‹ L'imagination [electronic resource]Chapitre 91 sur 122 · I. SiÎAiLLES. Léonard de Vinci, p. 4i · texte numérisé non relu

I. SiÎAiLLES. Léonard de Vinci, p. 4i

formule abstraite ne supprime pas, n'écarte pas les images sensibles; au contraire, elle les sous-entend; elle les suppose comme substruction ou comme base ; elle les évoque et les invoque comme illustrations ou exemples.

La notion générale ou scientifique n'est pas, dit M. Séailles, « un appauvrissement, la réalité vidée, le squelette banal des individus mutilés, ...un je ne sais quoi d'abstrait et de mort ». Elle « est féconde, riche de tout ce quelle résume et concentre.. . Comme le point où la pierre frappe l'eau devient le centre de couches concentriques qui s'enveloppent, ainsi, au choc de l'idée générale, tendent à se former des images réelles et des images possibles, comme si une agitation sourde soulevait la masse des expériences passées ^ »

Il ne faut pas non plus confondre l'esprit qui abstrait ou qui dissocie les éléments de l'expérience et celui qui reçoit des idées abstraites toutes formées. Chez le premier, la pensée a toujours son accompagnement d'images ; chez le second, elle peut être vidée, desséchée et vraiment abstraite, au mauvais sens du mot. Mais, dirait Leibniz, le premier seul pense, le second psittacise.

D'autre part, les idées abstraites ne doivent pas être étudiées seulement dans leur origine ; il faut considérer leur fin. On ne les forme que pour les faire entrer, à titre d'éléments, dans une construction plus vaste, plus complexe et plus riche que les perceptions dont elles sont issues. La science, loin de ré-

I. Séailles. Essai sur le Génie dans l'Art, p. i6, Paris, Perriu.

trécir, étend le champ de la vision des choses. A ce point de vue encore, on ne peut l'accuser d'appauvrir l'imagination.

Enfin les notions abstraites ne prennent pas seulement vie et racine dans l'expérience concrète, elles restent en contact avec cette expérience, elles ont en elle un point d'appui constant et nécessaire.

Dès lors l'opposition classique de l'imagination et de l'entendement ou s'évanouit ou se réduit singulièrement à l'analyse. Tout d'abord, si distincts qu'ils soient, c'est Bossuet qui le remarque, a les deux actes d'imaginer et d'entendre se mêlent toujours ensemble. L'entendement ne définit point le triangle et le cercle que l'imagination ne s'en figure un. Il se mêle des images sensibles dans la considération des choses les plus spirituelles, par exemple de Dieu et des âmes, et quoique nous les rejetions de notre pensée, elles ne laissent pas de la suivre ^ » .

L 'imagination et l'entendement ne sont pas seulement toujours unis en fait, ils sont inséparables, comme étant des opérations complémentaires d'une même pensée. L'imagination soutient l'entendement, et l'entendement guide ou dirige l'imagination.

Le rôle de l'imagination est de fixer les idées, de rendre l'esprit attentif. « L'expérience fait voir qu'il se mêle toujours aux opérations de l'entendement quelque chose de sensible, dont même l'esprit se sert pour s'élever aux objets les plus intellectuels ^. )>

Le rôle de l'entendement est de diriger la construc-

1, Bossuet. Connaissance de Dieu et de soi-même, ch. i, § x.

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