LK FANTOME HUMAIN ET LES FLUIDES
Cette électricité, qui foudroie un arbre, arrache une branche et la jette au loin, qui dessine sur le corps à travers les vêlements l’image des objets qu’elle rencontre sur son passage, nous apparaît comme une force fantastique, irrégulière, capricieuse, soumise, en bien des cas, à des lois que nous ne connaissons pas, et toujours assez puissante pour produire des phénomènes merveilleux.
Supposez que cette force se trouve en nous, dans notre système nerveux, et que, tantôt d'une manière consciente, tantôt d’une manière inconsciente, nous puissions en disposer, vous aurez alors ces médiums organisés, plus aptes que beaucoup d’autres à remplir l'ollice d’accumulateurs ou de condensateurs. Ils projetteront l’électricité, substituant aiiisi une cause intelligente à la cause violente et brutale; ils produiront ces effets extraordi-
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naires de lévitation, de l)antise, ces mouvements de tables et de meubles dont la cause naturelle nous était encore inconnue, et que nous étions tentés d’attribuer à un agent extranaturel.
Qui mettra cette force électrique et humaine en action? Tantôt la nature, tantôt les anges, tantôt le démon. C’est là qu’un grand esprit de discernement est nécessaire : mais l’hypothcse que nous venons d’exposer et que nous discuterons plus tard, n’exclut pas la possibilité d’une intervention extranaturelle, ou démoniaque ou divine, c’està-dire d’un agent préternaturel qui pourra s’emparer de cette force et produire avec nous des phénomènes merveilleux.
Je m’empresse de déclarer que non seulement l’analogie supposée n’est pas démontrée, mais qu’elle n’explique en aucune manière la lévitation divine des saints. Que voyez-vous de commun entre les effets rapides, violents, passagers d’une déflagration ou d’une décharge électrique et le mouvement ascensionnel, majestueux, tranquille du saint qui monte dans les airs? Et non seulement cet enlèvement aérien du corps humain n’a rien de violent, mais il s’arrête, par exemple, en présence d’une croix ou de Timage de la mère de Dieu. Dans certains cas, il sutlira même d’un ordre mental d’un supérieur, au nom de l’obéissance, pour ramener à terre le corps déjà transfiguré du saint qui Hotte dans les airs. Ne parlons pas ici du phénomène
aveugle, physique violent, nous sommes en présence d’un phénomène préternaturel.
Il nous suffît, en ce moment, de constater l’existence du fluide électrique dans le corps humain.
C’est encore sous la forme magnétique que ce fluide se révèle quelquefois dans les sujets sensitifs. On peut constater sa réalité.
Certains sensitifs voient le corps humain entouré d’une lueur blanche et grise, elle est plus vive et plus abondante à la tète et aux extrémités. Ces lueurs deviennent plus lumineuses pour un sujet mieux doué, elles sont rougeâtres sur le côté gauche du corps et bleuâtres sur le côté droit. Un sensitif mieux exercé voit des flammes nettement lumineuses autour du corps, bleues à droite, orangées ou rouges à gauche, d’une singulière intensité autour de sa tète.
Dans ses études physiques sur le magnétisme animal, le Charpignon cite celte observation. Une cataleptique, Schmitz Bank, travaillait à l’horlogerie. Dans les jours qui précédaient ses crises, ses outils, ses tournevis, pince-brosettes étaient invariablement aimantés. Après quelques jours, ces outils soulevaient la limaille, des petites vis, des aiguilles d’acier. Un tournevis aimanté ainsi par contact, conserva deux ans sa vertu jnagnétiqiie. Ce phénomène impatientait l’ouvrière et son maître qui était obligé de fournir trop souvent de nouveaux instruments.
Les cas de ce genre ne sont pas si rares.
ils remplissent les livres spéciaux sur l’aiinantation par l’action humaine.
Cette force se révèle encore sous une forme qui présente de frappantes analogies avec l’électricité. Après une série d’expériences dont l’exposé nous éloignerait de notre sujet, M. Durville a formulé les lois suivantes qui résument ses longs travaux.
Le corps humain est polarisé : le côté droit est positif, le côté gauche est négatif. — La polarité est inverse chez les gauchers. — Les pôles de même nom excitent, les pôles de nom contraire calment. La contraction se transfère d’un côté à l’autre par l’action isonome; la paralysie par action hétéronome.
On pourrait donc considérer le corps humain comme un condensateur ; les plexus seraient des batteries, les nerfs les fils conducteurs, et le Quide nerveux, matière spiritualisée, corps astral, produisant successivement, dans des expériences faciles à répéter, des eifets lumineux, des rayons Rœntgen, des ellluves visibles dont la photographie nous donnera la reproduction.
Ces ellluves ont été souvent reproduits par le D' lodko, membre de l’Institut de médecine expérimentale de Saint-Pétersbourgr électricien d’un rare mérite. Nous avons entendu son intéressante communication à la Société des Sciences psychiques, au mois
d’avril i8r)6, et il a bien voulu répéter pour nous, dans une réunion intime, les expériences que nous voulions observer avec plus d’attention.
Je dois rappeler ici une circonstance particulière. Le lodko se préparait à faire passer sous nos yeux quelques clichés de radiation lumineuse, d’efïluves développés autour des mains. Je lui demandai s'il était vrai qu’il eût obtenu, la veille, un cliché de deux personnes invisibles à l’œil nu. Je tenais à établir une distinction rigoureuse entre de simples eüluves rayonnants et des personnages, double ou fantôme, dont les contours étaient parfaitement dessinés.
Le docteur me parut embarrassé, contrarié de cette question. Après quehtues instants d’hésitation il me dit : « Eh bien, oui, c’est vrai; hier, dans cette petite chambre, très mal éclairée, presque obscure à 6 heures du soir, contrairement à toutes les lois de la photographie, le colonel X... a obtenu ce cliché. »
Le docteur me présenta un cliché, sur lequel deux personnes se détachaient avec une parfaite netteté.
Le docteur ajouta avec une vive expression de mécontentement : a Ces expériences ne rentrent pas dans le cadre de mes travaux, elles me troublent, je ne veux pas m’en occuper. »
Il était diflicile de séparer d’une manière plus tranchée les expériences scientifiques
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sur les radiations humaines et les expériences trop mystérieuses sur la photographie de l’invisible, fantôme ou corps astral. Nous tenons à cette distinction qui nous paraît essentielle dans la question que nous étudions ici.
Voici donc la théorie du lodko. Il se fait un échange perpétuel entre notre organisme et l’éther ambiant ; celui-ci nous environne, il nous pénètre, il entre en nous, il en sort, dans l’équilibre et l’harmonie. Mais on peut rompre l’équilibre, surcharger Torganisme, condenser l’éther et obtenir ainsi des effets lumineux dans les tubes de Geissler, dans l’ampoule de Grookes, et des effluves enveloppants du corps humain que l’on peut photographier.
Ce qui est particulier aux expériences de lodko quand il veut obtenir la surcharge de l’organisme, c’est qu’un des pôles de la bobine est en communication avec l’air atmosphérique, tandis que l’autre est fixé à un fd conducteur que l’on tient à la main, par un manchon de verre isolateur. Le corps humain remplit ici le rôle de condensateur.
Nous n’avons à nous occuper ici ni de la transmission des ondes sonores, ni de l’illumination d’un tube Geissler, ni des rayons X dans le tube et l’ampoule de Grookes, malgré le grand intérêt que présentent ces expériences, très faciles à répéter. Elles démontrent d’une manière incontestable la polarité du corps humain et confirment les théories
que Durville a exposées et défendues.
Elles démontrent aussi avec la même évidence que le corps emprunte directement à l’atmosphère la quantité d’éther qu’il condense et s’assimile dans les propulseurs de l’organisme humain.
Ce qui nous intéresse davantage, c’est que, par son procédé électrographique, M. lodko obtient, sans objectif, la photographie des ellluves dégagés par le corps humain. Nous avons pu voir ainsi autour des mains, les faibles ellluves d’une personne anémique, puis les eftlnves plus larges d’une jeune lille bien portante et nerveuse, et enlin, des effluves longs, fins et nombreux dégagés par la main d’un jeune homme sensuel. Une dernière épreuve servait à démontrer que les radiations de nom contraire d’hommes et de femmes s’attirent, et qu’elles se repoussent quand les mains sont de même nom
Un observateur expérimenté arriverait ainsi à connaître le caractère, les tendances, les
* MM. Guébard et Dujardin attribuaient ces nuages d’eftîuves à la décomposition des sels d’argent dans le bain révélateur. Le D** Baraduc a répondu en faisant l’expérience à sec. Le commandant Tegrad a obtenu un grand nombre d’épreuves, même à travers une boîte où se trouvait enfermée laplaciue, le iluide opérait comme les rayons X. Cet ollicier avait obtenu des radiations tîuidiques, en 1894, longtemps avant le Luys, à l’hôpital de la Charité.
Le D'' Branly attribue ces effets à la chaleur humaine, mais il ne nie pas la possibilité d’un Ûuide vital.
impulsions d’un sujet par l’empreinte pliotograpluque de la radiation des mains.
Le tluide humain n’est donc plus une hypothèse, il est une réalité.
M. de Rochas a pénétré plus loin que ses prédécesseurs dans cette question de fantôme du corps humain. Ce que nous appelons fantôme, M. de Rochas l’appelle corps odique pour désigner plus clairement les éléments qui le composent. Le nom importe peu. Je cite M. Sage, un disciple et ami du consciencieux expérimentateur.
c( J’ai eu l’heureuse chance d’assister à quelques-unes des expériences de M. de Rochas. Je n’ai pas pour me taire les mêmes raisons que lui. Je n’ai pas dans la science de nom qu’on puisse salir, je donnerai donc une esquisse de la suite du phénomène.
a Quand le magnétiseur continue les passes, Textériorisation latérale ne continue pas indéüniment. Un moment arrive où les deux moitiés de fantôme odique quittent le corps physique des deux côtés à la fois et viennent se réunir en avant de ce même corps physi((ue pour former un fantôme complet. visible par les somnambules et les sensitifs.
« Le magnétiseur en trouve la situation en pinçant dans ce qui est pour lui le vide : le
fantôme a enlrainé avec lui la sensibilité, et dès qu’on louche ce fantôme, le corps humain tressaille.
a Le corps odique (fantôme) tend à reproduire les moindres particularités du corps physique ; mais quand il n’est point encore assez dense, assez formé, ilse présente comme une sorte de nuée lumineuse qui rappelle le Balzac aux formes Imprécises de lloduc.
« Abandonné à lui-méme il a des tendances à s’éloigner dans le sens de la verticale, en demeurant toujours rattaché au corps physique par un mince cordon odi(|ue. Mais la volonté du sujet et celle du magnétiseur qui s’impose au sujet peuvent le ramener et le diriger comme elles veulent.
a L’àme, vie et pensée, continue à fonctionner dans le corps physique, évidemment, mais elle est surtout active dans le fantôme.
« Le sujet (jui est dans cet état témoigne, quand on l’interroge, d’une béatitude infinie. 11 voudrait qu’on l’y laissât toujours '. »
Ce fantôme ne serait donc pas le résultat d’une action volontaire et délibérée du sujet endormi. Dans cet état comme dans certains états maladifs, le fantôme se dégagerait spontanément. « Il se produit alors un double (fantôme) qui peut rester dans le voisinage du patient ou aller vagabonder au loin.
Celui-ci peut voir ce double, ou simplement le sentir ou même être totalement inconscient
* La Zone Frontière^ p. ii 3 .
de son existence. Ceux des savants actuels qui nient toujours Vod (fluide) appelleni les phénomènes des hallucinations autoscopiques : cette dénomination sullil à expliquer ce qu’ils en pensent. » (P. 114 .)
D’après de nombreuses indications, l'od serait un fluide sécrété par l’organisme, et ce fluide formerait spontanément, selon des lois qui nous sont encore inconnues, ce fanlôirie odique, d’un bleu pâle que les sensitifs savent distinguer et qu'ils peuvent voir.
Et ce fluide ainsi sécrété par nos organes ne serait pas la matière à l’état solide, liquide, gazeux', radiant, ce serait la matière à Véitü éthéré.
Nous arrivons ainsi à constituer la synthèse du phénomène des apparitions. Les organes de notre corps sécréteraient un fluide qui prend le nom de fluide odique. Ce fluide, que l’on verrait se dégager des deux côtés de notre corps, se rapprocherait, se condenserait et deviendrait l’image, la reproduction, le fantôme de notre corps physique. Ce fantôme resterait toujours attaché, pendant la vie, et par un lien fluidique à ce corps materiel qui frappe nos sens. Et, tout en conservant ce lien de dépendance vitale avec notre âme et avec notre corps, ce fantôme pourrait apparaître en divers lieux, en dehors de nous, et réveiller notre souvenir dans l’esprit de nos parents ou de nos amis.
Mais ici, les psychologues se divisent : les uns prétendent que ce fantôme est essentiel-
lement distinct et indépendant du corps que nous aurons après la mort, du corps des désincarnés. Les autres prétendent, au contraire, que ce fantôme accompagne notre âme, après la mort, ne la quitte plus et lui permet de se manifester à nous, dans le mystère et la frayeur des apparitions. Telle est Topinion de M. de Rochas et des spirites qui prétendent reconnaître dans le fantôme le périsprit et le corps astral.
Mais, si après la mort, notre àme, séparée de ce corps matériel, restait enveloppée du fantôme odique, on ne voit pas pourquoi elle aurait besoin de s’emparer du fluide odique des médiums pour se rendre visible, on ne voit pas même pourquoi la présence d’un médium serait nécessaire, le désincarné apparaîtrait quand il voudrait et comme il voudrait.
Et dans cette hypothèse il faudrait en revenir à cette vieille erreur que Ehomme a une àme et deux corps : le corps astral, fluidique, le fantôme et le corps matériel. Cette assertion est fausse, elle est contraire à l’unité de la personne humaine. Il est vraiment étrange d’enlendre des Esprits eux-mêmes, évoqués par des hommes sérieux, réprouver cette erreur de deux corps juxtaposés en nous, dhin périsprit ou d’un aslral qui aurait la propriété de mouvoir notre organisme corporel et de vagabonder dans le mystère des rêves et des visions.
« On a prétendu, par ignorance, que
riîomme a un double, et que ce double, ou autre soi-meme, peut être extériorisé du corps matériel el parcourir le monde à plaisir. Les faits, dans ce cas, démontrent (jue riioninie n’est pas du tout pluriel, ni double dans son essence, mais bien uniipie, une unité parfaite dans son être ; et certains psycliologues ont tellement obscurci la manière d’interpréter les faits concernant Tàme humaine, que beaucoup pensent que le prétendu subconscient ou subliminal ego est une réalité, tandis que l’homme est une unité dans chaque phase et chaque manifestation de son entité. La psychologie le prouve, et le spiritualisme renseigne*. »
Qui parle ainsi? Les Esprits. Ces Esprits dont on invoque le témoignage pour prouver que l’unité de noire personne n’existe pas, et que nous avons deux corps, un corps pliysi(jue et un corps astral!
JV
Les psychologues de notre temps ont cherché à déterminer philosophiquement et scientifiquement l’origine de ce fantôme qu’on a appelé parfois l'ombre de notre corps, qui nous suit partout et qui demeure insaisissable.
* La Hevae spirite. Février 1903. La Science et la Philosophie de La matérialisation. Traduit par le professeur Moutonnier.
11 nous semble utile de creuser ce problème d’un si ^rand intérêt.
M. Sage expose son système dans le livre qu’il vient de publier sous ce titre : La Zone frontière. Selon lui, l’encéphale sécrète un Iluide. On lui a donné des noms divers, esprit vital, esprit nerveux, magnétisme ou électricité animale, esprits animaux, fluide odique. M. Sage donne la préférence à cette dernière dénomination qu’il attribue à lleichenbacli, le célèbre physicien de Vienne, dont les expériences et les travaux sont connus.
Ce fluide odique jouirait de certaines propriétés psychiques et physiques dont la principale consisterait à servir d intermédiaire à Tàme dans ses rapports avec le monde physique. Le fluide odique répondrait avec une sensibilité exquise aux vibrations de l’àme.
Toute modification, si légère qu’on la suppose, dans nos pensées, nos sentiments, nos sensations, amène une modification dans le nuage de fluide odique qui llolle constamment autour de chaque individu, et qui a une tendance à reproduire les formes de notre corps physicjue, c est-à-dire le fantôme de chacun de nous.
« C’est ainsi que certains sujets, à l’état hypnotique, peuvent voir dans un fauteuil un homme qui y est assis, et qui n’y est plus depuis un certain temps. »
A l’état normal, ce fluide envelopperait donc notre corps tout entier, mais on le trouverait en plus grande abondance dans le
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cerveau, dans la main droite, dans les organes des sens, à rextrémité des doigls.
On pourrait, selon M. Sage, séparer le corps fîuidique des corps physiques et l’on obtiendrait ainsi d’un sujet hypnotisé, le phénomène désigné sous le nom d’extériorisation de la sensibilité.
M. de Rochas explique ainsi ce phénomène et cette propriété de notre fantôme.
c( Dès (|ue chez le sujet magnétisé la sensibilité commence à disparaître, le duvet lumineux recouvrant sa peau à l’état de veille semble se dissoudre dans l’atmosphère, puis reparaît au bout de (piekiue temps sous la forme d’un brouillard léger qui, peu à peu, se condense en devenant de plus en plus brillant, de manière à prendre en déünilive l’apparence d’une couche très mince, suivant, à trois ou quatre centimètres en dehors de la peau, tous les contours du corps.
« Si moi, magnétiseur, j’agis sur celle couche d’une façon quelconque, le sujet éprouve les memes sensations que si j’avais agi sur sa peau, et il ne sent rien ou pres(|ue rien si j’agis ailleurs que sur cette couche: il ne sent rien non plus si c’est une personne mise en rapport avec le magnétiseur (pn
agit.
« Si je continue la magnétisation, il se forme autour du sujet une série de couclies équidistantes, séparées par un intervalle six à sept centimètres et le sujet ne sent les attouchements, les piqûres et les brCilures
que sur ces couches qui se succèdent parfois jusqu’à deux ou trois mètres, en se pénétrant et en s’entre-croisant, sans se modifier, au moins d’une façon appréciable, leur sensibilité diminuant proportionnellement à Téloignemeiit du corps.
(( Au bout d'un temps variable, généralement après la troisième ou quatrième phase de létiiargie, les couches concentriques présentent deux maxima d’intensité, l’un sur le côté droit du sujet, l’autre sur son côté gaiiclie, et il s’y forme comme deux pôles de sensibilité. »
Ainsi, selon M. de Rochas, le sujet magnétisé devient insensible (anesthésique) dans tout son corps, il ne sent ni piqûre, ni brûlure, mais si on pince à quelques centimètres du corps ces couches concentriques de fluide odique, le sujet sent vivement. Une sent plus dans son corps normal, il sent dans son fluide odique, dans son fantôme, dans son corps anormal.
Dans cet état profond d’hypnose, il se produit un phénomène visible aux somnambules et aux sensitifs. Les deux moitiés de fluide s’éloignent du corps physique, se réunissent en avant, et forment un fantôme complet qui, lorsqu’il est assez dense, reproduit exactement les moindres particularités du corps avec lequel il reste uni par « un mince cordon odique ». Ce fantôme obéirait au sujet et au magnétiseur.
Ce double ou ce fantôme devient visible.
même pour les personnes qui restent à l’ctat normal et dans les conditions ordinaires de la vision naturelle. Gœrres, Sage, Flammarion, Aksakolf, les psychologues de l’école anglaise des sciences psychicjues et d’autres auteurs rapportent de nombreux exemples, parfaitement constatés, de ce phénomène de bilocation ; un sujet se rend visible en deux endroits, ici dans son corps physique, plongé quelquefois dans un profond sommeil, et là dans son corps fluidique, dans son fantôme qui reproduit avec une parfaite exactitude tous les détails du corps.
Qu'est-ce que ce fluide odique? Quelle est la substance de ce fantôme? Nous l'ignorons encore. Nous avons vu la matière à l’état solide, liquide, gazeux, radiant. Il est possible que la matière soit susceptible de prendre encore d’autres formes qui nous sont inconnues, et qui lui permettraient de se désagréger et de s’agréger avec la plus grande facilité sous la direction dominatrice d’une volonté. Cette facilité de décomposition et de recomposition expliquerait un grand nombre de phénomènes merveilleux.
Notre esprit est-il satisfait de ces explications? Avons-nous une connaissance pins a[)profondie de la question? Je ne le crois pas.
Que l’on rencontre de temps en temps dans rhistoire, d’une manière exceptionnelle, des sujets qui se rendent visibles simultanément en deux endroits, j’en conviens. Mais, comment se produit ce phénomène ? Je n’en sais rien.
Quelle est la nature ou la substance de ce fantôme? Je n’en sais rien. On nous parle de la matière à l’état solide, liquide, gazeux, radiant, éthéré; on soupçonne que la matière se prête même à d'autres combinaisons moléculaires que nous ignorons encore, mais tout cela prouve que nous ne connaissons ni la nature, ni les conditions d’évolution, ni les lois de la composition de ce fantôme que personne encore n’a pu saisir et analyser.
Nous ne savons rien.
On nous vante le fluide odique qui serait sécrété par notre organisme en général et par le cerveau en particulier, qu’en savons-nous? On invoque le témoignage de quelques somnambules ou de quelques rares sensitifs qui auraient vu dans l’obscurité ce dégagement de ce que j’appellerais plus volontiers le fluide humain. Ce témoignage est insuffisant; il ne constitue pas une preuve ou une démonstration sérieuse. La science a d’autres exigences pour justifier ses conclusions.
Que vaut le témoignage de ce sensitif, de ce névrosé? N’est-il pas victime d’une hallucination? N’est-il pas le jouet d’une illusion? Ne se prète-t-il pas inconsciemment, et trop volontiers peut-être, à tout ce qu’on lui
demande, quand il prétend voir le mouvement et la couleur de ce fluide humain dont Torigine est toujours mystérieuse?
Qui oserait ici aflîrmer ou nier, sans présomption? Je le répète avec tristesse, nous ne savons rien.
J’ai toujours parlé avec estime et sympathie de la mentalité de M. de Rochas et de ses courageuses recherches. Il a foulé aux pieds le respect humain et abordé avec une grande indépendance des questions qui jusqu’alors n’avaient pas droit de cité dans le monde scienLilique, ce mérite n’est pas commun.
Mais il me serait bien diflicile d’accepter sans objection sa théorie nouvelle de l’extériorisation de la sensibilité et de la motricité.
Si la sensibilité, chassée du corps humain par l’anesthésie, se réfugiait, comme l’enseigne M. de Rochas, dans le fluide odique, dans le fantôme, ce phénomène serait constant comme le sont les lois de la nature, il serait fréquent et il serait facile de le constater.
11 en est tout autrement dans la réalité. Sur cent ou mille sujets plongés dans l’insensibilité par le magnétisme, l’hypnotisme, le chloroforme, etc., vous n’en trouverez pas deux qui présentent le phénomène de la sensibilité extériorisée. Ces sujets ont perdu la sensibilité, c’est un fait incontestable et facile à constater. On peut les piquer, les brûler, les déchirer, ils ne sentent rien, la sensibilité a disparu.
Vous cherchez en vain, autour du sujet,
ces couches concentriques de fluide, qui forment notre fantôme, personne ne constate leur réalité, personne ne les voit, personne ne peut s’en emparer et les soumettre aux sévérités d’une analyse impartiale.
Et si vous essayez de pincer ces couches imaginaires, à une distance que Ton a essayé de déterminer, vous aurez fait un geste inutile, le sujet qui ne sent rien dans son corps, ne sent pas davantage dans le fluide ébranlé autour de lui.
Il reste donc simplement que quelques rares sujets, dressés et détraqués par le magnétisme, prétendent sentir quand leur magnétiseur, et lui seul, s’amuse à pincer en l’air le fantôme qu’on ne voit pas. Ce n’est pas assez pour justifier une théorie.
Il ne faut pas oublier que le magnétisme établit un rapport profond entre le magnétisé et le magnétiseur. Le magnétisé perd un instant sa raison, sa conscience, sa volonté, sa personnalité; il pense, il sent, il veut par la pensée, la sensibilité, la volonté de son magnétiseur. Je ne cherche pas à expliquer cette substitution du magnétiseur au magnétisé.
Le magnétisé voit donc, mentalement, le geste et la pensée de son magnétiseur, il le voit dessiner le geste d’un homme qui vient le pincer, il se persuade dans son imagination qu’il est pincé en réalilé, et il éprouve un sentiment de douleur.
Je voudrais d’autres preuves pour croire à l’exlériorisatibn de la sensibilité.
On nous dit bien encore que le mag*nélisé fait passer son Iluide dans la statuette de cire, dans le bois, dans le chilïbn qu’il roule dans ses mains, et que si l’on déchire à distance celte image de bois ou de cire, le magnétisé, anesthésié, éprouvera un sentiment très vif de douleur. Ici encore les conclusions nous paraissent forcées; tout se passe dans l’imagination.
Ne prévenez pas le sujet, emportez à son insu, dans une pièce voisine, ses vêlements que la proximité du corps et la chaleur organique auront très fortement imprégnés de son fluide; donnez, si vous voulez, des coups de canif ou de ciseau dans ces vêlements intimes, et vous constaterez que le magnétisé ne sent rien, ne se doute de rien, reste le même dans la chambre où il dort, et qu’il ne pense pas à vous.
Si au contraire le magnétisé connaît votre désir, si son imagination se trouve en rapport harmonique avec la vôtre, s’il voit mentalement votre pensée et votre geste, il pourra, dans ce cas, éprouver une sensation douloureuse. Mais il est évident (jue Timpression pénible qu’il éprouve n’est pas l’effet d’un coup de ciseau donné dans son fluide, elle constitue un phénomène psjychique, elle est l’effet de la communication anormale qui s’établit entre les cerveaux du magnétiseur et du magnétisé. Rien ne nous autorise donc à conclure que la sensibilité du sujet s’est réfugiée dans ce fluide, et que le magnétisé
vit, sent, agit dans ce fluide devenu son fantôme ou son corps aérien.
Que nous ayons un corps électrique, odique ou fluidique, je n’en vois aucune preuve certaine, et Je n’y crois pas. Il est plus sage et plus scientifique de reconnaître son ignorance que d’aflîrmer des hypothèses gratuites ou de bâtir sur le sable des systèmes chimériques.
Il faut résister à cette inclination naturelle de l’esprit humain altéré de lumière, épris de l’inconnu.
Qu’il existe en nous, dans notre corps vivifié par notre àme une source mystérieuse d’électricité, de magnétisme, indépendante de la chaleur humaine, j’y crois, c’est ma conviction.
Qui écrira ce nouveau chapitre de la psychologie de l’avenir?