‹ L'imagination et les prodiges. Tome secondChapitre 18 sur 40 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l’inconscient

Les philosophes et les physiologistes se plaisent, depuis quelque temps, à nous parler (le l’inconscient et de son rôle eu psychologie et en physiologie. Charles Richet, Pierre Janet, Lyell, Grasset, Ferrand, des maîtres de la science, écoutés avec respect, ont écrit des volumes sur cette question. Après eux, des écrivains d’une valeur inégale, esclaves, peut-être des mots scientifuiues, et plus obscurs que profonds, ont essayé de marcher dans la voie ouverte par les maîtres. Quelle obscurité trop souvent, et quelle variété d’ex-

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pressions pour expliquer les choses les plus familières, et les plus ordinaires de la vie !

Voici des mots qui reviennent sans cesse dans leurs écrits : inconscient, cérébratioii inconsciente, dissociation et désorganisation cérébrale, conscience subliminale, automatisme et actes subconscients, etc. J’en passe, et des meilleurs.

Je voudrais jeter quelque lumière sur ce problème, et séparer la paille des mots du grain des idées.

Nous conservons longtemps dans notre mémoire sensible le souvenir des objets qui nous ont fait éprouver une sensation agréable ou désagréable. Nous avons vu un beau paysage, une peinture, une statue, le visage d’un parent ou d’un ami. Nous avons entendu un chant harmonieux, un air de musique qui nous a emporté au pays des rêves, la voix d’un étranger ou d’un ami. L’objet extérieur (jui a causé en nous ces impressions diverses a disparu depuis longtem|)s. Entre lui et nous il y a le long intervalle des années écoulées et des illusions éteintes, et cependant ces impressions restent en nous, elles se perpétuent dans la mémoire latente ou dans le domaine de l’inconscient. Je n’y pensais pas, je croyais les avoir oubliées, et soudain, à l’occasion d’une impression nouvelle, d’un

mot, d’un objet, d'un incident, les impressions endormies dans rinconscienl se réveillent, avec un charme nouveau et plus intense : je revois ce paysag^e, cette maison, ce clocher, j’entends cet air de musique, je sens ce parfum, et si Ton en parle devant moi, je dis : je connais cela, depuis longtemps ; mais, je l’avais oublié.

L’image de ces objets se trouvait donc en moi, à l’état inconscient, sans que je le sache actuellement, et l’image a renouvelé l’impression. Je revois mentalement le clocher de mon village, j'entends aussitôt les vibrations de ses cloches, je revois le visage connu d’un ami, oublié depuis 1 >nglemps, et je crois entendre sa voix; je revois une fleur, je crois sentir son parfum.

Voilà donc en nous les vastes régions de l’inconscient, remplies de souvenirs, d’impressions, de sensations que nous avons éprouvées et oubliées : nous n’y pensons plus, jusqu’au moment où, en vertu de la loi des associations, ou par un effort d’attention et de volonté, nous essayons de les faire revivre dans les illusions du rêve ou dans le charme du souvenir.

Ces souvenirs et ces impressions observent une loi de dégradation. Au début, la sensation est vive comme l’image qui en est inséparable elle s’affaiblit dans la mesure où l’on s’éloigne de la cause qui l’a fait naître; à la fin, elle semble mourir, elle se perd dans les ténèbres de l’inconscient. Mais la disparition n’est pas

totale. Alors, je dirai : il me semble que j’ai entendu cet air, autrefois, je ne sais où : je reconnais cette personne que je viens de rencontrer, mais son nom m'échappe ; où Tai-je vue? Je n’en sais plus rien

Si je parle d’une personne que je n’ai pas vue depuis longtemps, il m’arrivera de la revoir dans mon imagination; elle sortira des. profondeurs de l’inconscience, elle montera «à la surface dans les contours de son image, et il me sera impossible de trouver son nom oublié. Mais, je veux le retrouver, et c’est quand je n’y pense plus que l’image rappelle le nom de celte personne, comme la cloche rappelle instantanément l’air quej’ai entendu et dont j’avais perdu le souvenir.

Plus haut que les sensations oubliées, dans ces régions mystérieuses de l’inconscience, nous rencontrons les phénomènes intellectuels qui sont l’œuvre de notre esprit. Nous avons lu une page de Virgile, d’Homère ou de Racine, et nous l’avons gravée dans notre mémoire, après l’avoir récitée plusieurs fois, à haute voix. Mais, la mémoire serait-elle donc la faculté d’oublier? Voilà qu’après quelques jours, je ne me souviens plus que des passages dont la beauté m’a frappé d’une manière plus intense. Insensiblement, cet acte intellectuel semble s’éteindre, et le sou-

venir descend dans les profondeurs de l’inconscience où il disparait.

A-t-il réellement disparu? Non. Seulement je n’en ai plus conscience, je Tai oublié. Il suffira d’une circonstance fortuite, d’une allusion, d’un autre souvenir pour éveiller des réminiscences et me rappeler de longues citations que je répète sans hésiter. C’est ainsi que, dans le mystère de l’hypnotisme, ou constate quelquefois, avec un grand étonnement, que certains sujets ignorants, étrangers à l’étude des langues, répètent des mots, des phrases dans une langue qu’ils ne connaissent plus. Ces sujets ont entendu autrefois ces phrases, ces mots, qui sont restés à l’état latent dans la mémoire inconsciente, et il a sufii d’un accident pour les rappeler.

On dira, peut-être, avec surprise, que ce sujet hypnotisé parle une langue étrangère:

il n’en est rien, il a des réminiscences, et il faut connaître ses antécédents pour en trouver l’explication.

Nous retrouvons cette même dualité de la conscience et de l’inconscience dans l’ordre moral et religieux, c’est l’Iiomme et la bête qui nous apparaissent sous les aspects lés' plus divers. L’hérédité, les habitudesacquises, les influences ambiantes, combinées avec les conséquences de la chute originelle entretiennent en nous, dans notre inconscience, des impulsions mauvaises, en opposition avec les appels lumineux de la conscience, ils

deviennent, trop souvent, le point de départ des plus cruelles tentations.

Les idées qui font naître ces impulsions intenses, sauvages, sont en nous, sans que nous le sachions, leur présence nous étonne, leur puissance nous elfraie, leur persistance décourage quelquefois nos résistances, elles occupent une grande place dans les innombrables phénomènes de notre inconscient.

C’est principalement dans les actes physiques, externes, accomplis sans conscience et sans réflexion, par la force de l’habitude que l’on voit mieux l’intervention de l’inconscient. On peut dire que ces actes remplissent la plus grande partie de notre vie.

Un enfant apprend lentement à lire et à écrire. Il étudie les lettres, les syllabes, les mots, les phrases entières avec une pénible atlention. A force d’habitude, et par l’éducation de la vue et de la parole, il arrive à lire couramment des pages entières qu’il avait tant de peine à déchilfrer au début de son instruction. Avec quelle rapidité nous parcourons des pages, des chapitres, des livres entiers, sans y faire attention, par la force d’une habitude que nous n’essayons pas d’analyser.

Le pianiste qui s’est résigné, pendant des

mois, au métier ingrat de faire des gammes et de coordonner ses activités motrices, arrive enlin à jouer un morceau, sans effort, sans fatigue, sans délibération, sans volonté actuelle, par un automatisme inconscient. Et s’il essayait de retenir son attention, d analyser ses impressions, il perdrait ses moyens.

N’avons-nous pas observé souvent, nousmème, dans un ordre d’idées plus familier, quenous récitonscertaines prières liturgiques, par routine, sans attention. Si nous voulons les réciter avec attention, il nous arrivera peut-être d’en oublier une partie et de nous arrêter. Nous recommencerons deux fois, trois fois, nous serons toujours arrêtés au même endroit. Il nous faudra recommencer notre prière sans attention, et la réciter d’une manière presque inconsciente, pour nous rappeler le passage oublié. L’automatisme nous a tiré d’embarras.

(les mouvements inconscients qui ne sont l’effet ni d’une volonté actuelle, éclairée, ni d’une excitation externe, sont plus sensibles dans certains états morbides de notre organisation, ainsi, dans le somnambulisme, dans l’épilepsie, dans les attaques de la grande hystérie, dans la folie déambulatoire. Nous en avons vu d’étranges exemples dans nos longues observations. Nous avons connu un jeune homme d’une rare intelligence, qui, pendant des mois, vivait sans trouble et sans accidents. Tout à coup, il devenait triste, inquiet : c’était les prodromes, de la crise, il

était pris d’une irrésistible envie de voyager. Il ne prévenait personne, se cachait, et partait, subitement, sans savoir ce qu’il faisait, jusqu’à l’épuisement de la crise qui le irudait à sa vie ordinaire. Il sortait de l’état second, et rentrait dans l’état premier.

Nous arrivons ainsi, par l’étude des facultés sensibles, des facultés intellectuelles, des facultés morales et religieuses^ de l’activité externe, des habitudes, des perturbations inséparables de certains états nerveux, à constater en nous une dualité dont l’explication semble nous échapper. La conscience et l’inconscience se partagent notre vie.

Cependant, si nous voulons approfondir cette question, nous reconnaîtrons que le mot inconscient est vague, qu’il ne convient pas à tous les états que nous venons d’étudier, que notre esprit n’est pas encore satisfait.

En réalité, nous appelons inconscient celui qui agit sans le savoir, sans le vouloir, et qui n’est pas responsable, en un mot celui qui ne sait pas ce qu'il Jait, L’enfant qui n’a pas atteint l’âge de raison, le fou, l’halluciné, le vieillard éteint, épuisé, le somnambule sont des inconscients, et leurs actes sont inconscients, sans liberté, sans responsabilité.

A notre avis, c’est la signitication exacte du mot inconscient.

— a(ii —

Les souvenirs, les impressions, les images (|ui se perpétuent dans noire mémoire ne méritent pas le nom qu’on leur prête, ce sont des souvenirs latents^ ils [)ersislent dans les régions obscures de la mémoire, mais il ne convient pas de leur donner le nom d’inconscient.

De même quand nous parlons de Tartiste qui promène si rapidement ses doigts sur le clavier d'ivoire, pounjuoi parlons-nous (Taatomatismey comme si nous étions en présence d’un acte sans intelligence. En réalité c’est apres de longues études, après des actes attentifs et répétés d’intelligence que nous arrivons à jouer, à première lecture, un air ditïicile, sur le piano ou sur le violon. Il ne faut pas y voir un acte automatique, inconscient, inintelligent, il faut y reconnaître un elfet de l’habitude, et une manifestation de l’extraordinaire variété des phénomènes intellectuels.

Il serait donc nécessaire, si l’on voulait rendre plus facile l’étude de ces problèmes si intéressants, de donner un sens précis à ces mots,* automatisme et inconscient : il ne faudrait les appliquer qu’à une catégorie déterminée de faits.

Ce qui reste vrai, c’est que nous agissons tantôtsans attention, tantôt avec attention. Ce qui est vrai encore, c’est que certains actes sont accomplis, par habitude acquise, et sous la direction originelle de l’intelligence,

La physiologie confirme ces observations

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et que nous faisons d’autres actions, d’autres mouvements physiologiquement d’une manière réflexe, ou sous l’impulsion de l’instinctqui nous est commun avec lesanimaiix, de la philosophie que nous venons d’étudier.

On a reconnu dans le cerveau deux séries de centres nerveux, formant un polygone dont les angles sont des points précis de l’écorce cérébrale; leur siège est dans unpoint du cerveau nettement déterminé.

La première série comprend trois centres qui recueillent ou reçoivent les impressions sensorielles ; la première reçoit les impressions du son, par l’ouïe ; le second, les impressions lumineuses, par la vue; le troisième, les im[)ressions de déplacement et de sensibilité générale.

Si nous examinons la seconde série, nous reconnaîtrons qu’elle se compose, elle aussi, de trois centres nerveux. La première série appartient à la sensibilité, elle correspond à l’état passif de l’ouïe : celle-ci appartient «à l’activité, elle correspond à la volonté.

Cette seconde série comprend le centre des mouvements du corps, celui de l’écriture, et celui de la parole articulée.

Au-dessus des uns et des autres se trouve le centré psychique supérieur qui correspond à la raison et à la liberté consciente, et qui peut se trouver en relation avec tous les centres inférieurs.

Mais nous supposons, en ce moment, que ce centre supérieur n’est pas en communica-

tion avec les deux séries de centres inférieurs et que l’âme est absorbée dans la contemplation d’une pensée.

Les centres nerveux de la sensibilité ou de la passivité et les centres nerveux de la motricité sont reliés entre eux par une quantité de fibres transcorlicales, et intrapolygonales, de telle sorte qu’une impression reçue dans un centre nerv^eux de la sensibilité peut se répercuter directement par les fibres sur les centres de la motricité, ou de la coordination motrice, et déterminer un mouvement.

D’autres fibres tiennent tous ces centres en rapport avec le centre supérieur qui correspond à Tàme, ou à la raison.

Lorsque lesactesdesdeux centresinférieurs sont déterminés par le centre supérieur, c’està-dire par la raison, l’acte estlibreet délibéré. Lorsque le mouvement est déterminé, au contraire, par une action directe des centres de la sensibilité, sous l’intervention du centre supérieur, ou de la raison, l’acte est automa* ti(|ue ou spontané.

Les trois centres moteurs pouvant ainsi être impressionnés directement parlescentres sensitifs, sans l’intervention du centre supérieur, il s’ensuit logiquement que nous pouvons parler, écrire, agir quelquefois, d’une manière inconsciente, automaticiue, pendant qu’un autre objet captive la raison.

La ligure suivante que j'emprunte au D' Grocq, élève de jM. Grasset, éclaire cette tliéorie physiologique des actes inconscients.

De ces observations philosophiques et physiologiques, certains écrivains ont cru pouvoir conclure que Tunité de la personne humaine était unechimère. L'hommeserail la résultante de plusieurs personnages assemblés, qui apparaîtraient successivement dans la variété de notre vie. A côtédu personnage éveillé, on verrait le personnage qui rêve pendant le sommeil, celui qui fait des tours d’acrobate dans les crises de somnambulisme, celui (jui nous surprend dans les expériences d hypiiotisme avec ses absences et ses retours de mémoire, celui qui se livre à ses passions et qui s'agite dansle délire. Il serait facile d'allonger cette nomenclature.

Un personnage conscient et un groupe de personnages inconscients, irresponsables, dominés par la loi fatale de l’instinct, tel serait l’homme nouveau. Je ne veux pas exposer longuement le polyzoïsme de Durand (de Gros). Il a des adeptes convaincus.

« Parmi les anciennes explications, écrit le D'^ Francken, il faut citer la théorie du polypsychisme de Durand (de Gros). Notre àme {psuchè) ne constituerait pas une unité indivisible et notre moi ne serait un qu’en apparence, composé en réalité d’une infinité d’individus partiels, chacun doué de la faculté de penser; le moi serait une colonie de moi

secondaires, plus ou moins intimement reliés les uns aux autres, solidaires et subordonnés à une direction supérieure, mais néanmoins relativement autonome, chacun avec sa conscience à lui. 11 existerait donc, d’après cette hypothèse, UTie sorte d’atomisme psychique, dans lequel le moi qui se manifeste au dehors ne serait pas toujours identique à lui-mème, mais, au contraire, se modifierait continuellement en vertu des éléments qui le constitueraient à un moment donné. » {Reme de Vhypnotisme, janvier ipoS.)

La responsabilité humaine disparait avec ces hypothèses gratuites qui suppriment runilé de la personne humaine. Quel est donc le moi, dans cette colonie imaginaire qui aurait devant la conscience, devant la société et devant Dieu la responsabilité de nos actions? A qui faudrait-iirattribuer?Etquand on a détruit la responsabilité libre et méritoire, n’a-t-on pas contesté un fait évident et incontestable, celui de notre unité?

Ici, M. Pierre Janet hésite :

« Peut-être, écrit cedocteur, y a-t-il, comme le disait Liébault, une rémémoration inconsciente pour chaque fonction vitale, le cœur a appris à battre et le poumon à respirer ^ » — «Peut-être y a-t-il en nous un grand nombre d'âmes spinales ou ganglionnaires susceptibles d’habitudes et d’éducation qui dirigent chaque fonction physiologique ^ »—« lly a peut-être

^ Liébault, Du Sommeil^ p. 137.

2 D'* Philips, Cours de braidismey^. 104.

— um —

dans la moelle de l’épine dorsale de l’Iiomme des êtres réels d’une plus grande valeur spirituelle que Tàme de la grenouille »— « Mais, quoique ces suppositions nous paraissent ^vraisemblables, elles dépassent assezlaporlée des observations que nous avons faites, pour que nous évitions de les discuter dans un ouvrage de psychologie expérimentale* ! w

C’est par une série d’études sur les sujets hypnotisés, plongés dans l’état de somnambulisme, que certainsécrivains arrivent aux conclusions étranges et fausses que nous venons de rappeler. N’oublions pas que l’hypnotisé est un aliéné, et l’aliénation ne peut pas servir de base à la psychologie de l’homme à l’état normal. Il arrive encore souvent que ces expériences donnent des résultats contradictoires, quand elles sont faites à des points de vue différents, par des observateurs qui ne se sont pas concertés. En tout cas, il ne faut pas conclure du fou à l’homme sain; l’hypnotisme est un terrain fuyaiU ([ui ne portera jamais rédifice de la psycho- < logie.

L’unité de la personne humaine est un fail certain. L’hypolhèsedeplusieurspersonnages juxtaposés et simultanés pour expliquer certains phénomènes peu connus est une chimère que rien nejustifie.

J’alïirme tous les jours, atout instant, cette unité, quand je dis : y^pense,ye veux,sens.

* Lotzk, Psychologie physiologique, p. i 44 *

* Janet, U Automatisme psychologique, p.

je marche, je vis. Je raHirnie quand je reconnais (jiie Je suis le principe des trois vies, végétative, animale, rationnelle. Je l’adirme quand je constate rinlluence récipro((ue et profonde du corps sur Tàme et de l’ànie sur le cori)S. Les activités partielles et les forces qui peuvent exister dans les cellules et dans les centres nerveux portent toujours la marque de leur origine, et elles s’éteignent quand Tàme se sépare du corps. Nous avons des facultés conscientes et des facultés inconscientes, mais les unes et les autres appartiennent à l’ànie, c’est-à-dire au moi (jui les domine et les discipline dans leur évolution. Les hautes facultés conscientes, la raison, la volonté libre, l’abstraction, la généralisation, ces facultés et ces opérations qui n’occupent pas un siège anatomique distinct nous rappellent la vie intellectuelle et l’activité intelligente éclairée par la lumière de ta raison.

Plus bas. voici les habitudes acquises et les actes qui ne comportent ni l’attention ni l’usage actuel et distinct de la raison. Les doigts (jui effleurent rapidement les touches d’un piano, la main qui écrit, les lèvres qui font la lecture à haute voix sont marquées encore du signe de l’intelligence; mais, dans la multitude inlinie des éléments qui les composent, dans la rapidité avec laquelle ils s’exécutent, ces mouvements n’impliquent ni l’attention actuelle, ni les délibérations de la liberté.

Plus bas, encore, voici des actes et des mou-

vements auxquels notre attention semble rester étrangère. Le distrait dont l’attention estabsorbée par une pensée, par un j)robtème, par la recherche d’une solution scientifique, ne fait plus attention à ce qui se|)asse autour de lui. Il sort, il va, il vient, solitaire avec sa pensée, et ne voyant plus, en apparence, le inonde extérieur où il vit. Et cependant il va où il veut, et il saura bien éviter la voiture qui pourrait l’écraser. Son attention n’est doncpas totalement absorbée dans sa distraction, et toutes les communications avec la raison ne sont pas coupées.

Descendons encore. Sous l’influence de certaines substances toxiques, enivrantes, du hascliisch, de l’opium, de l’étlier; dans le délire de certaines affections nerveuses, [)articulières à l’hystérie, dans les phénomènes troublants et contradictoires de l’hypnotisme, les communications sont coupées entre la raison et la liberté d’une part, et les facultés sensibles, les activités inférieures d’autre part. Les actes et les mouvements du sujet n’obéissent plus à la raison, ils obéissent aux causes organiques qui les font naître, et ils prennent le caractère de la folie.

A mesure que nous nous éloignons des sommets de Tàme, tout resplendissants de la lumière de Dieu (jui les éclaire, les mouvements de l’homme perdent graduellement leur caractère lumineux ; ils perdent la liberté qui les détache de l’étreinte des causes pliy* siques; ils deviennent ténébreux, désordonnés.

automatiques, jusqu’au moment où nous voyons sombrer totalement la liberté- Est-ce à dire (ju'il y ait en nous plusieurs personnages réunis et que l’unité de l’homme soit une chimère? Il n’en est rien. Il suffit de se rappeler que, sous Tinfluence des causes les plus diverses, nous pouvons nous trouver dans des états différents. Gardons-nous de confondre la variété des crises avec la multiplicité desindividus. Dans le somnambulisme, dans l’ivresse, dans la fureur de la passion, dans les crises hypnotiques, nous ne voyons pas apparaître plusieurs personnages successifs, il y a seulement des changements d’états, des modifications profondes, quelquefois eflrayantes, dans les rapports de l’àme et du corps. Lesinnombrablesactivitésqui sourdent ou halètent dans tousles replis de notre organisme passent inaperçues quandellesévoluent sous la direction de l’intelligence, mais, qu’elles échappent un instant à cettedireclion,qu’elles soient viciées par des causes morbides, troubles nerveux, hystérie, narcotiques violents, etc., aussitôt des orages etdes tempêtes éclatent en nous.

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