‹ L'imagination et les prodiges. Tome secondChapitre 17 sur 40 · II. r · texte numérisé non relu

II. r

publié ce fait, l’apprit d’une manière détaillée le jour de la sépulture de Carpenler, père de M. Gofle. Le 2 Juillet, il fit une enquête très exacte auprès de la bqnne et des deux voisins qu’elle était allée trouver le matin.

Le lendemain, la chose lui fut confirmée par la mère de M. GofTe, par l’ecclésiastique qui était venu la voir le soir et par la garde qui l’avait veillée la nuit. Tous furent unanimes dans leur témoignage: tous étaient des personnes intelligentes,calmes, incapables de tromper et qui, d’ailleurs, n’avaient aucun intérêt à le faire. Ce fait réunit donc toutes les conditionsqnipeuventle rendre incontestable.

On peut lire encore ce récit dans un livre publié en allemand, à Nuremberg, sous le titre de : La Certitude des esprits démontrée.

On a souvent cité cette belle parole de William Thomson : « La science est tenuepar l’éternelle loi de l’honneur, de regarder en face tout problème qui peut franchement se présenter à elle. » Celte pensée a décidé des savants anglais, dont les travaux sont connus de l’Europe, kiovmevwn^ Société de recherches psychiques^ à continuer les études de Crookes et de Wallace, et à rechercher dans toute l’Angleterre des faits d’apparition et de bilocation attestés par des témoins d’une autorité

indiscutée.

' ‘De cette enqiîète sévère est sorti ce livre très remarquable, Fantômes des çwants :

Phanlasms ofihe Liçing, dont les traducteurs français ont donné cette version inexacte :

Hallucinations télépathiques des vivants

C’est dans cet ouvrage, publié en 1882, que nous trouvons les observations que nous allons citer :

J’ai élé vue trois fois, écrit Stone, alors que je n'étais pas réellement présente, et cha(jue fois par des personnes différentes.

La première fois, ce fut ma belle-sœur ([ui me vit. Elle me veillait après la naissance démon premier enfant. Elle regarda vers le lit où je dormais, et elle me vit distinctement ainsi que mon double. Elle vit d’une part mon corps naturel, et, de l’autre, une image spiritualisée et affaiblie. Elle ferma plusieurs fois les yeux, mais, en les rouvrant, elle voyait toujours la même apparence. La vision s’évanouit au bout d’un peu de temps. Elle pensa ([uec’était signe de mort pour moi, et je n’entendis parler de cela que plusieurs mois après.

La seconde vision fut aperçue par ma nièce.

Elle habitait avec nous à Dorchester. C’était un matin de printemps; elle ouvrit la porte de sa chambre. J’étais habillée d’une robe de

* Phanlasms 0/ the Livin^^ par MM. Guiiney, MvEiiset PoDMiUE, traduit par M. Maritley, sous le patronage de la Société des recherches psychiques, avec une préface du D*” Richet.

Cet ouvrage contient un très grand nombre de faits de bilocation scientifiquement constatés, mais inexpliqués.

deuil noire, j’avais un col blanc, un bonnet blanc; c’étaient les vêtements que je portais ordinairement, étant alors en deuil de ma belle-mère. Elle ne me parla pas, mais elle me vit,etelle crut quej’allais dansla nursery. A déjeuner, elle dit à son oncle : «Ma tante était levée de bonne heure, ce matin, je l’ai vue allerdans IdiUiirsery. — Oh! non, Jeanne, répondit mon mari, elle n’était pas très bien, et elle doit déjeuner dans sa chambre avant de descendre. »

Le troisième cas fut le plus remarquable.

Nous avions une petite maison à Weymoulh, où nous allions de temps en temps pour jouir de la mer. Une certaine Samways nous servait quand nous étions là, et gardait la maison en notre absence : c’était une femme agréable et tranquille, tout à fait digne de conliance, elle était la tante de notre vieille domestique Kitty Balston qui était alors avec nous, à Dorchester. — Kitty avait écrit à sa tante, le jour qui précéda la vision, elle lui annonçait la naissance de mon plus jeune enfant, et lui disait que j’allais bien.

La nuit suivante, Samways alla à une réunion de prières, près de Clarence Buldings; elle était baptiste. Avant de partir, elle ferma une porte intérieure qui conduisait à une petite cour, derrière la maison, elle ferma les portes delà rue et emporia les clefs dans sa poche. A son retour, en ouvrant la porte de la rue, elle aperçut une lumière à l’extrémité du passage; en approchant, elle

vit que la porte de la cour était ouverte. La ^ lumière éclairait la cour dans tousses détails, j’étais au milieu. Elle me reconnut distinctement, j’étais couverte de vêtements blancs, très pale et l’air fatigué. Elle fut effrayée, elle s’avança vers la maison d’un voisin, et s’évanouit dans le passage.

Lorsqu’elle fut revenue h elle, le capitaine Court l’accompagna dans la maison qui était exactement telle quelle l’avait laissée; la porte était hermétiquement fermée. J’étais à ce moment très faible, et je restai plusieurs semaines entre la vie et la mort.

Autre observation, empruntée au même recueil :

Un jeudi soir, vers lemilieu d’aoùt, en 1849, j’allais, comme je le faisais souvent, passer la soirée avec le P. Harrissonet sa famille, avec lacjuelle, depuis bien des années, j’avais les rapports les plus intimes. Gomme le temps était très beau, nous allâmes passer, avec les voisins, la soirée aux Surrey Zoological Gardens, Je note ceci tout particulièrement parce que cela prouve que Harrisson et sa famille étaient incontestablement en bonne santé ce jour-là,et (juepersonne ne se doutait de ce qui allait arriver.

* Le lendemain, j’allai rendre visite à des parents dans \Hertfordshire, qui habitaient

dans une uiaison appelée Flamstead Lodge, à 20 milles de Londres, sur la grande route.

Nous dînions d'habitude à 2 heures, et, le lundi, dans Taprès-midi suivant, lorsqu’on eut dîné, je laissai les dames au salon, et je descendis à travers l’enclos, jusqu’à la grande route.

Remarquez bien que nous étions au milieu d’une journée du mois d’août, avec un beau soleil, sur une grande route fort large où il passait beaucoup de monde, à 100 mètres d’une auberge. J’étais moi-même parfaitement gai; j’avais l’esprit à l’aise, il n’y avait rien autour de moi qui pût exciter mon imagination. Quelques paysans étaient auprès de là, à ce moment même.

Tout à coup un fantôme se dressa devant moi^ si près que, si c’eût été un être humain, il m’eût touché, m’empêchant, pour un instant, de voir le paysage et les objets qui étaient autour de moi ; je ne distinguais pas complètement les couleurs de ce fantôme, mais je voyais ses lèvres remuer et murmurer quelque chose; ses yeux me lixaientet plongeaient dans mon regard avec une impression si intense et si sévère que je reculai et marchai à reculons.

Dieu juste, c’est Harrisson! quoique je n’eusse point pensé à lui, le moinsdu monde, à ce moment-là. Après (juelques secondes qui me semblèrent une éternité, le spectre disparut : je restai cloué sur place pendant quelques instants, et l’étrange sensation (jue

T. II

— üîifi —

j’éprouvai laitcpieje ne puis douterde la réalité (le la vision. Je sentais mon sang se glacer dans mes veines; mes nerfs étaient calmes, mais J’éprouvaisunesensalion de froid mortel, (pii dura pendant une heure, et qui me quitta peu à peu à mesure (jue la circulation se rétablissait. Je n’ai Jamais ressenti pareille sensation, ni avant, ni après. Je n’en parlai pas aux dames, à mon retour, pour ne pas les effrayer, et l’impression désagréable perdit de sa force graduellement.

J’aidit que la maison était près de la grande route ; elleestsituée au milieu delà propriété, le long d’un sentier qui mène au village, à 200 ou 3 oo mètres de toute autre maison. 11 y avait une grille en fer de j pieds de haut, devant la façade, pour protéger la maison contre les vagabonds; les portes sont toujours fermées à la nuit tombante; une allée, longue de 3 o pieds, toute en gravier, ou pavée, menait de la porte d’entrée au sentier. Ce jour-là, la soirée était très belle et très tranquille.

Placée comme elle était, personne n’eùt pu approcher de la maison, dans le profond silence d’unenuitd’été, sansavoir étéentendu de loin. En outre, il y avait un gros chien dans un chenil, placé de manière à garder la porte d’entrée, et destiné surtout à avertir dés qu’on entrait. A l’intérieur de la maison un petit terrier qui aboyait contre tout le monde et à cliacjue bruit.

Nous allions nous retirer dans nos chambres, nous étions assis dans le salon qui est

au rez-de-chaussée, près de la porte d’entrée, et nous avions avec nous le petit terrier. Les domestiques étaient allés se coucher dans une chambre à 60 pieds plus loin. Ils nous dirent, lorsqu’ils furent descendus, qu’ils étaient endormis et qu’ils avaient été éveillés par le bruit. Tout à coup il se fit à la porte d’entrée un bruit si grand etsi répété (la porte semblait remuer dans son cadreet vibrersous descoups formidables) que nousfùmes,desuite, debout, tout remplis d’étonnement, et les domestiques entrèrent, un momentaprès, à moitié habillés, descendus à la hâte de leur chambre, pour savoir ce qu'il y avait.

Nous courûmes à la porte, mais nous ne vîmes rien, nous n’entendîmes rien, et les chiens restèrent muets. Le terrier, contre son habitude, se cacha, en tremblant, sous le canapé, et ne voulut pas rester à la porte, ni sortir dans l'obscurité. Il n’y avait pas de marteau à la porte, rien qui pût tomber, et il était impossible, àqui quecefùt, d’approclier, ou de quitter lamaison, dansce grand silence, sans ètreentendu. Toutle monde était effrayé, et j’eus beaucoup de peine à faire coucher nos hôtes et nos domestiques. Moi-môme, j’étais si peu impressionnable que je ne rattachai pas alors ce fait à l’apparition du fantôme que j’avais vudans l’après-midi, mais que j’allai me coucher, médilant sur tout cela, et cherchant, maisen vain, quelque explication pour satisfaire mes hôtes.

Je restai à la campagne jusqu’au mercredi

malin, ne me doutant pas de ce qui était arrivé pendant mon absence le matin que je rentrai en ville, et Je me rendis à mes bureaux. ISIon employé vint à ma rencontre sur la porte, et me dit : « Un monsieur est déjà venu deux ou trois fois ; il désire vous voir de suite; il est sorti pour aller chercher un biscuit, mais il revient de suite. »

Quelquesinstants après, ce monsieur revint, je le reconnus pour un M. Ghadowick, ami intime de la famille Harrisson. Il me dit, alors, à ma grande surprise ; « Il y a eu une terrible épidémie de choléra dans Wandsworth Road, voulant dire chez M. Harrisson ; tous sont partis. M^eiiosco est tombée malade le vendredi et est morte; sa bonne est tombée malade le même soir et est morte; M^e Harrisson a été atteinte le samedi matin, et est morte le niêine soir; la femme de chambre est morte le dimanche... Le pauvre Harrisson a été pris le dimanche soir, il a été très malade lundi et hier... il a supplié instamment son entourage, lundi et hier, de vous envoyer chercher, mais l’on ne savait où vous étiez. Prenons vite un cab, et venez avec moi, ou vous ne le verrez pas vivant. »

Je partis avec Ghadowick, à l’instant, mais Harrisson était mort avant que nous arrivions.

H. B. Gauling.

Goerres qui prétend voir quelquefois, dans la bilocation, Teffet d’une disposition naturelle, raconte le fait suivant, au troisième volume de sa Mystique, p. 3 i 8 :

Un jeune homme de Londres qui connut Morton, était, d’après le témoignag^e de celuici, sobre, religieux, grave; on n’avait jamais remarqué en lui ni goht pour le merveilleux, ni dispositions à la folie, aux songes, aux illusions, comme il arrive si souvent chez ceux qui voient des fantômes, et cependant, voici ce qui lui arriva.

Il était apprenti chez un marchand de Londres, et était sur le point de s’embarquer pour l’Amérique, où son maître avait un comptoir. Le navire était prêt: son maître ayant à faire des lettres et d’autres préparatifs nécessaires, ne put le prendre à table avec lui pour manger, et lui dit de rester dans son cabinet jusqu’à ce qu’il vint le remplacer.

Après avoir mangé, il descendit pour l’envoyer manger à son tour, et le vit, par la porte du cabinet, assis près du teneur de livres, comme il l’avait laissé auparavant.

Obligé, à rinstant même, de remonter dans la salle à manger d’où il venait de descendre, il laissa le jeune homme dans son cabinet sans lui parler; mais, quand il fut en haut, il l’aperçut à table, avec les autres gens de la

maison. La chambre où ils étaient assis ou-> vrait sur l’escalier, de sorte que, de celui-ci, on pouvait très bien y voir, et qu’aucune illusion n’était possible. Le jeune homme n’avait donc pu monter Tescalier, et passer à côté de lui, d’une manière naturelle, sans parler de l’inconvenance qu’il aurait commise en agissant ainsi. Le maître ne lui adressa pas la parole, ce dont il se repentit ensuite; mais comme il était bouleversé, ilentradans la salie à manger qui était située à droite de celle des gens de la maison. Ilenvoyaaussitôtquelqu’uu voir si le jeune homme était à table avec ceuxci, et on Ty trouva, en effet, de sorte que ce qu’il avait vu dans son cabinet ne devait être que son image (son double).

D’autres faits (|uiarrivèrent plus tard, prouvent que c’était chez lui une disposition naturelle. récrivant à son maître, de la ville de Boston, où il était depuis quelque temps, d lui demanda, en post-scriptum, des nouvelles de son frère : car, disait-il, « dernièrement, le ‘20 du mois de juin, à six heures du matin, étant dans mon lit, parfaitement éveillé, j’ai vu mon frère au pied du lit, ouvrant mes rideaux, et me regardant sans rien dire.

Quoique effrayé, j’eus cependant le courage de lui dire : Qu’as-tu, mon frère? Il avait la tête entourée d’un linge sanglant, il était très pâle et d’un aspect terrible. Il me répondit : J'ai été tué indignement par tel et tel, il fa»d que je sois vengé; puis il disparut. » Son frère, en effet, étudiant à Londres, avait été

assommé, quinze jours avant la date de la lettre, dans une rixe, avec un lisonnier, il était mort de sa blessure-

Morton lut la lettre une heure après son arrivée à Londres, il connaissait très bien la personne, l’écriture et le frère, et ne pouvait, par conséquent, être trompé.

Le phénomène miraculeux de la bilocalion est fréquent dans la vie de quelques saints.

Nous lisons dans les actes du procès de canonisation de saint Alphonse de Liguori le fait suivant : Le 21 septembre 1774» pendant qu il était à Arienzo, petite ville de son diocèse, le vénérable serviteur de Dieu tomba dans une sorte d’extase. 11 resta deux jours sans mouvement, sans signe apparent de vie, assis dans son fauteuil, et plongé dans un profond sommeil. Son domestique voulut l’éveiller, mais le vicaire général, Nicolas di Ruhino, qui se trouvait là, s’y opposa et lui ordonna de se contenter de rester auprès du malade, et de se tenir prêt à faire ce qu’il demanderait.

Le saint s’éveilla enfin, agita sa sonnette, et frappé de l’air d’étonnement et de frayeur qu’il voyait dans ses serviteurs, il leur dit : « Qu’est-il arrivé? — Mais, répondirent-ils, voilà deux jours que vous iie parlez pas, que

vous ne mangez pas, que vous ne donnez plus signe de vie!...

— Vous avez donc cru que je dormais, leur dit saint Alphonse, vous ne savez donc pas que je suis allé assister le pape qui vient de mourir. »

On apprit bientôt,enelTet, queClcmentXlV était mort au moment précisoù saint Alphonse s’était éveillé et avait appelé ses serviteurs, c’est-à-dire le 22 septembre vers sept heures du matin.

Nous empruntons à Gœrres ce récit : Octave Piccino, déjà très vieux, avait prié Joseph de Copertinode venir l’assister dans ses derniers moments. Celui-ci lui répondit : a Je vous le promets, quand même je serais à Rome. » H accomplit, en effet, sa promesse à la lettre. Lorsque Octave tomba malade de sa dernière maladie, Joseph était à Rome; mais il parui tout à coup aux yeux du moribond pour le fortifier. Un grand nombre de personnes le virent, entre autres, la sœur Thérèse qaii étonnée, à sa vue, lui dit : c( Ah! frère Joseph, comment vous trouvez-vous ici? — Pour bénir l’àme de ce vieillard ». lui répondit-ili et il disparut aussitôt.

Pendant qu’il demeurait à Assise, sa mère, mourante à Gopertino, s’écria douloureusement : « O mon fils, Joseph, ne te verrai-]^ donc plus?» Une grande lumière remplit aussitôt sa chambre, et la mourante, voyant son fils, s’écria remplie de joie : « O frère Joseph, mon fils! » — Or, en ce même temps, il sor*

tit précipitamment de sa cellule pour aller prier dans l’église. Un frère, le rencontrant, lui demanda la cause. Il répondit : a Ma pauvre mère vient de mourir. »

Ce fait de bilocalion fut bientôt connu par les lettres qui arrivèrent de Copertino, et par les témoins qui avaient vu le saint assister sa mère.

La même chose arriva plusieurs fois à saint Pierre d’Alcanlara. Une fois entre autres, pendantqu'il étaiten Castille, deuxgentilshommes rongés par des scrupules de conscience, le voient s’avancer vers eux: il leur donne la paix, et disparaît à leurs yeux étonnés. Plus tard, ils prièrent plusieurs fois le Seigneur dans leur angoisse de venir à leur secours par les mérites du saint, et il leur apparut comme la première fois. Comme ils racontèrent à d’autres ce qui leur était arrivé, ceux-ci leur racontèrent à leur tour le fait suivant :

Le üls de Balthazar de Frias étant tombé malade à Arena, le saint, sur la prière du père, apparut dans la chambre où était le malade, le consola et le guérit, quoiqu’il fût à plusieurs milles de distance*.

Au mois de novembre loji, saint François Xavier se trouvait sur un navire qui allait du

* Mystique, t. II, p. 396.

Japon en Chine. Après sept jours de traversée, il futassailli par une violente tempête qui dura cirui jours. Quinze hommes qui étaient descendus dans la chaloupe furent emportés et disparurent dans l’obscurité de la tem|)êle. La tem|)ête étant un peu apaisée, les hommes du navire se préoccupèrent de la chaloupe.

« Avant trois jours, nous la retrouverons, dit le saint, ne perdez pas courage.

Le lendemain, le matelot monté surleinàt. explora l’horizon et ne vit rien. Le saint passa une grande partie de la nuit en prières, et annonça (jue les quinze hommes étaient sauvés. Mais les matelots ne voyaient rien; fatigués d’attendre, et se trouvant en danger, ils voulurent partir.

Le saint les supplia d’attendre, redoubla ses prières, et l’on vit, enfin, la chaloupe avec ses quinze hommes, approcher et accoster doucement le navire.

« Dès qu’on eut embrassé ces hommes, dit le R. P. Bouhours, dans la Vie du saint, ou voulut savoir leur aventure, et on fut bien surpris d’apprendre qu’ils étaient venus au milieu de la plus horrible tempête qui se vit jamais, sans craindre ni de périr, ni de s’égarer, parce que, disaient-ils, François Xavier était leur pilote et que sa présence ne laissait pas la moindre inquiétude. Comme les gens du navire soutenaient que le Père ne les avait point quittés, ceux de la chaloupe qui l’avaient toujours vu auprès d’eux, tenant le gouvernail, ne pouvaient croire ce qu’on leur

disait. Après un peu de contestation, les uns et les autres jugèrent que le saint avait été en même temps en deux lieux, et un miracle si visible tît tant d’impression sur l’esprit de deux Sarrasins esclaves qui se trouvaient dans la chaloupe, qu’ils se convertirent à la vraie foi. »

Les faits préternaturels de bilocation ne sont pas rares dans les vies de saint Martin de Porres, de saint Antoine de Padoue, de Marie d’Agréda et d’un grand nombre d’autres saints. Ils rappellent dans leurs mouvements rapides et mystérieux l’agilité qui sera le privilège du corps spirituel des bienheureux.

Siirget corpus spiritale.

Autant ce spectacle est troublant, obscur, mystérieux quand on le considère dans la nature humaine livrée à ses propres forces, autant il est lumineux, consolant, dans la vie des saints élevés à une intimité familière avec Dieu. Je ne sais quel air pur et plus rafraîchissant nous arrive de ces sommets où les saints ont établi leur demeure. Ils sont plus près de Dieu, et ils en reçoivent des communications et des énergies qui soumettent un instant à leur volonté le temps, l’espace, la matière. Affranchis par miracle des nécessités qui pèsent sur nous, et qui enchaînent l’àme au corps, ils s’élèvent, ils défient l’espace, ils vont, fascinés, attirés par le charme vainqueur d'un amour qui les ravit, et déjà, la majesté de Dieu les enveloppe.

Qu’il est diflîcile d’expliquer ces faits!

— aSfi —

« La bilocation se fait de deux manières, ou purement en esprit, ou bien en corps eten àme. Quand elle a lieu uniquement en esprit et qu'elle est accompagnée d’apparition, la présence de la personne est physique là où le corps reste, et elle est représentative là où l’apparition a lieu et où l’esprit se présente visiblement revêtu d’un corps.

« Quand la bilocation se fait en corps et en âme la présence de la personne est physique là où le corps et l’âme se présentent et apparaissent d’une manière visible, et elle est représentative à l’endroit que la personne quitte.

(( Dans le premier cas, le corps que l’esprit prend pour se rendre visible au loin représente la personne qui, physiquement, est ailleurs ; dans le second cas, le corps qui semble rester et qui parait aux assistants n’avoir pas bougé, c’est lui qui représente la personne par le ministère d’un ange, tandis que la personne elle-même est allée ailleurs en corps et en âme.

« Cette double présence, représentative d’un côté et physique de l’autre, est essentielle à la bilocation, de quelque manière qu’elle ait lieu, soit en corps et en âme, soit purement en esprit, mais d’une manière visible.

Il faut même remarquer que cette double

présence dont nous parlons, Tune physique, e\ Taulre représentalive, suppose nécessairement. pour constituer la vraie bilocation, la Iranslation, le passage réel de la personne d’un lieu à un autre, soit en corps et en âme, soit au moins en esprit.

« Si ce passage réel n’a pas lieu, si la personne reste tout entière là où elle est, et que, sans ce passage, elle apparaisse ailleurs eu même temps, ce n’est plus là une vraie bilocation, ce n’est qu’une simple apparition surnaturelle que Dieu opère, à l’insu même de la personne, soit par le ministère d’un ange, soit autrement.

« C’est, habituellement, une faveur toute spéciale de Dieu; elle peut aussi èlre la récompense d’une prière fervente, ou d’un ardent désiradresséà Dieu parla personne mèmequi apparait, ou par celle qui reçoit l’apparition. Cette apparition peut servir, dans le dessein de la Providence, à consoler une âme, à la lirer d’un danger, à la sauver*, etc. »

Le plus souvent, l’extatique plongé dans le profond sommeil de l’extase, reste inerte, avec les apparences de la mort, pendant qu’il apparait ailleurs vivant, agissant, occupé de l’accomplissement de sa mission. Nous lisons dans les Bollandistes que sainte Colombe de Rieti désirait ardemment visiter les Lieux saints et prier à Jérusalem : elle avait eu de fréquentes bilocations. Pendant cinq jours

‘ P. Séraphin, Principes de théologie mystique,

elle fut emportée en esprit et réalisa son désir. Ses parents et ses amis qui avaient devant les yeux ce corps inerte la croyaient morte ; plusiéurs médecins rexamincreiit avec soin, un seul la reconnut vivante. Après cinq jourselle reprit scs sens avec la vie de relation.

rLvidemment. ce n’était pas un ange, c’était bien elle qui visitait les Lieux saints pendant cette longue extase : ce n’était pas un aiiffe, c’était bien elle qui restait inerte, presque inanimée dans les bras des médecins. Ici, l’hypothèse angélique ne tranche pas la question.

Des théologiens mystiques, versés dans la connaissance de ces phénomènes, se sont arrêtés à une seconde hypothèse. L’àme aurait la faculté de se séparer de son corps, pendant la durée de l’extase. Par un mystère de la puissance divine, elle se trouverait subitement revêtue d’un corps et de vêtenieiit‘= identiques à ceux qu’elle avait à l’état premier, dans les conditions ordinaires de sa vie; elle prendrait conscience de sa condition nouvelle, de son corps agile, elle oublierait le corps perdu danslesommeil de l’extase, elle se transporterait ainsi, sans elfort, d’un élan, dans les régions les plus éloignées, et et elle en conserverait le souvenir à son réveil.

Une objection se présente aussitôt à l’cspiü

L’àme est le principe qui fait vivre le corps, elle est le principe nécessaire de la vie végétative, sensitive, animale, intellecluelle.

Quand elle se retire, c’est l’arrêt de la vie, il ne reste qu’un cadavre, et ce cadavre ne peul recouvrer la vie que par le miracle d’une résurrection.

Si, pendant cinq jours et cinq nuits, le corps de sainte Colombe de Rieti avait été privé de son àme, il serait tombé en décomposition, et le médecin n’aui*ait pas constaté sa survivance et sa léthargie. Il aurait constaté son décès.

Les partisans de cette hypothèse nous répondent qu’un si grand miracle n’est pas au-dessus de la puissance de Dieu. C’est lui qui détache l’àme, qui lui donne un corps nouveau, qui l’emporte à travers l’espace, et ([ui, par son acte créateur et conservateur, entretient la vie dans ce corps en léthargie.

Ils nous rappellent sainte Thérèse dont le cœur avait été transpercé matériellement par la llèche d’un ange, on le vit bien après sa mort, et qui malgré cette blessure, mortelle selon les lois ordinaires de la nature, continua de vivre encore quelques années. Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu.

Si nous faisons intervenir la puissance souveraine, il est évident qu’un tel miracle est possible. Dieu peut entretenir lui-même, dans un corps organisé, la (lamme de la vie,

par son acte conservateur, se substituer à TAme, et lui donner un corps aérien qui conserverait les apparences du corps réel. Mais il ne faut pas multiplier inutiléinent les miracles, et invoquer sans cesse l’intervenlion surnaturelle dans l’œuvre de la création.

La bilocation est déjà un miracle, et, pour Texpliquer, on nous propose d’autres miracles et un mystère qu'il nous serait impossible de pénétrer.

le reconnais, cependant, que l’hypothèse d’une àine, accidentellement séparée de son corps parla vertu de Dieu, explique, mieux que l’hypothèse angélique, la bilocation; il nous est difficile de croire en effet que le pape saint Clément resta plongé dans un état léthargique, dans la ville de Rome, pendant qu’un ange qui aurait pris son corps, son langage, son attitude aurait procédé à la consécration d’une basilique dans la ville de Pise. L’ange pouvait bien opérer lui-même directement le prodige, sans le concours de saint Clément, sans le faire tomber en syncope ou en léthargie, et si le saint fut ainsi troublé profondément dans son être physique et moral, sÜ devint inerte, presque inanimé, pendant le temps nécessaire à la consécration, c’est quü se trouva lui-même, d’un manière mystérieuse, en deux endroits. Il eut même conscience de sa bilocation, puisqu’on sortant de ce profond sommeil, il raconta lui-même les détails de la cérémonie qu’il venait de présider.

« Celte hypothèse, écrit le P. Séraphin,

nous la croyons probable, après avoir étudié très attenliveiiieiit les faits récents de bilocation dont Dieu nous a donné le spectacle dans quelques-uns de ses serviteurs. Nous ne sommes pas les seuls à professer ce sentiment; d’autres, et des Italiens comme nous, des hommes éminents par leur savoir, leurs vertus, leurs connaissances des pliénomènes mystiques, le professent avec nous. L’étude consciencieuse qu’ils ont faite de ce point de mystique, et qu’ils font encore à présent, à notre instigation, les affermit dans ce sentiment. »

La difficulté d’expliquer la conservation de la vie dans le corps pendant l’absence de Tàme a fait naitre une troisième hypothèse, elle diffère peu, cependant, de celle que nous venons d’exposer.

Les théologiens et les philosophes chrétiens qui parlent de notre âme la désignent, tantôt par le nom d’esprit, mens, spiritus, tantôt par le nom d’àme, anima. C’est bien toujours la même substance, c’est bien toujours la même âme, mais c’est l’àme considérée dans deux opérations différentes, dans deux états distincts.

Nous l’appelons esprit quand elle s’élève à Dieu, quand elle prend conscience de son élévation et des merveilles que Dieu fait en elle, quand elle se purifie, se détache de la

terre, brise ses liens de péché et (Vesclavage pour vivre d’iiiie vie morale, religieuse, plus pure et sur les hauteurs, dans la direclion surnaturelle de Dieu.

Nous rappelons àine quand elle s’unit à sou corps pour ranimer, pour entretenir eu lui sa vie végétative et animale, quand elle eu subit les contre-coups et les influences, quand son attention, au lieu de s’arrêter aux pensées élevées, aux régions de la foi, aux élévations surnaturelles, se tixe sur la vie physique de nos organes, de nos cellules, de notre corps.

Nous pouvons déjà entrevoir une nouvelle solution : « Dieu, écrit le P. Séraphin, peut opérer la bilocation en esprit dans une àme, en attirant surnaturellement à lui cette partie supérieure d’elle-mème, Vesprit, et en le conduisant où il veut, tandis que Tàme, en tant ({u’àmeet principe de vie, reste unie au corps pour lui conserver cette vie et empèclier b mort.

Ci De cette manière, VâmCj en tant qu’ànie, ne quitte pas le corps pendant la bilocation, et c’est le seul esprit, menSy qui part et qui va où Dieu l’appelle.

(( Cet esprit qui, dans son état naturel, se promène partout, jusque dans les contrées les plus lointaines, par la seule pensée, ira, par lui-même, là où Dieu le dirigera, lorsque, par la vertu divine, il franchira les limites de la nature. Alors, il entre dans ce monde surnaturel où l’action divine est plus libre, où la

créature est plus disposée à recevoir la prodigieuse influence de Dieu.

(( Ce qui confirme à nos yeux la possibilité de la bilocation ainsi entendue, c’est cette parole de sainte Thérèse : « Si le soleil, sans changer de place, envoie en un moment ses rayons sur la terre, pourcjuoi l’Ame, qui n’est qu'une même chose avec l’esprit, comme le soleil avec ses rayons, ne pourrait-elle point, sans quitter sa demeure ordinaire, et par la force de cette chaleur qui lui vient du vrai soleil de justice, sortir de soi et s’élever à Dieu par (juelque partie supérieure d’ellemème? ( Château intérieur, demeure c. 5.)

« Cette partie supérieure de Tàme dont parle sainte Thérèse, et qui peut sortir de soi, sans que l’àine quitte sa propre demeure dans ce genre de bilocation, est précisément ce que la théologie et les Pères appellent Cette partie peut donc sortir de soi, aller où Dieu l’appelle, et revenir ensuite, tandis que la partie inférieure, l’àmc en tant qu’àme, reste en sa demeure ordinaire et continue de conserver la vie au corps. L’àme, comlne intelligence, va où Dieu l’envoie; l’àme, comme forme, continue d’informer le corps h»

J’admets volontiers que l’on peut considé-, rer l àme sous ces deux aspects, en tant qu’elle contemple les vérités de l’ordre suprasensible, et en tant qu’elle informe le corps, qu’elle en entretient la vie. Mais, je ne peux

P. Séraphin, Principes de théologie mystique,

croire que l’esprit se détache de l’ànie et s’en va, selon l’expression du P. Séraphin, là où Dieu l’envoie. L’àme est une, simple, indivisible, elle ne peut [)as se scinder; elle est tout entière là où elle se trouve, et je répugne absolument à croire qu’une partie de l’ame s’en va au loin, en conservant la conscience de sa personnalité, et qu’une antre partie reste dans le corps, en conservant elle aussi le sentiment de sa personnalité, et qne la constitution de deux personnes, de deux individus soient le résultat nécessaire de la bilocalion.

Cette solution soulèverait, à notre avis, les plus graves difficultés, elle se concilierait difficilement avec les principes certains delà psychologie.

L’àme doit rester nécessairement unie pendant la vie au principe spirituel qui l’appelle et l’élève du côté de Dieu, et au principe animateur qui lui permet d’entretenir la vie dans son corps. Séparez l’àme de l’esprit, il reste l’aniinal, séparez l’esprit de l’àme qui vivifie l’organisme, vous aurez une substance séparée, vous n’aurez plus le composé humain.

Reprenons la belle image de sainte Thérèse, elle contient, selon nous, un enseignement profond et une solution nouvelle.

a Si le soleil, écrit cette grande sainte,

sans changer de place, envoie en un moment ses rayons sur la terre, pourquoi Tàme qui n'est qu’une même chose avec l’esprit, comme le soleil avec ses rayons, ne pourrait-elle point, sans quitter sa demeure ordinaire, et par la force de cette chaleur qui lui vient du vrai soleil de justice, sortir de soi et s’élever vers Dieu parvquelque partie supérieure d’elle-même? »

Dans la pensée de sainte Thérèse, l’âme ne sort pas de sa demeure terrestre, elle ne se dédouble pas, elle rayonne, elle projette au loin ses llammes comme le soleil darde ses rayons.

Je croirais volontiers que dans ces cas miraculeux de bilocation, le phénomène se produit ainsi :

L’âme continue à faire, à informer son corps physique, son corps réel. En même temps, dans le ravissement de l’extase, et sans sortir de sa prison terrestre, elle se fait un corps aérien; elle anime, à la fois, Tun et l’autre. Mais, tandis que le corps matériel ne change pas de place, le corps aérien dont elle est la forme idéale, s’élève, s’éloigne, franchit l’espace, et traverse les corps, en vertu de^ sa constitution atomique particulière.

Pour faire ces merveilles, elle n’a besoin ni de se déplacer, ni de voyager, le soleil n’a pas besoin de se déplacer, pour darder au loin ses rayons; elle reste unie au corps terrestre, et de là, elle vivifie par son action le corps aérien, partout où il va. L’âme est

T. II

esprit, elle échappe à la loi de l’espace.

Quand le pape saint Clément tombe en extase, à Rome, son ame exerce une double action, elle soutient et informe son corps matériel; elle soutient et informe, par la puissance et la volonté de Dieu, le corps aérien que l’on voit à Pise, dans la cérémonie de la cathédrale.

On nous dira, peut-être, il y a donc deux corps. Sans doute, et c’est un phénomène extra naturel : il y a le corps ordinaire, et le corps extraordinaire, aérien, qui franchit l’espace.

Pourquoi l’àme ne pourrait-elle pas, quand il plaît à Dieu de la saisir, de la bouleverser, de la ravir, étendre ainsi son rayonnement et son action? Pourquoi ne [)Ourrait-elle pas se faire un corps aérien, comme on le voit dans les apparitions? Pourquoi ce corps n’aurait-il pas la ressemblance de notre corps ordinaire? Pourquoi ne pourrait-il pas franchir l espace, comme la lumière, la chaleur, le magnétisme, l’électricité, comme les rayons X, si sa constitution atomique est d’un ordre particulier?

Que nous savons peu de cliose! Connaissons-nous la matière, la force, l’esprit, lecorps humain? Connaissons-nous les conversions innombrables que peuventsubir lesatomesdu corps humain? Connaissons-nous les lois de l’association et de la désintégration de ces atomes (jui vibrent dans l’éther, ou dans l’homme ou dans les espaces stellaires? Qui donc aurait le droit de nous dire, c’est impos-

siblc! quand on a devant soi l’inconnu de la malière et la souveraine puissance de Dieu?

Nous savons par renseignement de la théologie et par les témoignages les plus certains de rhfetoire ecclésiastique, que les défunts apparaissent quehiuefois aux vivants. C’est l’elfet d’une permission spéciale de Dieu.

Quand ce défunt apparait, nous le voyons, nous le reconnaissons, nous affirmons son identité avec le personnage que nous avons connu. Or, il est évident que ce défunt ne se montre pas à nous avec le corps physique qu’il avait pendant la vie, le corps est tombé en décomposition, en poussière, dans le mystère de la tombe, il n’en reste rien ; les atomes ont disparu dans le tourbillon vital.

Dans ce défunt qui apparait, je distingue lo l’àme qui est toujours la même, pendant la vie et après la mort; 2 ® la puissance d’animer, de vivifier un corps qui se retrouve encore dans ràme et qui en fait partie : 3° des atomes qui sont saisis, rapprochés par l’àme et qui reproduisent exactement la physionomie du personnage que nous avons connu et qui se montre à nous.

Dans la bilocation, l’àme est aussi toujours la même, sur les deux points de l’espace où elle agit; la puissance formatrice de l’àme est encore la même, et elle ne peut pas se séparer de l’ànie, et, enfin, c’est bien elle, c’est l’àme qui saisit, rapproche les atomes matériels à travers lesquels elle fait passer sa flamme, en leur donnant la physionomie et

la ressemblance du corps plongé dans le, ravissement de Textase ou quelquefois dans le sommeil léthargique.

Avec (piels atomes Tàme fait-elle ce corps cjui se transporte au loin? Je serais porté A croire que ces atomes font partie du fluide qui s'échappe à tout instant de notre corps.

Ce fluide n'est pas un intermédiaire entre le corps et l'àme, et il n'a rien de commun avec le corps astral.

Pour éviter d'inutiles discussions, je n’insiste pas sur ce point: il me suflît d'indicjuer la solution qui paraît la plus en harmonie avec les faits observés.

Je ne peux pas admettre que pendant Tabsence des personnages emportés au loin, à travers l’espace, un ange prend sa forme et sa place, s’installe chez lui et continue à donner aux témoins l’illusion de sa présence.

Cette hypothèse est contraire aux faits. On a vu des médecinss’approcher du personnage, Taiiscuiter, lui tJter le pouls, constater son état comateux et léthargique, hésiter même à se prononcer sur la vie ou la mort, en présence de ce corps inanimé et rigide. Il en fut ainsi plusieurs fois de sainte Lidwine et de sainte Colombe de Rieli. Ce n'était pas un ange, c’était bien le corps du personnage qui était là, sous les yeux des médecins, pendant que l’autre corps, le corps aérien, se manifestait ailleurs.

Théoriquement, je ne vois aucune raison de croire que l’ange remplace le personnage

chez lui, dans sa maison, où il n’a aucune, mission à remplir, et uniquement pour entretenir les témoins dansl’illusion de la présence du sujet. Cette hypothèse ne répond à rien, et il est sage de se rappeler que Dieu ne multiplie pas inutilement les miracles et les manifestations de l’ordre surnaturel.

Le P. Séraphin fait cette observation intéressante au sujet de ces bilocations : «Quand elles se font en corps et en àme, il arrive que dans son excursion extatique cette personne sent le bruit des corps qui doivent lui livrer passage et qui pourraient devenir pour elle un obstacle, tel que les portes, les murailles, les eaux de la mer, etc. ; ce bruit n’arrive jamais quand la bilocation, chez elle, a lieu seulement, en esprit. » (P. 438.)

Le P. Séraphin a étudié longtemps une personne extatique vivante, il n’en donne pas le nom, par discrétion, mais ses observations, les faits qu^il a sévèrement constatés donnent de la valeur à ses conclusions.

11 semblerait donc, d’après le texte que je viens de citer, que la matière se dissocie, se désagrège, pour laisser un passage au personnage emporté dans l’impétuosité et le mystère de la bilocation, et ce travail instantané de désintégration serait accompagné d’un bruit

particulier dont il serait intéressant de con-*' naître la nature.

Ce que Dieu fait, par leministèredesanges, pour la glorification de ses serviteurs, les mauvais anges peuventle faire dansiin dessein différent. La force intelligente qui produit ce phénomène est essentiellement dilférenle, selon les cas, mais l’action de cette force indique une connaissance de la matière qne l’esprit humain n’a pas encore atteint.

Dans une expérience remarquablede matérialisation, le D** Gibier, cherchant toujours la lumière, pose cette question à Y esprit :

D. Est-ce vous qui avez fait sortir le médium de la cage ?

R. Moi et les autres esprits qui m’aident dans ces manifestations.

D. Comment vous y ôles-vous pris?

R. Nous décomposons la matière et la recomposons instantanément.

D. Est-ce la matière du médium que vous avez dématérialisée et réintégrée, ou celle de la porte?

R. Oh! naturellement celle de la porte. La matière vivante ne peut être dématérialisée, tandis qu’il nous est facile de dématérialiser et de reconstituer la porte de la cage.

Ces indications, et d'autres que nous avons recueillies, permettraient de supposer que la matière se prête à des transformations prodigieuses. L’homme les ignore encore, mais les esprits bons et mauvais les connaissent: leur intelligence est infiniment supérieure à fin-

tellig^ence humaine, et ils sont en possession (le la force qui leur permet de triompher des résistances apparentes des corps. Ces merveillesconfondenl notre ignorance et abaissent notre orgueil.

Il faudrait méditer ces sages paroles d’un ami de M. Olier, M. de Bretonvilliers :

« Dieu, dont l’amourest infini pour ses créatures, se sert de tous moyens pour les attirer à soi. Nous ayant une fois donné son Fils, il nous a, comme dit l’apôtre, donné toutes choses avec lui. C’est une chose plus digne d’étonnement etd’admiration de voir un Dieu descendre sur la terre, être tous les jours, en un même temps, dans une infinité de lieux, que de savoir qu’une créature se trouve à vingt-six lieues de son pays, tout en restant chez elle. »

Je ne voudrais pas condamner legrand effort de l’esprit humain qui croit, et qui cherche à comprendre l’objet de sa foi.

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