant d'être essentiellement distincte « de la vie en général, entant que fixée et organisée, comme aussi de l'instinct, par une plasticité virtuelle, par une possibilité de bifurcation, par une pluralité de voies ouvertes...». L'idée première dans l'invention peut être comparée à un germe vivant, mais à un germe « dont l'espèce ne serait pas fixée par la na-

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