‹ L'imagination et les prodiges. Tome premierChapitre 15 sur 30 · LES PRESSENTIMENTS · texte numérisé non relu

LES PRESSENTIMENTS

Pressentir, c’est sentir un événement avant sa réalisation. Je sens instinctivement que tel parent, telle personne, tel ami va venir chez moi, j’attends quelques instants, il arrive.

Je sens vaguement (ju’il va éclater un grand malheur dans une tamille, qu’une menace plane sur elle. Quelques jours après, j’ai)prends, précisément, qu’un membre de celte famille est mort foudroyé. Un de mes amis est sur mer, en voyage; tout à coup, je suis pris d’angoisse, et j’annonce à ceux qui sont près de moi que mon ami est en danger, qu’il va périr dans un naufrage; le courrier m’apporte un pli qui m’apprend la mort de mon ami.

Qui de nous n'a éprouvé, au moins une fois dans sa vie, le pressentiment, l’impression mystérieuse et antécédente d’un événement heureux ou malheureux.

- aîS -

Quand le sujet du pliénomène est doué d’une irritabilité nerveuse excessive ; quand il est uni par une grande alfection au parent ou à l’ami qui va l’impressionner à distance : (juand l’événement qu’il espère ou redoute, esl un événement important, dont les suites auront un long retentissement dans sa vie, les conditions sont plus favorables à l’apparition du pressentiment, et nous saisissons un instant la chaîne mystérieuse qui rattache le présent à l’avenir.

Ce n’est pas la raison, ce n’est pasla volonté et la conscience qui se trouvent en jeu dans le pressentiment, c’est la sensibilité générale, et c’est pourquoi les sensitifs ont, plus souvent(jue d’autres, des pressentiments c|ue la coïncidence fortuite ne peut pas ex[)liquer.

Nous sentons qu’un événement va se produire, nous assistons à son enfantement, nous é[)rouvons des émotions péiiildes ou joyeuses, selon (jue cet événement sera heureux ou malheureux, et quand il se produit, nous éprouvons un soulagement : c’est la fin d’un cauchemar. Il n’est pas nécessalie de formuler une définition philosophique ou scientifique du pressentiment, il nous suflît de savoir que c'est une impression, une modification de la sensibilité produite par un événement qui n’existe pas encore et qui fait partie de notre avenir.

Comment l’expliquer ?

Les matérialistes ont constaté la réalité de

ce phénomène, ils ont la prétention d'en trouver l’explication dans cette tliéorie de l’automalisine qui est en faveur aujourd’hui, et dont nous avons déjà parlé.

llappelez-vous que nous avons dans notre système nerveux un centre supérieur qui représente la raison, des centres inférieurs qui correspondent à la mémoire, à l’imagination, à la sensibilité. Quand le centre supérieur et les centres inférieurs marchent ensemble, tout va bien, mais quand le lien qui unit les centres inférieurs au centre supérieur est relâché, paralysé (inhibition), c’est la dissociation, le somnambulisme, l’automatisme, et quelquefois le désordre et la confusion dans notre pauvre machine humaine ([ui ne sent plus la main de son conducteur.

Le pressentiment se rattacherait, selon les matérialistes, à la dissociation physiologique (jue je viens de signaler ; voici comment. Les centres inférieurs, en commerce avec le monde extérieur, recevraient des impressions et ne manqueraient pas de les emmagasiner.

Le centre supérieur, occupé ailleurs, n’y fait pas attention. Mais voilà qu’un jour, (jiumd l’objet extérieur a disparu, le centre inférieur ^ entre en communication avec le centre sui)érieur, et lui transmet, sans explication, les trésors qu’il tenait cachés.

Le centre supérieur, ainsi suggestionné, s’imagine (pie son impression lui appartient, (pi’elle a une origine mystérieuse, parce cpi’il ignore (pie cette impression a été produite, un

jour, à son insu, sur les cenri-es inférieurs.

Desphysiologistesspirilualisles ont adopté, eux aussi, avec trop d’empressement, sans doute, cette explication que nous avons essayé d’exposer clairement. Elle a le succès de la vogue.

Avant de la discuter, écoulons le Ménard qui la défend sans objection.

« Nous avons deux psychismes distincts qui collaborent pour notre bien, mais ([iiï peuvent fonctionner isolément. Dans nombre de circonstances physiologiques ou morbides : la simple distraction, le rêve, les attaques de somnambulisme, l’hypnose, le psychisme inférieur se désagrège et échappe au contrôle et à la direction du psychisme supérieur. Les communications entre les centres organiques, servant à ces deux activités, peuvent être plus ou moins complètement interrompues.

Le centre supérieur reçoit descommunications.

Les excitations venues du dehors s’arrêtent au polygone et ne vont pas jusqu’ au centre, O. D’autre part, O ne vient plus diriger et* contrôler le fonctionnement du psychisme inférieur.

« Mais ce que le polygone a enregistré dans un moment de désagrégation plus ou moins complet peut être plus tard révélé au centre O.

« Le soinineil est parfois l’occasion de ces messages du sous-moi qui donnent aux rêves une apparence de divination prophétique.

« Voici, par exemple, un de ces rêves :

« Un de mes amis, dit Abercrombie, employé <( dans une des principales banques de Glas- « cow en qualité de caissier, était à son « bureau, lorsqu’un individu se présenta,

« réclamant le paiement d’une somme de six « livres. Il y avait plusieurs personnes avant « lui qui attendaient leur tour; mais il était si « impatient, si bruyant et surtout si insuppor- « table par son bégaiement, qu’un des assis- « lants pria le caissier de le payer pour qu’on c( en fut débarrassé. Celui-ci lit droit à la « demande, avec un geste d’impatience et « sans prendre note de cette alFairc. A la ün <1 de Tannée, qui eut lieu huit ou neuf mois (( après, la balance des livres ne put être « établie : il s’y trouvait toujours une erreur « de six livres. Mon ami passa inutilement « plusieurs nuits et plusieursjoursà chercher «ce déficit; vaincu par la faligue, il revint « chez lui, se mit au lit et rêva qu’il était à « son bureau, que le bègue se présentait, et « bientôt tous les détails de cette affaire se « retracèrent fidèlement à son esprit. Il se « réveille la pensée pleine de son rêve, et « avec Tespérance qu’il allait découvrir ce « qu’il cherchait si inutilement. Après avoir « examiné ses livres, il reconnut, en effet, que « cette somme n’avait point été portée sur

« son journal et qu’elle ré[)on(lait exactement (( à Terreur ‘. »

n Une impression sensorielle perçue par les centres du polygone, interprétée par eux sans contrôle, donne naissance à des rêves souvent absurdes ou incohérents, mais (jiTon peut rattacher à cette impression. Quand le sommeil n’est pas très profond, que quehpies communications suspolygonales sont conservées, ils peuvent éclairer le moi supérieur.

C’est le fait du rêve d’Abercrombie. En voici d’autres exemples que donne Max Simon.

« Certaines personnes rêvent qu’elles sont gravement malades, se réveillent pourtant bien portantes, et peu de temps après, sont en effet frappées du mal dont elles avaient rêvé qu’elles étaient atteintes. C’est ainsi (jue Conrard Gesner eut un songe dans lequel il se vit mordu au côté gauche de la poitrine par un serpent, et qu’une lésion grave et profonde ne tarda pas à se montrer dans cette même partie. M. Teste, Tancien ministre de Louis-Philippe, rêva, trois jours avant sa mort, qu’il avait une attaque d’apoplexie et, trois jours après son rêve, il succomba en etfet à cette affection. Galien parle d’un malade qui se vit en rêve portant une jambe de pierre; quelque temps après, cette même jambe était frappée de paralysie. Une jeune femme aperçoit en songe les objets confus et brouillés comme à travers un nuage épais, et

' Max Simon, Le Monde des Rêves, Paris, 1888.

sa vue est bientôt gravement compromise.

Macario, qui cite les faits que je viens de reproduire, rapporte que liii-mème rêva qu’il souffrait d’un violent mal de gorge : bien portant à son réveil, il fut atteint quelques heures après d’une amygdalite extrêmement douloureuse.

« Dans nombre de rêves d’apparence prophétique, on se rend compte que les faits annoncés auraient pu être prévus par les dornjeurs en raison de la connaissance particulière qu’ils avaient de certaines circonstances ou particularités ayant trait à l’événement qui s’est en elfet accompli.

« Voici un fait encore cité par Max Simon :

« Une dame, habitant la Gochinchine, (( devait quitter Saigon et s’embarquer sur a une canonnière de l’Etat, qui faisait alors « le service entre la capitale de notre colonie c( et les divers postes de l’inlérieur. Toute la <( nuit qui précéda rembarquement, la perce sonne dont je parle ici ne fit ({ue rêver nau- « (rages et incendies : ces rêves étaient inter- « rompus par des cris, des réveils en sursaut : « puis, le sommeil revenu, des visions de na- <1 vires sautant, s’abimant dans les eaux, de a naufragés cherchant à échapper à la mort, c( s’olfraient à nouveau. Malgré ces rêves, le « départ eut lieu, mais le voyage fut des plus « malheureux : la chaudière de la canonnière ({ où s’était ernbanpiée la voyageuse éclata, c( et cette dame, horriblement brûlée, mourut c( bientôt dans d’atroces souffrances. »

— ‘JO'i —

« L’explicalion de ce fait, ajoute rauteiir, est des plus simples : le monde savait dans la colonie que les chaudières des canonnières étaient en très mauvais état, notion qui, justifiant parfaitement les craintes de la personne qui périt si malheureusement, fui évidemment l’origine du rêve dont nous l’avons vue poursuivie pendant son sommeil.

« Le même auteur est très embarrassé pour expliquer le fait suivant :

« Une nuit, la princesse de Conli vit eu « songe un appartement de son palais prêt « à s’écrouler, et ses enfants, qui y couchaient, « sur le point d’être ensevelis sous les ruines. « L’image affreuse cpii était présentée à son « imagination remua son cœur et tout son « sang. Elle frémit; et, dans sa frayeur, elle « s’éveilla en sursaut, et appela (juchpies « femmes (pii dormaient dans sa garde-rol)e.

« Elles vinrent au bruit recevoir les ordres de « leur maîtresse. Elle leur dit sa vision, et « qu’elle voulait absolument (pi’on Iniappor- « tàt ses enfants. Ses femmes lui résistèrent « en citant l’ancien proverbe : que tous songes « sont mensonges. La princesse commanda « qn’on allât les quérir. La gouvernante et « les nourrices firent semblant d’obéir, puis « revinrent sur leurs pas dire ([ue les jeunes (( princes dormaient trampiilleinent et cpie « ce serait un meurtre de troubler leur re|)os. « La princesse, voyant leur obstination cl « peut-être leur tromperie, demanda fièie- « ment sa robe de chambre. Il n’y eut plus

« moyen de reculer: on t'ul chercher les jeunes <( princes, ([iii lurent à peine dans la maison <( de leur mère que leur appartement fut « abiiné. »

« L’explication me parait assez aisée.

« Le moi inférieur polygonal avait perçu la veille dans l’appartement quehpie signe, fente au plafond, par exemple, ou bruits de craquements faisant logi(|uement redouter une catastrophe. Dans le sommeil il avait prévenu le moi supérieur. Les pressentiments, dans nombre de cas, n’ont pas d’autre origine.

« Un jour que l’abbé de iNIontmorin était « eulré à l’église Saint-Louis et s’y élait age- « nouillé, il ne tarda pas à se sentir pressé <( de changer de place. îl résista tout d’abord, « mais cette sollicitation intérieure devenant « plus pressante, il finit par y céder et alla « s’agenouiller du coté opposé de l église. A « peine y était-il qu’une pierre se détacha de « la voûte et tomba justement à l’endroit <( qu’il venait de (juitter. »

(( Le sous-moi avait vu la pierre s’ébranler.

c( Dès 1882, dans la première édition du livre sur le Monde des Rê^'es, Max Simon avait entrevu cette explication pour les pressentiments. Il écrivait à cette époque :

« Je ne voudrais, certes, m’avancer dans <( cette voie (|u’avec prudence, mais il parait « (|ue l’activité inconsciente du cerveau peut <( assez souvent être invo(iuée dans les cas

« dont nous nous occupons ici et que le pres- « sentiment n’est autre chose que le résultat « d'un jugement inconsciemment élaboré et « reposant sur des données que nous a^^ons <( acquises d'une façon également incons- « dente. \\ est évident pour nous que les perce sonnes qui ont éprouvé les pressentiments « que j’ai mentionnés tout à l’heure avaient « recueilli sur les choses, sur les circonstances (( des faits, des notions dont elles n’avaient c( point été frappées, mais qui, élaborées par « le travail inconscient de l’esprit, se formu- <( laient en cette intuition subite qui les frap- « pait comme la vive clarté d’une évidente « vérité. Kt, cela étant admis, il est facile de <( voir ([ue les rêves prophétiques dont nous (( venons de parler en dernier lieu ne sont (( que des jugements inconscients dont la conc( clusion se présente dans le sommeil et avec (( l’appareil ordinaire des opérations mentales <( du sommeil : les images du rêve. »

« La théorie de l’aulomatisme psychologique est venue confirmer cette [hypothèse et lui donner l’appui solide qui lui faisait défaut*.

Laissons de côté l’interprétation physiologicjiie, d’ailleurs très contestable, et contentons-nous de l’explication de philosophie et de bon sens.

^ CosmoSj p. 533 , ioo 3 .

II n’est ni philosophi([ue ni scientilu[ue de donner une interprétation identique, générale, absolue de tous les pressentiments, et de dire, par exemple, comme le fait Tauteur que nous îivons cité, que les pressentiments sont le résultat de dissociation psycliologicpie entre les centres nerveux. Non, il n’en est pas ainsi, et nous connaissons un grand nombre de pressentiments, très authenti((ues, qui échappent absolument à cette explication.

Je reconnais que l’on peut expliquer par la mémoire latente un certain nombre de pressentiments. J’ai vu une lézarde au plafond d’une maison, je l’ai vue, sans la remarquer, sans y attacher d’importance et en pensant à autre chose. Le souvenir en reste, cependant, sans que je le sache, au fond de ma mémoire.

Instinctivement je m’éloigne de cette maison: un jour, elle s’écroule. Ne sachant pas que la lézarde avait laissé une impression dans le fond de ma mémoire, je suis tenté d’expliquer par un pressentiment mystérieux, et peut-être préternaturel, la pensée que j’ai eue de m’éloigner de cette maison, et de me mettre à l’abri d’un accident.

Qu’il en soit ainsi quekiuefois, j’en conviens, et je serais disposé à dire que l’on peut expliquer certains pressentiments, par une cause connue, mais oubliée. Peu m’importent les centres nerveux !

Et cependant, cette explication soulève encore deux observations.

Oa nous répète à tout instant que certains Tails entrent dans notre mémoire, sans cpie nous le sachions, qu’ils remontenl un jour à la surface, et qu’ils m’impressionnent, sans (pi’il soit en mon pouvoir de leur assigner une cause déterminée. Est-ce bien sur?

Un objet aiupiel je ne fais pas attention, comme les arbres (pii se succèclent le long du chemin, où je passe, en courant, efileurent la surface de la rétine; certains bruits impressionnent légèrement le nerf acousticjue, mais, celte impression étant trop légère, elle n’arrive pas au cerveau, elle n’ébranle pas le centre nerveux, elle n’entre pas chez moi, ou, si elle y entre, c’est qu’elle a été assez forte, pour retentir au cerveau.

Je vois donc dans la mémoire latente des souvenirs, ou prochains ou éloignés, des impressions dont j’ai eu conscience autrefois, et (jui dorment dans les ténèbres de l’oubli.

Mais, je ne dirai jamais que tous les objets devant les([uels je délile, ([ue tous les bruits qui frappent mon oreille, que j’y prête attention ou non, s’installent dans ma mémoire, dans rassou|)isseinent de l’inconscience. Pour entrer dans la mémoire il faut passer par le cerveau, et pour entrer dans le cerveau, il faut (pie l’cime fasse, au moins une fois, iin acte d’attention dont l’intensité varie très souvent dans nos perceptions.

Les impressions ne vont pas se loger dans les centres inférieurs, à l’insu du centre supérieur. C’est l’àme, c’est toujours l'àme

qui voit, entend, se souvient et oublie.

J’estime donc que cette l)ypollièse de Tenimagasinement de toutes les impressions, faibles ou fortes, dans les limbes de Tinconscience, n’est pas jusliliée. J’estime aussi que, très souvent, on se contente d’une hypothèse gratuite quand on explicjue le pressentiment par l’intervention du sous-moi : on croit aiiïsi se tirer d’affaire, mais on n’explique rien.

En prière dans Téglise Saint-Louis, l’abbé de Montmorin se sent pressé de changer de place. Après de longues hésitations, il cède à cette impulsion et s’éloigne. Aussitôt, une pierre se détache de la voûte et tombe à l’endroit ([u’il venait de quitter.

Le Dr Ménard se contente de répondre :

a Le avait vu la pierre s’ébranler. »

Qu’en savez-vous? On suppose ici gratuitement que l’abbé avait levé la tète, qu’il avait vu la pierre s’ébranler, iju’il y avait eu chez lui hésitation, conflit d’impressions, et enfln, décision.

Mais, pas du tout! Si les choses s’étaient passées comme on le suppose, il n’y aurait rien d’extraordinaire, et l’abbé n’y aurait attaché aucune importance. On lève la tète, on voit une poutre qui branle, on prend la précaution de s’éloigner; tout cela est naturel.

Pendant qu’il était en prière, l’abbé a senti intérieurement un avertissement secret, une impulsion sourde et persistante; il n’a pas hésité, délibéré, pesé les motifs d’agir ou de

résister, il n’a pas fait un acte intellectuel, en prévision d’un danger qu’il voulait éviter, il a obéi mécaniquement à une impulsion, et il a reconnu dans cette impulsion l’intervention paternelle de la Providence qui voulait lui sauver la vie.

Le sous-moi est un mot qui n’explique rien.

Je citerai encore d’autres pressentiments extraordinaires qu’il est impossible d’expli- (juer par le sous-moi, ou par la dissociation des centres inférieurs et du centre supérieur. Je les citerai, sans les discuter; la discussion nous entraînerait trop loin.

« Un des cas les plus remarquables de pressentiment que je connaisse est ce qui arriva, il n’y a pas longtemps, à bord d’un des navires de Sa Majesté, en rade de Portsmouth. Les officiers étant un jour à table, un jeune lieutenant, M. P..., posa subitement couteau et fourchette, repoussa son assiette et devint très pâle. Se couvrant le visage de ses deux mains, il se leva de table et se retira.

« Le président du mess, le croyant malade, envoya un des jeunes officiers savoir ce qui en était. M. P... ne voulut d’abord rien dire, mais finit par avouer qu’il avait été saisi par l’impression subite et irrésistible (ju’un frère qu’il avait alors aux Indes était mort.

« Il est mort, dit-il, le 12 août, à 6 heures.

J’en suis pai raitcuient siir. » Rien ne putadaiblir celle conviction, et, en temps voulu, la chose se vérifia à la lettre. Le jeune liomme était mort à Carrupore, au moment précis ([ui avait été mentionné. »

a J’ai entendu citer plusieurs exemples de gens rentrant précipitamment parce qu’ils pressentaient le feu.

« M. de Caldenrrod, s’étant absenté, fut saisi d’une telle anxiété au sujet des siens qu il se sentit poussé à venir les rejoindre et à leur faire quitter la maison qu’ils habitaient ; une aile s’écroula immédiatement après leur sortie. Il n avait jamais eu Vidée d'un tel accident, et il ny avait aucune raison de sy attendre, un défaut dans les fondations en était la cause.

Un fait identique est raconté par Stilling.

Le professeur Bœhm, qui enseignait les mathématiques à Marburg, était, un soir, avec des amis et fut pénétré tout à coup de la conviction qu’il devait rentrer. Mais, comme il prenait tranquillement son thé et n’avait rien à faire chez lui, il résista à ce sentiment qui revint, cependant, avec une telle force qu’il fut obligé de céder.

« Arrivé chez lui, il trouva tout comme il favait laissé, mais se sentit poussé à changer son lit de place; il résista encore à cette impulsion. Cependant toute résistance était vaine. Si absurde que cela parut, il sentit quil devait le faire. 11 appela donc la bonne, X, 1 . iS.

- QÜJ -

et lira avec son aide le lit de l’autre côté de la chambre. Cela fait, il se sentit à son aise et retourna tinir la soirée avec scs amis. On se sépara à dix heures. Il rentra, se coucha, et s’endormit.

« Il fut éveillé au milieu de la nuit par un grand fracas et s’aperçut ({u’une grosse j)outre était tombée, entraînant une |)artic du plafond.

— «M. D..., jeune liommedu Cumberland, vint étudier à Edimbourg et y fut confié aux soins de son oncle et de sa tante, le major et ^Ime Grifïiths, qui habitaient alors le château. Ce jeune homme faisait souvent des excursions avec ses amis, et il dit un jour (ju'ils avaient projeté une partie de pèche, et avaient commandé le bateau pour le lendemain.

« Aucune objection ne fut faite, mais, au milieu de la nuit, Grilïîths cria : « Le bateau coule, sauvez-les! » Son mari supposa qu’elle avait pensé à la partie de pèche. Elle alïirma ([u’clle n'y avait pas pensé le moins du inonde, et se rendormit bientôt.

« Elle SC réveilla une seconde fois, criant (|u’elle voyait le bateau couler. « Ce sont, « évidemment, les suites de l’impression que a m’a faite le premier rêve, dit-elle à sou « mari, car je n’ai pas la moindre iiujuiétude (( au sujet de la partie de pèche. » Ils se rendormirent. Cependant, son mari fut encore éveillé par ces cris : « Ils sont perdus, disail- « elle, le bateau a coulé ! »

— -jGI —

I a Elle s’iiiquiéla d'aboid sérieiiscnient, et, sans attendre le malin, passa sa robe de g chambre et alla trouver M D... qui était encore

U au lit et lui persuada, à grand’peine, de renon¬

cer à l’excursion projetée.

(( Il envoya donc son domesticiue à Leith pour l’excuser, et ses amis embarcjucrent sans lui. Le temps était très beau quand ils mirent à la mer; mais, une tempête s’éleva quehjues heures après, le bateau coula, et personne ne

survécut*. »

Les exemples que nous venons de citer, et d’autres plus nombreux (jue nous pourrions citer encore ne nous permettent pas de donner une explication unicjue et générale de tous les pressentiments; il est indispensable de faire des distinctions et des classitications dans les cas qui ont été sérieusement cons tatés et observés.

Je rêve, pendant ta nuit, que je soutire du cœur, du foie ou de l’estomac. Je m’éveille avec cette impression : j’ai le pressentiment de la maladie qui va me frapper; le pressen-

* Mistrcss Gkowe, Les Côtés obscurs de la nature^ p. 87. Les auteurs qui se sont occupés des pressentiments nous ont laissé un grand nombre de faits aussi clairs et aussi explicites que ceux que nous venons de citer, llsuflit de consulter les publications très documentées de la Société des Sciences psychiques de Londres.

liment se réalise. Je trouve ici, au point de départ, une cause physique, réelle, un trouble dans les organes, plus sensible pendant la nuit, qui a déterminé une impression douloureuse, et un pressentiment.

Un jour je serai frappé d’un ensemble de circonstances, qui attirent mon attention et j’aurai le pressentiment d’un événement prochain heureux ou malheureux, qui se trouve lié à ces circonstances, par un lien de causalité. J’y pense avec attention, j’y reviens, je provoque une obsession, j’acquiers la conviction de la proximité de cet événement qui se réalise. Assurément, je ne verrai rien d’anormal ou de surnaturel dans le fait que je viens d’analyser. Mon imagination a fait tous les frais de ce pressentiment.

11 ne faut pas confondre le pressentiment et la conjecture. Si je vois une pierre branlante à la voûte d’une église, si j’observe une large lézarde dans une muraille, si je remarque une rupture commencée dans la corde d’une grosse cloche, il est évident que je peux prévoir ou conjecturer la possibilité d’un accident contre lequel j’essaierai de me défendre. C’est mon esprit, c’est ma raison qui observe et déduit des conclusions.

lien est tout autrement dans le pressentiment; ma raison n’y intervient i)as, mon appréhension ne repose pas sur des faits observés, elle me parait ridicule, quehjuefois, elle ne comporte ni analyse, ni synthèse, ni induction, ni déduction. Je suis saisi, tout

à con[), par une impression (pii naît dans les profondeurs mystc^rieuses de mon àme, monte à la surface, et s’empare de moi. Quehjue chose, en dehors de toute conjecture, me dit int(5rieurement (jue Je viens de perdre un élve (jui m’est cher ou (ju’un grand danger me menace. C’est une impression cjui m’obsède et dont la cause reste inconnue.

Sans doute, nous vivons par notre àme, sous le regard de la Proviclence, dans le monde des esprits bons et mauvais, anges et démons qui nous entourent, nous pressent, nous avertissent, nous impressionnent de mille manières, et occupent une grande place dans les événements de notre vie. C’est à la Providence et à ses anges qu’il faudra demander, le plus souvent, l’explication de ces pressentiments étranges, de ces avertissements mystérieux, à la veille d’un malheur ou d’un grand danger. Pourcjuoi l’oublionsnous si souvent? Quelle surprise (juand la mort nous fera voir dans une éclatante lumière ce monde invisible qui nous entoure, cc. monde dont les impressions répétées ont agi d’une manière si profonde et si pénétrante sur nos résolutions pendant la vie!

Mais, au-dessous de cette explication préternaturelle (jui, seule, peut éclairer certains pressentiments, l’observation nous fait découvrir d’autres pressentiments, qui ont une origine naturelle et dont il est permis de chercher l’explication dans les causes physicjues de Tunivers.

— tjifkï ~

jMëditez cette belle page d’uii très orthodoxe et très savant théologien de rUniveisité de Wurtzburg ' :

« Quand on s’est pénétré de la pensée que, nous sommes liés et formons un même tout avec Tunivers entier, avec notre système solaire, avec notre terre, et surtout avec la nature qui nous environne ; que notre essence est continuellement traversée et influencée, quoique à notre insu, par les irradiations vitales de toutes ces sphères, on s’étonne beaucoup moins de certaines perceptions mystérieuses de nos nerfs, de certains pressentiments extraordinaires.

« Puisque notre sensibilité s’accroît parfois, soit à cause de l’irritabilité accidentellement plus forte des nerfs, soit en raison de la force relativement plus grande des impressions, juscju’à élre aifectc de ce qui se passe en certaines régions de notre être, dont nous n’avons pas ordinairement conscience, [)ourquoi cette même sensibilité ne serait-elle pas aussi susceptible de s’étendre dans ses ra[)ports avec le monde extérieur, de manière à saisir parfois des influences qui ordinairemeiiL lui échappent? Les changements de température, un orage qui menace, des froids vifs, tous ces mouvements de la pression atmosphérique, de l’électricité, du magnétisme, agissent matériellement sur les sains comme sur les malades, sur ceux qui ont la sensibilité

* P>ariz Hettingeu, Apologie du Christianisme p

t. II, p. 194.

obliise, comme sur ceux qui Tout très vive, et cependant ils passent inaperçus chez les uns, et sont ressentis des autres.

« Là, et là seulement, se trouve tracée ta voie qui mènera à comprendre la raison de ces perceptions surprenantes, et difficiles à expliquer. On arrivera ainsi par exemple à voir que, en songe, une vision magnétique qui nous offre dans le présent l’image d’un événement nécessairement mêlé à la trame de notre vie, mais non encore accompli, peut s’expliquer tout aussi naturellement que le pressentiment qu’un corps maladif et irritable a présentement de certaines variations de température qui ne s’accompliront, il est vrai, que plus tard, mais qui sont déjà en préparation.

(( Il en sera de même des autres phénomènes de clairvoyance. Nous admettons, comme un fait constant, l’instinct des bêtes parce qu’il n’est pas possible de le contester ; mais, le pressentiment chez l’homme est-il plus incompréhensible que l’instinct? Ils vont tous les deux de pair, et parallèlement l’un à l’autre. L’instinct des animaux est ta perception immédiate de ce qui regarde leur conservation, et le pressentiment est le sentiment immédiat de changements qui se préparent.

« Il est très certain, dit Gœthe, que, dans certains cas, les libres sensibles de notre âme peuvent atteindre au delà de nos limites corporelles, qu’elles jouissent quel{|uefois du

pressentimenl ou de la vue réelle de notre prochain avenir. Nous sommes dans un milieu dont nous ignorons les mouvements et les inlluences sur nous, ainsi (|ue les relations avec notre âme. Nous avons tous en nous quelque chose de forces électriques et magnéticpies. Il m’est arrivé souvent, lorscjne j'élais en compagnie d’un ami et que j’avais l’esprit vivement occupé d’une pensée, de voir cet ami me parler, le premier, de ce que j’avais dans l’esprit. Uneàme peut aussi agir sur une aulre par sa présence muette. »

LA TÉLÉPATHIE ET l’ACTION A DISTANCE

Le plicnomèiie de l’action à distance préoccupe aujourd’hui un grand nombre d’esprits (pii en ont constaté la réalité sans pouvoir en découvrir le mécanisme mystérieux.

Pouvons-nous, sans recourir à l’intermédiaire des sens, par un acte très intense de notre volonté, transmettre à une personne éloignée nos sentiments, nos images, nos pensées?

Au livre des Sources, p.283, Tabbé Gratry s’exprime ainsi à ce sujet :

« Très réellement, comme le dit Fénelon, les hommes sc touchent d’un bout du monde à l’autre. Ils nous touchent ! Voilà donc ce prochain ([u’il nous faut assister. Or, en ce réel contact des âmes, est-ce que mes élans de cœur, mes certitudes, mes résolutions, mes lumières ne sont en rien communicables?

((Certes, si aujourd’hui les corps se touchent

et se conniiunicjuent d’uii bout du monde à l’autre, dans l’électricité, me fera-t-on croire, je vous prie, (jueles âmes ne communiquent pas? Mais le contact des âmes, certain d'avance par la raison et parla foi, est aujourd'iiui sensible par l’expérience. Ici, encore, moi qui écris ces lignes, je sais, fai iyu, »

Cette affirmation est nette et absolue.

Au mois de juin 1867 , vers deux heures de l'apiés-midi, je faisais ma promenade habituelle au Luxembourg. Subitement, sans délibération, et comme j’aurais exécuté un mouvement réflexe, je revins sur mes pas, je sortis du jardin, et je me dirigeai vers la maison de Gratry, rue Barbet-de-Jouy, 34-

Ce mouvement m’étonna moi-meme, et je me disais : c’est étrange, je vais chez l’abbé Gratry sans savoir pourquoi, sans résolution, sans attention, sans aucun motif, sans me sentir ap[)elé intérieurement par lui, [loussé, en quelque sorte par une force mécanique et déterminante.

J’arrive, je sonne, Gratry vint m’ouvrir la porte et s’écria en me voyant ; « Lutin, vous arrivez, voilà une demi-heure que je vous appelle! »

J’avais l’explication du mouvement automati(|ue (jue je venais d'exécuter. L’abbé Gratry n’avait aucune nouvelle à m’annoncer, il n’était pas sous le coup d’une émolion; il avait fait une expérience, il avait réussi. 11 a du la renouveler souvent avec d’aulres personnes, pour écrire, dans scs Sources, celte

déclaration si catégorique : Je sais, fai vu!

Je voudrais approfondir cette question.

Depuis longtemps elle est Tobjet de mes recherches et de mes méditations solitaires, elle m’altire invinciblement.

• Il faut avant tout circonscrire notre étude,

^ dégager la partie théologique, et voir claire- ‘ ment le but que nous voulons atteindre.

I Nous reconnaissons la réalité d’une télépatine divine, c’est-à-dire d’une action à distance, d’une action préternaturelle entre \ des âmes élevées en sainteté, et alfranchies

i accidentellement des lois de l’espace, par une faveur singulière de Dieu. Nous sommes ici ' dans les régions élevées du surnaturel. C’est ^ Rita de Gassia, enlevée et transportée vivante ^ par les saints, dans le couvent des Augustines,

S i dont les portes avaient été fermées avec soin,

I et dont toutes les issues étaient sévèrement gardées. C’est la bienlieureuse Liduine qui, tout en restant visible et immobile là où elle entrait en extase, visitait les lieux saints, montait au Calvaire, s’arrêtait à Rome, dans les sanctuaires les plus vénérés, se déchirait t les bras en traversant des épines, et conser- } vait, encore, après son extase, les lilessures j saignantes qui rappelaient cet accident. C’est li le grand thaumaturge Joseph de Copertino, Il qui, se trouvant à Assise, entendit sa mère

mourante à Gopertino, s’écrier : O mon fils Joseph, ne te verrai-jedonc plus?—«Aussitôt, écrit Gorres, une grande lumière remplit la chambre de la mourante, la mère revit son iils et s’écria : O frère Joseph, mon fils!

« Or, à ce moment, il sorlit précipitamment de sa cellule pour aller prier dans l'église. Un frère, le rencontrant, lui demanda la cause de sa tristesse. 11 répondit : INIa pauvre mère vient de mourir! »

Par ce récit touchant ou l’on retrouve à la fois le charme poétique de la légende et la sévère exactitude de l’iiistoire, nous voyons une communication de pensées et de sentiments, suivie de bilocalion, se produire à distance entre la mère et l’enfant.

Ces faits ne sont pas rares dans la vie de quel(|ues saints privilégiés, ils nous reposent, nous charment, comme une bienheureuse vision de paix, et emportent notre esprit dans les plus hautes régions de l’audelà,

Il faut bien reconnaître aussi la réalité d’une télépathie satanique entre des âmes qui se sont livrées au démon, par un acte volontaire. Le démon ne s’empare jamais directement de la liberté humaine, elle reste perpétuellement inviolable; il s’empare des facultés sensibles, de la partie matérielle de la créature, il la troqble etla bouleverse, il enveloppe la liberté et l’assiège sans l’atteindre directement, et, tant (jue dure la tyrannie de sa souveraineté, il la met dans fimpossibilité de

se manifester : ici encore nous retrouvons Tinliibition et la ;dynamogénie.

Alais, le possédé volontaire, celui qui s’est livré à Satan par des pactes, des évocations, des sacrements sacrilèges, par les rites de la magie noire, celui qui prétend se servir du démon pour réaliser ses desseins de passion impure ou de vengeance, avant de de venir sa victime et sa proie, celui-là entre dans le monde ténébreux; l’économie des rapports habituels de sa vie avec la nature et avec ses semblables se trouve aussitôt profondément modiliée, et les phénomènes de télépathie ou d’action à distance dont il nous donne le spectacle troublant ont un caractère particulier.

Le possédé volontaire participe à la connaissance, à la puissance, à la vie du démon : il voit à de longues distances, il pénètre et révèle les fautes les plus cachées, il conjecture l’avenir et contrefait les prophètes; il parle en des langues qu’il n’a jamais apprises, il s’entretient avec d’autres possédés, dans d’autres pays. C’est principalement dans les détails des exorcismes répétés que ces prérogatives sataniques apparaissent, dramati(|ues et elfrayantes, c’est là que l’on peut étudier la télépathie sous un aspect particulier.

L’envoûtement, les maléfices, les sorts dont il est si souvent parlé dans la inysti(pie diabolique ap[)artiennent incontestablement à cette catégorie de télépathie.

Je fais donc la part aussi large qu’il est

— ajî —

nécessaire dans ces matières an prélernalnrel divin, je reconnais la réalité d’une lélépalliie <liville et d’une télépathie déinoniacjue, mais faut-il nier la possibilité d’une télépathie naturelle, d’une action naturelle à distance entre les âmes? N’est-il pas permis de demander aux sciences naturelles qui ont modilié si profondément la conception traditionnelle de la nature physique, l’explication de (pielques phénomènes extraordinaires de télépathie? Xe faut-il pas reconnailre que certains théologiensdes siècles passés, qui s’inspiraient d’Aristote dans l’interprétation des phénomènes physi<|ues de la natnre, modilieraient leurs thèses vieillies sur ce point, s’ils voyaient ce (pie nous voyons? N”est-il pas contraire aux faits les mieux constatés, n’est-il pas d une dangereuse imprudence de prétendre que tout phénomène de télépathie est ni'cessairemcnt ou démoniaijue ou divin?

« J’avais fait connaissance, écrit le Liébeault, d'une famille française de la Nouvelle- Orléans venue pour alfaires à Nancy, parce que son chef, M. G..., m’avait amené sanii'ce, M‘‘‘ B..., pour (pie je la traitasse par les procédés hypnotiques. Elle était atteinte d’une anémie légère et d'une toux nerveuse contractées à Coblentz dans une maison d’éducation où elle était professeur. Je parvins

facilement à la nietlre en somnambulisme, et elle fut guérie en deux séances. La production de cet état de sommeil ayant démontré à la famille G... et à qu’elle pourrait

facilement devenir médium G... était

spirite), cette demoiselle s’exerça à évoquer, à Taide de la plume, les esprits, auxquels elle croyait sincèrement, et, au bout de deux mois, elle fut une remarquable écrivante. C’est elle que j’ai vue de mes yeux tracer rapidement des pages d’écriture (lu’elle appelait des messages, et cela en des termes choisis et sans aucune rature, en même temps qu’elle tenait conversation avec les personnes qui l’entouraient. Chose curieuse, elle n’avait nullement conscience de ce (ju’elle écrivait; a aussi, disait-elle, ce ne peut être qu’un esprit qui dirige ma main, ce n’est pas moi ».

« Un jour, c’était, je crois, le 7 février i8d8, vers 8 heures du matin, au moment de se mettre à table pour déjeuner, elle sentit un besoin, un quehjue chose qui la poussait à écrire (c’était ce qu’elle appelait une transe), et elle courut immédiatement vers son grand cahier, où elle traça fébrilement, au crayon, des caractères indéchilfrables. Elle retraça les mêmes caractères sur les pages suivantes, et enfin, l’excitation de son esprit se calmant, on put lire (ju’une personne nommée Marguerite lui annonçait sa mort. On supposa aussitôt qu’une demoiselle de ce nom qui était son amie, et habitait comme professeur le même

pensionnai de Cobleniz où elle avait exerce les mêmes fondions, venait d’y mourir. Toute la famille G..., y compris B..., vint

immédiatement cl»ez moi, et nous décidâmes de vérifier, le jour même, si ce fait de mort avait réellement eu lieu.

(( B... écrivit à une demoiselle anglaise

de ses amies qui exerçait aussi les mêmes fondions d’instilutrice dans le pensionnai en question : elle prétexta un motif, ayant bien soin de ne pas révéler le motif vrai. Poste pour poste, nous reçûmes une réponse en anglais, dont on me copia la partie essentielle, réponse (jue j’ai retrouvée dans un portefeuille il y a à peine (juinze jours, et égarée de nouveau. Elle exprimait l’étonnement de cetle demoiselle anglaise au sujet de la lettre de M'ie B.... lettre qu*elle n’attendait pas si tôt, vu que le but ne lui en paraissait pas assez motivé. Mais, en même temps, l’amie anglaise se bâtait d’annoncer à notre médium (|ue leur amie commune, Marguerite, était morte le 7 février, vers les 8 heures du matin. En outre, un petit carré de pa[)ier imprimé était inséré dans la lettre : c’était un billet de mort çt de faire part. Inutile de vous dire (jue je vérifiai l’enveloppe de la lettre, et que la lettre me parut venir réellement de Cobleniz. Seulement j’ai eu depuis des regrets. C’est de n’avoir pas, dans l’intérêt de la science, demandé «à la famille G... d'aller avec eux au bureau télégraphique vérifier s’ils n’avaient pas reçu une dépêche télégraphique dans la

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