IC
le cou, provoc{iier des hémorragies et des exsudalions sanguines, déterminer du gonflement, de la rougeur, de la suppuration, et pour arriver à ces fins, rimagination met en jeu les ressorts les plus cachés de notre organisme; elle agit avec rindexihle sûreté de l’instinct, et ne s’égare jamais dans l’étonnante rapidité de son évolution.
Le secrétaire du collège des curateurs de rUniversité de Gand, écrit le Tuckey, avec lequel j’étais intimement lié, apprenant cjue le choléra venait de faire son apparition, me dit avec un effroi marqué : « Docteur, je sens Cjue j’en serai victime. » Sur quoi se fondait-il dansson pessimisme? Il était bien portant, mais d’une grande impressionnabilité nerveuse, prenant mille précautions c[ui ne faisaient cjue l’augmenter. Chac[ue fois (ju’il me rencontrait, c’était la même plainte. En vain je lui corîseillai un régime prophylacti([ue contre le terrible fléau (entre au très ma fameuse poudre de musc et de camphre ejue j’ai fait connaître dans le Répertoire de la présente année et dans ma brochure : Le Choléra en iSp-i.
Paris, chez G. Carré, libraire-éditeur, rue Saint-André-des-Arts). Il ne voulut rien entendre. C’était vers la lin de juin et la chaleur était étouffante : malgré cela il ne sortait qu’avec ses habillements d’hiver et chez lui
restait confiné dans son bureau. On comprend combien cela le débilitait, d’autant plus qu’il suivait les prescriptions de la Commission médicale d’alors relatives aux relâchements du ventre.
Le mois de juillet étant venu sans qu’aucun cas de choléra fut signalé, mon ami me dit : (( Docteur, il n’y a plus de choléra et je vais à la campagne assister à un dîner oificiel. » Son esprit était donc parfaitement tranquille dans ce moment. Hélas! cela ne devait pas durer. Le soir —au retour en voiture ouverte — il fut surpris par une pluie violente qui le trempa, de sorte qu’eu rentrant chez lui il était tout frissonnant. La crainte du choléra le reprit et il se mit au lit couvert de nombreuses couverturespour se faire transpirer. Ayant été appelé, je le trouvai dans un état pitoyable, la voix brisée, les yeux caves, ne cessant de ré|>éter : « C’est fini ! C’est ce que j avais redouté! C'est le choléra! » J’eus beau faire pour le rassurer, et l’engager à sortir du lit, devant un feu clair et prendre un réconfortant au punch; rien n’y fit. C’était alors dix heures du soir. A minuit la scène se dessina, et au bout de (juclques heures l’infortuné secrétaire mourut, bien qu’il n’y eut plus apparence de choléra à Gand.
On ne saurait avoir un exemple plus terrible derinfïuence du moral sur le physique; cette iniluenceest connue des médecins. Que de fois ne leur arrive-t-il j)as de prescrire a leurs malades des remèdes simulés, notam-
ment les fameuses pii ules de mie de pain.
M. Sage a recueilli quelcjues exemples de cette influence de ràme sur le corps. Nous lui emprunlonsceux (jue nous citons ici.
Un médecin de la Nouvelle-Orléans lit donner, dans un hôpital, de Teau sucrée à loo de ses malades. Un quart d’heure après il revint en disant, tout déconcerté, (|u’il s’était trompé et (ju’il avait ordonné un purgatif; 8o de ces malades, presque tous des hommes, ressentirent les effets d’une purgation.
Delbeuf lit à une dame, sur chacun des deux bras, à des endroits correspondants, une brûlure de même gravité. Il lui suggéra qu’elle ne ressentirait les douleurs que d’une des brûlures, el que celle-là seulement serait soignée. L’autre fut aussitôt guérie.
On a fait récemment à Londres une enquête au sujet d’une femme qui s’était, disait-on, empoisonnée. L’enquête démontra ([u’elle n’avait avalé qu’une poudre insecticide insignifiante.
Deux sœurs, dont il est parlé dans les Annales de VAcadémie de médecine de Montpellier, i^So, furent mordues en même temps par un chien enragé. L'une partit presciue aussitôt pour la Hollande et n'en revint (pie dix ans plus tard. A son retour, elle apprit cjue sa sœur était morte de la rage ; son effroi fut tel qu’elle devint enragée et en mourut.
Van Swieten fut pris de vomissements en
passant près du cadavre empoisonné d’un chien. Quelques années plus lard, passant au même endroit, le souvenir de l’impression qu’il avait ressentie le fit vomir.
Ladame rapporte que des médecins de Gopenhagne annoncèrent à un criminel, condamné à mort, qu’on le ferait mourir sans douleur en lui ouvrant les veines. On lui banda les yeux, on lui fit quelques égralignures, on fit couler auprès, un petit filet d’eau, en lui disant que son sang s’échappait par ces blessures; en deux heures et demie, il était mort.
Cette expérience confirme celle qui fut faite, dans les mêmes circonstances, selon Tissot, à rUniversilé de médecine de Montpellier.
M. Sage raconte que « la sœur d’un soldat condammé au fouet, tomba, au moment de l’exécution, dans une sorte d’extase, etressentit tous les coups portés à son frère; elle criait el gémissait ; enfin, elle tomba sans connaissance et fut portée sur son lit; le sang coulait de tout son corps lacéré ».
On connaît Thistoire de ce chasseur qui se croyait mordu par un chien enragé : subitement il devint triste, morose, taciturne, et la vue de l’eau lui faisait éprouver un sentiment d’horreur. Le cinquième jour, il fut pris d’accès de rage et devint fou furieux, il fallut le lier. Le neuvième jour on retrouve le chien qui l’avait mordu, il n’était pas enragé. Le malade s’imagine qu’on veut le tromper. On
fait entrer le cliien (jui saute sur le lit de son maître et le couvre de caresses. Le malade s’apaise, se rassérène^ et quatre jours après, il était rétabli.
Nous connaissons sans doute le microbe de la rage et l’évolution de celle maladie, mais nous savons aussi que l’imagination frappée avec une extrême violence, et dans des conditions particulières, peut reproduire le processus de cette maladie, avec un art singulier et provoquer des accès de fureur qui précèdent la mort.
L’esprit superficiel troublé par ces analogies saisissantes que nous découvrons quel- ([uefois dans la nature, sera tenléde conclure à la négation du miracle etdes réalités du préternaturel. A la vue de cette puissance effrayante de riinagination qui nous permet d’ex[)liquer d’une manière naturelle tant de phénomènes extraordinaires, il oubliera (juelquefois d’attribuer à Dieu, aux anges, ou aux démons, desguérisons, deseffets physiologiques, des bouleversements qui dépassent absolument l’action bienfaisante ou malfaisante de cette faculté.
Les esprits fermes ne s’arrêtent pas à cette tentation. Comme la mer, si effrayante dans ses tempêtes, l’imagination trouve le grain de sable (jui l’arrête et qui fait penser à Dieu.
CHAPITUE II
I l’imagination et les stigmates
L’influence de l’àme sur le corps, son action vitale dans les profondeurs inconscientes de notre organisme étonne, et déconcerte quelquefois nos prévisions. Nous avions cité des exemples de cette action mystérieuse et pénétrante. Desauteurs sérieuxontconstaté quedes impressions pénibles peuvent causer la nausée, la purgation, la transpiration, le frisson, Tarrct de la sécrétion lactée, la décoloration et la chute des cheveux, la surdité, la cécité, l’apfiasie, l’asthme, la jaunisse, la chorée, l’épilepsie, la rupture des vaisseaux pulmonaires, les convulsions tétanoides, l’hémiplégie, l’idiotisme, la syncope, l’apoplexie et la mort.
L’auteur aucjuel J’emprunte cette nomenclature.d’ailleurs incomplète, nousditeiicore :
« Lajoie, la crainte, la peur troublent les fonctions du système vaso-moteur et se trahissent par la coloration ou la pâleur de la peau. En dirigeant notre attention sur un organe, nous pouvons modifier les phéuo-
menés vitaux dont il est le siège... Ce n’est pas seulement sur les maladies nerveuses, comme on le croit souvent, dit HackTucke \ quecette influence agit, elle s'étend à d’autres maladies.
« La suggestion est un procédé connu de tous les médecins qui remploient avec plus ou moins d’habileté. On arrive par la médecine suggestiveà régulariserla vascularisation, l’innervation, les fonctions d’un organe ou d’un tissu, et à les modifier suivant la nature et le lieu de la maladie, et nul ne peut se vanter de connaitre les limites de son action. «* A une époque où j’alTirmais à mon ami « Pierre Janet, écrit le Gibier, que sans « aucune intervention du sommeil, par la <( parole seulement, on pouvait faire dispa- « raitreunemaladieorganique, jelui présentai « un jeune garçon de treize ans, dont les (( deux mains étaient, depuis (juatre ans, cou- •< vertes de centaines de verrues. Devant lui et beaucoup d’autres personnes, je le guéris par le commandement, et en quelques c instants. On peut faire disparaître, c’esto à-dire guérir par la môme méthode bien « d’autres maladies » Il ne s’agit pas ici d’un pouvoir occulte exercé par le guérisseur, mais d’une auto-suggestion donnée par suggestion verbale^. »
* IIack Tucke, Le Corps et VEsprit, p.aio-S^o.
2 Revue critique d'histoire et de littérature, marsavril 1894» P- 226.
3 Adrien Arcelin, La Dissociation psychologique, p. i6'5. Celte savante étude a été publiée, d’abord, dans la Revue des questions scientifiques,
L’imagination qui produit quelquefois des troubles si profonds dans notre corps peutelle déterminer aussi ces épanchements de sang au front, au côté, aux mains, aux pieds qui rappellent les blessures de Jésus-Christ? Les stigmates sanglants sont-ils toujours l’œuvre d’une puissance surnaturelle? Ne peut-on pas quelquefois les attribuer à l’action perturbatrice de l’imagination surexcitée par une contemplation prolongée?
Dans certains cas, l’apparition sanglante des stigmates dépasse l’ordre naturel, elle appartient manifestement à l’ordre surnaturel, et elle constitue un phénomène miraculeux :
nous y reconnaissons l'intervention de Dieu qui manifeste ainsi, d’une manière saisissante, dans des créatures privilégiées, l’expression de ses propres souffrances, de sa puissance et de son amour.
Relisons, avec Gorres, cette page suave, où saint Bonaventure raconte l’histoire divine de la stigmatisation de saint François :
Afin de méditer plus à son aise, saint François se retirait de temps en temps sur le mont Alverne, dans les Apennins. Là, il jeûna pendant quarante jours en Thonneur de l’archange saint Michel, abimé dans la prière et enflammé d’amour.
Il fut pendant ce temps favorisé d’extases
lon^^ues et fréciuentcs, où, s’entretenant avec Dieu, il reconnaissait à la fois et son infinie majesté et son propre néant.
11 fil la même chose encore deux ans avant sa mort. El comme il examinait comment il ferait pour suivre à l’avenir la volonté de Dieu, une inspiration secrète lui dit qu’il n’avail qu’à ouvrir les Evangiles, et qu’il y trouverait ce qu’il cherchait.
Pour obéir à cette voix intérieure, il se mit donc en prière, puis il se lit ouvrir trois fois par son compagnon, au nom de la Sainte- Trinité, le livre des Evangiles placé sur l’autel
Aux trois fois, le livre fut ouvert à l’endroit où il est parlé de la passion de Notre-Seigneur. Il reconnut parla que Dieu voulait que, de même qu’il s’était efforcé auparavant d’imiter la vie de Jésus Christ, ainsi, devait-il désormais fimiter dans sa passion et ses souffrances. Et quoiqu’il fut déjà épuisé par sa vie pénitente, il résolut, sans balancer, d'obéir en cela à la voix de Dieu.
Un matin donc, le Jour de l’Exaltation de la Croix, comme il priait sur le penchant de la montagne, et qu’il ressentait un violent désir d’être crucifié avec Notre-Seigneur, il vit descendre du ciel vers lui un séraphin qui avait six ailes enflammées et lumineuses.
Lorsque le messager céleste fut près de lui, il aperçut entre ses ailes la forme d’un homme crucifié, avec les mains et les pieds étendus. Deux des ailes s’élevaient au-dessus
de sa lôle. deux autres étaient déployées comme pour voler, et deux autres couvraient le corps.
Rempli d'étonnement à cette vue, il ressentit néanmoins une grande joie de Tapparition dont Dieu le favorisait, et une peine profonde en incn>e temps, à cause du spectacle douloureux dont il était témoin et cpii perçait son cœur comme d’une épée.
Il ne comprenait pas non plus comment l’impassibilité d’un séraphin pouvait se concilier avec la souffrance. Mais le sens de cette apparition lui fut bientôt découvert; et il vit que c’était par l’embrasement de son cœur plutôt que par le martyre^ de la chair qu’il devait devenir conforme à Notre-Seigneur.
Lors(iue l’apparition eut disparu, elle laissa dans son àme de vives ardeurs, et dans ses membres de merveilleuses empreintes. Il avait en effet aux mains et aux pieds les signes de clous, tels qu’il venait de les voir sur l’image du séraphin; et, au côté droit, était une place qui semblait avoir été faite par un coup de lance.
Ces plaies s’ouvrirent assez larges aux extrémités et saignèrent. Au milieu s’étaient formés, dans la chair et le tissu cellulaire, des clous semblables à des clous de fer. Ils étaient noirs, durs, avec une tète en haut, et, en bas, une pointe qui était comme rabattue, de sorte qu’entre eux et la peau on pouvait mettre un doigt.
Ils étaient mobiles de partout; car, d'un
côté, ils étaient pressés contre la chair, et, de l’autre, proéminents au contraire; mais on ne pouvait les ôter, comme s’en assura sainte Claire, qui essaya après la mort du saint de tirer un de ces clous et ne put y réussir. Il pouvait au reste remuer les doip^ts, et se servir de ses mains et de ses pieds comme auparavant.
Cependant, la marche lui était devenue dilRcile, et c’est pour cela qu’il allait à cheval dans ses excursions à travers le pays.
La plaie du côté était profonde et lar^e de trois doigts, comme put le constater un Frère qui l’avait touchée par hasard. Elle était avec cela rouge et comme arrondie par le retirement de la chair, et souvent ses habits étaient tachés du sang qui en sortait.
On ne vit jamais dans ses plaies aucune apparence de gangrène ni de suppuration; jamais, non plus, le saint n’employa aucun remède pour les guérir : et ce n’esl que par un miracle qu’il a pu vivre deux années encore malgré les soulfrances et la perte continuelle de sang qu’elles lui causaient.
Lorsqu’il descendit de la montagne avec ces signes, il était très embarrassé; car, d’un côté, il ne voulait pas révéler les secrets de Dieu, et de l’autre, il voyait bien qu'il ne pourrait les cacher à ceux qui étaient près de lui.
Incertain s’il devait se taire ou parler, il réunit quelques-uns de ses amis les plus intimes, et leur exposa ses doutes, mais en T- II. a.
termes généraux. Un de ceux-ci, plus pénétrant que les autres, vit bien qu’il lui était arrivé quelque chose d’extraordinaire, et lui dit que ce n’était pas pour lui, mais pour son prochain.
François se décida donc à ne point cacher ce qui était pour les autres de quelque utilité, et raconta ce qu’il avait vu, ajoutant que celui qui lui avait apparu avait prononcé en meme temps quelques paroles qu’il ne révélerait jamais à qui que ce fut pendant la vie. Au reste, il cachait autant qu’il pouvait ses stigmates, ayant soin pour cela de porter des souliers, et de se tenir les mains bien couvertes ; mais, malgré toutes ses précautions, beaucoup de Frères virent ce qu’il ne pouvait cacher toul à fait.
Le pape Alexandre et plusieurs cardinaux rendirent témoignage de cette merveille comme témoins oculaires ; et, après sa mort, ses stigmates furent vus par plus de cinquante Frères du couvent, par sainte Glaire et les Sœurs de son monastère, par un nombre considérable de laïques qui étaient accourus de tous les environs pour être témoins de cette merveille et qui purent les toucher de leurs mains ^
* Sailli Hoxavenïure, Vie de saint François, ch. xiii-xv.
C’est en vain qne nous demanderions aux forces de la nature, à l’action normale de l’imagination sur les vaso-moteurs l’explication de ce grand prodige qui ravit d’admiration les disciples de saint François. Nous sommes ici dans la région du miracle et du surnaturel ; nous pouvons entrevoir la force souveraine qui manifeste subitement sa puissance et ses desseins en saisissant le corps privilégié d’un saint pour le briser et le transformer.
Le témoin el le sujet n’est pas une créature vulgaire, une àme enlizée dans la matière, un névrosé, c’est un saint dont la vie s’est écoulée dans les purifications sanglantes, les jeûnes austères, les élans qui emportent l’àme et la retiennent, bien au-dessus de la terre, dans les mystères du plan divin. Le prodige qu’il nous fait connaître n’est pas un fait isolé; il se rattache à la longue chaîne de prodiges qui forment sa vie surnaturelle; il faudrait tout nier dans la vie mystique de saint François, si l’on niait la réalité de l’apparition qu’il vient de nous raconter.
Quand il a plu à Dieu d’élever une àme à ces hauteurs, d'établir entre elle et lui une familiarité presque troublante, de l’affranchir en quelque manière de son corps et des entraves qu’elle rencontre dans la matière, dans le temps et l’espace, de faire passer en
elle, en vertu même de son intimité, quelque chose de sa propre puissance et de sa ressemblance, alors, le saint donne à la lerre un spectacle merveilleux, il possède déjà accidentellement quelques qualités qui rappellent les privilèges des corps glorieux après la résurrection générale, et loin d’opposer l’invraisemblance quand nous lisons ces récits merveilleux, nous devrions écouter la foi et admirer ces saints plongés dans l’amour et dans la puissance de Dieu.
Dieu fait cela quand il lui plaît, mais il n’en fait jamais la condition de la sainteté.
Le miracle dont nous venons de lire le récit dans la vie de saint François est donc possible; il est vraisemblable si nous considérons l’ensemble de la vie de ce saint et l’économie de la providence surnaturelle: il est certain si nous tenons compte de la sincérité, des vertus, de la clarté d’affirmation de celui qui nous raconte ainsi sa vision : on n’a pas le droit de s’arrêter au soupçon de mensonge ou d'hallucination.
Or, saint François n’attribue pas ses plaies à son imagination échauffée par une longue méditation, par une contemplation prolongée des plaies du Sauveur, une telle supposition serait ici ridicule, car le phénomène excède la puissance de l’imagination. Nous n’arriverons jamais, si impressionnables qu’on nous suppose, à déterminer, par la concentration de l’attention, une plaie du côté, large et profonde de trois doigts, des plaies aux mains et
aux pieds qui ne suppurent jamais, qui ne s’enveniment pas, qui laissent échapper du sang- en abondance, en provoquant pendant deux ans de violentes souffrances, des clous énormes qui pénètrent et persistent dans le tissu cellulaire et dans la chair.
Si l’imagination, livrée à elle-même, avait pu produire ces phénomènes en contemplant un instant les blessures du séraphin, je ne vois pas pourquoi elle n’aurait pas pu faire paraître aussi dans le corps de saint François lalumièreéblouissanteetlesailes du séraphin ; nous aurions ainsi un nouvel argument en faveur de la création de l’organe par imagination, et nous irions loin sur le terrain aventureux des hypothèses les plus risquées.
Remarquez, en effet, qu’à la vue du séraphin, François éprouva successivement et rapidement deux sentiments d’une intensité puissante, un sentiment de joie à la vue de l’apparition dont la beauté l’avait ravi, et un sentiment de peine en présence des plaies de ce chérubin; son imagination en ressentit deuxcommotionsaussiprofondes,qui auraient dû laisser des traces dans son enveloppe charnelle, traces différentes, selon la variété des impressions reçues. 11 n’en est rien.
Cesdeux sentiments s’éteignentàleur touret font place à un troisième sentiment aussi vif et raisonné, dans l’enchantement de cette apparition surnaturelle. François comprit aussitôt le sens de la vision, « il vit que c’était par l’embrasement de son cœur plutôt que par le
martyre de la chair qu1l devait devenir conforme à Notre-Seigneur ».
Assurément, si nous considérons ce prodige au point de vue purement naturel, nous dirons ([u’en vertu des memes lois physiologiques de la répercussion de l’image sur les nerfs cette vue du cœur embrasé et martyrisé par l’amour aurait dù déterminer au cœur de Frajiçoisune lésion grave, sensible, appréciable pour tous, comme la lésion constatée au cœur de sainte Thérèse, au passage du dard entlammé du séraphin.
Si nous étions ici en présence d’un fait naturel, d’une loi naturelle et ordinaire, il est évident que l'intensité de l’iinage cérébrale suscitée par la vue du cœur broyé du séraphin, aurait laissé des traces, comme l’image cérébrale des plaies des mains et des pieds avait creusé des traces sanglantes aux mains et aux pieds de saint François, la même cause devant produire les memes effets.
Or, cette contemplation intense du cœur du séraphin, broyé par l’amour divin, qui a succédé aux autres impressions sensorielles et qui a paru absorber toute l’attention de saint François, n’a déterminé aucune lésion cardiaque, elle n’a eu aucun retentissement dans son organisme, elle n’a pas suscité une image cérébrale qui aurait blessé ou brisé le cœur du serviteur de Dieu.
D’oii nous pouvons conclure que l’apparition des stigmates n’est pas l’effet exclusif de l'imagination, d’une vibration nerveuse, d’une
modification du cerveau, elle est relTet d’un acte spécial de ce sérapliin, elle a une origine préternaturelle, elle appartient à l’ordre divin.
Le i8 août iS^o, sainte Catherine de Sienne fut élevée en l’air en présence de trois témoins. Puis, raconte sonhistorien Raymond de Gapoue, elle pria pour plusieurs personnes, parmi lesquelles était sou confesseur, qui sentit de loin qu'elle [iriait pour lui.
Comme, pendant sa prière, elle avait la main étendue, elle parut y ressentir une grande douleur qui lui fit crier en soupirant • Que Notre-Seigneur Jésus-Christ soit loué !
Obligée par son confesseur, au nom de la sainte obéissance, de lui raconter ce (jui s’était passé en elle, elle lui dit : « Lorsque je demandai avec instance votre salut éternel. Dieu me le promit. Quoique Je ne doutasse pas de sa promesse, je désirais en conserver un souvenir, et je lui dis : « Seigneur, donnez-moi un signe de ce que vous ferez. »
«Il me répondit: «Etendstamainversmoi. »
J’étendis la main. Il prit un clou dont il mit la pointe au milieu de ma main ; et il l’appuya si fortement qu’il sembla qu’elle en était transpercée. Je ressentis la même douleur que si on me l’avait enlbncé à coups de marteau. Ainsi, grâce à Dieu, j’ai, maintenant, la plaie de la main droite. Personne ne le
âl
voit, mais je le sens bien, et je souffre toujours. »
Cette manifestation servait de prélude à la belle scène de la stigmatisation dont Raymond de Gapoue, témoin impartial, nous a laissé cette description touchante :
La scène se passe à Pise, dans Téglise de Sainte-Christine : Le dimanche, j y célébrai la messe, et je lui donnai la sainte communion. Elle resta ensuite longtemps en extase selon son habitude.
Nous attendions qu’elle eut repris ses sens, afin d’en recevoir quelques consolations spirituelles, lorsque nous vîmes tout à coup son corps prosterné à terre se relever un peu.
Puis, elle s’agenouilla et étendit les bras et ' les mains. Sa figure était tout enflammée. Elle resta longtemps immobile et les yeux fermés; puis, comme si elle eut été blessée à mort, nous la vîmes tomber tout d’un coup, et reprendre, quelques instants après, l’usage de ses membres.
Elle me lit venir, et me dit à voix basse :
c( Mon père, je vous annonce que par la miséricordede Notre-Seigneur Jésus-('hristjeporte ses stigmates en mou corps. »
Je lui répondis que je m’en étais douté, d’après ce qui s’était passé pendan t son extase, et je lui demandai ce que Notre-Seigneur avait fait.
« J’ai vu, dit-elle, mon^Sauveur crucifié qui descendait sur moi avec une grande lumière :
l’eflbrl de mon âme pour aller au-devant de
mon Créateur a force mon corps à se relever.
(( Alors, des cinq ouverlures des plaies sacrées de Notre-Seigneur, j’ai vu se diriger sur moi des rayons sanglants qui ont frappé mes mains, mes pieds et mon cœur.
(( J’ai compris le mystère, et me suis écriée : Je vous en conjure, que les cicatrices ne paraissent pas extérieurement sur mon corps.
« Pendantqueje parlais, les rayons sanglants sont devenus brillants, et sont parvenus en forme de lumière aux cinq endroits de mon corps, à mes mains, à mes pieds et à mon cœur. »
Je lui dis alors : Ne vous est-il venu aucun rayon au côté droit? Elle me répondit :
« Non, mais, au côté gauche, et directement sur le cœur. La ligne lumineuse qui venait du côté droit ne me frappait pas obliquement, inajs directement. »
Sentez-vous, lui dis-je, à toutes ces place une vive douleur? Elle me répondit alors en poussant un grand soupir : « Je ressens à ces cin(( endroits, et surtout au cœur, une douleur si violente (|ue sans un nouveau miracle, il me semble qu’il me serait impossible de vivre en cet état. »
Peu de temps après, elle tomba dans un évanouissement plus profond (jue tous ceux qu’elle avait eus. jusque-là; de sorte que ses amies émues de compassion jusqu’aux larmes, craignaient pour sa vie.
llevenue à elle, elle dit qu’elle voyait clai-
T. II. 3
rement que si Dieu ne venait pas à son aide, elle mourrait bientôt. Ces faits se passèrent en présence du général de Tordre des Dominicains, Thomas délia Fonte, son premier confesseur et son parent; de Barthélemy Montucci, gentilhomme de Sienne et très savant:
d’Antoine, comte d’Elcio, qui fut évêque plus tard en Sicile ; dudocteur Rainier Paglianesi de Sienne, prédicateur très célèbre; du docteur Simon de Cascina, et de Barthélemy de Saint- Dominiciue, plus lard évêque de Corone en Grèce, tous parfaitement capables de se rendre compte de ce qu’ils voyaient, tous, par conséquent, dignes de foi
Ce n’est pas à la suite d’une méditation prolongée sur les plaies du Sauveur que sainte Calherine reçut la blessure mystérieuse de la main; on ne peut invocjuer ici ni Faction réllexedeFimage, ni Tauto-suggestion. Quand elle tendit la main sur l’invitation du Sauveur, elle n’avait aucune idée du phénomène (jui allait se produire, et dont la cause est manifestement objective et divine; elle obéit, et sa main fut traversée par une cause extérieure, par l’apparition. Ici, Finlluence surnaturelle se révèle à la fois dans la production de la plaie mystique et dans le caractère anormal de son évolution.
Que ces phénomènes étonnent les esprits étrangers au christianisme, les rationalistes, les négateurs du surnaturel ; qu’ils provoquent
* GoiuiES, La Mystique, t. II, p. 210.
leur sourire dédaigneux, parce qu’ils n’ont aucune idée de ces rapports merveilleux et fréquents qui rapprochent le monde invisible et le monde visible, c’est naturel, le théologien mystique doit supposer que ceux cpii l’écoutent sont des chrétiens qui ne doutent ni du surnaturel, ni de l’action providentielle et miraculeuse de Dieu dans le monde; il n’a pas à refaire cette démonstration, et il renvoie son contradicteur aux traités spéciaux sur cette matière.
Mais le chrétien s’arrête respectueusement en présence de ces âmes idéales que Dieu associe, par une action miraculeuse, à ses souffrances et à ses gloires. Véronique Giiiliani, Catherine de llaconisio, sainte Lutgarde, Ch.risti ne de Stiombelen, Ursule d’Aguir, Jeanne de la Croix, Cécile de Nobili, Angèle de la Paix, saint Fançois d’Assise, Marguerite Ebnerin, sainte Catherine de Sienne, Hélène de Hongrie, Liduine, Jeanne de Jésus-Marie, sainte Ida, Jeanne de la Croix, et un grand nombre de saints nous rappellent, par leurs stigmates, cette prodigieuse et souveraine familiarité de Dieu avec sa créature, et ces belles âmes voient toujours, en dehors d’elle, dans un être extérieur, dans une autre personne, dans une réalité objective la cause formelle et directe des blessures mystiques qui leur enusent, jusqu’à l’effusion du sang, d’intolérables douleurs.
Ce n’est pas la suggestion et le coup réflexe de l’iinage qui pourraient expliquer la stigmatisation de reniant prédestinée dont Marcliese nous a conservé le souvenir dans sa grande histoire : assurément elle n’avait pas l’intention de recevoir ces blessures et elle ne s’arrêtait pas avec une intensité puissante à la pensée des plaies du Crucitié^
C’est une histoire qui a le charme pieux d’une légende et son authenticité est garantie par des témoignages certains. Naïve et gracieuse, cette page élève l’esprit.
Nous reproduisons la traduction de Gorres, dans son cljapitre sur les stigmates de la flagellation.
Angèle de la Paix, à l’àge de neuf ans, était entrée dans une église avec une de ses amies. Là, elles se séparèrent, et Angèle alla s’agenouiller seule dans la chapelle de saint François, pour prier.
Voyant les stigmates du saint, elle se mit, danssasimplicitéd’enfant,à lui parler, comme s’il eut vécu : (( jMon père, lui dit-elle, qui vous a fait ces blessures? Elles me font mal, et je veux vous les guérir, si vous me le permettez. — Ce ne sont pas des blessures, lui dit le saint, mais des joyaux. —Comment! des
* Maucuese, Diario Dominicano, t. V, p. 5i4.
joyaux ; répondit lapetitc, ils saignent. —Non, répliqua la voix, ce sont des joyaux: et si tu le veux, je te montrerai comment je les ai reçus. — Je le veux bien, mon père, dit Angèle. »
Et au même instant, la voiite de la chapelle parut s’ouvrir, et le saint lui lit signe de lever les yeux.
Elle le fit, et vit Notre-Seigneur sous la foi'ine d’un enfant, les bras étendus en croix, tandis qu^elle était elle-même environnée d’une grande lumière.
L’apparition vint à elle, et lui imprima les stigmates; ce (jui lui causa une si grande douleur qu’elle tomba par terre comme morte, en poussant un cri perçant, et resta ainsi jusqu au soir, toujours environnée de lumière.
Ce ne fut qu’alors que sa compagne revint, et la trouvant au milieu de cette lumière qui lui semblait un incendie, elle appela par ses cris des gens qui remportèrent chez ses parents, encore abîmée dans l’extase.
Les médecins lui tâtèrent le pouls et ne purent remuer son bras. Sa mère voulant la soutenir, lui découvrit la main, et c’est alors qu’on s’aperçut (ju’elle était, ainsi que l’autre, marquée des stigmates. Les médecins inspectèrent aussi les pieds et les trouvèrent également blessés et sanglants.
Ils lui donnèrent des remèdes pour la faire revenir de son extase (ju ils regardaient comme une suite des blessures, mais tout fut inutile. Elle resta huit jours en cet état, puis elle
revint à elle. Gomme sa mère la regardait en pleurant, elle lui dit : « Ne pleurez point, car c’est Dieu qui l’a voulu ainsi; renvoyez les médecins, leurs remèdes ne peuvent me soulager. » Elle resta encore deux ans sur son lit, en proie à de grandes souffrances, et finit par être abandonnée des siens. Elle fut guérie plus tard, et sa guérison fut aussi miraculeuse que Tavait été la maladie,
La réalité du fait nous paraît incontestable, elle est affirmée par le sujet, par la famille, ceux qui en furent témoins pendant deux ans, par les médecins qui ne trouvèrent aucune explication naturelle à la maladie, c’est-à-dire à l’apparition de ces plaies. On ne peut invoquer ici ni la délicatesse infinie des organes, ni la violence d’une commotion (|ui aurait ébranlé l’organisme, puisque l’enfant insouciante et rieuse demandait des joyaux avec une grâce enfantine à l’image parlante de saint François. Nous avons sous les yeux un fait surnaturel, une manifestation de ces familiarités de Dieu qui n’étonnent plus quand on a médité quelque temps sur l’incarnation de Jésus-Christ et sa présence sensible parmi nous.
Le démon peut contrefaire et contrefait quelquefois la stigmatisation divine dans les créatures qui lui servent d’instrument. Au cours de ces études, nous avons eu souvent
occasion de constater dans des Iiommes et des femmes^ livrés au démon, et qui jouissaient dans l’Eglise d’une ré[)utation exliaordinaire de sainteté, la réalité de ces plaies. Ici encore le démon est le faussaire de Dieu.
Par quels artifices arrive-t-il à déterjuiuer ces blessures aux pieds et aux mains, au côté, à la tète? Quels moyens emploie-t-il pour en faire couler le sang, quelquefois en abondance? Gomment produit-il, instantanément, et sans aucune méditation préalable de sa créature, ces phénomènes qui semblent reproduire exactement l’action cruelle et pénétrante des épines et des clous?
Il faut bien admettre que le démon ne fait pas un acte créateur, il se sert des causes secondes, il met en miouvement des forces naturelles qu’il trouve dans l’organisme humain, et il nous apprend ainsi (jue tout phénomène de stigmatisation n’est pas nécessairement divin, qu’il emprunte son caractère et son origine aux circonstances au milieu desquelles il se produit.
C’est ce qui permettait au cardinal Bona de s’exprimer ainsi : c< Repoussez comme des jouets de leur imagination ou des victimes de l’habileté du démon ces personnes qui prétendent avoir reçu de Jésus-Christ, des anges ou de la bienheureuse Vierge Marie une couronne de roses, un anneau, un collier, quand ellesne présentent pas le caractère d’ungrande perfection, d’une éminente sainteté, d’un détachement entier des créatures. Repoussez
de la même manière ces personnes quand elles prétendentavoir reçu des stigmates, car quel- (jues exemples établissent manifestement que ces stigmates peuvent être l’œuvre perfide du démon ^ »
C’est par l’action de l’imagination sur les vaisseaux capillaires et sur les tissus de la périphérie quedes physiologistesspiritualistes etchrétiens ont expliqué naturellement, dans certains cas, la sueur de sang. Nous en avons cité des exemples dans cette revue. Ce phénomène ne serait donc pas au-dessus des forces de la nature et de ses lois.
Ce qu’il importe ici, c’est de rappeler la sagesse de l’Eglise et la iiardiessc orthodoxe des maîtres les plus respectés de la théologie eu i)résence de cette (juestion. A la suite du P. Coconnierqui arecueilli leurenseignement, nous citerons les textes qui nous paraissent décisifs pour calmer la susceptibilité des consciences timorées et éclairer les esprits,
c< La création tout entière, dit saint Thomas, est plus soumise à Dieu que le corps de l’homme ne l’est à son àme, car l’àine est proportionnée au corps, puisqu’elle en est la forme, et Dieu dépasse sans proportion toute créature. Or, de ce que l’âme imagine quelque chose et en est vivement frappée, il s’ensuit quelquefois une modification dans le corps d’oii résulte la santé ou la maladie sans l’action des agents matériels (jui, norma-
‘ Boxa, De discret, spir., ch. vu, p. 246.
lement, causent la maladie ou la santé*. »
Jusqu'où s’étend celte puissance?
« Quand les saints, continue le docteur, opèrent des miracles, ils agissent par la vertu de Dieu qui opère dans la nature ; car Taction de Dieu sur toute la nature est comparable à l’action de l’Ame sur le corps. Or, le corps peut être modifié et changé sans l’action des agents physi(pies, principalement par une imagination lixe, en suite de laipielle le corps s’écliaidle soit par les désirs, soit par la colère, ou meme est altéré jusqu à la fièvre et à la lèpre *. »
Ecoulons Suarez, en qui on entend toute la Tradition.
« Je dis que, sans un miracle spécial, le Christ Jésus sua le sang, par la violence de la tristesse et de l’agonie (|u’il soulfrit dans sa prière... Cela peut s’expliijuer, comme le fait Cajelan, par une raison naturelle y physique. Car, de même (pi’une grande émotion produit violemment la sueur, ainsi une émotion intense, si les sources de la sueur sont taries, peut faire sortir le sang,.. Le corps du Christ était aflaibli et épuisé, il put dès lors se faire que, la sueur étant tarie, le sang coulaity chassé par la violence de la peine in térieure^ »
Le savant commentateur Maldonat, de la Compagnie de Jésus, écrit à la suite des
* Summa contra gent.y lib. III, cap. xcix.
* Quæstiones disput.y De potentiay q. vi, a. 9.
Suarez, De myster. Christ.y disput. xxxiv,
sect. 2.
-Ifi-
grandes écoles de théologie : « Bien qu’il y en ait qui pensent que la sueur de sang du Christ a été un miracle, j’estime plutôt que cette sueur fut naturelle. Aristote adîrme que le fait peut se produire naturellement, et que, de vrai, il se produit, et la raison enseigne, en effet, que, dans les hommes d’une complexion essentiellement délicate, ce phénomène peutavoir lieu... Est-ce que je n’entends pas raconter par ceux qui l’ont vu ou connu, qu’il y a deux ans, dans cette ville, un homme robuste et bien portant, ayant entendu prononcer contre lui la sentence de mort, fut subitement couvert d’une sueur de sang’. »
Après avoir cité le sentiment justifié du savant Bénédictin Dom Galmet qui a écrit dans le même sens. Benoit XIV s’exprime ainsi :
« Si quelqu’un veut connaître des exemples de sueurs de sang et des larmes de sang ayant con\é sans miracle, i Ipeutlire cettedissertation d’une érudition vraie... D’autres faits sont aussi rapportés par Marcel Donat et Réjès, les([uels démontrent parfaitement que des larmes et des sueurs de sang ont coulé naturellement non seulement ([uandil y aeu maladie du corps, mais simplement par tristesse et peine d'esprit ^ »
’ Maldonat, Comment, sur les Eo.
2 Benoit XIV, De servorum Del beatificatione et Beatorum canonisatione, lib. IV, part. I, cap. xxvi. Le D'* Ferrand, de rAcadcmie de Slédecine, a publié des articles liiinincux sur cette question dans le journal Le Monde sous le pseudonyme de Spectator.
Nous n’entrerons pas dans le détail du problème physiologique, nous ne chercherons pas à connaître par quelle évolution inystéiieuse une perturbation fonctionnelle des circonvolutions cérébrales pourrait, comme on l’a observé, déterminer des troubles trophiques dans les organes périphéri(jues correspondants, il nous sullit d’avoir rappelé les observations si claires et si logiques des théologiens les plus réputés.
Kn présence de ces sueurs de sang, nous observerons le phénomène avec une prudence discrète, nous éviterons les conclusions précipitées d’une science superficielle, nous tâcherons de reconnaître ce qui est l’effet de l’imagination et de la nature, ce qui appartient au démon et ce qui est l’œuvre de Dieu.
Savant et chrétien, ce docteur n'hésite pas à reconnaître que, dans certains cas, on peut expliquer naturellement les stigmates et récoulement sanguin.