LE FANTOME DES MOUTS
La foi nous enseigne qu’après la mort, Tàme séparée transitoirement du corps qu’elle informait pendant la vie, s’en va, ou dans le ciel, pour une récompense éternelle, ou daris le purgatoire, pour y subir une expiation temporaire, ou dans l’enfer, pour y souffrir un châtiment sans ün.
Toutes les communications sont-elles coupées désormais entre les morts et les vivants, ou se continuent-elles dans la forme et avec les facilités désordonnées, si souvent exposées par les disciples d’Allan-Kardec?
Si des communications particulières et rares s’établissent encore entre les morts et les vivants ; si ces morts apparaissent quelquefois aux vivants, dans les terreurs ou dans les charmes d’une vision, ou joyeux ou éplorés, pour éveiller tantôt l’amour, tantôt la pitié dans le cœur de ceux qu’ils ont connus, com-
ment se produisent ces apparitions? de <juel corps sont-ils revêtus pour se faire voir et reconnaître des vivants? Cette enveloppe nouvelle et mystérieuse à travers laquelle nous voyons et nous reconnaissons ceux que nous avons rencontrés dans la vie, ne serait-ce pas le corps astral des modernes, les mânes, les ombres, les fantômes des anciens?
Qu’est-il permis de croire, et que faut-il penser?
Nous ne parlerons plus du corps aérien des vivants; nous parlons, en ce moment, du corps aérien des défunts.
Tous les docteurs de l’Eglise et tous les théologiens reconnaissent que les communications ne sont pas irrévocablement coupées entre les morts et les vivants; ils enseignent, et leur enseignement est unanime sur ce point, que les bienheureux ont apparu et apparaissent quelquefois encore aux hommes restés sur la terre, pour les instruire, les avertir, les réjouir et tes consoler.
Mais ces communications entre les vivants et les morts constituent des faits miraculeux; elles ne sont jamais de l’ordre naturel, elles appartiennent à l’ordre préternaturel.
Cette observation est importante et absolue.
Il est naturel aux bienheureux de coniinuniquer entre eux et de former une société; il
est naturel aux vivants d’établir entre eux des relations et de former la société des vivants, mais il n’est pas naturel aux défunts d’abaisser les barrières élevées entre le temps et l’éternité et de communiquer avec les vivants.
Dieu permet aux bienheureux de faire sentir aux vivants leur invisible et saisissante présence.
Nous trouvons dans l'Ancien Testament, dans le Nouveau, dans la Vie des saints, des faits très nombreux d’apparitions corporelles des bienheureux.
Faisons la part aussi large que vous voudrez aux illusions, aux hallucinations, aux fausses visions, aux extases contrefaites, il restera cependant ce fait incontestable, c’est que les apparitions des bienheureux aux vivants sont établies par des preuves historiques qui défient la critique, et dont la négation serait la négation même de l’autorité de l’histoire.
Nous renvoyons le lecteur aux Bollandistes et aux procès-verbaux de la canonisation des saints. Saint Pierre d’Alcantara, sainte Thérèse, saint Antoine de Padoue, saint Louis de Gonzague, saint François d’Assise ont apparu, sous une forme corporelle, aux vivants. On constate aussi des faits nombreux d’apparitions corporelles dans les vies de sainte Catherine de Sienne, de sainte Madeleine, de saint Jean de la Croix, de la bienheureuse Lidwine, de sainte Françoise llomaine, et
d’autres saints. Saint Thomas enseigne que les âmes bienheureuses peuvent sortir du paradis quand elles veulent, apparaître aux vivants, en se conformant, cependant, aux lois générales de la Providence, et que les âmes des damnés peuvent nous apparaître, en vertu d’un ordre ou d’une permission de Dieu ^
Les apparitions des âmes du purgatoire, sous une forme corporelle, sont plus fré queutes. Ici encore, nous pouvons consulter l’enseignement théorique des théologiens et renseignement pratique des faits.
Dieu permet ces apparitions, soit pour nous éclairer sur l’état des défunts et nous intéresser à leur sort, soit pour nous avertir et nous corriger, soit dans une pensée de miséricorde pour nous décider à ne pas refuser nos prières et nos sulfrages à ceux que nous avons aimés et qui ont partagé les épreuves de notre existence terrestre.
Dans d’autres circonstances, comme on le voit dans la vie de la bienheureuse Lidwine et de Catherine de Ricci, Dieu permet aux vivants de pénétrer en esprit dans le purga-
* Seciinduni dispositionem divinæ providenliæ, aliquando animæ separatæ a suis receptaculis egressæ, conspeclibus hominuiii præsentantur... Sed hoc interesl inter sanctos eldainnatos, quod sancli, cutii voluerint, apparere possunt viventibus, non auteni daiiinati. (SuppL, q. 69, a. 3 .)
toire, d’ei) connaître les sonfTrances intenses, de voir et de reconnaître les âmes soulFranles (|ui se manifestent sous une forme corporelle, de prier pour elles avec une puissance qui salisfait la justice et obtient le pardon. Les fails mystiques que nous rencontrons dans la vie de quelques âmes privilégiées, en commerce plus intime avec le monde invisible et éternel font sourire Tincrédule systématique, qui nie de parti pris, mais ces faits émeuvent l’àme chrétienne, et ouvrent des liorizons nouveaux, larges, infinis, au delà de la tombe.
Que ces faits ne soient pas rares, nous en trouvons la preuve dans ce cri de Denis le Chartreux à qui Ton demandait un jour si les Ames du purgatoire lui apparaissaient souvent : «Oh! oui, répondit-il, cent et cent fois. »
Un théologien mystique résume ainsi renseignement classique sur ce point : « Ces Ames se présentent toujours dans une attitude qui excite la compassion, tantôt sous les traits (ju'elles avaient de leur vivant ou à leur mort, avec un visage triste, des regards suppliants, en habits de deuil, avec l’expression (l’une douleur extrême; tantôt, comme une clarté, une nuée, une ombre, une figure fantaslicpiequelcoïKjue, accompagnée d’un signe ou d’une parole cpii les fait reconnaître. »
(Scaramelli.) D’autres fois, elles accusent leur présence par des gémissements, des sanglots, des soupirs, une respiration haletante, des accents plaintifs. Souvent, elles apparaissent
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environnées de llammes, entre les mains des démons qui s acharnent à les tourmenter.
(Isidore de Isolamis.) Parfois elles adressent des reproches sévères à ceux qui devraient les secourir. {Vie de sainte Marguerite-Marie Alacoque.)
Les théologiens admettent encore que ces âmes souffrantes peuvent nous donner conscience de leur présence par d’autres moyens, et, sans apparitions corporelles, elles éveillent leur souvenir dans notre esprit ou dans notre cœur par des pressentiments, des obsessions pieuses, des bruits, des gémissements, essayant ainsi d’arriver à nous à travers le voile trop épais des choses sensibles, de nous arracher à l’oubli et à l’indifférence et de nous forcer à abréger par le secours de nos prières la durée de leurs cruelles souffrances.
Saint Thomas nous enseigne que les âmes séparées, sans distinction, qu’elles soient an ciel, au purgatoire ou en enfer, peuvent sortir de leur demeure : Animœ separatœ a siii^ receptaculis egressœ, quand Dieu le pernietr et nous rappeler ainsi la solidarité fraternelle qui unit encore, au delà de la tombe, et malgré l’inconnu de la mort, les âmes quin^ doivent pas cesser de s’aimer.
Que les réprouvés apparaissent aussi aux vivants sous une forme sensible, nous en trouvons la preiiveet dans la vie des saints et dans l’enseig-nement des théologiens. Tantôt Dieu permet aux vivants de descendre en esprit dans l’enfer, et d'en voir les tortures et les abimes, tantôt Dieu permet aux réprouvés d’apparaitre aux vivants pour les instruire et les effrayer.
Voici renseignement de saint Thomas :
11 n est pas permis de dire que les réprouvés sortent de Tenferpour n’y jamais rentrer, puisque le châtiment de l’enfer ne finira jamais : mais on peut dire que les réprouvés sortent de l’enfer pour un temps déterminé, et il faut encore avoir soin de distinguer ce qui leur convient selon la loi de leur nature et ce qui leur convient selon l’ordre de la divine Providence.
Si nous considérons la condition naturelle dePûme séparée, il faut bien reconnaître que les réprouvés sont absolument séparés du commerce des vivants et ne leur font plus entendre leur voix. Mais si nous considérons réeonomie et les lois de la Providence, il faudra dire que les âmes séparées sortent quelquefois de leur demeure nouvelle, et apparaissent aux vivants. Et c’est ainsi que Dieu permet quelquefois aux damnés de se rendre
visibles pour instruire les vivants et pour leur imprimer une salutaire terreur
Voilà renseig:nement du docteur angélique.
Après la mort, lescommunicalions ordinaires et naturelles entre les défunts et les vivants n’exislent plus. Mais, par un dessein particulier, pour des raisons qui échappent ([uelquefois à notre raison toujours trop courte, Dieu permet aux défunts de communiquer avec les vivants.
Nous pourrions emprunter à la vie des saints des faits nombreux qui nous permettraient d’établir la réalité historique de ces apparitions des damnés aux vivants, mais ces faits ne peuvent pas entrer dans le cadre de cette étude concise et rapide.
Ici encore, nous renvoyons le lecteur aux Dollandistes et aux procès-verbaux de lacaiionisation des saints.
Les théologiens qui s’occupent successivement desétats et des faits mysliquesdistinguent trois sortes de visions : les premières sont corporelles, elles affectent les sens; nous voyons par les yeux les défunts qui font leur apparition, comme nous voyons les objets extérieurs, etilse forme ainsi accidentellement autour de nous, un monde extérieur, sensibte et merveilleux, différent du monde extérieur, ordinaire et visible au centre du((uel nous vivons.
Les secondes se produisent dans l’intérieur
‘ Suppl., q. 69, a. 3 .
de râme, dans Timagination, et elles sont à la Ibis imaginaires par leur principe et réelles par leur objet. Ainsi, dans le sommeil, je peux voir menlalement des images qui ne sont pas des réminiscences, mais qui sont des objets réels, appartenant au monde invisible et dont l’action modifie l’état des centres nerveux du cerveau.
Les troisièmes sont les plus élevées, elles constituent les visions intellectuelles. Arrivée à ce degré, ce n’est plus ici par les sens, ni par l’imagination qu’elle voit, c’est par l’entendement et dans la haute lumière des idées.
Nous étudions, en ce moment, les visions corporelles. En effet, c’est par les sens, c’est par lesyeuxque,danscertaines circonstances, nous voyons les défunts du ciel, du purgatoire et de l’enfer.
Ici, l’esprit humain se trouve en présence d’une nouvelle question. Après la mort, le corps est enfermé dans la terre et abandonné au hideux travail de la décomposition : l’ame, dans son impérissable jeunesse, est seule vivante, avec la pensée et la volonté qui lui conservent son caractère particulier.
Qu’elle soit au ciel, au purgatoire, ou dans l’enfer, l’àme ne cesse pasd’ètre immatérielle, d’appartenir à la catégorie des esprits. S’il en est ainsi, comment se fait-il que les défunts
nous apparaissent sous une forme sensible, corporelle qui exerce une action réelle sur les sens, sur l’imagination et sur le cerveau? Je ne vois pas un esprit, un être immatériel, je vois un être corporel, une créature sensible, quand le défunt se dresse devant moi. Cette âme serait-elle entourée d’un périsprit?
Entre les diverses opinions qui ont été émises sur ce point, nous nous arrêterons à celle de saint Thomas et de l’école thomiste. Le docteur angélique enseigne que l’àine séparée prend dans la matière élémentaire, dans l’air qui l'entoure, les éléments quelle condense, qu’elle groupe selon une forme déterminée et qui reproduisent l’image du défunt : Tàme se trouverait ainsi entourée d’un corps sensible et aérien^
Suarez adopte ce sentiment du maitre, et déclare que telle est, en effet, l’opinion commune des théologiens : le corps fantastique des âmes séparées est une condensation de l’air ambiant.
Les savants philosophes de Goïmbre quiont fondu dans leur enseignement la philosopliîe d’Aristote et ta théologie du docteur angélique, continuent ce même enseignement et le
* Conimunis igitur et verasententia est ilia corpora conslare exmateria elementari...DicuntcomiuunUer
theologi hanc materiani sumi ex aere præjacente, seu circumstante in loco illo in quo taie corpus forniatur. (Suarez, De angelis^ p. 442-) i
Thomas, p., q. 5i,art. 2,ad. 3 : « Angeliassuniun^ corpora ex aere, condensando ipsum virtute divina, quantum necesse est ad corporis assumendi formationem. »
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fortifient de leur propre autorité. Voici leur témoignage :
Les âmes séparées se font un corps dont les éléments sont pris dans l’air ou dans la matière malléable ; ils peuvent reproduire ainsi le corps d’un homme, d'un animal ou d’une autre créature, et apparaître sous cette forme aux vivants. Tantôt, Dieu ordonne aux bons esprits de nous apparaître pour notre plus grand bien; tantôt, il permet aux esprits mauvais de se rendre sensibles pour nous éprouver et nous tourmenter ^
Dante a résumé dans son immortel poème, avec une précision souvent remarquable, l’enseignement théologique et scolastique du moyen âge. 11 fut cité, exposé, commenté dans des chaires de théologie fondées par des papes célèbres, et il nous semble intéressant de connaître son opinion sur le périsprit des âmes séparées.
Avec saint Thomas, il reconnaît que notre âme possède deux sortes de facultés ou de puissances : les premières, comme l’intelligence, la volonté, la mémoire, sont dans l’âme comme dans leur sujet, tanquam in
* Spectata naturalî conditîone anîmarum corpore vacantiuni, certum est nullo miraculo earum quainlibet hinc inde posse coinmigrare, esse que solertein ex aere alia ve tractabili inateria corpora efïingere, et in eis, nunc hoininem ponere, nunchelliiam, silibeat, atque eo modo sui adventus signa nobis exhibere...
A Deo aut jubentur, boni alicujus gratia, aut perinittuntur vexandi causa more dæinonura. i^TracL de anima separata^ disp. VI, art. iii.)
subjectOy elles sont indépendantes dn corps, elles se perpétuent avecràme qu’elles accompagnent dans ses voyages, pendant ([ue les derniers débris du corps se mêlent à la terre végétale et la fécondent.
Les secondes se trouvent seulement dans l’àme comme dans leur principe, tanquam in principio, ainsi, lafaculté de touclierlescorps, de les sentir, de les goûter; ces facultés sont liées à nos organes physiques dans leurs continuelles opérations, elles tiennent notre ànie dans un perpétuel rapportavec notre corps et avec les corps extérieurs.
Manifestement, ces dernières facultés cessent leurs opérations au moment de la mort, puisque Tâme se trouve aussitôt séparée de son corps et du monde des corps; elles existent, elles restent dans Tàme à l’état de puissance, mais, selon la très belle expression de Dante, elles sont muettes, tuile quante mute.
Si nous supposons que Tàme prenne un corps nouveau et matériel, ces facultés endormies s’éveillent, se développent, entrent en exercice^ et recommencent leurs opérations vitales. Après la mort, enseigne Dante, 1 aine informe un corps aérien, et elle se trouve dans ce corps par son action, et comme force motrice : elle se trouve là défiuitwe et non
circumscriptive. Unsavantccri\ ai n, que j’aime
àciler, éclaire ainsi par une gracieuse image la thèse théologique qu’il vient d’exposer:
« Comme le feu, quand il change de place,
est toujours suivi de la flamme qu’il dégage, ainsi ce corps nouveau accompagne l’esprit ou l’ame séparée, partout où elleva. C’est par ce corps que cet esprit se rend visible aux vivants : on l’appelle une ombre, parce que ce corps aérien et léger n'a pas la matérialité et la consistance du corps terrestre que nous connaissons^ »
Au moment où elle forme ce corps aérien par sa vertu plastique et formatrice, l’càme contracte l’aptitude à sentir tout ce qu’elle pouvait sentir par les facultés sensitives, pendant la vie; elle sent par sa vertu plastique, comme elle sentait autrefois par ses facultés végétatives dans des conditionsqui n’existent plus; sa vertu plasti((ue irradiée dans le corps aérien (juidevient plus matériel et plus épais, quand la vie de Tàme sur la terre a été chargée d’un plus grand nombre d’iniquités.
On se souvientde ce tableaudugrandpoète de la théologie : «Lesàmes nues et harassées, qui avaient entendu les paroles dures de Caron, changèrent de couleur et grincèrent des dents; elles blasphémaient Dieu, elles maudissaient leurs parents, les enfants de leurs enfants, l’espèce humaine, le lieu, le tem[)s de leur naissance; ensuite, elles se réunirent en versant des larmes, au bord du fleuve terrible où est attendu tout homme qui ne craint pas Dieu. L’infernal Caron les rassemble toutes et frappe de sa rame les plus
‘ La Campana del Maiiino^ 51uglio, Napoli.
T. II
lentes se mouvoir... Tels que dansrautonine les feuilles tombent des arbres l’une après l’autre, tant que les branches n’ont pas rendu à la terre toutes leurs dépouilles, les üls impies d’Adam se jettent dans la barque un à un, au moindre signe du pilote, semblables à Toiseau qui trompe la ruse de l’oiseleur*. »
Ces ombres, c’est l’expression préférée des théologiens, (juand ils parlent des réprouvés et de leur corps aérien, pleurent, parlent, souffrent, blasphèment, reproduisent entin tous les phénomènes de la vie sensible, en vertu de cette union nouvelle et d’un genre particulier entre r.àme et l'air condensé.
L’esprit meut le corps aérien, et lui imprime des mouvements, ut motor; mais, n’oublions pas que l’esprit n informe pas le fantôme, comme l’àme informe son corps pendant la vie. La diiférence est essentielle. Il importe de ne pas l’oublier.
Les philosophes catholiques et les théologiens (juiontessayédedécrirece corps aérien, dansun siècleoù lessciencesnaturellesétaient encore à l’état d’enfance, éprouvèrent quelque embarras. Presque tous les théologiens del’école thomistefaisaientun rapprochement ingénieux entre l’air et les nuages qui ont une
‘ DelVInfern, Canlo 111.
couleur, une forme, et une apparence vaporeuse qui les rapproche de la condition des êtres naturels.
Nous trouvons dans les corps que nous «connaissonsdeToxygène,del’azote,du chlore, du fluor, du phosphore, dusoufre, du calcium, du potassium, du magnésium, du fer, etc.
Tous ces éléments existentaussi dansl’atinosphèreà l’état dilué, et en se condensant, sous l’action maîtresse et intelligente d’un agent inconnu, ils peuvent prendre l’apparence objective des réalités terrestres, c’est-à-dire des corps.
Nous arrivons ainsi à constater l’existence d'unematièreauplus hautdegréde raréfaction, dont les molécules ont un mouvement vibratoire extrêmement rapide. Aussi bien, c’est dans la quantité de force vive renfermée dans chaque molécule qu’il faut chercher l’explication des divers états solides, liquides et gazeux de cette matière, monade, atome, énergie, vis actwa, qui nous éblouit et nous étonne, ici-bas, par l’infinie variété de ses transformations.
Mais, d’après les théologiens catholiques et les philosophes de tous les temps, ce corps aérien n’atteindrait pas le degré de matérialisation nécessaire pour se laisser saisir comme les autres corps que nous touchons et que nous voyons autour de nous.
« O ombres vaines, excepté pour la vue, s’écrie Dante, trois fois, je serrai l’ombre dans mes bras, trois fois mes bras retombèrent sur
ma poitrine. Je restais stupéfait de surprise S l’àme sourit et se retira. {Purgat.^ ch. ii.) | Avant le grand [)oète llorenlin, Virgile avait dit : «Trois fois Enée veut presser dans ses bras cette ombre chère, et trois fois elle échappe à son étreinte, pareille aux vents légers, semblable au songe qui s'envole*. » j Ce corps prend la forme humaine, il reçoit J de Tàme le mouvement, mais il ne cesse pasj de conserver son caractère substantiel, il est! Iluide ou gazeux, il est aérien. i
Il est évident que les philosophes et les!
théologiens du moyen âge ne pouvaient pas* nous donner une explication précise du corps aérien; leurs connaissances dans le domaine J des sciences naturelles étaient très limitées, et ils ne pouvaient pas prévoir le grandi mouvement intellectuel dont nous sommes!
témoins. I
Il importe de constater qu’en ouvrant laj voie aux recherches scientifiques sur la cons-l titution du corps aérien, ces théologiens on# reconnu que nous étions en présence d’une!
opinion librement débattue dans les écoles!
et qui n’intéressait pas directement la* foi. 1
Cette enveloppe aérienne, de fluidité et de J densité inégales, pourrait bien ètresimplemeid J de la matière radiante, ou terrestre, ou lunaire, 5
* Ter conalus ibi collo dare brachia circum : fl
Ter frustra comprensa uianus elfugit imago, ■ Par levibus ventis, volucrique simillima soinnofl (ViRG., Eneide, I. VI.) ^
ou solaire, ou stellaire. Mais qu’elle soit empruntée aux radiations de la terre ou du soleil, de la lune ou des étoiles, elle conserve toujours son caractère spécifique, elle occupe une place intermédiaire entre la matière et l’esprit.
Quel(|uefois, cependant, la matérialisation du corps aérien devient plus intense, plus concrète et plus sensible. 11 nous suffît de rappeler l’ange qui lutta toute la nuit contre Jacob, et l’archange qui accompagna Tobie et vécut avec lui.
Voici nos conclusions :
Après la mort, l’àme passe ou dans le ciel, ou dans le purgatoire ou dans l’enfer.
Elle peut, si elle est au ciel, et selon l’enseignement de saint Thomas, apparaitre aux vivants, quand elle veut, en se conformant aux lois générales de la Providence.
Si elle est dans le purgatoire, ou dans l’enfer, elle ne pourra apparaitre aux vivants que par une permission toute spéciale de Dieu, soit pour demanderle secours denos suffrages, quand elle est au purgatoire, soit pour faire naitre dans notre cœur une frayeur salutaire quand elle est en enfer.
Pour apparaitre ainsi aux vivants d’une manière sensible, cesâmes séparées se forment un corps aérien. Je sais que les théologiens
sont divisés sur ce point : les uns disent que ^,1 les anges nous apparaissent à la place des défunts; les autres que les défunls se forment 11 un corps avec la matière réelle en décompo- J' sition. Cette variété d’opinions indique assez 1 que nous sommes en présence d’une question librement débattue, et livrée à la science, t Mais toute l’école thomiste avec la grande j majorité des théologiens reconnaît que l’àine ]i se fait un corps avec Tair ambiant. |î-
Mais, puis(jue ce corps peut ainsi se rendre i | visible, affecter nos organes, déterminerTap- ‘ parition d’une image par son action sur la rétine, je n’hésite pas à reconnaître que ce j corps aérien peut encore et a fortiori impres- il sionner une plaque photograpliique et nous J laisser son image sensible. Cette plaque est bien plus puissante ((ue la rétine pour repro- 4 duire une image : il suffit, pours’en couvain- V| cre, d’observer la nouvellecarteducielobtenue ! par la photographie. j j
Je n’hésite pas à croire que les mauvais i esprits dont la mission néfaste consiste à .
séduire et à tromper les hommes, ont le pou- j voir de revêtir un corps aérien, d’apparaitre j ! aux imprudents qui les évoquent et de repro- j duire l’image de ce corps, sous certaines con- p ditions d’obscurité et de complicité. r
Je n’aime pas cette expression vague et J dangereuse de corps astral que nous rencon- j i trons trop souvent dans les écrits des spirites ) ' et des occultistes, je préfère l’expression théologique et traditionnelle du corps aérien, elle \
— ic)5 —
répond à une idée [)récise, elle exprime la condensation de Tair ambiant dans une forme humaine.
INIais je n’admettrai jamais que tout aventurier ait le pouvoir de s’asseoir devant une table imprégnée de son fluide, de commander au ciel, au purgatoire, à l’enfer, de citer à sa barré les bienheureux, les réprouvés, les démons, de les obliger à répondre à son gré et quand il lui plaît, de recevoir les communications d’un Vincent de Paul, de César, de Napoléon, d’Alexandre et de tous ceux qu’il lui plaît d’évoquer. Cela n’est pas sérieux.
Quel est le rôle de ce fantôme des vivants et des morts dans les phénomènes de bilocation?