‹ L'imagination [electronic resource]Chapitre 85 sur 122 · I . Théorie de l'Invention. Paris, Alcan · texte numérisé non relu

I . Théorie de l'Invention. Paris, Alcan

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celle de la théorie qui l'explique. Les pratiques agricoles, médicales, etc. les plus étranges, et en apparence les plus superstitieuses, se trouvent souvent, après coup, scientifiquement justifiées : ainsi, bien avant la découverte de la loi de la fécondation des fleurs, les Arabes savaient que, pour obtenir une bonne récolte de dattes, il convient de secouer au-dessus des fleurs femelles les branches du dattier mâle en fleur \ Dans tous ces cas, on met à profit les indications de l'expérience fortuite, posant ainsi des jalons pour les explications de la science à venir, paraissant toucher et entrevoir ces explications, les préparant, les rendant possibles, mais, en réalité, restant en dehors ou au-dessous.

D'autres fois, au contraire, c'est l'idée qui est en avance sur l'invention, plus exactement sur la découverte des moyens de réalisation matérielle. Ainsi telle découverte semble mûre : le but, les voies ou méthodes de recherche sont nettement tracés, les moyens d'exécution mêmes sont en partie explorés, et l'expérience décisive ne surgit pas. N'est-ce pas là qu'en est à peu près aujourd'hui par exemple la direction des ballons .î^

En somme, l'imagination mécanique, par les conditions mêmes dans lesquelles elle opère, est et doit être la plus souple, la plus variée dans ses procédés, la plus apte à se retourner, la plus imprévue et, en apparence, la plus capricieuse dans son développement. Les difficultés matérielles la tiennent sans cesse en échec, lui coupent les ailes, mais, au lieu de la

ï. Cette pratique des Arabes est mentionnée par Hérodote.

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rebuter, développent Féiiergie, la ténacité de son eflbrt, sa fertilité d'invention et, en un sens, assurent et guident ses recherches. Elle est la plus impersonnelle, la plus entravée, partant la plus irrégulière dans son \ développement. Elle procède par à-coups, par rencontres heureuses. Ses rares succès donnent imparfaitement la mesure des facultés qu'elle déploie. Ses méthodes d'im^ention paraissent modestes et terre à terre. Elle accomplit ses œuvres les plus grandioses par un travail de patience, en accumulant les découvertes de détail. Elle multiplie les essais et tâtonnements. Elle n'est point fidèle à ses desseins ou n'a point de desseins arrêtés. Elle quitte un procédé pour un autre, elle abandonne même la fm visée. Elle est l'art de tirer parti des circonstances, de guetter la chance, d'exploiter les aubaines. Elle est admirable par l'ensemble des qualités du caractère et de l'esprit qu'elle suppose, quoiqu'aucune de ces qualités peutêtre ne soit d'un ordre exceptionnellement relevé. Elle se forme et se développe peu à peu, à la merci et au hasard des circonstances. On peut la décomposer et la suivre. Elle nous fournit un excellent moyen d'étudier la diversité des procédés d'imagination et leurs formes élémentaires. Elle met particulièrement en lumière le rôle du hasard dans les inventions humaines, le hasard étant ici « la rencontre et la convergence de deux facteurs : l'un interne (le génie individuel), l'autre externe (l'événement fortuit).

« Il est impossible de déterminer, dit Ribot, tout ce que l'invention doit au hasard entendu en ce sens. Dans l'humanité primitive, sou influence a du être

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