LA BILOCATION
La bilocation est la présence réelle et simultanée d’une personne en deux lieux différents. Nous en trouvons de nombreux exemples dans l’Ancien Testament, dans l’Histoire ecclésiastique, dans la vie de quelques saints. Les- plus remarquables appartiennent à la vie du pape saint Clément, de saint François Xavier et de saint Alphonse de Liguori. Nous avons parlé de ce miracle, il nous paraît utile d’y insister, et de compléter les explications que nous avons données.
Dans le vol aérien des mystiques, le corps s’élève avec une force et une impétuosité qui délient tous les obstacles et toutes les résistances. Son poids devrait l’attirer et le retenir vers le centre de la terre, mais il défie la loi de la gravitation. Devenu, subitement, plus léger que l’air, il devrait atteindre les couches les plus élevées de l’atmosphère, mais ici la loi des aérostats est violée. Il devrait obéir aveu-
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glément à la force plïysique, irrésistible qui remporte» et il s’arrête subitement, en l’air, en face d’un tableau placé sur un autel, ou devant une croix plantée sur une colline.
C’est ainsi que saint Gopertino fut un jour terrassé, saisi, enlevé. II sulfit de l’ordre mental d’un supérieur qui rappelle silencieusement le vœu d’obéissance pour arrêter l’ascension de l’extatiqueet le ramener aux conditions ordinaires de la vie.
Nous ne sommes donc pas ici en présence d’un phénomène physique, aveugle, fatal, nous nous trouvons devant un phénomène intelligent, où se révèle une cause spirituelle, nous entrons dans l’ordre moral.
Les théologiens mystiques insistent particulièrement sur la légèretéaccidentelle du corps de l’extatique; ils n’acceptent pas l’explication delà la lévitation par un déplacement des forces.
c( Il faut, écrit le P. Séraphin, qu’à cette élévation corporelle se joignent tous les autres caractères du ravissement dont nous avons déjà parlé. 11 faut surtout que le corps ainsi élevé ait perdu accidentellement sa pesanteur naturelle et qu’il ait acquis une agilité telle, qu’il soit devenu léger comme une plume et qu’un léger souffle puisse le mettre en mouvement*.» Cette légèreté rappelle déjà, en quelque manière, l’agilité du corps des bienheureux après la résurrection.
* Skrapuin, Principes de théologie mystiq^^^ p. 167
Mais, la biiocation diffère essentiellement du vol aérien ou de la lévitation. Que le corps de l’extatique devenu surnalurellement plus léger que l’air s’élève dans les airs, qu’il traverse les fleuves et les mers sans en toucher les eaux, qu’il franchisse de grandes distances, qu’il plane et ravisse les témoins par cette manifestation de la puissance divine, c’est toujours le même corps, c’est la même personne, élevée et transformée qui est le sujet de l’opération. Dans la biiocation, au contraire, la même personne semblerait se dédoubler, l’une reste endormie, en extase, avec les apparences de la mort, dans sa cellule ou dans sa maison, où de nombreux témoins peuvent s’assurer de sa présence, et l’autre s'en va, sur un autre point de l’espace, dans une autre ville, pour remplir une mis sion divine, et d’autres témoins, aussi véridiques, affirment l’avoir vue.
Le pape saint Clément célébrait la messe à Rome, quand soudain il parut s’endormir d’un profond sommeil qui dura trois heures. Quand ils’éveilla, il dit au peuple, pour s’excuser, que par ordre de l’apôtre saint Pierre, il était allé à Pise, pendant son sommeil, consacrer une église au prince des apôtres. Et pour prouver la réalité de sa présence, il avait laissé sur le marbre de l’église de Pise quelques gouttes de son propre sang qui sont encore aujourd’hui l’objet d’une grande vénération ^ Le saint se
Barthélemy DE Spina, q. de strigibus, c.n.
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trouvait donc simultanément à Rome et à Pise et une grande foule pouvait le voir.
Citons, d’abord, quelques faits, nous en chercherons ensuite l’explication.
Nous empruntons le récit suivant à Gœrres, le grand mystique allemand. Il importe peu qu’un fait soit ancien ou récent. Qu’il soit authentique, cela suffit.
jMarie, femme de Golfe, de Rochester, est attaquée d’une maladie de langueur et conduite à Weslmulling, à 9 milles de sa demeure, dans la maison de son père, où elle mourut le 4juin idqr. La veille de sa mort, elle ressent un grand désir de voirsesdeux enfants qu elle a laissés chez elle aux soins d’une bonne.
Elle prie donc son mari de louer un cheval pour qu’elle puisse aller à Rochester, et mourir près de ses enfants.
On lui fait observer qu’elle n’est pas en état de quitter son lit et de monter à cheval. Elle persiste, etdit qu’elle veut au moins essayer : « Si je ne puis me tenir, dit-elle, je me coucherai tout du long sur le cheval; car je veux voir mes chers petits. »
Un ecclésiastique vint la voir encore vers
dix heures du soir. Ellesemontreparfaitement
résignée à mourir et pleine deconüance dans la miséricorde divine. « Toute ma peine, (lit-elle, c’est de ne plus voir mes enfants. »
Entre une heure et deux du malin, elle a comme une extase. D'après le rapport de la veuve Turner qui veillait près,d’elle pendant la nuit, ses yeux étaient ouverts et fixes et sa bouche fermée. La garde approcha les mains de sa bouche et de ses narines, et ne sentit aucun souille; elle crut donc que la malade était évanouie, et elle ne savait trop si elle était morte ou vivante.
Lorsqu’elle revint à elle, elle raconta à sa mcre([u’elle était allée à Rocliester, et qu’elle avait vu ses enfants. « C’est impossible, dit la mère; vous n’ètes pas sortie tout ce temps de votre lit. — Eh bien, dit l’autre, je suis pourtant allée voir mes enfants cette nuit pendant mon sommeil. »
La veuve Alexandre, bonne des enfants, affirma, de son côté, que le matin, un peu avant deux heures, elle avait vu Marie Golfe sortir de la chambre voisine de la sienne, où l’un desenfantsdormaitseul, la porte ouverte, et venir ensuite dans la sienne, qu’elle était restée environ un quart d'heure près du lit où elle était couchée avec l’enfant le plus petit. Ses yeux se remuaient, etses lèvressemblaient parler; mais elle ne disait rien.
La bonne se montra prête à contirmer par serment devant les supérieurs tout ce qu’elle avait dit, et à recevoir ensuiteles sacrements. Elle ajouta qu’elle était parfaitement éveillée et qu'il commençait déjà à faire jour; car c’était l’un des plus longs jours de l’année. Elle s’était assise sur son lit, avait regardé et
observe attentivement Tapparition, et avait entendu sonner deux heures à la cloche qui était sur le pont. Au bout de quelques instants, elle avait dit : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, qui es-tu? » A ces mots, Tapparition s^était évanouie.
La bonne jeta vite sur elle ses vêtements pour suivre le fantôme, mais elle ne put découvrir ce qu’il était devenu. C’est alors qu’elle commença à être saisie d’un certain effroi. Elle sortit delà maison, qui était située sur le quai, se promena quelques heures, en allant voir ses enfants de temps en temps.
Vers cinq heures du matin, elle frappa à la porte de la maison voisine; mais on ne lui ouvrit qu’une heure plus tard, et elle raconta ce qui s’était passé. On lui dit qu’elle avait rêvé; mais elle répondit : « Je l’ai vue, cette nuit, aussi clairement que je l’ai vue jamais dans toute ma vie. »
Une des personnes qui l’entendaient parler ainsi, Marie, femme de J. Sweet, apprit le matin que Goffe était à la dernière extrémité et qu’elle voulait lui parler. Elle alla donc à Mulling le mêmejour, et la trouva mourante. La mère de la malade lui raconta, entre autres choses, que sa fille avait beaucoup désiré de voir ses enfants, et qu’elle prétendait même les avoir vus.
Marie se rappela les paroles de la bonne ; car, jusque-là, elle n’en avait point parlé, croyant qu’il y avait eu illusion de sa part. Th. Tilson, curé d’Aylesworth, près de Maidstone, qui a