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CHAPITRE IV

LES STIGMATISATIONS ET l’aSTRAL

« Nous considérons que, dans ces divers états psychiques, il y a une cause naturelle, que tous les individus ne sont pas propres à subir ces états psychiques, mais ceux-là seulement qui y sont prédisposés par la nature de leur type; que les femmes en raison de leur nature essentiellement impressionnable ysoiil beaucoup plus prédisposées et entraînées (jue les hommes.

« Nouspensons,en outre,quedanslastiginatisation la cause n’agit pas directement sur le corps matériel qui reçoit l’impression des stigmates par l’intermédiaire du corps intérieur, seul affecté directement par la cause. C’est donc le corps intérieur qui reçoit les manifestationspsychiques et qui en transmet l’impression au corps matériel; et les stigmates de certains mystiques qui exilaient des parfums proviennent du corps intérieur d’essence incorruptible, et un peu du corps matériel.

« Les individus qui ont pour principe de

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leur type la lune unie au soleil, dans les conditions bénéfiques requises, sont prédisposés à subir un mysticisme transcendant et sont susceptibles d’extases extraordinaires, de sublimes ravissements, où le corps intérieur, se dégageant des entraves du corps matériel, élève le mystique au-dessus des clïoses de la terre.

« D’ailleurs le corpsmatériel cache le corps intérieur dont il n’est que la pâle et grossière image. Ainsi, il peut arriver que certains mysticiues soient transfigurés dans leurs ravissements, quand le corps intérieur s’extériorisant enveloppe le corps matériel; alors, ils apparaissent entourés d’une lumière éclatante avec un visage d’une étonnante beauté ^ »

D’après Ledos, le soleil, la lune et Vénus ont la faculté de provoquer et de faciliter l’extériorisation du corps intérieur.

Trois causes peuvent concourir, selon M, Ledos, à produire la stigmatisation.

<( Nous considérons, dit-il, que la stigmatisation est le fait de trois causes distinctes par leur origine el par leur action ; qu’elle s’opère diversement et différemment suivant lanaturc de la cause (pii agit. Ces causes sont : la cause divine, lacausespirituelle,lacause humaine.»

L’auteur semble attacher unegrande importance à l’existence de ce corps intérieur, intermédiaire entre r^me et le corps, il lui altribue une aclion profonde dans le phéno-

' Eugène Ledos, Les Types physionomiquesy p. 88 et seq.

moue de la stigmatisation à ions les degrés.

«Dans la cause divine, écril M. Ledos, Ip mystique, entièrement détaclié des liens terrestres j)ar la seule comtemplatioii des choses divines, vivement attiré vers Dieu au(iuel il s’unit en esprit, éprouve dans son extase un ravissement sublimcd’amour divin, où le corps intérieur, se dégageant de ses entraves, se transporte au-dessus des cienxet reçoit de la cause divine le stigmate divin qu’il imprime ensuite sur le corps matériel.

Assurément la stigmatisation par raction divineet très rare. Cette faveur n’est accordée qu’à certainsetres privilégiés,qui, entièreinent dégagés despassionsetdes servitudes du corps matériel, sont morts au monde, à la chair, à tous les sens, à tout Thomme-animal et ne vivent que de leur corps intérieur. »

Quand il plaît à Dieu d’accorder à un de ses serviteurs, par une faveur surnaturelle, les stigmates sanglants de sa Passion, il opère un grand miracle. Attribuer une inlluence ou une etficacité quelconque au soleil, à la lune, à Vénus, à des intluences astrales, c’est oublier le caractère surnaturel et gratuit de la stigmatisation divine, c’est en méconnaîire la nature et l’origine, c’est le confondre avec les phénomènes de l’ordre physique, de l’ordre des faits matériels, soumis en quehjue manière à l’intluence incertaine des astres du firmament.

Quel que soit le principe du type du stigmatisé, que ce soit le soleil, la iune, Mars ou

Vénus, peu importe, Dieu agit, indépendamment de ces causes problématicjues, et indépendamment de laconstitution physiologique du sujet stigmatisé. Dieu est au-dessus des lois de la nature, et cette nature lui obéit. Quand il daigne imprimer ses stigmates à la surface et dans les profondeurs du corps de saint Paul, ou de saint François d'Assise, il n’écoute (jue son amour, sa sagesse, sa providence, et il opère le miracle par lequel il soumet toute créature à sa volonté.

Que Ta me du stigmatisé subisse une préparation morale par laquelle elle détourne son regard des choses de ce monde pour mieux voir et aimer d"un plus grand amour la cause première: qu’elle s’habitue à Taustère contemplation des soulfrances duCruciüé; que le souvenir pénétrant de cette contemplation la purifie, l’élève, la rapproche de Dieu, tout cela nous parait incontestable, mais celte préparation morale ne ressemble en aucune manière à une prédisposition physique qui serait la résultante d‘une inlluence sidérale, du soleil, de la lune ou de Vénus.

On nous dit que le corps intérieur duserviteur de Dieu sort de son corps, ou de son enveloppe matérielle, et qu’il s’en va, au delà descieux, jusqu’à Dieu qui grave en ce corps ses stigmates divins, et (jue ce corps, rentrant dans sa demeure, imprime, à son tour, les stigmates dans le corps matériel, et les rend visibles à tous les regards.

Sur quoi reposent ces hypothèses? Que

valent-elles? Je ne vois aucune raison théolo- ^ique, philosophique, scientifique de croire que nous ayons un corps intérieur, intermédiaire entre Tàme et le corps matériel. La théologie nous enseigne qu’un tel intermédiaire n’existe pas. La philosophie nous apprend que l’àme est la forme directe, immédiate du corps. L’expérience nous permet de constater que nous avons conscience de l’existence denotreàme spiriluelleet de notre corps matériel, tandisque nous n’avons jamais eu conscience de l’existence d’un corps intérieur. Est-il spirituel, et se confond-il avec notre àme? Est-il matériel et faut-il le confondre avec le corps que nous voyons? Par quels procédés a-t-on constaté et démontré sa réalité? Nous sommes donc en présence d’une simple alTirmation que rien ne justifie.

Quand on nous dit que ce corps intérieur sort de nous, et va trouver Dieu qui creuse dans ses membres les stigmates de la Passion du Sauveur, on affirme encore, mais on ne prouve rien. Si le pliénomène divin se produisait ainsi, les stigmatisés le sauraient bien, et il serait sage d’invoquer leur témoignage. Or, jamais, aucun serviteur de Dieu, stigmatisé, n’a vu ou senti un corps intérieur se détacher de lui, errer un instant dans l’espace et réintégrer son domicile avec les blessures sacrées.

Et si le témoignage indispensable du principal intéressé nous fait défaut, sur quel fait, sur quel témoignage s’appuie-t-on pour inter-

préterde celle manière ce phénomène divin?

Assurément, si le phénomène se produisait comme on a essayé de le décrire, les stigmatisés le sauraient bien, et ils nous le diraient. Ôr, ils ne Tonl jamais dit, et ils n’ont Jamais soupçonné l’existence d’un corps intérieur.

Aussi bien, si l’erreur que nous réfutons était fondée en raison, il faudrait dire que les serviteurs de Dieu ont été deux fois stigmatisés; d’abord, directement, par Dieu, dans le corps intérieur, puis, indirectement, par le corps intérieur, dans le corps physique, extérieur, puis(|ue, par hypothèse, ce serait le corps intérieur qui communiquerait les plaies sacrées au corps extérieur.

Mais les stigmatisés n’ontjamais senti cette répercussion de l’intérieur sur l’extérieur, d'un corps invisible sur le corps visible. Le coup sanglant ne venait pas du dedans au dehors, il venait toujours, nous le voyons invariablement dansla vie dequelques saints, dudehors au dedans. Ils sentaient une cause externe, un ange, un rayon, un dard, traverser directement et violemment leurs pieds, leurs mains, leur côté et les blesser Jusqu’au sang. Pour(|uoi donc nous parler d’un corps intérieur dont la réalité n’a Jamais été constatée, et qui n’existe pas?

Puisque ce corps intérieur n’existe pas il n’est pas possible (pie « certains êtres privilégiés, entièrement dégagés des passions, ne vivent que de leur corps intérieur ».

Le démon qui est le faussaire deDieurepro-

duit quelquefois le simulacre des stigmates dans certaines créatures qu’une horrible promiscuité a placées sous sa domination. Ne disonspas» avecM. Ledos, la cause spirituelle, cette expression est trop vague et peu courageuse, disons le démon.

« Dans la cause spirituelle, écrit M. Ledos, la stigmatisation est le fait d’agents occultes qui, opérant par des moyens qui lui sont propres, entre en communication directe avec le mystique, stimulent son ardeur et ses extases, lui donnent des joies ineffables, l’attirent, et, dans un ravissement extatique, impriment sur son corps intérieur le stigmate sacré, qui est ensuite transmis sur le corps matériel. C’est dans la cause spirituelle que s’accomplit cet étrange mariage mystique entre l’agent occulte et le mystique. »

L’histoire de la mystique nous apprend, eu effet, que l’homme dégradé, livré à ses passions, aveuglé parla concupiscence et par l’orgueil, devientquelquefoisunêtreinfernal. lise livre au démon, il se faitson esclave, il devient son instrument, ils produisent ensemble, dans l’horreur d’un rituel qui épouvante, des sacrilèges qui rappellent la haine satanique de Dieu, et desactesinfàmes,oùs’entremèlent le grotesque, le hideux, et les affreuses turpitudes de la bestialité. Pourquoi insisterionsnous sur cette objection?

C’estainsi qu’on a vu descréatures, esclaves cachées des passions les plus honteuses, garder toutes ïes apparences de la vertu, tromper

les fidèles, les prêtres, les évêques, par des prestiges éclatants, pour jouir, pendant des années, de Testime, du respect, de Tadiniration pieuse de la foule, guérir des malades, simuler des extasesetdes ravissements divins, et porter à leursmainset à leurs pieds l’image des plaies sacrées.

Mystère d’iniquité. C’est le démon qui reproduit lui-meme dans la créature qui lui appartient ces simulacres divins pour llatter l’orgueil de sa victime et ébranler la foi de ceux qui sont témoins de ces prodiges inattendus.

La cause humaine ou naturelle de la stigmatisation se trouve tantôt dans le tempérament du sujet, de son organisme, desesnerfs, de son cerveau, tantôtdansl’état de son âme; elle n’est plus préternaturelle, comme dans les cas que nous venons d’analyser, elle est l’œuvre extraordinaire, anormale, d’une cause qui ne dépasse pas les forces de la nature et ses lois.

« Dans ce genre de stigmatisation, écrit M. Ledos, qui s’opère au moyen de la vertu imaginative et par l’action du corps intérieur, il est nécessaire que le sujet ait par son type, un levain caché dans son corps matériel qui le prédispose à recevoir l’impression du stigmate et aux afléctions de la peau. »

« Mais, il y a des cas où la stigmatisation est le fait de Tàme, laquelle opérant par sa propre vertu, imprime sur le corps intérieur le stigmate qui était en puissance en elle, et

dont le corps intérieur transmet l’impression au corps matériel. »

Dans celte hypothèse, Tàme reproduit dans son imagination avec une intensité puissante l’image de la scène douloureuse qu’elle a contemplée dans ses longues méditations, et cette image s’imprime sur le corps matériel.

L’observation des phénomènes nerveux vasomoteurs explique cette apparition des blessures, etnousdispensede recourir à l’inlluence typique de Saturne, de la terre, de Mars, ou à la répercussion du corps intérieur...

Cette puissance de l’imagination est-elle illimitée? Non. L’esprit de système aveugle quchjuefois les meilleurs esprits.

(( Dans ces conditions, écrit M. Ledos, la vertu imaginative acquiert par l’action de Tàme une force si grande qu’elle peut se manifester où elle veut, sans qu’aucun obstacle puisse l’en empêcher. J>èslors, le stigmatisé, libre et dégagé des entraves des sens, a dans ses extases Tàme remplie d’unesi grande lumière qu’elle rejaillit sur le corps matériel et le transfigure; dans cet état il arrive parfois que le corps matériel étant affranchi des lois de la nature et subissant Timpulsion irrésistible du corps intérieur s’élève en l’air et est même transporté dans l’espace*. »

11 est évident que l’auteur confond ici la stigmatisation naturelle avec la stigmatisation préternaturelle divine. On n’a jamais observé

* Loc. cii»y p. 89.

dans la stigmalisation naturelle ce rayonnement lumineux autour du corps, cet affranchissement de l’organisme à l’égard des lois ordinaires de la nature, cette élévation dans tes airs, ce déplacement du corps à travers l’espace et à des distances illimitées.

Ces grands phénomènes appartiennent à la mysti(jue divine, ils apparaissent dans la vie de quelques saints privilégiés, ils révèlent la présence, la miséricorde el la puissance de Dieu. Ce n’est pas le corps intérieur, c’est Dieu qui, parun actede sa volontésouveraine, enlève le saint, le soustrait aux dures conditions des lois ordinaires de la nature, l’enveloppe de lumière et de flammes, le fait planer dans les airs, et découvre devant lui des horizons qui nous sont encore inconnus.

La vertu naturelle et imaginative de l’homme, si développée que nous voulions la supposer, n’atteint pas une prodigieuse puissance et ne peut pas soustraire l’homme aux conditionsordinaires etgénérales delà nature. Cela n appartient qu’à Dieu.

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