‹ L'imagination et les prodiges. Tome premierChapitre 9 sur 30 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

l/l.MAGINATlON DANS l’hYPNOSE

Que le sommeil, naturel ou provoqué, contribue puissamment, dans un grand noml)re de cas, au rétablissement de la santé, nous ne pouvons pas en douter. Quand on peut obtenir d’un malheureux neurasthénique qu’il sc sépare des causes, des homnies, des inlluenccs qui le troublent habituellement, qu’il se retire dans la paix de la solitude, (ju’il écarte les émotions agitantes, qu’il cesse en quelque manière de penser, qu’il s’endorme naturellement, et qu’il entre ainsi doucement dans un autre monde favorable au rétablissement de l’équilibre dans sou àme et dans son corps, il est certain qu’on a fait un grand pas vers la guérison. Toutes les ressources et toutes les forces physiques ou morales du sujet malade entrent en jeu, et exercent une action simultanée et convergente favorable au rétablissement de la santé.

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(]c Iraitenient osl indépendant de la siiggeslion, mais il n’es! pas indépendant de riinaginalion. (^est celle-ci, au contraire, cpii, dans la paix mystérieuse du sommeil, exhume de Touhli, et l'ait apparaître des images ([ui exercent leur action salutaire sur l'organisme tout entier.

L’étude approfondie de l’hypnotisme a contribué à faire connaître le rôle et l’ellicacité du sommeil dans le traitement des loala- (liesdu système nerveux. On a mieux compris (pie le sommeil calme riiyperaelivitc morbide des centres nerveux en isolant le cerveau des causes d’excitation inutiles ou nuisibles. On a eu le sentiment plus précis du recueillement universel de notre dynamisme biologi([ue dans le sommeil. On a mieux apprécié les observations pénétrantes de nos grands philosophes sur les rapports de Tàme el du corps, du cerveau et de la pensée, pendant le sommeil.

« Je me suis appli([ué, écrit le ])• Grasset, à faire ressortir l’avantage qu’il était possible de retirer ûeVhypnotisme employé seul, sans suggestion, chez certains malades agités et irritables; il n’y a aucun inconvénient à les laisser plongés dans l’état d’hyiinotisme pendant plusieurs heures consécutives. A leur réveil, les symptcjines les plus ennuyeux ont disparu comme par enchantement. »

<( L’emploi du sommeil provoqué, écrit le l)ï‘ Bourdon de jNléru, peut être ulilisé avec une durée plus ou moins prolongée, dans le

traitement d’un grand nombre d’olats nerveux. (^e sommeil est éminemment réparateur, rien ne le vaut pour dissiper la fatigue la plus profonde. C’est un sédatif puissant; il a le plus souvent besoin d’étre prolongé.

Pendant le sommeil prolongé, il se fait un travail latent où les suggestions antérieures germent et mûrissent dans le domaine du subconscient, leur elfet se trouvant ensuite, pour ainsi dire, décuplé. »

Le Wetterstrand, de Stocholm,s’exprime ainsi : « On a donné dans beaucoup de cas trop d’importance à la suggestion et pas assez au sommeil. Le traitement par le sommeil profond et prolongé répond à des indicalions précises. Dans les formes nerveuses caractérisées surtout par des troubles psycbicpies, le sommeil profond est extrêmement bienfaisant, et plus sa durée pourra être prolongée d’une façon ininterrompue pendant des jours, même pendant des semaines, plus le malade bénéticiera de son edicacité. Il n’est pas nécessaire de le réveiller pour ralimenter et pour pourvoir à ses divers besoins. Tous ces actes sont automati(iuement accomplis pendant le sommeil.

<( Le dormeur ne ressent aucun malaise; il a, au contraire, la sensation d’un repos bienfaisant, ce qu’il est facile de constater par son aspect et l’expression de ses traits*. C’est

* Revue de Vhypnotisme, août 1904, Le sommeil, agent curatif, par le D*" Lemesle, professeur à l’Ecole de psychologie de Paris.

une mclliode dont le moindre inorile est d’èlre inoflensive. »

Le l)‘’Licbeaultrésumait dans cet aphorisme les elTets salutaires du sommeil : « Dormir, c’est guérir. »

Le sommeil naturel et spontané, cl le sommeil provoqué par des moyens naturels ou de convention, produisent donc le même résultat : ils reposent l’organisme laligué, ils soulagent et délivrent le cerveau o[)pressé par la tension et les fatigues de la veille, ils renouvellent les provisions dynamicpies que nous dépensons ensuite dans le labeur de la vie, ils contribuent à nous délivrer des influences morbides qui troublent en nous la marche régulière et accoutumée de la vie.

Les physiologistes ne font pas de distinction essentielle entre le sommeil spontané et le sommeil provo(jué ou rhy[)nose. Ils ne voient dans les deux cas (ju’une détente favorable de la force nerveuse : la force vitale cesse, un instant, d’élre sous la dépendance vigilante de la volonté, elle agit spontanément, automatiquement, dans le sens de la guérison et de la santé.

Les causes les plus diverses peuvent produire rengourdissement et le sommeil, c’est la chanson qui endort l’enfant, c’est le bruit monotone de la mer ou de la rivière qui bat les murs de votre maison, c'est le balancement du navire (pii vous emporte, c’est un chant lointain, une mélodie rêveuse, c’est

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Tuniversel assoupisseiiieiil de la nalure dans les longs soirs d’élé.

D’aulres lois, pour nous faire oublier nos soulfranccs, nous provoquons le soniineil par des narcoliques d’une ellîcacité certaine, (jui ne sont pas toujours sans danger. Mais, nous n’aurons jamais la pensée de supposer que nous sortons de l’ordre naturel et que ce sommeil provoqué soit l’œuvre d’une entité inconnue.

Qu’un malade s’asseoie commodément dans un fauteuil, avec la [)ensée bien arretée de se laisser endormir par son médecin, qu'il se soumette à des passes magnétiques, ou à des pressions sur des points hypnogènes, il ne me viendra jamais à l’espril de supposer que cet état physique d’hypnose produit par une cause physi(iue est un phénomène surnaturel. L’iiypnotismc esl un des moyens, — et ces moyens sont innombrables, — d’endormir un sujet. Dans son imagination le sujet se représente l’état du sommeil, il y arrête volontairemenl son attention, sous la direction et l’action de l’hypnotiseur; il s’endort. C’est la première phase de l’état de sommeil, favorable à la suggestion.

L’hypnotiseur dit à l’hypnotisé : Votre jambe est paralysée, vous ne pouvez plus marcher. H lui présente une poupée, en lui

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disanl : C est une belle Heur. Il lui oHVe uu verre de vinaigre, en alFirinant que c’est une excellenle liqueur; il se dresse devant lui, en s écrian1 1 \ oici une bôle leroce. Il lui annonce une exécution musicale admirable, et il produit une horrible cacophonie; il s’adresse ainsi successivement à la vue, à l’ouïe, au tact, à fodoral, au goût, â tous les sens j)ar les(juels nous entrons en communication avec le monde extérieur.

Le sujet endormi t*era tous les gestes d’un homme qui admire et sent une belle (leur, il éprouvera la plus agréable sensation, en croyant déguster un verre de liqueur, il reculera d’ellroi devant le lion dont il croit entendre le rugissement, il se complaira dans Taudition de Tœuvre musicale qu’on lui a annoncée, il regardera sa jambe, et il se trouvera dans l’impossibilité de marcher.

Que s’est-il donc passé?

()uand vous dormez, si votre sommeil Il est pas profond, vous restez encore en communication. d’une manière très incomplète, d ailleurs, avec le monde extérieur : une lumière (jui traverse la chambre, raboiement d'un chien, un changement d’attitude, une mauvaise digestion, le bruit d’une chaise (lui tombe sera le point de départ d’un rêve (jui se déroulera dans votre imagination sans vous éi ciller, parce que la sensation n’est pas assez violente pour vous rendre l’usage momentanément suspendu de la raison et de la liberté.

L)ans 1 hypnose nous retrouvons un plié-

nomèiie unalo{ 2 ;iie, avec des coiulitions qui ne sont pas idenliques, vous dormez, mais vous entendez encore la parole de Tliypuoliseur, comme vous entendiez l’aboiement du chien, le chant du coep le bruit de la chaise renversée. L’hypnotiseur évoque dans votre esprit l’image d’un lion rugissant, d’un breuvage délicat, etc., vous voyez aussitôt dans votre imaginai ion cette bcle féroce, ce breuvage, cette Heur.

Mais une image qui apparaît dans votre esprit n’est jamais seule, elle fait partie d’un groupe d’images où elle occupe, en ce moment, la place principale. L’habitude, et des perceptions répétées, nous ont habitué à nous représenter par exemple une béte féroce se précipitant sur sa proie pour la dévorer, et cetle vue fait naitre en nous un sentiment d’elfroi. Si j’entends parler d’une Heur, d’une rose, je penserai à ses couleurs et à ses parfums. Si on me présente un verre d’eau, comme une liqueur précieuse dont on me fait la description, je retrouverai dans mon esprit l’image suscitée par la description de l’hypnotiseur, je vois dans mon imagination, c’est là seulement que le phénomène se produit. Je vois une image principale, et, en même temps, le groupe d’images secondaires dont elle fait partie.

Quand vous dites au sujet hypnotisé : votre jambe est paralysée, vous ne pouvez plus marcher, le sujet ne marche pas. Pourquoi?

Vous n’avez pas exercé une action directe et

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décisive sur les nuiscles el sur les uerfs du patient, vous avez siniplement suscité une image; le patient, en vous écoulant, croit voir sa jambe liée ou enchaînée, il demeure convaincu (ju il en est ainsi, et il ne peut plus juarcher.

Si vous lui dites qu’il est soldat, odicier, général, ou homme d’église, évéque, cardinal, riiypnotisé voit ces personnages dans son imagination, il les voit, avec une intensité d autant plus puissante, que les centres supérieurs, c’est-à-dire la raison et la liberté, sont suspendus. Il se voit lui-méme dans ces personnages, et il en prend l’altitude, les gestes, les paroles, les mouvements. Nous sommes là en présence d'actions réflexes, aulomali- <iues, inconscientes que l’ont peut facilement augmenter ou diminuer.

Vous commandez au magnétisé de faire uneaclion.il s’éveille, et il vous obéit, il vous obéira, dit-on, jusqu’au crime. J’en voudrais des preuves plus sérieuses. Quand vous avez commandé au sujet hypnotisé defrap[)er un individu, vous avez fait apparaître dans son esprit l’image de cet individu, vous avez fait naître un sentiment de haine, vous avez développé une prédisposition latente. Le sujet s’éveille, l’image persiste, elle devient l’occasion d’une impulsion, ou plutôt d’une tentation plus ou moins violente à la(juelle ce sujet peut toujours résister. Si la suggestion est conforme au tempérament, aux habitudes, aux inclinations du sujet, il recevra

volontiers l’ordre que vous lui inlinicz, et il l’exécutera. Si je conunaiule à mou sujet liypiiolisé et alcoolique d’avaler un verre d’eaude-vie, il le fera. Mais si je commande à un sujet d’un tempérament calme, d’habiludes rélléchies et bienveillantes d’accomplir un crime, il ne le fera pas. L’acte autoinalique reste donc conforme à Vêlai moral du sujet:

riinage trouve son efficacité dans une corrélation entre l’ordre reçu et le tempérament de l’individu, et cette efficacité ne dépasse jamais la puissance ordinaire de la tentation.

On me présente un malade qui souffre du cœur. Je l’Iiypnotise, je lui réi)cle avec autorité qu’il va mieux, (ju’il est guéri, qu’il se trouve dans un excellent état. Il me croit parce qu’il ne peut pas contrôlermon aflirinalion, il se fait une image de son cœmr, il la voit avec une intensité [)uissante, l’image im[)ressionne les centres et y provoque des actes réflexes. Je ne cherche pas encore à connaître le mécanisme de cette action, il me suffit de savoir (pie l’image y lient le vole principal.

L’hy[)notiseur suggère à son sujet de faire une action tel jour, à telle heure, et le sujet obéit. Les succès de ces suggestions à longue échéance paraissent extraordinaires et troublent l’observateur (|ui croit y découvrir une intervention extra-naturelle; il n’en est rien. L’Iiypnoliseur dit à son sujet : Vous porterez ce livre à celte personne, dans huit jours, à telle heure, à tel endroit. L’Iiypnotisé voit

celte personne; l’image passe, comme tant craiitres souvenirs, dans la mémoire inconsciente, et, le jour venu, [)ar suite d’un concours de circonstances, l’image émerge de nouveau, le souvenir se ravive et le sujet exécute la suggestion.

Que de faits aussi étranges nous pourrions relever dans la vie du somnambule et de l’homme disirait! Que d’exemples de dissociation entre les facultés dans l’homme intelligent, et de dissocialion entre les centres nerveux danscerlains animaux ! Je mentionne seulement les zoonites, ou les animaux articulés.

Mais, s’il nous est impossible de voir une intervention préternaturelle dans les phénomènes de l’hypnose: si nous croyons que l’imagination nous en donne une explication ralionnelle; si nous sommes [)ersuadés (pie, dans certains cas, sous certaines conditions, riiypnotisme praticpié par des médecins nous rencira quehjuefois les plus grands services, nous n’allons pas plus loin, nous condamnons l’abus de l’hypnotisme, et nous approuvons ces sages paroles du Ferrand :

« hi l’on considère (jue l’hypnose tient les sujets (jui y sont soumis dans un état ([ui est, à vrai dire, une mutilalion de la personne humaine, mutilation par suppression des aptitudes supérieures de la personne et par exaltation de ses lacult("*s aulomati([ues ; (pie l’état d’hypnose et d’hypnotisme sont de tous points comparables à une maladie et assimi-

labiés aux grandes névroses; que l’iiabiliide de riiypnotisme laisse les sujets dans un état de plus en plus avéré d’inconscience morbide: que ces maladies peuvent se substituer des plus facilement l’une à l’autre et conduire aux accidents les plus graves, — on doit admettre comme dûment motivée la suspicion, pour ne rien dire de plus, dans laquelle raiitorité ecclésiastique a tenu jusqu’ici ces pratiques, et conclure que, sauf les réserves que j’ai indiquées, il est bon de s’en abstenir ^ »

Tandis que les hypnotiseurs commencent par frapper d’inhibition nos facullés supérieures, de suspendre l’action de la raison et de la liberté, pour obtenir une exagération dans les actes réflexes, automati(iues, inconscients, les psychothérapeutes procèdent d’une manière diirérente. Ils n’endorment jamais leur sujet ni par des passes magnéticjues, ni par les ellluves du regard, ils ne cherchent pas à diminuer le rôle de la raison et de la volonté au prolit de la suggestion, ils sc contentent de la persuasion.

Que dans certains cas cette méthode soit insullisante, (jue l’hypnotisme agisse d’une manière plus sure et plus prompte, des laits

* D** Feuhand, Des suggestions dans l'hypnose,

sembleraient le déinonlrer. Mais il est des cas plus nombreux, où la persuasion, conjointement avec le repos, la suralimentation et 1 isolement, suilit, sans présenter ces redoutables dangers de riiypnotisme que nous venons de signaler.

11 faut apprendre à l’homme à se servir de sa raison et de sa libeiié pour découvrir la vérité et faire le bien. C’est par ces grandes iaculLés que l’homme s’élève au-dessus de 1 animal soumis aux lois de l’automatisme inconscient. 11 est sage aussi de lui apprendre à se servir de sa volonté pour obtenir des modilications salutaires dans son organisme aux prises avec la maladie : Tàme doit dominer le corps.

Les médecins sont loin de s’entendre sur la déiinition, la nulure et les edets de la suggestion qui produit les mouveinenls automatiques, coordonnés du sujet hypnotisé. Nous retrouvons ici cette variété d’o()inions et d ex])lications que nous avons déjà signalée à propos de 1 hypnotisme et de ses elfets. Voici le sentiment de Bernheim :

« Je déliais la suggestion dans le sens le plus large : c’est l’acte par leijuel une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui... Tout ce ((ui entre par l'oreille dans 1 entendement, tout ce qui avec ou sans contrôle préalable est accepté par lui, tout ce (|ui persuade, tout ce qui est cru, constitue une suggestion par le sens auditif... ()nelle que soit la porte d’entrée de l’idée dans le

centre psyclncjiie, tantôt elle est transmise directement, et le rôle premier du cerveau se borne à l’accepter; telle est l’idée communiquée par la parole, l’enseignemenr, la prédication, la persuasion; l’idée est comprise dans la sensation, c’est la suggestion directe. Tantôt, au contraire, l’idée est créée par le cerveau à la suite de l’impression reçue, c’est la suggestion indirecte. Ici intervient le rôle indirect de chaque cerveau ^ »

Je ne peux accepter ni cette détinition, ni cette explication. Le prédicateur monte en chaire, il expose une thèse, il la défend {)ar des preuves qui lui paraissent sérieuses, il réfute les objections de ses adversaires, il les invite à faire usage de leur raison pour reconnaître librement la valeur, l’autorité de ses arguments; il les provoque à penser. L’hyi)notiseur n’agit pas ainsi : il commence par décapiter moralement son sujet, en frappant d’inhibition ses facultés supérieures; il le met dans l’impossibilité de penser, de rédéchir:

son commandement agit d’une manière mécanicpie et fatale sur un cerveau qui ne [)eut pas se défendre, pour y provociuer, en suscitant une image, des mouvements automatiques, inconscients.

Je n’ai pas besoin de faire une analyse comparée de ces deux états pour reconnaîlre entre eux une dilTérence profonde. La parole lumineuse de l’orateur qui s’adresse à des

' D** Bernheim, Hypnotisme, suggestion, psychothérapie.

hommes libres, n’a rien de commun avec la sugg-estion par le geste, la parole ou l’image sur un cerveau qui ne peut ni se défendre, ni penser! L’orateur invite à penser, l'hypnotiseur force à agir.

D’après le Babinski, le mot suggestion doit implicpier que l’idée qu’on cherche à insinuer est déraisonnable. « En elfet, si on ne donnait pas à ce terme ce sens spécial, il serait synonyme de persuasion; c’est cette confusion du reste que l’on commet ([uandon prétend obtenir des guérisons par suggestion. Déclarer à un malade atteint d'une paralysie psychique (pie ce trouble est purement imaginaire, (pi’il peut disparaître instantanément par un eilbrt de volonté et obtenir ainsi la guérison, n’est pas une suggestion, bien au contraire, car l’idée émise loin d’ètre déraisonnable est éminemment sensée : le médecin en agissant ainsi, loin de chercher à suggestionner le malade, tend à annihiler la suggestion ou l’auto-sug^eslion cause de la maladie. Il n’agit pas par suggestion, mais par persuasion h »

Ainsi, d’après le D^ Babinski, la suggestion serait toujours et nécessairement chose déraisonnable. G est une erreur. Il faudraits’entendre sur les mots. Quand un médecin suggère a un malade la pensée (pi’il peut, (pi’il doit guérir; (|uand il fait naître dans son esprit l’image (|ui, par un mécanisme mystérieux,

* D** Babinski, Reçue neurologique^ p. 175.

agit sur les centres nerveux et sur les organes pour amener la guérison, il est incontestable qu’il fait un acte raisonnable, et que, dans toutes les langues, cet acte est une suggeslion.

Qu’il y fait des suggestion déraisonnables, mauvaises, je ne veux pas le contester, mais, que toutes les suggestions soient mauvaises, c’est une affirmation contraire à l’expérience et facile à réfuter.

A rélat de veille, quand je cherche à suggestionner une personne, je commence par avoir une idée claire, précise de l’acte qui sera l’objet de la suggestion, puis, je fais appel aux facultés de cette personne, à sa raison, à son cœur, à son imagination, pour l’amener à penser comme moi, et à reconnaître la vérité et Tutilité de la suggestion, et j’arrive, enfin, à lui faire partager mon sentiment. Ma conviction passe dans son cerveau, devenu docile, et y détermine l’action.

Mais, ces opérations supposent que je suis en présence d’une personne intelligente qui comprend ma parole et mes elforts, d’une personne libre qui peut me résister, et repousser ma suggestion, d’une personne qui assume la responsabilité morale de ce ([u’elle fait.

Or, que voyons-nous dans l’acte de l’hypnose? L’hypnotisé est mis dans un état où il n’est plus ni intelligent, ni libre, ni responsable; il est décapité. L'hypnotiseur commande avec autorité, et cherche, par un commandèment répété, à faire pénétrer ses ordres

dans le cerveau de son sujet. Il ue discute pas ses objections, il n’essaie pas de le persuader, il lui dit : Te voilà général, magistrat, millionnaire, et le sujet agit avec la précision de ranlomate, comme s’il était réellement général ou magistrat.

Je ne vois donc aucun rapport entre la suggeslion et le procédé de l’iiypnotisenr. L'hypnotiseur ne suggère pas une pensée à un homme libre, il intime un ordre irrésistible à un sujet qu’il vient de rendre inconscient; il délermlne un mom^ejnent.

On nous dit encore que « la suggestion est Vacte par lequel une idée bonne ou mauvaise est introduite dans le cerveau d'un individu, sans son contrôle ». Mais, c’est précisément cet acte (ju’il faudrait expliquer et (pi’on n’explicjue pas, pour donner à la déünition sa valeur.

Ce qui demeure incontestable, c’est ({ue l’hypnotiseur s’adresse à l’imagination de son sujet privé momentanément de sa raison, et que l’image tient la première place dans les phénomènes si étranges, mais naturels, (pie nous venons d’observer.

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