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CHAPITRE V

LES LIMITES DE l’iMAGINATION DANS l’oRDRE MATÉRIEL

Si puissante qu’elle soit, l’imagination rencontre des limites qu’elle ne peut pas franchir ; le cercle de son action est restreint. Elle reçoit les matériaux qui lui arrivent par le canal des sens, par la vue, l’ouïe, l’odorat, le tact; elle s’en empare, les conserve, les rapproche et les combine selon des lois d'association qui ne sont encore connues que d’une manière bien imparfaite ; elle en fabrique des scènes, des tableaux, Iristes ou joyeux, ordonnés ou confus qui ont pour point de départ un objet que nous avons vu et qui se confond avec le souvenir, mais elle n’a pas la puissance de créer ces matériaux, elle n’existe pas en dehors de la perception sensible qui nous tient en communication avec le monde extérieur, ni en dehors du souvenir qui conserve en nous et perpétue

d’une manière mystérieuse l’image idéale et réelle, le fantôme des objets que nous avons vus.

Si elle est douée d’une grande puissance sur nos organes, cette puissance n’est pas illimitée, le champ plus vaste du surnaturel, des guérirons miraculeuses instantanées ne lui appartient pas, elle n’en franchit pas les frontières, et nous ne sommes pas condamnés à ne pouvoir plus distinguer le phénomène extraordinaire qui est l’etfet d’une imagination exaltée et le miracle qui est l’œuvre ,dj^ Dieu.

En dehors des rationalistes (jui exagèrent à dessein la puissance de l’imagination pour écarter l’idée du surnaturel, nous rencontrons des écrivains catholiques qui se laissent aller à un sentiment d’effroi, cjuand ils constatent avec nous riniluencedu moral surle physique, de la suggestion et de l’auto-suggestion dans certaines maladies et dans quelques guérisons retentissantes, ils craignent qu’on n’arrive ainsi par des conquêtes successives et par de savantes éliminations à exclure Dieu de cet univers.

« Les limites de la puissance de l’àme humaine, écrit un philosophe chrétien, nous ne les connaissons pas. Tous ses actes physiologiques s'accomplissent dans les profondeurs de l’inconscient. Savons-nous comment nous assimilons, comment nos cellules croissent et se développent, s’atrophient et meurent, comment elles se remplacent; comment elles réalisent et maintiennent le plan mor-

T, II

phologiqiie suivant lequel se perpétuent les formes corporelles? quelles forces président à la circulation du san^, à Tinnervation ? de quelle manière s’accomplissent nos mouvements les plus simples? Y a-t-il rien de [)lus merveilleux que les procédés si ingénieusement adaptes à cha(jue cas particulier, par lequel l’organisme répare ses blessures accidentelles ou entre en lutte contre les infiniment petits qui cherchent à l’envahir ? Cela ne se fait pas mécaniquement, mais intelligemment.

n Cette force intelligente quelle est-elle et qu’est-ce que la vie? Le plus ignorant des hommes met en mouvement toutes ses puissances sans savoir ce qu’il fait et comment il le fait.

<( L’àme d’un infirme ou d’un malade que la raison n’éclaire plus, préside à toutes ses fonctions aussi correctement que l’àme du plus savant physiologiste. »

Faut-il conclure de cette action de l’àme et de l’imagination dans les profondeurs de notre organisme que nous ne connaissons pas les forces de la nature et que nous ne saurons jamais si tel fait, telle guérison, telle perturbation organicpie est l’œuvre de la nature ou l’œuvre de Dieu? Non.

Assurément nous ne connaissons pas toutes les forces de la nature, mais nous savons qu’il

y a des phénomènes physicjues (jue la nature ne produit pas et (ju’elle ne peut pas produire. Cela suffit.

J’examine, en ce moment, l’influence physique de l’imagination et de l’àme sur le corps humain, je constate que cette action s’exerce en conformité avec les lois de la nature, et pour permettre à l’homme d’atteindre sa fin naturelle. Ainsi nous avons un appareil optique qui nous permet de voir les corps, les couleurs. Nous avons un appareil auditif qui nous permet d’entendre les sons; nous avons aussi les appareils de la sensibilité, du mouvement, de la circulation du sang, de l’innervation, etc. A l’état normal, et dans les conditions ordinaires l’àme entretient le fonctionnement de ces appareils, et elle nous permet de vivre jusqu’au jour où nos organes fatigués, usés, incapables de se renouveler, ne peuvent plus obéir au commandement de l’ame, à l’idée directrice de la vie.

Cette action intelligente et vitale de l’àme ne m’étonne pas, elle est conforme aux lois de la nature; je dois voir par les yeux, entendre par les oreilles, sentir par l’odorat. En conservant la vie de ces organes et de ces appareils, l’àme remplit les fonctions qui font partie de ma nature, elle atteint la fin temporelle pour laquelle je suis fait.

C’est un champ très vaste ouvert à l’activité de l’àme et aux impulsions de l’imagination.

J’attribuerai donc à l’amc, sans hésitation, tous les phénomènes réguliers conscients ou inconscients, qui constituent la vie ordinaire de mon corps.

Mais je n’aurai jamais la pensée d'attribuer à l’imagination ou à la suggestion la résurrection d’un mort, la création d’une substance, la guérison d’un aveugle-né, la restauration instantanée d’un membre ou d’un organe, la guérison instantanée d’un tuberculeux ou d’un cancéreux.

Je ne connais pas, j’en conviens, toutes les lois de la nature, mais j’en connais un certain nombre qui sont inviolables pour les forces créées, et si ces lois sont violées, j’affirme l’intervention d’une cause supérieure aux causes créées.

Le mort ne voit pas, ne sent pas, n’entend pas; il ne reçoit pas de suggestion, il n’obéit plus à l’imagination. Si je vois ce cadavre infect se lever, comme Lazare, au commandement de Jésus-Christ, et vivre avec nous, il faut bien se rendre à l'évidence et s’incliner devant le surnaturel. Je n’ai pas besoin de connaître tous les secrets de la physiologie pour me prononcer sur ce cas particulier.

Voici un aveugle de naissance, il est privé de l’organe de la vue. Instantanément, au commandement du Sauveur, l’organe se forme, vit, et l’aveugle voit. Croyez-vous que j’ai besoin de connaître toutes les lois de l’optique pour constater cette guérison, pour y reconnaître une intervention qui dépasse

les forces de la nature et toute la puissance de riinagination?

« 11 est diiïicile, écrit un savant catholique allemand, de [)réciser jusqu’où va la puissance de l’imagination sur le corps, mais nous pouvons affirmer liardiment qu’elle ne peut en aucun cas rendre la vue aux aveugles, ni l’ouïe aux sourds. Nous ignorons à quel degré de perfection l’industrie pourra amener les moyens de se mouvoir sur la terre, sur l’eau, ou dans les airs, cependant, nous savons pertinemment que personne ne peut marcher sur les eaux, apaiser d’un mot la tempête, entrer dans un appartement les portes fermées, s’élever au ciel.

« Nous ne savons pas combien de temps quelqu’un peut rester dans une mort apparente, mais nous sommes assurés que le mort ne revient pas à la vie par des moyens naturels.

« Si nous n’étions pas certains de ces faits, tout droit, toute propriété, toute famille seraient impossibles. Quelqu’un qui aurait le secret de ces prétendues forces naturelles supérieures serait le maître du sort de tous les autres hommes.

« Accepter ces faits extraordinaires tels qu’ils se sont passés, les reconnaître pour historiques, mais les attribuer à une connaissance exceptionnelle des forces secrètes de la nature, c’est supposer un miracle non moins grand que ceux (ju’il s’agit d’expliquer.

« 11 restera toujours à dire comment une

science si singulière, si unique en son genre, s*est rencontrée une fois dans le monde pour n*y plus reparaître^

Nous voilà donc en possession de quelques principes qui doivent nous guider dans l’étude de cette question et qui nous permettent de nous acheminer vers la vérité.

Je n’ai pas besoin de connaître toutes les forces et toutes les lois de la nature pour constater la réalité d’un miracle ou l’Impuissance de l’imagination, il me suffit de connaître clairement et avec certitude certaines forces et certaines lois que tout le monde connaît, d’ailleurs, comme moi, et de constater que le miracle est l’œuvre d’une cause supérieure à ces forces et à ces lois.

L’ordre physique moral et social est fondé sur l’existence de ces lois que tout le monde connaît d’une manière instinctive, ou d’une manière scientifique; si ces lois n’existaient pas, l’esprit humain seraitcondamné au scepticisme et l’univers à l’anarchie. L’imagination, comme toutes nos facultés, comme toutes les forces de la nature, a des limites qu’elle ne peut pas franchir, et des lois qu’elle doit respecter.

Quand je veux constater qu’un phénomène est miraculeux, qu'il n’est pas l’œuvre de l’imagination, qu’il faut l’attribuer à une cause supérieure aux causes naturelles, à des lois supérieures aux lois ordinaires et natu-

* Franz Hettinger, Apologie du Christianisme,

relies, l’expérience particulière etgénérale me sufiit dans bien des cas. Je n’ai pas besoin d’a[)protbndir les sciences pour savoir que, si d'un coup d’é|)ée je délache l’oreille d’un lioinme, il ne me sulfira pas de prendre cette oreille, de l’approcher de la tète pour lui rendre sa place, sa solidité et sa fonction.

Il ne faut donc [)as vous effrayer d’une objection devenue banale et (|ui s’évanouit quand on la regarde avec attention. Tous les progrès des sciences, si rapides et si vastes qu’on les su[)pose, ne nous empêcheront pas de reconnailre ([u’il existe une cause supérieure aux causes ordinaires, connues de la nature, et (pie cette cause supérieure produit des effets supérieurs aux effets ordinaires, connus de Tunivers.

C’est bien dans l’hypnotisme que la puissance de l’imagination apparait dans toute son étendue. J’estime, cependant, qu’il faudrait exercer un contrôle sévère avant de se prononcer sur la réalité des guérisons extraordinaires et des prodiges (|ue l’on attribue à la parole de l’hypnotiseur sur l’hypnotisé.

Cette réserve faite, je reconnais, et j’en ai fait souvent l’expérience, (|ue l’hypnotiseur exerce une action considérable, profonde sur rimagination de Thypnotisé, que celle-ci surexcitée par la suggestion agit sur nos organes, et détermine, ensuite, des modifications utiles ou nuisibles dans tout notre corps. C’est un fait certain.

Je dirai même que c’est dans l’état hypno-

tique que Ton obtient le maximum d’influence de l’imagination sur le corps humain. Il serait facile de justifier cette proposition.

Or, des expériences très sérieuses nous ont permis de démontrer que, dans f état hypnotique, sous l’influence profonde de la suggestion, l’imagination se heurte à des limites qu’elle ne peut pas franchir ; c’est là que commence le préternaturel. Laissons à la suggestion les phénomènes classiques d’anesthésie, de contracture, de paralysie, et les crises nerveuses de la grande hystérie.

Un ancien chef de clinique de M. Charcot, le Babinski, s’exprime ainsi :

« Tous les grands accidents hystériques, toutes les variétés de paralysies, de contractures, d’anestliésies, toutes formes d’attaques peuvent être reproduits par suggestion chez certains sujets, en particulier chez les grands hypnotiques; cette reproduction est rigoureusement exacte et il est impossible de distinguer les troubles hystériques de ceux qui sont créés par la suggestion expérimentale, ce qui conduit à admettre qu’ils résultent d’une autosuggestion. Au contraire, aucune des affections actuellement bien classées hors du cadre de l’hystérie ne peut être reproduite par suggestion ^ ; il est tout au plus possible d’en obtenir par ce moyen une imitation très imparfaite, qu’il est facile de distinguer de

‘ J’ai déjà développé celte idée dans mon travail sur la migraine ophtalmique hystérique, paru en 1891 dans les Archives de Neurologie

l’original. Que l’on essaie par exemple de reproduire chez un grand hypnotique l’hémiplégie faciale périphérique, la paralysie radiale vulgaire, le sujet en expérience, quelle que soit sa suggestibilité et quelle que soit la patience de l’expérimentateur, ne parviendra jamais au but qu’on se propose de lui faire atteindre ; il ne sera pas en son pouvoir de réaliser l’hypotonicité musculaire d’où dérive la déformation caractéristique de la face dans la paralysie du nerf facial; il sera incapable aussi le dissocier dans le mouvement de flexion de l’avant-bras sur le bras l’action du long supinateur de celle du biceps, comme le fait la paralysie radiale.

De même que tous les grands accidents hystériques peuvent être produits par suggestion, ils sont tous susceptibles de disparaître sous l’influence excluswe de la persuasion ; il n’y a pas un seul de ces accidents qu’on n’ait vu parfois s’éclipser en (juelques instants après la mise en œuvre d’un moyen propre à insi)irer au malade l’espoir de la guérison*. Aucune affection ne se comporte de cette manière et, si l’on n’a pas l’expérience de ce mode de traitement, ou est même surpris des échecs que l’on essuie quand on cherche à guérir par persuasion certains malades sur lesquels ce moyen semble a priori

* Voir : Hypnotisme et Hystérie, Du rôle de fhypnotisme en thérapeutique. Leçon faite à la Salpêtrière, par J. Baiunski, et publiée en 1891 dans la Gazette hebdomadaire.

devoir agir efficacement. Voici, par exemple, un sujet atteint de la maladie du doute bien caractérisée et tourmenté par des phobies diverses ; c’estdu reste un homme intelligent, n’ayant aucune idée délirante, se rendant parfaitement compte de l’absurdité des pensées qui l’obsèdent, sachant bien que ses craintes ne se réaliseront pas et animé d’un ardent désir de se débarrasser d’un trouble qui rend sa vie intolérable ; admettons de plus que ce malade soit hypnotisable. Il semble vraiment (ju’un cas de ce genre réunisse les meilleures conditions pour guérir sous l’inlluence de la persuasion. Or l’observation vient donner un démenti à ses vues préconçues ; la persuasion pourra procurer à ce malade un peu de calme, mais elle est incapable de le guérir. U n’y a pas une seule alfection nerveuse bien délinie et située hors des limites de l’hystérie (|ue la psychothérapie seule soit en mesure de faire disparaître ; si son intervention est utile, ce que je reconnais volontiers, elle n’est pas suffisante ; ce qui le prouve bien, c’est que Jamais, dans les cas de cet ordre, la persuasion n’est suivie d’une guérison immédiate. On a affaire, par exemple, à un neurasthénique, (jui, alarmé de son affaiblissement cérébral, est tourmenté par de sombres pensées, des idées hypocondriaques qu’il ne peut pas chasser: il se voit menacé de folie et cette obsession, qui constitue un véritable travail de l’esprit, aggrave les phénomènes neurasthéniques. Si l’on arrive à persuader au ma

lade que ses craintes ne sont pas tbndées et qu’il doit nécessairement guérir, on procure à son esprit le repos qui lui est indispensable et l’on accélère ainsi le retour à l’état normal. En réalité, la psychothérapie a rendu service, elle a eu pour résultat d’empêcher la neurasthénie de s’accentuer, mais elle n’a pas été le seul agent de guérison qui a nécessité l'adjonction d’autres moyens, en particulier d’un repos cérébral plus ou moins prolongé ^ »

Tantôt le phénomène miraculeux r(ui frappe notre attention se produit avec un tel éclat qu’il est impossible de ne pas reconnaître que nous sommes en présence d’un phénomène surnaturel et (jue Dieu nous donne un témoignage de sa miséricorde et de sa puissance : l’intervention de la Cause supérieure est évidente, elle délie la contradiction. Tels sont les miracles évangéliques (jui servent de fondement à la religion révélée.

D’autres fois, nous nous trouvons en présence d’un phénomène extraordinaire dont l’origine est douteuse. Est-il l’œuvre de Dieu, est-il l’œuvre d’une cause encore inconnue de la nature? 11 est difficile de se prononcer. La guérison de telmaladeestpeut-être l’œuvre de

* Séances de la Société de neurologie de Paris (7 novembre 1901).

Dieu, elle est aussi, peut-être, Tœuvre de la nature, delà suggestion, de l’imagination. Le théologien et le physiologiste observent cette guérison, ils tentent d’en préciser la nature, l’évolution, les conséquences, et, malgré leurs efforts, le cas reste douteux, et d’une probabilité difficile à déterminer.

Dans le doute, l’Eglise ne se prononce pas; ses théologiens et ses examinateurs s’abstiennent de se prononcer; ils ajournent ou réservent leur décision. C’est ainsi qu’ils procèdent dans les procès de canonisation des saints.

Imitons leur sagesse et rappelons-nous ce sage conseil de la théologie et de la science :

« Dans le doute si un phénomène doit être considéré comme magique, le préjugé doit toujours être en faveur de l’explication naturelle, et il faut tenir un fait pour naturel tant que le contraire n’est pas démontré. Agir autrement, c’est ouvrir la porte à toutes les extravagances des procès de sorcellerie, etsuivre une opinion qui devient coupable, parce ((u’en beaucoup de circonstances, elle peut nuire à la considération du prochain et à la gloire de Dieu L »

Il est enfin des cas où le phénomène physique que l’on est tenté de considérer comme miraculeux, est, cependant, et manifestement pour un homme de science, l’œuvre des forces de la nature. Notre surprise révèle notre

' Fekrahis, Prompta Biblioi.y — Superstitio,n°

— Dictionnaire encyclopédique de la théologiel. XIX, p. 102.

ignorance; les esprits faibles cèdent facilement à la tentation de voir le miracle ou il n’est pas, et de faire intervenir des causes occultes pour expliquer des phénomènes qu’ils ne comprennent pas. 11 ne faut sacrifier ni la foi ni la science; il est sage de se défier des esprits faibles et des esprits forts.

En dehors des phénomènes physiques qui sont manifestement ou préternaturels ou naturels, il s’en trouve d’autres dont l’observation et le discernement exigent une grande sagacité et des règles de conduite fondées sur une longue expérience. Nous trouvons ces règles ou critères dans le savant ouvrage de Benoît XIV sur la canonisation des saints.

Ils sont la lumière des congrégations romaines, et ils témoignent de la perspicacité, de la sagesse et de l’étendue d’esprit du pape célèbre qui les a déterminés.

Tout d'abord. Benoit XIV conseille aux théologiens de ne pas attacher une grande importance à certaines paralysies et maladies du système nerveux dont la guérison peut être l’effet 4le l’imagination, de la nature ou de l’art médical ; il rappelle de nombreux cas de paralysie (ju’une violente émotion a guéris ; il signale les surprises de l’hystérie et les pièges des femmes nerveuses ; il indicjue enfin les limites que rimagination ne peut franchir.

Il éclaire ces vastes et ténébreuses questions.

Voici les guérisons que vous ne devez pas ' attribuer à rimaginalion, et qui réclament, selon Benoît XIV, une explication préternaturelle :

Quand les infirmités dont on constate la guérison sont considérables, dangereuses, invétérées, qu’elles résistent ordinairement à l’action des médicaments, qu’elles sont ou incurables, ou ditficiles à guérir. Quand la maladie disparaît, avant la période de déclin et qu’il n'est pas permis d’en espérer la guérison à brève échéance. Quand la maladie n’a pas été soumise à des remèdes et à un traitement qui justifierait peut-être la guérison. Quand la convalescence, au lieu d’ctre lente, évolutive, subordonnée «à faction du temps, comme ou le voit généralement dans les opérations de la nature, est, au contraire, parfaite, rapide, inslantanée. Quand cette guérison instantanée ne se produit pas à la suite d’une crise naturelle, hémorragie, évacuation, attaque de nerfs, et qu’elle n’est jamais suivie de rechute et de récidive.

Ailleurs, ce grand pape, cité par le I)*^ llélot, déclare (jii’on ne doit pas ranger parmi les miracles, les faits dont la cause est ignorée, sHljy a la moindre raison de supposer qiiils pourraient être l'effet de rimagination, Même lorsque les humeurs, le sang, les tissus, les os sont atteints ou altérés, il admet que l’imagination peut agir, mais lentement, superficiellement et passagèrement, et

il recommande de ne pas précipiler son jugement.

Celte observation du P. de Bonniot, dans son livre sur le miracle et les sciences rnédicales, p. 88, nous permet de reconnaître les limites de l’imagination dans son action curative sur le corps humain.

Toutes les merveilles opérées par l’imagination au moyen des nerfs, ont une limite, et cette limite n’est pas loin, c’est d’abord la loi même de la formation des tissus organiques. Pour se former et pour se réparer, ce qui est la même chose, les tissus organiques exigent deux facteurs indispensables, à savoir une matière susceptible d’organisation et un certain laps de tamps. Le tisseur est un ouvrier mystérieux dont les nerfs semblent constituer l’outillage principal, mais il ne travaille pas à vide, il lui faut une matière première. Cette matière première, il ne la crée pas, elle lui vient du dehors, par l’alimentation.

Gardons-nous donc d’attribuer à l’action nerveuse seule la restauration de n’importe quel tissu de l’organisme. Le plus souvent, cette restauration est impossible aux forces ordinaires de la vie. La désorganisation de certaines parties qui président à la régénération des tissus est la cause ordinaire de cette impuissance. Dans ces conditions la guérison est toujours miraculeuse.

Mais l’élément de la régénération fùt-il conservé, nous devons encore reconnaître

iBrtiïiinîm

l’intervention d’une cause supérieure à la nature, si la guérison est instantanée. En effet, les tissus se reforment comme ils se soni formés, au moyen des cellules engendrées sur place. Or, pour cette opération, il faut deux choses (|ui demandent du temps l’une et l’autre, il faut d’abord que le courant san guiu apporte les matériaux nécessaires, il faut ensuite que les cellules vivantes s’en emparent, les transforment, puis qu’elles se dédoublent elles-mêmes en d’autres cellules qui se dédoublent à leur tour. Uien de tout cela ne peut être instantané.

Ne confondons pas la lésion organique et la fonction. Que l’imagination puisse dans j certains cas rétablir la fonction de l’organe momentanément suspendue, cela nous paraît incontestable, et pour obtenir ce résultat où il n’est pas question de refaire des tissus, ni l’intervention de Dieu, ni la longueur (lu temps ne sont nécessaires.

La suggestion hypnoti(|ue avec ses merveilles dont on a peut-être exagéré la portée, nous permet de constater (’influence de l’imagination sur la fonction, sur des états nerveux, plus ou moins localisés, et toujours chez des hystéricjues. Mais si l’imagination a une action incontestable sur les troubles nerveux, elle est impuissante sur les maladies organiques. « Rien ne prouve, écrit le Crocq, que l’hypnothérapie soit capable de modifier les lésions organiques. »

Dans son grand traité de la canonisation

des saints, à une époque où l’on ne connaissait pas eneore l’art de guérir par l’iiypnotisine et la suggestion, Benoit XIV, qiie nous avons déjà cité, s’est occupé de cette puissance limitée de l'imagination sur le corps humain, il a essayé de déterminer les signes qui jlermettent de distinguer le miracle ou l’action de Dieu des merveilles naturelles de l’imagination. Sous des noms dilîérents il désigne les maladies du système nerveux, du système vasculaire et du système osseux et musculaire. Ces noms anciens ne répondent pas toujours exactement aux faits nouveaux les mieux constatés.

D’après Benoit XIV, les maladies du système nerveux, celles qui ont leur siège dans les fluides, les esprits animaux, les nerfs, ne peuvent passervirde fondementà un miracle, parce qu’il est possible que l’imagination les guérisse instantanément par son action immédiate sur les libres nerveuses. C’est ainsi que le Saint-Siège a refusé dans plusieurs circonstances de classer parmi les faits miraculeux, la guérison de certaines paralysies.

Quant aux lésions organiques, « telles que les nécroses, la gangrène, les aflections cancéreuses, quelque ébranlement quelle produise dans les libres nerveuses, l’imagination ne peut les guérir ni instantanément, ni après un certain temps ' ».

\ oyez avec quelle sévérité intelligente,

* De serv. Dei beatif, lib. IV, p. I, cap. ult.

T. II. 6

Benoît XIV élimine de la catégorie des miracles les faits douteux où l’on pourrait soupçonner l’intervention de l’imagination.

Pour qu’une guérison soit miraculeuse, il faut : 10 qu’au témoignage des plus habiles médecins, Icsinfirmités soient graves, dangereuses, invétérées; 2 ^ la maladie ne soit pas à sa dernière période, de telle sorte que le déclin naturel de la maladie ne soit pas probable : 3° qu’on n’ait pas employé les moyens ordinaires dont les médecins font usage, ou du moins que l’on soit certain, par les faits elles circonstances, que leurs propriétés ne puissent avoir d’action sur la guérison du malade; 4 ° que la convalescence soit instantanée, que les douleurs et le danger cessent subitement, et non lentement, par degrés, comme on le voit dans les opérations ordinaires de la nature;5° que la guérison soit complète, parfaite ; 6 ° qu’il ne soit pas survenu de crise précédant un dénouement naturel ; 7 » qu’il n’y ait pas de rechute et que la disparition de la maladie soit définitive. A ces signes, vous reconnaîtrez l’intervention de Dieu. L’imagination ne produira jamais de tels effets.

Nous arrivons ainsi à constater les limites de l’imagination dans la guérison des maladies et dans l’enceinte du corps humain. L’imagination SC conforme nécessairement dans son action aux lois générales de la nature, elle ne peut pas produire instantanément, complètement et sans récidive la guérison d’une maladie grave qui exige la régénération des

tissus : la nature ne fait jamais^ cette réparation détinitive et instantanée, il lui faut le temps et la persévérance dans la suggestion.

Mais n’oublions pas que. Dieu intervient quelquefois d’une manière aussi ndséricordieuse et moins éclatante dans des guérisons qui ne sont pas au-dessus des forces de la nature. Il récompense une prière ardente, il écoute la supplication d’un malade, il se laisse toucher par les larmes des parents et il assure l’ellicacité du remède que les hommes ont clioisi. Quelle vérité et quelle sagesse dans cette déclaration d’un illustre médecin, Ambroise Paré : Je le soignai, Dieu le guérit!

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