‹ L'imagination et les prodiges. Tome secondChapitre 20 sur 40 · L*INCONSCIENT DANS LE SPIRITISME · texte numérisé non relu

L*INCONSCIENT DANS LE SPIRITISME

Dans une communication faite au IV^ Congrès international de psychologie, le D*" Van Eeden, très versé dans les questions du monde occulte, se déclare, comme nous, l’adversaire de cet inconscient dont on parle trop souvent et qu’on n’explique pas.

« J’ai trouvé très didicile, écrit ce docteur, de contredire théoriquement l’opinioiid’après laquelle il n’y a pas de télépathie, ni de clairvoyance comme facultés personnelles, mais que tout est Pœuvre des esprits. Selon cette opinion soutenue par des intelligences très supérieures, comme Russel Wallace, les esprits nous entourent toujours et en tout lieu, et n’ayant rien à faire de plus pressant, s’occupent sans relâche à nous communiquer des impulsions, des idées ou des fantaisies.

« Selon leur caractère malin ou bienveillant, et selon l’impressionnabilité, plus ou moins sensitive, de notre esprit, l’état sain ou morbide, ces influences seront agréables ou

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terribles, insignifiantes ou merveilleuses.

c< Ainsi s’expliquent la télépathie, la clairvoyance, toutes les qualités attribuées à l’àme inconsciente, les rêves, et même les hallucinations et les fantaisies des aliénés.

« Cette position m’a paru très forte. En étudiant les rêves et les idées morbides des aliénés, j’ai reçu bien souvent l’impression vive qu’il y avait là quelque influence maligne, démoniaque, qui profitait de la faiblesse physique d’un homme pour l’attaquer.

c( Il m’a paru toujours très invraisemblable qu’il fallût expliquer tout cela par l’inconscient ou par une seconde personnalité. Et, en outre, tous ces termes psychologiques modernes, tels que, inconscient, subliminal, seconde ou troisième personnalité, sont-ils beaucoup plus clairs et plus scientifiques que les termes, démon, esprit ou revenant? »

Souvent, en effet, ces mots nouveaux et tumultueux cachent une grande misère philosophique, et ne répondent à aucune réalité saisissable. Il y a longtemps nous avons signalé pour la première fois et nous continuons à signaler, comme un fléau de la science, cet abus des mots sonores et cette aversion des clartés sereines de la vérité.

Il y a longtemps que les occultistes et les magiciens nous ont entretenu de ce fluide nerveux et des prodiges (ju’il produirait dans l univers. Les mots ont changé, le fond reste le même. « Il est possible, écrivait Pierre Pomponace, que, par un acte très intense de

son imagination et de sa volonté, rhomine produise, dans son sang et dans ses esprits vitaux, une altération profonde, et que ces esprits s’évaporent, sortent de nous, et produisent leur effet à l’endroit vers lequel ils sont dirigés... Et, de même que cette action peut produire le désordre de la maladie, elle déterminera^aussi, en certains cas, la guérison. »

Un disciple de Pomponace, Vannini, enseignait qu’une forte imagination, maîtresse des esprits animaux et du sang, peut guérir un malade, comme elle peut être l’occasion d’une grave maladie. »

Maxwell, qui appartenait à la même école, ajoutait ; « 11 est incontestable que Timagination exerce son influence sensible, extérieurement, en dehors de nous, et qu’elle est, pour ainsi dire, la main dontTàme se sert pour agir au dehors*. »>

La doctrine deces philosophes qui déifiaient l’àme humaine était un mélange de panthéisme, de superstitions orientales, d'erreurs de toute sorte. Au quinzième et au seizième siècle, ces erreurs firent de grands ravages parmi les esprits les plus cultivés Nous reculons jusqu’à ces vieilles écoles de superstition de la renaissance, quand nous parlons d’un fluide que notre imagination lancerait à travers l’espace^ par les ondes hertziennes, jusqu’au cerveau d’un parent ou

* La Campana del Mattino, 5 gennaio 1903,

d’un ami à l'autre extrémité de la terre. Celte faculté de communication entre les âmes, malgré les plus grandes distances, ferait partie intégrante de notre nature, depuis l’origine du monde! Il sutïirait de i^ouloù', pour que tout homme, savant ou ignorant, puisse entrer en communication avec d’autres esprits! et nous n’en savons rieti! et l'humanité n’a jamais eu la pensée de se servir de cette faculté si précieuse et si puissante!

Il est triste de s’endormir dans de telles rêveries! Il est plus triste de voir des esprits sérieux s’en faire les défenseurs!

Nous rencontrons, enfin, les phénomènes spirites, qui nous font entrer dans les régions encore inexplorées du préternaturel. Il sutfit, selon certains physiologistes de l’école matérialiste, de recourir à l’iiypolhèse de l’inconscient et des personnalités multiples pour expliquer tous les phénomènes que nous avons la faiblesse ou l’ignorance d’attribuer aux esprits.

Je voudrais exposerclairement ces théories obscures et les réfuter.

Supposez donc qu’il y ait en nous plusieurs personnages assemblés dans le même individu; donnons à ces divers personnages les numéros d’ordre i, 2, 3 . Supposez encore que, par l’intervention d’une cause psychique

ou morale, le personnage principal et ordinaire, celui que nous avons l’habitude de voir, soit accidentellement condamné à l’inaction et plongé dans un état d'hémisomnambiilisme. Supposez, enfin, que les autres personnages 2 , 3, 4» produisent des pensées, reçoivent des impressions, font des opérations très compliquées, pendant que le personnage ordinaire et principal, le personnage i, est endormi, ou frappé d’inhibition : vous aurez la clef de tous les phénomènes merveilleux.

Le spirite est un médium, à moitié endormi, sans que vous le sachiez, un médium <|ui laisse les autres personnages 2 , 3, 4’ parler^ écrire, agir, au nom de César ou de Charlemagne et vous éblouir par des réponses de l’autre monde.

Puis, le personnage ordinaire s’éveille.

Aussitôt, tout rentre dans Tordre; les personnages secondaires, tertiaires, quaternaires, se taisent, disparaissent et ne bougent plus. Le personnage principal ignore tout et n’a conscience de rien.

Et si vous renouvelez Texpérience, si, par le magnétisme, Thypnotisme, ou par un acte volontaire, le premier personnage s’endort de nouveau, voilà que les autres personnages, 2 , 3, 4> se réveillent, apparaissent sur la scène, continuent la conversation interrompue, et jouent le rôle de ces esprits qui n’existeraient, selon ces matérialistes, que dans notre imagination effrayée, ou dans notre cerveau marqué de la tare des superstitions.

C’est bien la thèse de AIM. Charles Richet, du Prel, Hellenbach, Myers, etc.

« Sans reconnaître aucun de leurs ouvrages, écrit M. Pierre Janet, et sans songer à étudier le s|)iritisine, nous examinons, au point de vue psychologique, le somnambulisme des hystériques et les actes qu’elles accomplissent par suggestion. Cette étude nous a amené à constater des actes subconscients, des anesthésies partielles, des écritures automatiques, en un mot tous les caractères des phénomènes spiritiques. Tandis (jue ces auteurs partaient de rétude du spiritisme pour arriver à la théorie des personnalités multiples et à l’étude de l’hypnotisme, nous nous trouvions les rejoindre quoiqu’en étant parti d’un point de départ tout opposé. Cette rencontre nous porte à croire, ce qui nous paraît facile à démontrer, (jue les phénomènes observés chez les spirites sont exactement identiques à ceux du somnambulisme naturel ou artificiel et que nous avons le droit d’applicjuer littéralement à celte question nouvelle les théories et les conclusions auxquelles nous sommes parvenus dans le chapitre précédent^ »

* Pierre Janet, L'Automatisme psychologique^ p. 4t>4- — « On demeure surpris, écrit M. Delanne, de la légèreté avec laquelle cet auteur, réputé sérieux, n’hésite pas à retenir dans une même catégorie les médiums et les névropathes. » {Recherches sur les médiumnités, p. 89 )

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M. Janet ne connaît aucun des ouvrages écrits par les spirites, mais il prétend que presque toujoursles médiurnsqui font tourner et parler les tables, sont « des névropathes quand ce ne sont pas franchement des hystériques ». M. Janet a besoin de cette hypothèse gratuite pour faire ensuite un rapprochement ingénieux entre le somnambulisme et le spiritisme. Il ignore, sans doute, que celte classification est fausse, que les médiums ou les expérimentateurs ne sont pas le plus souvent « des femmes, des jeunes lilles. des enfants, des hystériques »: il oublie qu’il est très difficile de donner une définition précise de l'hystérie; il n’a donc pas vu, comme nous, des hommes qui n’avaient aucune tare neurasthénique, des lïommes sains, équilibrés, faire parler des tables et en obtenir des réponses qui dépassent la portée de rintelligence humaine.

Dans son ouvrage sur le SomnambiiUsme provoqué, p. lo, le Beaunis, d’accord avec les Liébault et Bernheim, réfute sans peine l’assertion de M. Janet : « Contrairement à l’opinion répandue, — écrit ce savant expérimentateur, — les sujets somnambules ne sont pas rares, et ici, je dois combattre un préjugé (|ui a cours, non seulement dans le public, mais encore chez beaucoup de médecins :

c’est qu’on ne peut guère provoquer le somnambulisme quecliez les hysléri(|ues. En réalité, il n’en est rien. Le somnambulisme artificiel s’obtient avec la plus grande facilité chez un grand nombre de sujets chez lesquels riiystérie ne peut être invoquée, enfants, vieillards, hommes de toute conslitulion et de tout tempérament.

« Bien souvent même, l’hystérie, le nervosisme, sont des conditions défavorables à la production du somnambulisme, [)robableinent à cause de la mobilité d’esprit qui les accompagne et qui empêche le sujet que l’ont veut endormir de fixer son attention assez fortement sur une seule idée, celle du sommeil; au contraire, les paysans, les soldats, les ouvriers à constitution athlétique, les hommes peu habitués à laisser vagabonder leur imagination, tombent souvent avec la plus grande facilité dans le somnambulisme, et cela quelquefois dès la première séance. »

Le point de départ de l’argumentation de M. Janet est donc faux, et nous ne pouvons pas dire que le plus souvent le sujet de l’expérience soit hystérique. Ce qui est vrai, c’est qu’une longue pratique de ces phénomènes troublants peut déterminer des accidents nerveux, chez les médiums de profession. Le médium n’est pas, en général, un neurasthénique, mais il peut le devenir.

Pour simplifier sa thèse arbitraire, M. Janet enferme tous les phénomènes spirites dans un cercle étroit, et la conception qu’il s’en fait

ne répond plus à la réalilé. A Tentendre, le spiritisme serait tout entier dans des phénomènes d’anesthésie partielle, d’actes subconscients d’écriture automatique. 11 choisit et il retient les phénomènes favorables à l'identité du spiritisme et du somnambulisme. 11 oublie (ju’en dehors et au-dessus des phénomènes physiques,dont il nous entretient, nous découvrons dans le spiritisme des phénomènes intellectuels et moraux (pi’il n’est [>as permis de négliger.

Citons brièvement quelques faits.

Trois personnes réunies dans un salon posent la main sur un lourd guéridon. La table oscille, frappe des coups, répond.

Le maître de maison, un homme d’une grande vigueur, très sceptique, entre. ^ Eh bien, lui dit un des expérimentateurs, la table tourne. » G. hausse dédaigneusement les épaules. c( Essayez de l’arrêter. » G. s’approche, saisit de ses mains vigoureuses le lourd guéridon, et le soulève. Mais le guéridon continue à tourner, à pirouetter pendant quelques instants. Honteux etdécouragé, G. laisse tomber la table, et s’en va.

Son lils, olïicier d’artillerie, arrive à l’instant. Même scepticisme, mêmes observations ironi(pies, même commandement. saisit la table, la soulève : elle continue à pirouetter: l’ofticier la laisse totnberet s’en va, sans souf- 11er mot.

Cela, je l’ai vu.

\ ous ne pouvez pas expliquer ce fait par

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- Qcp -

rhyslérie. Les mots ne suffisent pas, il nous faut des idées. Ni cet officier, ni son père, n’étaient hystériques. Vous ne pouvez pas invoquer l’action inconsciente et l’impulsion automatique de l’expérimentateur- L’officier et son père avaient fait, au contraire, des efforts très vigoureux pour empêcher la table d’osciller, et ils étaient profondément incrédules à ce sujet. Vous ne ferez pas intervenir une personnalité seconde et inconsciente, car c’était bien la personnalité première, consciente, parfaitement éveillée, qui cherchait vigoureusement à tenir la table en repos.

La théorie des disciples de Charcot ne nous suffit pas pour expliquer cette expérience physique. J’en pourraiscilerbeaucoupd’autres mais je ne veux pas m’arrê ter aux phénomènes matériels. Il en est d’un ordre plus élevé qui appellent notre attention.

Ces exemples d'un ordre plus élevé sont très nombreux. Nous en avons recueilli un grand nombre dans cette Revue. On en trouvera de très remarquables dans les Proceedings de la Société des recherches psychiques, de Londres, dans VInconnu, de Flammarion, dans l’ouvrage sévèrement documenté de M. Piper, et dans les revues spéciales consacrées à l’étude du spiritisme contemporain.

On a vu des spirites écrire et parler des langues étrangères qu’ils n’avaient jamais ap- [irises, révéler des faits inconnus d’eux-mêmes et de tous les témoins de ces expériences, annoncer des événements tragiques et pro-

cliains qu’il n’était pas possible de prévoir» assister par la pensée, dans le mystère d’une inspiration indéfinissable ou d’une vision terriliante, à une mort violente qui avait lien, au inèmeinslant, à une grande distance. Voilà une catégorie nouvelle de faits étranges de clairvoyance et de lucidité, inexpliqués, parfaitement constatés, et que l’iiypothèse gratuite, romanesque, de l’inconscient n’expli quera jamais. Et ces faits m’intéressent autrement que les phénomènes d’écriture automatique et mécanique et les explications byzantines des matérialistes qui se croient savants parce qu’ils sont obscurs.

Il y a autre chose qu’un mouvement mécanique dans l’écriture du médium, il y a le côté intellectuel, suprasensible que nous n’avons pas le droit de négliger. Ainsi, j’évoque en présence d’un médium, et successivement, trois de mes parents qui sont morts depuis longtemps. Je pose des questions. Le médium écrit. Il n’a jamais connu les personnages évoqués. Je regarde ces réponses écrites, et je constate : i» qu’elles reproduisent exactement les écritures diverses de mes trois amis; 2 ° qu’elles font connaître des faits intimes, inconnus du médium et des autres témoins; 3° qu’elles dénotent quelquefois la claire vue des événements éloignés ou des événements qui vont se produire, etc. Voilà les fails autrement importants que le mouvement automatique de la main, qui me font croire à l’intervention des esprits.

Nous ne sommesni un composé de plusieurs personnages, ni, comme le prétend M. Janet, un agrégat de plusieurs âmes qui se serviraient ou successivement ou simultanément de notre corps. Ces romans pseiido-scientitiques ne nous donnent pas l’explication de ces phénomènes encore mystérieux de télépathie, de lucidité, de clairvoyance, de connaissances instantanées que l’observation impartiale constate et qui ne relèvent en aucune manière de la physiologie.

Presque tous les phénomènes d’ordre inférieur qui semblent être l’objet exclusif des recherchesdes psycho-physiologistes de l’école matérialiste s’expliquent par les troubles de la mémoire, par la suggestion e\ par Vunion de Vâme et du corps. L’homme n’est ni ange, ni bête, a dit Pascal. Il est composé d’un corps et d’une âme, dans l’unité de personne, et toute modification profonde de son organisme par le magnétisme, l’hypnotisme, ou par des substances telles que l’alcool, l’opium, le haschisch, etc., détraque notre pauvre machine. bouleverse le cerveau, retentit autour de l’âme et fait produire au composé humain des actes singuliers qu’il n’est pas permis d’attribuer à des personnages de fantaisie greffés sur un personnage réel.

Quant aux phénomènes spirites que des hommes de valeur et de bonne foi ont constatés dans des expériences répétées et concluantes, ils prouvent manifestement l’existence d’un autre monde et d’une autre causalité

que la nôtre. Il est plus facile de le constater que de justifier l’hypothèse gratuite d'un inconscient responsable, actif, intelligent, qui se cacherait en chacun de nous.

Sous le monde invisible qui nous domine et nous enveloppe, s’agite le monde visible dont nous faisons partie. Si violent que puissent être les efforts du matérialisme, ilsn*empècheront pas l’àme humaine de croire à la réalité de ce monde invisible, et d’attendre avec confiance le renouvellement de la vie après la mort.

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