LE FANTOME HUMAIN ET LE CORPS PHOSPHORESCENT
La thèse du Garcin ^ nous présente la question du corps astral sous un aspect nouveau: c’est bien, au fond, la pensée de Gœrres sur l’existence d’un fluide indéfinissable, au service de l’àme, que cet écrivain défend encore sous la dictée d’un sujet magnétisé. Mais, plus hardi, il essaie de nous faire connaître le champ ouvert à l’action mystérieuse du fluide astral ou éthéré.
D aprèslui, le cerveau est le point de départ du fluide, c’est là qu’il se concentre pour avoir plus de force, et c’est de là que le sujet le dirige directement, sans passer par le canal des sens, du côté indiqué. Du cerveau à l’objet si éloigné qu’il soit, il se fait comme un écoulement continuel de fluide que l’on
* Le Magnétisme expliqué par lui-même.
pourrait comparer à un courant électrique, malgré les différences profondes qui les séparent, et c’est en envoyant sans relâche le fluide vers l’objet qu’il veut connaître, que le sujet entretient la communication aveg cet objet, le pénètre, le voit dans son ensemble et dans tous ses détails.
Mais ce fluide resterait toujours en communication avec notre corps : « Je remarquai toutefois, que, malgré tout l’élan de mon âme, je décrivais un cercle dont le centre était occupé par mon corps; il y avait une certaine limite que je ne pouvais, ou plutôt que je n’osais franchir. J’en voulus connaître la cause, et je vis que l’union de mon âme et de mon corps serait brisée, si cette limite était franchie. Je compris alors pourquoi je m’étais trouvé, à plusieurs reprises, comme instinctivement retenu. »
Ni l’âme, ni le corps ne se déplacent pour se rendre au loin, dans un pays inconnu, et voir ainsi la personne ou l’objet dont on demande la description fidèle : l’âme reste dans le corps, et celui-ci reste dans le lieu où il est vu. Mais l’âme déborde la périphérie de son corps, par une action puissante; elle dirigerait ainsi le fluide vers la personne désignée ou le lieu indiqué, et son regard, qui s’étend aussi loin que ce fluide magnétique, fluide ou vital, se trouverait ainsi en contact avec la personne ou le pays éloigné dont elle décrit la nature et l’état.
A l’état normal, dans les conditions ordi-
nairesde la vie, lelhiide vital servirait encore, d’après le 1)"* Garcin, à expliquer le phénomène si délicat de la [lerception. Une maison est devant moi ; à sa vue j’éprouve une impression organique sur le nerl* optique, l’impression moditie l’état du cerveau où elle vient retentir; aussitôt le cerveau dégage le Iluide qui va envelopper la maison, et c’est alors seulement que j’entrerais en rapport avec l’objet extérieur et ([ue j’en aurais la perception; ce serait dans ce fluide vital que je verrais tous les corps.
Quand un sujet est plongé dans l’état magnétique, il est en même temps anesthésique, il n’est plus en communication par les sens avec le monde qui l’environne, il n'éprouve aucune douleur si on le pique, il n’entend pas si on lui parle, il ne voit pas si on le regarde, il est comme enseveli dans un profond sommeil, et cependant il voit, il entend, il produit des actes d’intelligence et d’activité; il vit, mais d’une autre manière, et il nous apprend ainsi qu’il existe un autre moyen que celui des sens pour voir, sentir, connaître. Or, l’hypothèse de la vision parle Iluide vital répondrait selon Garcin à nos difficultés. Je réfuterai plus tard cette théorie.
Serons-nous plus heureux en examinant le nouveau système de l’auteur des Types phy-
sionomiques et phénomènes psychiques que nous allons exposer?
Selon M. Ledos nous trouverions dans tout homme : une àme ou un esprit ([ui
préexiste à la matière; 2^ un corps invisible qu’il ne faut pas confondre avec le périsprit, et 3o un corps visible ou matériel.
ft Le corps invisible possède les mêmes sens (jue le corps matériel, mais ils sont incomparablement plus subtils et plus parfaits. Le corps organique, malgré l’admirable structure de toutes ses parties, n’est qu’une grossière et très imparfaite ébauche du corps invisible. »
D’où il suivrait que notre corps invisible entend, voit, sent avec une pénétration et une intensité extraordinaires, quand il se trouve dans des conditions favorables à sa manifestation, quand il entre en contact avec le monde extérieur. C’est lui qui nous donnerait la clef des phénomènes merveilleux.
M. Ledos nous dit d’étranges choses de ce corps invisible, de ce corps qui n’emprunte à aucun élément étranger son énergie vitale, ni son mode d’être. Il tire de lui-même sa propre vie, il n’emprunte rien aux éléments, aux astres, aux influences ambiantes; il est invulnérable, indécomposable, indestructible ; et ce n’est pas tout.
<( Le sens visuel du corps invisible ne peut en aucune sorte être comparé à celui du corps matériel. L’œil intérieur est le soleil du corps invisible; sa pénétration est telle qu’il perçoit bien au delà des limites du connu et des
chofie^ {lisibles. La lumière la plus éblouissante ne peut Tofrenser, et l’obscurité la plus profonde n’arrète point sa puissance visuelle.
(( Pendant la vie terrestre, le sens de la vision intérieure demeure inactif et à l’état latent. Néanmoins, quelques rares privilégiés possèdent jusqu’à un certain point la faculté active du sens visuel du corps invisible. Ils ont alors la faculté de pénétrer dans les mystérieux replis du corps humain, de sonder les consciences, de voir clairement les fonctions si profondément cachées de l’organisme et d’en découvrir les lésions.
a D’autres, doués du même privilège, ont des visions merveilleuses, des extases sublimes qui les font entrer en relation avec le monde invisible; par le sens visuel et le sens auditif du corps fluidique ils Jouissent de spectacles et de mélodies d’une telle beauté et d’une telle harmonie, que leur àme reste comme suspendue dans un délicieux ravissement, et qu’elle semble prête à franchir les limites de sa prison corporelle. »
Ainsi, d’après M. Ledos, les ravissements, les extases, le don de lire dans le corps humain et dans les profondeurs de la conscience humaine, tous.ces phénomènes et d’autres qui appartiennent, selon nous et selon renseignement de l’Eglise, au monde
préternaturel, à des causes préternaturelles, ne dépasseraient pas les forces de la nature, ils seraient l’efl'et naturel de la puissance naturelle de ce corps invisible que chacun de nous possède sans le savoir. En prenant ces principes, il serait facile d'arriver à la négation de tout ordre préternaturel.
Le corps invisible aurait encore d’autres propriétés. Tandis que certains auteurs prétendent, nous l’avons déjà vu, que le fluide odique ou humain est sécrété par l’encéphale et par notre système nerveux, M. Ledos en attribue la production à notre corps intérieur, celui qu’on ne voit pas :
« Il y a dans le monde^ écrit M. Ledos, un flux et un reflux continuel et régulier, de l’intérieur à l’extérieur; émanation fluidique qui échappe à la vision corporelle et que Ton peut comparer à une sorte d’électricité latente. Du corps humain se dégage ce rayonnement fluidique, qui, de la périphérie corporelle, transmet à une certaine distance ses rayons et forme une sorte d’atmosphère ambiante, propre à l’individu dont elle émane.
«Ce fluide phosphorescent, subtil, insaisissable, indécomposable et indestructible n’est pas le produit de diverses fonctions du corps organique, mais bien le résultat des émanations du corps invisible qui enveloppe la périphérie du corps matériel.
« Chez quelques rares individus, ce fait produit le mystérieux phénomène de la réflexion du corps intérieur ou fluidique au
delà des limites corporelles. C’est ainsi que se produisent dans l’atmosphère les apparitions^ ou visions de certains personnages à des distances plus ou moins éloignées du lieu où réside leur corps matériel, phénomène admirable et merveilleux, bien que naturel, car il n’est, en réalité, (}ue la réflexion ou le mirage de l’image corporelle. » .
C’est ainsi que Ton pourrait expliquer, selon M. Ledos, le phénomène de la bilocalion, et les phénomènes de l’hallucination.
Sous l’influence d’une grande exaltation, d’une passion très intense, le corps intérieur et phosphorescent illumine son corps matériel, et celui-ci réfléchit son image dans l’atmosphère ambiante.
« De là ces apparitions étranges, ces fantômes qui frappent de terreur l’imagination du visionnaire. » Mais Tauteur ne conteste pas que, dans certains cas, la vision ne puisse être le résultat de la présence d’un esprit étranger.
L’enlèvement du corps dans les airs, la lévitation s’expliqueraient aussi de la même manière. Certains individus, perdus dans l’extase, s’affranchiraient des lois de la pesanteur, lorsque le corps fluidique phosphorescent envelopperait et soulèverait accidentellement dans les airs le corps matériel.
Nous pouvons résumer ainsi ce système ingénieux, mais faux.
Nous avons en nous un corps fluidique et phosphorescent qui possède à un degré infiniment supérieur tous les sens de notre corps matériel. Ce corps phosphorescent dont la nature, l’origine et le mode de conservation nous restent inconnus, rayonne, entoure et dessine les formes de notre corps, devient notre fantôme et jouit de la propriété de maintenir le corps matériel dans les airs, de le transporter sur différents points de l’espace où il se rend visible, de pénétrer les secrets les plus cachés de l’âme et de notre organisme. Quand il y a relation harmonique entre le corps Iluidique et le corps matériel, le sujet possède un pouvoir physique vivifiant, c’est le pouvoir « des thaumaturges, des faiseurs de miracles, des guérisseurs par l’insufllation et par l’imposition des mains ».
Tout le système de M. Ledos repose donc sur cette hypothèse : nous avons en nous un corps Iluidique extraordinaire qui produit naturellement tous les phénomènes merveilleux et préternaturels de la mystique chrétienne. Voilà donc notre fantôme!
Quelles preuves nous donne-t-on de l’existence de ce corps intérieur et phosphorescent? Aucune. Nous sommes donc en présence
d’une affirmation gratuite, sans valeur sciciv tifique, sans fondement. On suppose (jue nous avons en nous un corps invisible (|ui possède tous les sens de notre corps physicpie portés à la plus haute puissance, et on ne nous donne aucune preuve de son existence.
Ni l’expéi ience, ni te raisonnement, ni l’induction, ni la déduction ne nous donnent même un commencement de preuve.
Il est facile à tout homme doué d’esprit et de (juehjue imagination d’inventer une thèse de ce genre, de rêver que nous avons un fantôme en nous, que nous pouvons dégager ce fantôme, en faire notre émissaire ou notre messager, l’envoyer à travers l’espace et en obtenir des communications sur les secrètes pensées de ceux que nous connaissons et que nous aimons. On discute des preuves, on ne discute pas une hypothèse gratuite, si profonde que soit notre sympathie pour celui qui la produit.
M. Ledos reconnaît la réalité des divins phénomènes de la mystique chrétienne, apparitions, connaissance intime des consciences, révélations, lévitations, multilocation, et il attribue tous ces phénomènes à notre corps phosphorescent. Ici encore nous errons dans les ténèbres et dans les aventures de l’imagination. Il faudrait nous montrer par l’expé-
rience ou par le raisonnement qu’il existe un rapport de causalité entre ces phénomènes et le prétendu similaire ou fantôme caché en nous, derrière le rideau du corps matériel.
Affirmer n’est pas prouver.
Si tous les hommes possèdent, en vertu même de leur nature, ce corps intérieur d’une agilité et d’une pénétration si puissante, pourquoi n’en savent-ils rien, pourquoi les thaumaturges sont-ils si rares, pourquoi les guérisseurs et les voyants ne se trouvent-ils pas partout, dans nos rues, dans nos carrefours et dans nos maisons?
On nous dit que « Thomme a en lui-même des forces et des facultés cachées, qui, étant mises en activité par l’action du corps intérieur, produisent des effets surnaturels, p. i53 ».
Mais, si ces effets sont surnaturels, ils appartiennent à une cause surnaturelle, et ce n’est pas à l’homme, à la nature humaine, c’est à une cause surnaturelle qu’il faut les attribuer; c’est Dieu qui en est l’auteur.
On nous dit encore que le corps intérieur voit les objets les plus éloignés, les pensées les plus secrètes, etc. Pourquoi faire intervenir un corps quand l’âme nous suffît? Ce n’est pas le corps qui voit, c’est l’ànie par le corps. S'il plait à Dieu d’élever la puissance et d’étendre la pénétration de l’âme, elle verra à de longues distances, elle connaîtra les pensées qui se traduisent à l’extérieur d’une manière qui semble imperceptible, elle
connaîtra Tavenir, et elle refoulera devant elle l’obstacle de l’espace et de la matière, et nous verrons les prodiges éclatants de la lévitation et de la multilocation.
L’hypothèse du corps intérieur est donc inutile et elle n’est pas démontrée.
On nous dit encore que « le Iluide masculin affecte trois couleurs : le jaune, ie rouge et l’orangé, et que le fluide féminin est bleu, vert et violet, p. 142 ». Des preuves? C’est en vain que nous en cherchons. ÎSlais ce fluide, ce corps intérieur, c’est précisémentcelui qui sortiraitde nous danscertains cas extraordinaires, et qui formerait notre fantôme. Il faudrait donc que le fantôme féminin fût toujours vert ou violet, et que le fantôme masculin fût rouge ou orangé?
Or le fantôme ou le double dont on a quelquefois constaté la réalité dans les apparitions n’est ni rouge ni violet, il est la reproduction exacte du visage, des vêtements, de l’attitude de celle ou de celui qu’il représente ; c’est le même individu présent en deux endroits.
Il faut donc renoncer à l’explication du double par le corps intérieur Iluidique ou phosphorescent. Toutes ces hypothèses, purement imaginaires, amusent peut-être, un instant, la curiosité, mais elles n’expliquent rien.
Allan Kardec et ses disciples nous ont laissé une théorie des images Iluidiques et du fantôme qui diffère de celles que je viens d’exposer.
« L'esprit, écrit Allan Kardec dans son livre La Genèse, p. 3io, agit sur la matière; il puise dans la matière cosmique universelle les éléments nécessaires pour former à son gré des objets ayant l’apparence des divers corps qui existent sur la terre. 11 peut également opérer sur la matière élémentaire, par sa volonté, une transformation intime qui lui donne des propriétés déterminées.
Cette faculté est inhérente à la nature de l’esprit qui l’exerce souvent comme un acte instinctif quand cela est nécessaire, et sans s'en rendre compte. Les objets formés par l’esprit ont une existence temporaire, subordonnée à sa volonté ou à la nécessité: il peut les faire ou les défaire à son gré. Les objets peuvent, dans certains cas, avoir aux yeux des personnes vivantes toutes les apparences de la réalité, c’est-à-dire devenir momentatanéinent visibles et tangibles. »
Les esprits sentent, voient, entendeni, vivent dans le monde Üuidique, au sein de cette matière raréfiée, et quand ils veulent se rendre visibles et prendre le corps et l’apparence de ceux qu’évoquent les spirites, ils
n’onl qu’à recueillir autour d’eux, dans tes lluides spirituels qui constituent leur demeure, les éléments avec lesquels ils forment le fantôme de l’apparition.
« Les esprits agissent sur les lluides spirituels, non en les manipulant comme les hommes manipulent les gaz, mais à l’aide de la pensée et de la volonté. La pensce et la volonté sont aux esprits ce (|ue la main est à riiomme. Par la pensée, ils impriment à ces lluides telle ou telle direction; ils les agglomèrent, les combinent et les dispersent; ils en forment des ensembles ayant une apparence, une forme, une couleur déterminées; ils en changent les pr»»priétés comme un cl imiste change celle des gaz ou autres corps, en les combinant suivant certaines lois. C’est le grand atelier ou laboratoire de la vie universelle. »
S’il en est ainsi, on ne voit pas pourrpiui les spirites répètent si souvent que les esprits soutirent le llnide des médiums dans les expériences de matérialisation, ils n’ont (jue faire du médium endormi ; ils trouvent autour d’eux, dans l’immense région des lluides spirituels ou delà matière extrêmement raréliée, les éléments du fantôme qui se forme instantanément, sous l’inspiration de leur pensée, an commandement de leur volonté. C’est ce fantôme que nous avons appelé le corpa aérien (pie les bienheureux, les âmes du purgatoire, rarement les damnés, composent eux-mêmes, par une volonté particulière de Dieu, (juand
il leur permet d’apparaître aux vivants.
Mais les vivants ne puisent pas dans ce réservoir les molécules de leur double, ils les trouveraient en eux-mêmes, selon les spirites, dans ce périsprit ou corps inlermédiaire^ dont nous avons souvent parlé. C’est ce périsprit qui se détacherait de nous; double ou fantôme mystérieux, dont les lois de formation et les modes d’apparition sont encore entourés de grandes obscurités et (jui ne cesse pas, pendant la vie, de rester sous la domination de notre moi. Chimères et rêveries!
Je m’étonne que Gœrres, le grand mystique, ait oublié, une fois, les principes les plus surs et les mieux justifiés de la théologie, et qu’il ait écrit cette page :
« L’homme peut contempler lésâmes séparées et les reconnaître plus ou moins clairement. En elTet, quoique la mort ait brisé les liens qui attachaient ces âmes à leur corps, elles n’ont pas pèrdu néanmoins toutes les forces de la vie corporelle, mais il leur en est resté quelque chose qui doit servir plus tard, lors de la résurrection, à recomposer ces organes dont elles ne sont pas séparées pour loujours. Elles peuvent donc, à l’aide de ces forces qui leur sont restées, se rendre sensibles aux hommes qui restent sur la terre etconverseravec eux.Bien plus,ellespeuvent,
par certaines opérations naturelles, en faisant usage de ces forces, manifester leur présence même à ceux dont le regard intérieur ne se distingue par aucune disposition extraordinaire.
« Le monde des vivants et le monde des défunts ne se touchent que rarement, et par ([uelques points seulement: pour tout le reste, ils sont séparés par un abime infranchissable. Mais quelque rares que soient ces conjonctions de deux personnes d’un monde différent, elles ont lieu quelquefois néanmoins, soit parce que le regard de l’homme, par suite de (juelque développement extraordinaire, voit dans une lumière naturelle ce qu’il ne peut voir ordinairement, soit parce (jue l’àme séparée se rend visible à l’homme à l’aide des forces physiques qui lui sont restées.
(i Les régions invisibles renferment plusieurs ordres d’esprits. Plus ceux-ci sont rapprochés de nous, [dus aussi nos rapports avec eux doivent être fré(|uents et faciles.
Or, il n’eu est point qui soient plus voisins de l’homme que ceux qui ont une nature commune avec lui, qui ont été autrefois ce que nous sommes nous-mêmes, et qui doivent, par conséquent, tenir toujours <à nous, parles liens d’une sympathie particulière. On conçoit donc que l’homme puisse quelquefois, sans même avoir besoin que son œil intérieur soit élevé à une très grande puissance, (jne l’homme puisse converser avec des esprits (!«
cet ordre. Le somnambulisme spontané peut donner lieu aussi à des rapports de ce genre, en aiguisant le sens général et en lui donnant une perspicacité extraordinaire. Mais pour monter plus haut dans la hiérarchie des esprits, pour entrer en rapport avec les anges, le somnambulisme et la magie ne suffisent plus, il faut une élévation mystique de Tàme ^ »
Que des rapports entre les vivants et les morts soient possibles, réels, c’est incontestable. En effet, les âmes, séparées de leur corps, conservent les forces physiques, chimiques, vitales au moyen desquelles, sur la terre, elles maintenaient dans l’unité de forme et dans la vie les atomes fuyants qui formaient notre corps, avant de disparaître à leur tour dans le tourbillon vital. Avec ces forces et le Iluide vital, elles peuvent apparaître, et en fait, riiistoire le démontre, elles ont apparu bien souvent parmi nous, quand Dieu le permet.
Nous admettons aussi qu'il existe des affinités morales particulières et persévérantes entre les vivants et les défunts qui ont partagé nos deuils et nos joies, nos déceptions et nos succès pendant la vie, à notre foyer. Ils font partie de nous, en quelque manière, et nous
^ Gœrres, Mystiq.y t. III, p. 342.
faisons partie d’eiix-mèmes. Quelque chose d’eux reste en nous, sur la terre, quehjue chose de nous reste en eux, dans l’autre vie.
Mais, que nous puissions communiquer naturellement y en vertu de cette sympathie, avec ceux qui nous ont quittés, qu’il suffise d’un développement de notre perspi¬
cacité, d’une acuité particulière du sens général, d’une extension spontanée ou provoquée de notre regard pour pénétrer dans l’autre monde, et cou verser d’une manière sensible avec les esprits, voilà ce qui estconiraire àladoctrinecatholique: voilà ce que le philosophe allemand ne pouvait pas démontrer.
La distinction qu’il établit entre les esprits supérieurs et les esprits inférieurs pour expliquer ces communications ne repose sur rien.
En effet, si nous pouvons voir naturellement, par un développement accidentel de noire sensibilité, les esprits inférieurs que nous avons connus sur la terre, si la sympathie (pi’ils ont éprouvée pour nous explicpie assez ces relations, à plus forte raison devons-nous voir les esprits supérieurs que nous avons aimés en ce monde. Ils sont supérieurs, c’està-dire plus élevés, sans doute, en intelligence et en puissance, plus maîtres aussi de ces forces physi(jues (jui leur permettent de faire de la matière radiante l’instrument de leur apparition, et il leur est, par conséquent, plus facile qu’aux esprits inférieurs d’entrer en coinmiinicalion avec nous.
On ne voit pas d’ailleurs sur quoi le philo-
soplie allemand peut s’appuyer pour justifier celte catégorie des esprits supérieurs opposés aux esprits inférieurs. Après la mort, Tàme va ou au ciel, ou au purgatoire, ou dans Tenfer; elle se trouve ainsi ou dans la béatitude éternelle, ou dans la souffrance temporaire, ou dans la douleur sans fin. C’est la seule distinction que l’on puisse établir.
Que si l'on prétend, comme Gœrres l’enseigne, que nous pouvons entrer naturellement en communication avec les esprits inférieurs, il faut dire, dans une langue plus claire, que nous pouvons converser avec les bienheureux, avec les damnés, et avec les âmes du purgatoire, et qu’il suffit, pour obtenir ces communications, dè provoquer un développement anormal de la sensibilité et de la perception. C’est une erreur manifeste en opposition formelle avec la doctrine catholique et avec les faits.
Les apparitions des morts aux vivants ne dépendent pas des lois de l’ordre naturel, elles dépendent de la volonté de Dieu. Il ne suffît pas d’une affection de la plus grande intensité, ou d’un état anormal de la sensibilité pour en obtenir la production. Que si ces conditions suffisaient, les apparitions seraient très fréquentes, elles feraient partie de l’ordre naturel, elles deviendraient ordinaires, et nous pourrions tous les jours en constater la manifestation. Nous voyons au contraire que.
malgré la puissance des profondes affections, malgré les modifications spontanées ou pro-
voquées du système nerveux, malgré les essais les plus variés, sous l’excitation d’mi ardent désir, on échoue toujours (juand on veut revoir un parent, un ami, un personnage (jui n’appartient plus à ce monde. Et si l’on obtient une communication, phénomène d’ailleurs très rare, rien ne nous garantit la vérité de l’apparition.
Ce n’est pas ainsi que les phénomènes se produisent dans l’ordre naturel : ils ne portent pas ce caractère de caprice et d’irrégularilé; ils se produisent invariablement de la même manière, dans les mômes circonstances, sous l’iniluence décisive des mômes causes, et c’est la raison de l’harmonie qui domine tous les mouvements de l’univers. Nous connaissons les causes, nous prédisons sûrement les edets, nous voyons clairement le lien qui rattache la cause aux etrets; nous aftirmons l’existence d’une loi qui ne sera pas violée.
Mais, dans le domaine des apparitions des défunts aux vivants, nous ne voyons ni l’elfet, ni la cause, ni le rapport de l’un à l’autre, ni l’action uniforme de la loi, ni la périodicité régulière des phénomènes constatés. Tout semble au contraire y révéler l’arbitraire, l’irïcertitude, le caprice, le défi aux prévisions du cœur, et nous ne pouvons jamais aflirmer, à coup sûr, (|ue tel degré d’intensité dans le désir, telle surexcitation de la sensibilité, telle puissance de l’intelligence déterminera nécessairement l’apparition du défunt que nous attendons.
Et cette incertitude témoigne bien que les apparitions ne dépendent pas de nous, de notre volonté, de nos désirs, mais qu’elles dépendent d’une cause supérieure, c’està-dire de Dieu qui permet ou qui défend ces apparitions, selon les lois de sa providence, dans le gouvernement du monde.
De toutes les observations qui ont été faites avec une attention scrupuleuse par des savants d une valeur incontestable, il est permis de dégager, sans superstition et sans témérité, les conclusions suivantes :
Des vivants apparaissent quelquefois aux vivants, à de grandes distances, ou à des distances moins considérables. Ces apparitions ont toujours lieu sous la forme d’une image ou d’un fantôme qui frappe directement l’imagination du sujet récepteur quand l’apparition est imaginative. Elles se produisent quelquefois à la suite d’une tension vigoureuse de notre esprit, d’une concentration de notre pensée sur la personne qui nous est unie par les liens du sang ou de l’amitié, que nous voulons impressionner. Cette condition ne suffit pas.
Cet acte si intense (ïdillenüon (monoïdéisme) n’est pas toujours nécessaire. L’apparition se produit, tantôt sans l’intervention du sujet expéditeur qui ignore le phénomène et ne
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pense en aucune manière au sujet récepteur; tantôt sous une lurine prophétique, c’est une scène qui n’est pas encore réalisée, et qui est à la veille de se réaliser; d’autres fois, enfin, le fantôme apparaît, deux ou trois jours avant la mort du sujet, à la manière d’un avertissement mystérieux. Nous voyons ainsi que le phénomène de l’apparition n’est pas l’effet volontaire de l’homme, de sa puissance de concentration intellectuelle, et qu’il est soumis à d’autres lois.
Si nous observons le corps humain pour en dégager la notion de fantôme, nous reconnaîtrons, avec les expérimentateurs les plus sérieux, que notre système nerveux sécrète un fluide dont le nom n’a pas reçu encore une consécration définitive, fluide odique, nerveux, vital, neurique, désigné aussi par les philosophes des siècles passés sous le nom d'esprits animaux, et qui permet de croire à un état spécial de la matière, ni solide, ni liquide, ni gazeux, un état radiant qui se prêterait avec la plus grande facilité à tous les phénomènes de désagrégation et de réintégration.
Ce fluide, qu’il ne faut pas confondre avec le corps astral des spirites, et qui n’est pas un inlermédiaire entre le corps et l’àme, serait simplement celte matière qui sert, en certains cas, à former notre corps aérien, ou notre image, et à le rendre sensible dans l’imagination du sujet récepteur, ou de la personne qui voit l’apparition.
Quel est l'agent intelligent qui forme ainsi le fantôme et le dirige à travers l’espace jusqu'à la personne à laquelle nous apparaissons? Il est incontestable que nous ne pouvons pas nous attribuer la responsabilité de l’apparition dans les cas suivants : 1 ° quand le phénomène se produit sans que nous le sachions; quand il représente une scène qui n’existe pas encore, telle, la vision de la mère dont nous avons parlé, qui vit, trois jours avant son accomplissement, une scène sanglante de mutinerie sur un bateau de pêche de Terre-Neuve; 3® quand le fantôme précède de quelques jours la mort tragique ou naturelle de la personne dont il porte la ressemblance.
Dans ces conditions, l’apparition est préternaturelle, elle est l’œuvre d’un esprit bon ou mauvais, ange ou démon, elle n’est pas le produit conscient ou inconscient de la personnequi apparaît sans le savoir, sous l’apparence d’un fantôme, et qui porte avec elle un avertissement.
Il peut arriver que par un acte très intense d’attention et de volonté, je force une personne éloignée à penser à moi, et qu’une organisation nerveuse, particulière détermine dans le cerveau de cette personne une hallucination, ou l’apparition saisissante de mon image qui lui semble une réalité concrète, matérielle. Ici les données du problème sont profondément modifiées, et nous touchons au mystère de la télépathie. Le moment n’est
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pas venu de reprendre celte question.*^ Ce (jue je veux observer, pour ne pas m’écarter de mon sujet, c’est qu’il est faux de dire que tout homme a son fantôme, que ce fantôme est à sa disposition et (|ue, par son intermédiaire, il peut quand il veut entrer en communication avec les absents.
Ce qui ne me parait pas contestable, c’est que le corps humain sécrète un fluide, le Jluide humain, que ce fluide peut produire des phénomènes physiques, magnétiques, électriques dont l’élude présente le plus grand intérêt et de sérieuses ditficultés : que les esprits peuvent s’emparer de ce fluide, prendre notre ressemblance et apparaître, ou dans les expériences de matérialisation, ou ailleurs, d’une autre manière, dans des conditions qui varient sans cesse. j
Il n’est pas sage de provoquer ces appari- | tions toujours si dangereuses, ni d’essayer de pénétrer dans la zone de l’autre monde. Tous nos efforts sont vains, ils nous exposent aux i amertumes des plus cruelles déceptions. '
Nous avons essayé de connaître la nature du fantôme des vivants et le secret des apparitions entre vivants; que faut-il penser du fantôme des morts et de ses apparitions aux I vivants?