VJ
matinée du 7 février. La science ne doit pas avoir de pudeur : la vérité ne craint pas d’étre vue. Je n’ai comme preuve de la véracité du fait q\i’une preuve morale : c’est l’honorabililé de la famille G..., qui m’a paru toujours au-dessus de tout soupçon ^ »
Le cas cité par le D** Liébeault appartient à la catégorie des phénomènes provoqués, il se rattache à l’hypnose, au spiritisme, au magnétisme, à ces états confus, obscurs, mystérieux de l’àme humaine, où il estcjuelquefois si difficile de s’orienter.
Cette présence et cette action de l’hypnotisme sur son sujet, ces transes, ce sentiment d’une irrésistible invasion d’une cause étrangère ou d’un esprit, tout cela nous éloigne du problème dont nous cherchons la solution.
Nous aurions préféré un fait analogue 11 celui ({ue nous avons rapporté au commencement de cette étude, en parlant du P. Gralry, un fait dégagé de tout magnétisme, de tout spiritisme, de toute influence d’un hypnotiseur, de tout sommeil provoqué.
A ce propos, M. Liébeault essaie d’expli- ([iier, scientifiquement, sans distinction, tous les phénomènes de télépathie. C’est là ([ue celte observation psychologique présente un grand intérêt.
^ D*' Li «BEAULT, Thérapeutique suggestive, p. 277-
iG
« En attendant, dit le D' Liébeault, d’autres expériences pour contirmer les faits déjà connus de communication de pensée à distance, je ne crains pas d’émettre riiypothèse probable que si, dans certains états organiques, les sens et le cerveau de riiomme reçoivent des impressions plus vives et élaborent des opérations intellectuelles i>lus complexes que d’habitude, ces organes peuvent bien, dans les mêmes états, surtout chez quelques sujets très sensitifs, être susceptibles de fonctionner avec une délicatesse plus grande (pi’on ne l’a soupçonné encore.
Par exemple, si l’on admet, avec ([uehpies esprits non prévenus, (jue des vibrations transmises par contact, entre endormeurs et somnambules, sont non seulement saisies, mais comprises par ces derniers, on ne doit pas être éloigné de croire que, comme pour un grand nombre de phénomènes physiques acceptés de tous, des ondulations, vrais [)rolongements de ces vibrations, ne puissent se transmettre [)ar l’air, puis être ensuite ressenties et interprétées à de grandes dislances par des sujets éminemment nerveux. Et l'on doit être d’autant plus porte à cette croyance, si les sujets en e\[)érience sont habitués à être endormis par un même hypnotiseur, ou s’il y a entre eux et lui de la sympathie, des attractions de caractères... 11 est reconnu que
les pigeons voyageurs transportés au loin retrouvent leur demeure sans qu’on sache bien comment; que des chiens, des chats^ des ânes, etc., ont aussi la même faculté; (pie des animaux, beaucoup moins haut placés dans la chaîne des êtres : l’abeille, la tortue, le saumon, etc., sont doués d’un même pouvoir, et Ton refuserait à l’homme, dont on sait combien les sens et l’intelligence arrivent parfois à un grand degré d’cxallatioii et de pénétration, on lui refuserait la faculté élevée d’être apte à recevoir des communications suggestives venues de lieux éloignés et provo({uées tacitement par action mentale?
«Dans les cas spécir^ux que j’examine, il n’y a certes rien d’impossible que, à de grands éloignements, il n’y ait eu, sans (ju’ils se soient même sentis impressionnés, de la part de ces somnambules et des médiums, une réception par les sens d’ébranlements de l’air, et ensuite une interprétation intellectuelle de ces ébranlements : et si, dans un cas de transmission de pensée (cas de Cobleniz), la communication s’est faite à une distance de •200 kilomètres, n’est-ce pas aussi (jue les ondulations transmises étaient renforcées chez l’un des sujets par une disposition sensitive exceptionnelle, et chez l’autre par un état émotif excessif, celui (|ui s’est exprimé par la pensée au dernier moment de l’existence? Quand on sait <jue des forces inférieures en qualité aux forces pensantes :
forces attractives, lumineuses, caloriques,
- Li8(» -
éleelri(jues, el.c., ponèlrcnt à des éloignements incommensurables, dans loiitcs les direclions et à travers les interstices des globes célestes, remplissent les espaces et les mondes, c’est bien le moins (pie la pensée humaine, cette puissance (pie nous sommes si loin de connailrc, puisse, par certaines ondulalions à travers ratinosplière, se transmettre d’une personne qui exprime cette pensée à une autre (jui, à son tour, sympathiquement, en ressent les signes Iransiiiis et les inter[>rète ensuite ^ »
Le D** Liébeault allirme, en s’autorisant de l’expérience et de la logicjue, la réalité de l’action à distance, elle lui paraît inconleslable, mais il ne présente (ju’à titre d’hypothèse et sans exclure d’autres recherches, l’explication (pii lui paraît la plus probable. Son explication repose sur une certaine analogie. Si les l'orces électri(iues, calori(pies, lumineuses pénètrent, traversent, sillonnent l’espace incommensurable, à tout instant et dans toutes les directions, pour(pioi la pensée qui est, elle aussi, une force, encore ([u’elle a[)particnne à l’ordre immatériel, ne pourrait-elle pas jaillir de notre cerveau, rayonner et provo(|uer une modilication, à une certaine distance dans un autre cerveau?
Sans supposer même une action direcle, immédiate et trop dillicile d’ailleurs à justiher entre deux esprits séparés par un grand
* Op. cit., p. 27 <j-28i.
— qSi —
espace, on pourrait adinetlre que la vibration cérébrale, déterminée par iiiie pensée, agit iinniédialemenl sur l'éther, ou sur un autre Iluide dont la nature nous est encore inconnue, et se propage, sous l’impulsion intense de notre volonté, jusqu’au cerveau d'un autre sujet qui rinterprcte et la comprend.
William Crookes ne répugnerait pas à cette explication. c< Dans la télépathie, écrit ce savant, nous avons deux faits physi(|ues : changement physique dans le cerveau A, celui qui émet la suggestion et changement pliysique analogue dans le cerveau B qui reçoit cette suggestion. Entre ces deux événements physiques, il doit exister une série de causes physicpies.,. Cette série de causes ne peut se produire (ju’à travers un milieu; tous les phénomènes de l’univers sont, on peut le présumer, continus, et il est contraire à l’esprit scientilhiue de faire appel à des agents mystérieux (|uand les progrès récents de nos connaissances ont montré que les vibrations de l’étlier avaient des pouvoirs et des attributs répondant largement à toute demande, même à la transmission de la pensée. »
Il est permis d’alfirmer ([ue les anges et les démons dont l’intelligence est infiniment supérieure à l’intelligence luimaine, connaissent ce milieu continu et la manière de s’en servir pour la transmission à distance de la pensée, et si nous arrivons à le découvrir, à saisir le mécanisme de la télépathie naturelle, on ne pourra jamais en rien conclure contre
T. I. iti.
— -jtHa —
le préternaturel démoniaque et divin : le problème se posera ainsi : quel est l’agent ou naturel, ou démonia(|ue, oudivin qui,dans tel cas donné, s’est servi de ce milieu pour produire un phénomène de télépathie?
Mais les esprits angéliques ou démoniaques n’ont besoin ni de ce fluide, ni de ce milieu vibrant pour communiquer entre eux, malgré l’obstacle du temps, de l’espace et de la matière.
M. Camille Flammarion étudie ce problème dans Touvrage qu’il vient de publier sous ce titre : L'Inconnu et les problèmes psj’chiqiies; il ajoute quehjues faits nouveaux à la masse énorme de documents, réunis par les chercheurs dans le monde de rinconnu. Tous ces documents n’ont pas une égale valeur : il faut faire la ])art de. l’imagination surexcitée, de l’hallucination et des coïncidences fortuites, des inexactitudes involontaires du narrateur: il faudrait écarter aussi provisoirement les phénomènes d’action à distance obtenus avec des sujets déjà entraînés par de fréquentes expériences de magnétisme, et se contenter, comme nous l’avons fait en citant l’expérience (le l'abbé Gratry, d’étudier l’action volontaire d'un homme, libre de toute influence magnéticiue, sur un sujet éveillé ([ui n’a jamais été magnétisé. Il faut observer le fait dans les conditions normales de la vie,.
sous peine de compliquer le problème et d’en retarder la solution, pour les esprits sincères qui cherchent la vérité.
C’est aussi compli(|uer inutilement le problème de recourir à l’hypothèse invraisemblable, erronée d’un corps astral qui n’a jamais existé que dans l’imagination rêveuse de quelques occultistes, et nous félicitons M. Flammarion d’avoir échappé à ce danger.
M. Flammarion se range volontiers à l’opinion que l’abbé Graliy a souvent défendue devant nous, à l’action des esprits, les uns sur les autres, par l’intermédiaire de l’éther.
« Il est admis, en physique, que l’éther, ce fluide impondérable considéré comme remplissant res[)ace, traverse tous les corps, et que, même dans les minéraux les plus denses, les atomes ne se touchent pas et lloLlent, en ((uehjue sorte, dans l’éther.
« Ce Iluide transmet, à travers l’immensité, les mouvements ondulatoires produits dans son sein par les vibrations lumineuses des étoiles : il transmet la lumière, la chaleur, l’attraction à des distances considérables.
«Qu’yaurait-ild’inadmissibleàce que, pénétrant, comme il le fait en réalité, nos cerveaux en vibration, il transmette également à distance les courants (jui envahissent nos têtes et établisse un véritable échange de sympathies e( d’idées entre les êtres pensants, entre les habitants d’un même inonde...
« Nous pouvons concevoir que, dans certains cas, dans certaines conditions, un mou-
venienL vil)raloire, un rayonnement, nu courant plus ou moins intense, s’élance d’un point du cerveau et aille iVapper un autre cerveau, lui communiquer une excitation soudaine qui se produise en une sensation d’audition ou de vision. Les nerfs se trouvent ébranlés de telle ou telle façons »
M. Flammarion n’a pas la prétention d’expliquer scientifiquement ou philosophiquement les phénomènes de la télépathie, il veut seulement établir, el il croit avoir établi par des faits incontestables, l’action de l’àine à distance, l’existence à côté du monde visible el connu, d’un ordre de choses invisible et inconnu qui mérite l’attention des esprits sérieux : tout le reste est hypotlièse sujet à discussion.
Nous étudierons plus à fond, au chapitre suivant, la théorie de M. Flammarion.
Je ne sais pas si l’esprit humain qui a fait, de nos jours, de si grandes découvertes dans le monde scientifique découvrira aussi ces ondes psj^chiqiies qui, parties de notre organisme sous l’impulsion puissante de l’àme, transmettraient au loin^ comme font les ondes sonores, nos sentiments, nos images et nos pensées. C’est le secret de Dieu et de l’avenir.
* Flammarion, L'Inconnu et les problèmes psychiques, p. 3 G 6 .
jNIais nous, catholiques, nous n’avons pas le droit de négliger l’explication tliéologique: même au point de vue philosophique, celle explication ne manque pas de valeur, et je regrette de ne pas en trouver la mention dans les recherches quelquefois aventureuses des ennemis du surnaturel : elle mérite au moins l’attention et la discussion.
Dans ce monde invisible et inconnu qui côtoie et domine le monde visible connu, il se trouve un nombre incalculable d’anges bons ou mauvais, d’esprits qui ne sont pas indifférents aux grands phénomènes de l’univers et dont la Providence ne manque jamais de faire ses instruments dans le gouvernement du monde.
Bossuet est l’écho de la théologie, de la tradition et de la croyance universelle des anciens peuples quand il s’écrie : « Comptez, si vous le pouvez, ou le sable de la mer, ou les étoiles du ciel, tant celles qu’on voit que celles qu’on ne voit pas, et croyez que vous n’avez pas atteint le nombre des anges.
Il ne coûte rien à Dieu de multiplier les choses les plus excellentes; et, ce qu’il y a de plus beau, e’estpour ainsi dire ce qu’il prodigue le plus K »
Rapprochez de cette déclaration de Bossuet, ce principe si fécond de saint Thomas d’Aquin : « Toutes les choses corporelles (c’est-à-dire, sans doute, tous les phénomènes
* Bossuet, Élévation sur les mystères, 4® semaine.
de la nature) sont gouvernées par les anges ^ » Vous verrez alors, autour de vous,, dans l’espace, dans toutes les profondeurs, un nombre incroyable d’anges au service de la Providence, et tous ces anges mêlés à la vie de Punivers <|u’ils dominent j)ar leur intelligence, leur puissance et leur éclat.
Et vous comprendrez, peut-être alors, ces communications (jui s’établissent accidentellement entre les âmes, à de grandes distances, pressentiments angoissants, avertissements intimes, communications des mourants, apparitions et visions mystérieuses^ plîénomènes merveilleux qui déroutent la science et échappent encore à ses explications téméraires, et à ses hypothèses trop souvent éphémères.
Ce n’est pas moi qui parle ainsi, c’est Bossuet, c’est saint Thomas, c’est la théologie, c’est la tradition, c’est l’universelle croyance du genre humain.
Il est bon de nous arrêter devant cet enseignement et de l’étudier.
Manifestement, la puissance de notre ànie et de nos facultés n’est pas inlinie, je dirai la même chose de nos sens et de nos sensations.
Nous voyons, nous entendons, nous sentons
' Omnia corporaija reguntcr per angelos.
s, Th. y i>ars q. ex, art. i.
jus(|irà une certaine limite déteriniiiée par la structure de nos appareils sensoriaux, et [)ar la volonté de Dieu. Au delà, les communications sont coupées entre le sujet et l’objet
Ainsi, quand un objet se trouve en dehors d’une certaine limite connue par la science, il est évident (jue nous ne pouvons ni le voir, ni le sentir, ni l’entendre parce qu’il ne produit aucune impression sur notre système nerveux et sur les centres du cerveau. Je ne suis pas org^anisé pour voir, entendre, sentir ce qui se |)asse à l’exlrémité du monde, si violente que soit d’ailleurs la perturbation ([ue je suppose gratuitement exister dans l’organe des sens, si agité que puisse être mon système nerveux livré aux désordres capricieux de l’hyperesthésie.
Si donc je voyais, en ce moment, de Paris, les événementsquise succèdentàSaint-Pétersbourg ; si j’entendais' par exemple les conversations; si je suivais les personnages et si j’en faisais unedescriptioii exacte, je n'aurais pas le droit de dire (jue je vois ce spectacle par mes yeux, (jue j’entends ces conversations par mes oreilles, ([ue je reçois l’impression sensible d’un Iluide ou de je ne sais ([uel etlluve inconnu; ni la philosophie, ni la physicpie,
^ Nous percevons par les yeux les vibrations de l’éllif^r comprises entre 4^0 millions par seconde (lumière rouge) et ;;5o trillions (lumière violette). Nous entendons par les oreilles des vibrations de l’air, comprises entre 3*2 et 3(3.ooo par seconde. — La sensation de chaleur correspond à des vibrations comprises entre 35o et (3oo trillions. E. M.
— ti8S —
ni la physiologie n’auloriseiîl ceite aiïirmation qui est en opposition avec la nature, le rôle et l’organisation des appareils des sens.
Nous sommes donc en présence d’un phénomène d’un ordre nouveau qui se produit immédiatement dans Tàme, dans l’esprit, dans l’imagination, sous l’inlluence d’une cause immatérielle qu’il faut essayer de déterminer.
Qu’il existe en dehors de ce monde visible d’autres créatures plus intelligentes que nous, et immatérielles, anges bons ou mauvais, cela ne répugne en rien à ma raison ; cjuc ces créatures puissent entrer en communicalion avec mon àme, cela ne répugne pas davantage. Au point de vue purement naturel, la genèse des pensées les meilleures et les plus liautes dans mon ànie attentive est souvent un grand mystère, et je sais si peu de chose qu’il serait bien imprudent de la part de l’homme d’oser dire avec assurance, en parlant de ces communications : cela n’est pas possible, cela n’est pas.
Je suis persuadé, au contraire, (|ue ces rapports sont possibles, et j’entre volontiers dans une étude plus approfondie de la solution théologi(iue du problème de la télépatliie.
Saint Thomas d’Aquin nous apprend, après saint Denis, que les esprits, c’est-à-dire les natures incorporelles, dépassent inliniment par leur multitude, toutes les créatures corporelles et que des anges président aux grands phénomènes de la nature Bossuet que nous avons déjà cité, et qui résume la tradition théologique explique ainsi, à cette occasion, une des pernicieuses erreurs du paganisme :
a Quand je vois dans les prophètes, dans l’Apocalypse et dans l’Evangile même, cet ange des Perses, cet ange des Grecs, cet ange des Juifs; lange des petits enfants qui en prend la défense devant Dieu contre ceux qui les scandalisent: l’ange des eaux, l’ange du feu, et ainsi des autres, et quand je vois parmi tous ces anges celui qui met sur l’autel le céleste encens des prières, je reconnais dans ces paroles une espèce de médiation des saints anges : je vois même le fondement qui
^ Dyonisius ponit quod multitudo angeloruiiilranscendit omnem materialem nmllitudinem, scilicet, sicul corpora superiora Iranscendunt corpora inferiora niagnitucTne quasi in iinmensum, ita superiores naturæ incorporæ transcendiinl multitudine omnes naturas corporeas. — S. Th.^ p. 1®, q. cxii, art. 4 — Ad ordinem virtutiim pertinere videnlur ornnes angeli qui habent prœsidentiam super res pure corporeas. — P. P, q. ex, art. i ad S"'".
peut avoir donné occasion aux païens de distribuer leurs divinités dans les élémenls et dans les royaumes pour y présider, car loute erreur est fondée sur quelque vérité dont on abuse »
Nous retrouvons à chaque page du Nouveau Testament cette présence et cette intervention des anges (|ui échappe à notre attention distraite : ils annoncent rincarnalion à îMaiïe, ils appellent les bergers à la crèche divine, ils ordonnent à Jose[)h la fuite en Egyplc, ils s’empressent auprès de Jésus, après la mystérieuse tentation, ils agitent l’eau de la [)iscine oii le malheureux sera guéri ; on les retrouve auprès du Christ agonisant au jardin des Olives; ils enlèvent la [)ierre du tombeau du Christ ressuscité ; les voici dans la prison où ils brisent les chaînes de Pierre, et ils le précèdent ouvrant les portes, déliant la vigilance des gardiens et lui rendant la liberlé.
Mais les anges sont innombrables, s’ils nous envelopi)ent ' de leurs Ilots et de leur |)rotection, s’ils président aux grands phénomènes terrestres, s’ils s’intéressent à noire vie morale, si le monde invisible, vivant et mystérieux, entoure ainsi et côteie le monde visible où s’écoule notre existence, il n’est pas étonnant (pi’il s’établisse entre ces deux mondes des communications, des inlluences, une action intime et profonde que nouscons-
^ Bossuet, l'Apocalypse, Prélace.
talons trop souvent sans chercher à Texpli (juer.
Le merveilleux nous apparaît ici sous un aspect nouveau dans sa matière et dans sa causalité.
Poursuivons cette analyse. Je regarde, en ce moment, de la plage où je suis seul un bateau de pèche qui s’en va au large sur la mer. J’en ai la perception claire. Les rayons lumineux viennent frapper dans mes yeux la membrane nerveuse de la rétine qui n’est que l’épanouissement du nerf opti({ue, ils en suivent les libres jusqu’au centre opticjue qui se trouve dans le cerveau, et je vois.
Si je ferme les yeux, et si le centre optique est encore ébranlé, je reverrai ce bateau ; mais l’image en sera moins vive que dans la perception.
Cependant, sous l’inlïuence de la fièvre, de la folie, ou d'autres causes, celte extrémité intérieure du nerf, ce centre nerveux optique peut se trouver agité avec une telle violence, {|ue je verrai ce bateau, comme s’il était présent. Et si ma raison se trouve un instant dans l’impossibilité de juger, de discerner, je donnerai à cette image une forme objective, réelle, je dirai dans mon hallucination que je vois réellement ce bateau.
Je pourrais faire le même raisonnement et arriver aux mêmes conclusions en étudiant
la pro|>agalion des ondes sonores dans Toreillc, et les vibrations du centre aconslicine dans le cerveau. Tantôt j’entendrai et je reconnaîtrai la voix (|iii parle, tantôt je croirai renlendrc, si l’extrémité interne du nerf acouslicpie est agitée dans le cerveau.
c( C’est pour([uoi, dit Descartes, il est ici besoin (pic nous remarquions qn’cncorc ([ue notre aine soit unie à tout le corps, elle exerce néanmoins ses principales fonctions dans le cerveau, et que c’est là (pie, non seulement elle entend et elle imagine, mais aussi qu’elle sent, et ce, par l’entremise des nerfs qui sont étendus, comme des filets très déliés, depuis le cerveau jusqu'à toutes les parties des autres membres, auxipiels ils sont tellement atlachés, (pi’on n’en saurait pres(pie toucher aucune qu’on ne fasse mouvoir les extrémités de quehpie nerf, et que ce mouvement ne passe par le moyen de ce nerf, jusqu’à cet endroit du cerveau où est le siège du sens commun K »
Si donc une puissance supérieure, une cause étrangère fait vibrer d’une manière appropriée à ses lins, soit le centre opti([ue, soit le centre acousti<pie, soit le centre olfactif, dans rintérieur du cerveau, je verrai, j’entendrai, je sentirai comme si je me trouvais en présence de la réalité.
Une mère tombe subitement en sommeil, et elle voit, à une grande distance, son lils
* Descaiites, Les principes de la philosophie^ (]iialrièine partie.
couché sur un ciiamp de bataille, elle voit sa tille ou sa sœur, déjà malade, étendue morte dans son lit; elle voit une amie qu une chute de voiture a jetée dans un fossé. Quel- (jues jours après, des lettres lui apprennent (jue son tils a été tué dans un combat, ([ue sa sœur a succombé à la maladie, que la voiture de son amie a versé.
Tels sont les cas les plus fréquents de télépathie.
Or, nous savons qu’il existe des millions et des millions d’anges, (jue leur nature spirituelle leur permet de franchir avec une incroyable vitesse les plus grandes distances, (pi’ils ont aussi la perception claire de ce qui se passe, sur la plus grande étendue de 1 univers, qu’ils s'intéressent à nous, à notre vie, à notre destinée, qu’ils sont les instruments de la miséricorde et de la justice de Dieu envers nous.
Pourquoi in’étonnerai-je si un ange, avec la permission de Dieu, et selon les vues de la Providence, ébranle le cerveau de celte mère, touche en elle les centres de la vie de relation, et fait ainsi apparaître dans une vision saisissante, l’image douloureuse de son fils, de sa tille ou de son amie qui viennent de mourir?
Et l’impression produite dans le cerveau silencieux de celte mère séparée un instant du monde réel par le sommeil sera assez intense pour lui donner la sensation de la réalité.
Tout s’csl passé cii elle, dans son iinaginalion et dans son cerveau.
Je n’ai besoin, pour avoir rintclligencc et rexplicalion de ce phénomène, ni de fluide nerveux, ni d’ondes psychicpies, ni de coips astral, ni de force neuri(jue rayonnante: il me siifTit de rappeler la présence des anges, les cllcls de l’impression cérébrale, l’étonnante puissance de l’image provocpiéc.
Et ce n’est pas une hallucination que je viensd’observer, car rhallucination ne répond pas à la réalité, tandis (jue la vision télépathique de la mère répond à une réalité objective, son (ils est bien couché sur le champ de bataille, sa sœur est bien morte, son amiegit, inanimée, dans le fossé.
Sous rim[)ression cérébrale causée par 1 ange, et comme la réalité aurait pu le faire, la mère a vu, et elle dira avec conviction :
j’ai vu !
Consultée récemment à propos de la disparition du capitaine de France, dont l’opinion publi(jue s’est émue, une somnambule célèbre aurait répondu : « Je vois un odîcier, assis dans la montagne, il prend des notes, un malfaiteur se précipite sur lui et le laisse baigné dans son sang. 11 n’est pas mort, des bergers l’emportent et le soignent avec dévouement. »
Cette vision est-elle vraie ou fausse, je
n’en sais rien, l’avenir nous l’apprendra.
Mais il est évident que celte somnambule n’a vu que dans son imagination la scène drainati(iue qu’elle vient de décrire, car la scène réelle n’existe plus, le crime remonte à trois mois, et tous les personnages sont dispersés.
QueLest cet inconnu qui a produit ici la vision imaginative et ce singulier phénomène de clairvoyance? Nous en parlerons plus tard. Il nous sudit de constater en ce moment pour ne pasnouséloigner de laquestion, queles anges, bons ou mauvais, ont le pouvoir d évoquer dans notre imagination, à l’état de sommeil ou à l’état de veille, des scènes qui rappellent le passé, rapprochent des choses lointaines, préligurent l’avenir, et qu’une telle ex[)lication est aussi scientifique et plusclaire, etau moins plus vraisemblableque l’hypolhèse ris(juée d’un fluide mystérieux et de l’astral.
« Voici quelle lut la première touche, écrit Bossuet dans l’oraison funèbre d’Anne de Gonzague, prêtez l’oreille, Messieurs; elle a (juelque chose de miraculeux. Ce fut un songe admirable, de ceux que Dieu même fait venir du ciel par le ministère des anges, donl les images sont si nettes et si démêlées, où l’on voit je ne sais quoi de céleste. »
Les anges qui produisent les songes dans l’imagination de l homme endormi feront naître aussi les visions prophétiques et les Images, qui nous font connaître des événements lointains, des accidents, des morts violentes qu’il n’était pas possible de prévoir.
— ajjO —
\oici un cas cité dans les Hallucinations télépathiques, (|ui nous parait d’une authenticité incontestable ;
« Ce que je vais écrire est le compte rendu précis de ce qui s’est passé, et Je dois faire remarquer, à ce propos, <iue Je suis on ne peut moins disposé à croire au merveilleux et (jue, bien au contraire. J'ai été accusé, à Juste titre, d’un scepticisme exagéré à l’égard <les choses que Je ne peux expli<pier.
« Dans la nuit du Jeudi a5 mars 1880, J’allai me^ coucher après avoir lu assez lard, comme c était mon habitude. Je rêvai <|ue J’étais étendu sur mon sofa et que Je lisais, lorsque levant les yeux, Je vis distinctement mou frère, Richard \\ iugfield-Baker, assis sur une chaise devant moi.
« Je rêvai que Je lui parlais, mais qu’il inclinait simplement la tête, en guise de réponse, puis se levait et quittait la chambre. .. /* Lors(pie Je me réveillai. Je constatai <jue J étais debout, un pied posé par terre |)rès de mou lit, et 1 autre sur mon lit, et (pie J'essayais de parler et de prononcer le nom de mon frère. L’impression qu’il était réellement présent était si forte, et toute la scène (pie J avais rêvée était si vivante, (jue Je (piiltai la chambre à coucher, pour chercher mou frère dans le salon.
« J’examinai la chaise où je l’avais va assis, je revins à mon lit et j’essayai de m’endormir, parce (jue j’espérais que l’apparition se reproduirailde nouveau, mais j’avais l’esprit trop excité. Je dois cependant m’ètre endormi le malin.
« Lorsque je me réveillai, l’impression de mon rêve était aussi vive, et je dois ajouter qu’elle est toujours restée ainsi dans mon esprit. Le sentiment que j’avais d’un malheur imminent était si fort que je notai cette apparition dans mon journal de chaque jour, en l’annotant ainsi : Que Dieu l’empèche!
« Trois jours après, je reçus la nouvelle ([ue mon frère Richard était mort, le jeudi tio mars t88o, à 8 heures 1/2, des suites de blessures terribles qu’il s’était faitesdans une chute en chassant. »
La lettre suivante accompagnait le récit de M. Wingtield que nous venons de rapporter :
«Coat-an-nos, 2 février 1884.
(( Mon cher ami, je n’ai aucun elfort de mémoire à faire pour me rappeler le fait dont vous me parlez, car j’en ai conservé un souvenir très net et très précis. Je me souviens parfaitement que le dimanche 4 avril 1880, étant arrivé de Paris le matin meme pour passer ici quelques jours, j’ai été déjeuner avec vous. Je me souviens aussi parfaitement que je vous ai trouvé fort ému de la douloureuse nouvelle qui vous était parvenue de la mort d’un de vos frères.
<( Je me rappelle aussi, connue si le fait s’élait passé hier, lanl j'en ai été frappé, que quelques jours avant (rapprendre la triste nouvelle, vous aviez, un soir, étant déjà couché,vu ou cru voir, mais en tout cas très distinctement, votre frère, celui dont vous veniez d’apprendre la mort subite, tout près de votre lit et que dans la conviction où vous étiez que c’était bien lui, vous vous étiez levé et lui aviez adressé la parole et qu’à ce moment vous aviez cessé de le voir, comme-s’il s’était évanoui ainsi (lu’un spectre.
« Je me souviens que sous l’impression bien naturelle qui avait été la suite de cet événement, vous l’aviez inscrit dans un petit carnet où vous avez l’habitude de noter les faits saillants de votre très paisible existence, et que vous m’avez fait voir ce carnet.
(( J’ai été d’autant moins surpris de ce que vous me disiez alors, et j’en ai conservé un souvenir d’autant plus net et précis, comme je vous le disais en commençant, que j’ai dans ma famille des faits similaires aux(juels je crois absolument.
« Des faits semblables arrivent, croyez-le bien, plus souvent qu’on ne le croit généralement. Seulement, on ne veut pas toujours le dire, parce que l’on se mélie de soi ou des autres.
(( Faucigny, prince de Lucinge. »
Assurément ce n’est pas le défunt qui s’est rendu lui-mème sous une forme sensible dans
la chambre de son frère; il n’a pas i)arlé de sa mort, il ne portait pas les marques ou les blessuresqu’il avait reçues dans les convulsions de l’agonie; il n’a proféré ni un mot, ni un cri de douleur; il s’est révélé à son frère dans les lueurs et les incertitudes du sommeil, après la fatigue cérébrale d’une longue lecture, et il a éveillé en lui le sentiment très vif de sa présence. Que s’est-il donc passé?
Par une permission de Dieu, un de ces anges qui remplissent l’espace a moditié l’état cérébral (lu voyant, au moment de la mort de son frère; le voyant s’est trouvé en présence de l’image intense et troublante, il en a été etlVayé, il a attaché à cette apparition une signification dramaticiue, et il est resté sous le coup de cet avertissement inattendu.
Mais, tandis ([ue le fiévreux, le fou, l’halluciné regarde avec terreur une image qui ne répond dans sa synthèse à aucune réalité, ^Yingfleld a vu certainement une image qui reproduisait exactement les traits de son frère et nous disons avec certitude : c’était un avertissement de Dieu.
La scène se passe ainsi dans l’imagination du sujet, sans (pi’il soit nécessaire de recourir à l’hypothèse d’un corps astral qui, dans le cas présent, serait si différent du corps réel blessé, brisé, ensanglanté, abandonné sur le chemin.
Nous pourrions expliquer de la meme manière les communications tclépalliiciues qui regardent l’avenir. Ces communications, ces avertissements ne sont pas rares, et ils ont été constatés par des hommes sérieux dont le témoignage est digne de loi.
Il faut choisir et se borner.
Le Macario raconte le lait suivant dans son livre : Le Sommeil, les liêves ei le Somnambulisme,
Le jeudi, ^ novembre i 85 o, au moment où les mineurs de la charbonnerie de Belfast se rendaient à leur travail, la femme de Tun d’eux lui recommanda d’examiner avec soin la corde de la benne ou culfard, ([ui sert à descendre au fond du puits.
« J’ai révé, dit-elle, qu’on la coupait pendant la nuit. » Le mineur n’attachapasd’abord grande importance à cet avis; cependant, il le communicjua à ses camarades.
On déroula le cable de la descente, et, à la grande surprise de tous, on le trouva haché en plusieurs endroits.
Quelques minutes plus tard, les travailleurs . allaient monter dans la benne, d’où ils auraient été infailliblement tous précipités; et, s’il faut en cvo\ve ]e A^ea>castle-Journal, ils n’ont du leur salut (ju’à ce rêve.
Très souvent ces visions prophétiques nous
- SfM -
avertissent d’un grand danger, d’une mort prochaine, d’une catastrophe, d’un événement important. Le sujet voit se dérouler dans son imagination le tableau, la scène qui deviendra bientôt une réalité, il en éprouve une émotion profonde, une obsession, et il attend avec inquiétude et agitation le dénouement qu’il a prévu, dans le vague de son pressentiment.
L’événement n’existe pas encore, ni en lui-mème, ni dans sa cause prochaine, immédiate, et il nous parait diHicile, impossible même qu’il s’établisse entre l’avenir et notre esprit, par l’intermédiaire d’un (luide, une communication ([ui touche à la prophétie. De telles hypothèses insuffisantes et risquées ne peuvent pas satisfaire la raison.
La connaissance angélique s’étend infiniment plus loin (jue la nôtre, les esprits peuvent prévoir dans leur causes lointaines des tempêtes, des fléaux, des lésions organiques du corps humain, et prédire ainsi des naufrages, des catastrophes, des morts que nous ignorons parce que le lien de ces événements qui n’existent pas encore avec des causes qui existent déjà, échappe à notre faible intelligence. Les conjectures angéliques atteignent ainsi des événements lointains, et je néglige à dessein les connaissances qu’ils peuvent acquérir de Dieu, par révélation.
11 est facile aux anges, selon les vues de la Providence, d’entrer en relation avec notre âme, pendant le sommeil, et de faire naître
dans noire iinaginalion la scène de tempête, d’incendie, de mort violente, de catastrophe qui va se réaliser, et que nous essayons d’interpréter.
Rappelons-nous la parole déjà citée de Bossuet : (( Comptez, si vous pouvez, ou le sable de la mer, ou les étoiles du ciel, tant celles qu’on voit que celles qu’on ne voit pas; et croyez que vous n’avez pas atteint le nombre des anges *. »
Les anges déchus que l’on appelle encore les esprits mauvais, ou les démons, nous entourent, et selon la parôle si expressive de nos saints livres^ ils remplissent l’air. « Vous avez vécu, disait l’Apôtre aux Ephésiens, selon l’esprit de ce monde, selon le Prince des puissances de Vair, cet esprit qui exerce en ce moment son pouvoir sur les incrédules » Nous subissons leursviolcntsassauts, et notre imagination reste ouverte à leur pernicieuse inlluence.
Ils peuvent donc, à l’exemple des anges, et en vertu de leur connaissance extraordinaire des énergies de la nature, s’immiscer dans les événements de notre vie intime, vie physicfue et vie morale, agir sur nos organes, sur nos facultés sensibles, sur notre cerveau et produire eux aussi dans notre imagination ces scènes, ces images qui nous mettent en rela-
' Bossuhit, Èléi^ations sur les mystères, semoAne,
première élévation.
2 Saint Paul aux É])li., ch. ii, 2 .
lion télé[>allïitjue avec cVaiitres personnes et avec des événements éloignés.
C’est ainsi (jue la télépathie peut avoir uneorigine divine ou une origine démonia(iue qui donnera un caractère dillerent aux communications reçues; elle sera l’œuvre ou des esprits bons ou des esprits mauvais, et les révélations merveilleuses seront ou graves ou puériles, ou pures ou impures, ou célestes ou inrernales et troublantes, mais elles nous rappelleront toujours la réalité mystérieuse de ce monde invisible dont nous subissons, sans le savoir, les continuelles et profondes iniluences, même pendant la vie.
Les phénomènes télépathiques ne prouvent donc pas, comme on l’a prétendu, que nous possédons une force [)sychique par laquelle nous pouvons transmettre à distance notre pensée à d’autres esprits ; c’est l’erreur de M. Flammarion et de ses partisans. Cette conclusion exagérée ne découle pas nécessairement des faits observés. Je ne conteste pas la réalité des communications à distance, des pressentiments^ des rêves prémonitoires, des avertissements mystérieux, ces faits sont établis et indéniables pour des hommes de bonne foi.
Mais je déclare que dans un grand nombre de cas, ces phénomènes sont l’œuvre des
il •JKpT
— 3«iÆ —
anges, comme l’enseigne la Tradition, il ne laul pas les attribuer à une faculté nouvelle ou inconnue de notre esprit; cette dernière solution soulèverait d’inextricables dilTicultës.
Si je suis persuadé que tel Jour, à telle heure, à tel endroit, un parent a été victime d’un accident que je ne pouvais pas prévoir; d’une chute de voiture ou de eheval; d’un crime, d'un coup dç foudre, j’y verrai une attention ou un avertissement de la Providence et des anges qui s’intéressent d’une manière si intime à notre vie.
Ma conviction est fondée sur la certitude de 1 existence des anges, de leur rôle dans la vie des individus et des nations.
Dans 1 explication contraire des partisans de 1 action psychicjue, il faut supposer que le mourant, dans le délire et tes angoisses de 1 agonie, à cet instant qui sépare la vie et la mort, a oublié ses tortures et porté sur moi toute son attention; 2“ (ju’il a fait un grand elFort dq volonté pour diriger vers moi l’avertissement que j ai reçu; 3 “ qu’il a trouvé à sa disposition des ondes psychicjues pour reproduire exactement dans mon imagination arrachée aux préoccupations ordinaires de la vie, la seène dramaticiue qui vient de se dérouler à une grande distance; 4» qu’il a pensé à moi seul en concentrant vers moi toute son énergie intellectuelle, puisque seul, à l’exception tle ses parents, de ses amis, de ses voisins, j ai conscience de ce qui vient de se passer;
5 ° il faut supposer, enfin, que le mourant n’a pas épuisé tous les efforts de son esprit et de I sa volonté dans un appel suprême à ceux qui ^ étaient plus près de lui pour lui porter secours [ et qu’il a pensé aux absents.
La déposition nécessaire du témoin nous fait défaut.
Un officier reçoit un coup de sabre à la nuque dans un combat et tombe sur le champ de bataille. A cent lieues du théâtre de l’événement, à Paris, rue de Rennes, sa mère fait I un grand cri : « Mon üls est mort ! » elle tombe évanouie et l’on observe aussitôt sur son cou, |[ derrière la tète, une ligne rouge parfaitement I dessinée. .J’ai été témoin de ce fait.
I Assurément, ce n’est pas l’oiïicier frappé à ^ mort qui a dirigé vers sa mère une onde psy-
t i chique, il n’était plus de ce monde. Il y a
eu une communication par les anges et une auto-suggestion.
Il Que de fois l’avertissement mystérieux dont r la cause se dérobe, se produit sous une forme qui contredit la théorie des ondes psychiques ! L’est un portrait qui tombe, c’est une glace qui se fend du haut en bas, c’est une porte ! qui s’ouvre et se ferme avec fracas, c’est un cri qui se fait entendre; il n’est question ici " ni de corps astral, ni d’émission psychique,
^ ni de fluide inconnu; nous éprouvons un saisissement, nous avons le pressentiment, à la j’ suite d'expériences répétées, qu’un malheur J nous est arrivé, ou nous menace, et il en est I ainsi.
Je fais la part des couicidences fortuites el du hasard, de rimaginalion, de la superstition, des pressenlinients à faux, il reste encore assez de faits certains, constatés, pour croire, sans légèreté d’esprit, sans imprudence scientifKfue, à la réalité de certains avertissements (pi’il n’est pas possible d’expliquer soit par l’onde psychique, soit par l'astral.
Nous vivons dans le monde invisible, nous en recevons de continuelles induences, et nous n’y pensons pas.
Nous pourrions citer encore une dernière classe de pliénomènes merveilleux où l’explication psychi(iue est manifestement insulïisante. C’est lantôt le pressentiment d’une catastrophe qui sera causée par une cause physiciue, un naufrage sur mer, un accident de chemin de fer, un éboulement dans une usine, ou, comme le mineur, cité par le Macario, c’est ravertissemenl mystérieux qu’un cable a été haché dans la mine, et ({ue la vie des travailleurs est en danger.
Assurément, dans tous ces cas, nous ne recevons pas une inlluence de l’objet extérieur, qui n’appartient pas à la catégorie des causes intelligentes et animées. Il est plus naturel de croire que la Providence veille sur nous, sans cesser de respecter notre liberté, qu'un ange a prévu le danger créé
par une cause physique et qu’il s’elTorce de nous arrêter.
Faut-il conclure de ces observations que les esprits ne peuvent jamais agir les uns sur les autres, à une faible distance, et que la force psychique n’existe plus? Je réponds non!
Telle n’est pas encore notre conclusion.
INIais je suis persuadé que l’on manque souvent d’esprit criti(|ue dans l’étude des phénomènes merveilleux, que l’on oublie de faire des distinctions, des classifications, des réserves nécessaires, et que l’on attribue trop souvent à une cause unique des phénomènes divers qui relèvent de causes différentes. Et, dans ces phénomènes de télépathie, on commet une erreur grossière, familière aux matérialistes, quand on écarte l’explication théologique que nous venons d’étudier.
Cette explication traditionnelle acceptée par de grands esprits qui connaissent les droits de la science et les délicatesses de la foi, mérite antre chose que le dédain, elle se résume ainsi :
Les esprits bons et mauvais établissent souvent, selon les lois de la Providence, des communications qui nous paraissent mystérieuses, entre des âmes séparées par de grandes distances. Quand ces rapports sont ridicules, puérils, irréligieux, inutiles et({u’ils n'ont d’autre but que l’amusement de quelques désœuvrés, ils dénotent une origine perverse, démoniaque. Mais si ces rapports télépathiques sont graves, honnêtes, et s’ils se
rapportent à des événements importants de la vie humaine, on peut les attribuer aux bons esprits, messagers de la volonté de Dieu.
Je ne peux pas croire que tous les théologiens, dans tous les siècles, et après eux les plusgrands philosophes chrétiensaientaffirmé gratuitement, avec une incroyable imprudence, l’existence autour de nous, d’une multitude innombrable d’anges ou d’esprits qui prennent part aux actes de notre vie, qui nous voient, nous entendent, nous accompagnent et s’intéressent d’une manière active aux événements de ce monde et aux manifestations de notre liberté!
Ce ([u’ils ont alïirmé, après de longues et savantes réflexions personnelles et indépendantes, ils l’avaient appris sans doute d’une source sure, et d’une tradition intelligente; aussi tandis que l’avenir balaiera ces hypothèses aventureuses, inventées par la crédulité incrédule et par la superstition rationaliste des adversaires du christianisme, la thèse théologique conservera son autorité lumineuse, elle donnera la paix aux âmes de bonne volonté.