‹ L'imagination [electronic resource]Chapitre 84 sur 122 · I. Ribot. L'Imagination créatrice, p · texte numérisé non relu

I. Ribot. L'Imagination créatrice, p

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ture des procréateurs, et qui pourrait, soit avorter sans doute, soit aussi donner naissance à un éléphant, à un requin ou à une cigale. Le développement ne se fait pas comme en vertu d'une impulsion irrésistible et fatalement déterminée. Il résulte du jeu d'éléments très nombreux, plus ou moins guidés par un s^^stème général, qui les assemble et qui, lui-même, se forme peu à peu bien souvent et ne prend parfois qu'assez tard sa forme définitive. Ce sont les alFinités des éléments qui le rendent possible, en faisant naître à chaque instant des combinaisons naturelles qui seront l'aliment du germe en voie d'évolution, mais c'est le système général qui lui donne sa régularité, en choisissant, parmi ces combinaisons, celles qui peuvent trouver place dans l'ensemble, en éliminant les autres, en les empêchant même de naître par l'influence restrictive exercée sur les afTinités des éléments dans les cas où l'évolution montre une régularité particu- Uère )) ^ .

L'invention, ainsi définie, n'est pas seulement imparfaitement régulière, elle est encore, particulièrement dans l'ordre qui nous occupe, exceptionnelle et rare. L'invention franchement irrégulière est la règle. Elle revêt deux formes : la transformation et la déviation, lesquelles répondent à peu près à ce que nous avons appelé la substitution d'une fin à une autre, et la substitution d'un moyen à un autre dans la poursuite d'une même fin.

M. S0URIAU va plus loin encore dans le même ordre d'idées et paraît croire que l'invention irrégu-

T. JJJnvention, in Revue philosophl.qiir. mars i8()8.

lière est la seule. Il ne peut y avoir, dit-il, que de méthodes de développement d'une idée, « l'une r pide et absolument irréfléchie, l'autre tout à £• réfléchie et très lente ». Or, la seconde, en fin compte, revient à la première. Dans les deux ca «nous trouvons nos idées par digression... Par 1 réflexion nous trouvons plus facilement des idées côté du sujet qui nous occupe que sur ce suj même » \ Quand nous paraissons conduire nos idée par ordre, nous ne faisons qu'utiliser, arrêter au pas sage les idées heureuses qui se présentent à l'espri d'elles-mêmes. Trouver, c'est rencontrer.

M. SouRiAU a ici en vue les constructions idéal ou les œuvres d'imagination pure. A fortiori s théorie s'applique-t-elle aux constructions de l'ord réel ou pratique. Dans ces dernières, en effet, le suc ces dépend encore, pour une bonne part, de l'adresse du tour de main. Il est obtenu parfois par une inspi ration opératoire, en dehors de toute idée préconçue Ce n'est point alors l'esprit qui dirige la main, c'es la main toute seule qui fait les découvertes. Ainsi se réalise ce qu'on pourrait appeler le progrès empirique des arts et métiers. Pour combien l'éclosion d'une idée dépend-elle de rencontres heureuses ou les reacontres heureuses d'inspirations vraies ? C'est le secret des ateliers et des laboratoires ; mais il est permis de supposer que la proportion des deux sortes de cas est au moins égale.

Maintes fois l'invention est en avance sur l'idée : ainsi la découverte de la machine de Gramme a précédé

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