LES DIFFÉRENTES ESPÈCES D'IMAGES
passif qui sent plus ou moins vivement les pressions, la température froide ou chaude, le tranchant, la mollesse ou la dureté des corps. Ces dernières sensations sont bien voisines de celles que nos organes intérieurs éprouvent quand une lésion quelconque les distend ou les rétrécit, suspend ou contrarie leurs fonctions. Or, notre imagination sans doute est le plus souvent rebelle quand nous lui demandons de nous rendre encore quelques-unes des sensations agréables qui nous ont chatouillés autrefois : elle ne Test cependant pas toujours, ou elle ne l'est pas absolument, surtout quand Thomme est encore dans toute l'ardeur de la jeunesse. Mais peut-être la douleur est-elle malheureusement plus facile à retrouver ou à imaginer que le plaisir. Il est des récits qui nous font froid dans le dos, c'est-à-dire qui nous font éprouver au moins quelques indices des douleurs auxquelles nous pensons. Balzac raconte de lui-même que, s'il se représentait un canif entrant dans ses chairs, il en ressentait de vives souffrances. Je connais personnellement un médecin qui, ayant rêvé qu'on le pendait, se réveilla vraiment affecté par les symptômes de la strangulation; la sensation réelle, suite de la sensation imaginaire, fut tellement forte, qu'elle détermina des accidents dont la complète guérison se fît très longtemps attendre. D'ailleurs, est-il besoin de chercher des exemples extraordinaires? Il n'est guère d'étudiant en médecine qui n'ait cru remarquer sur lui tous les symptômes des maladies que ses maîtres lui décrivaient pour la première fois. Si le nombre est grand de ceux que la foi dans le remède ou dans \a tafeà^-
cine a pu guérir, le nombre de ceux que Ton nomme avec raison malades imaginaires n'est-il pas plus grand encore?
En résumé, aucune des sensations que nou^ avons pu éprouver n'est absolument perdue ou effacée. Le sens qu'elle a ébranlé doucement ou fortement peut toujours en conserver quelque trace, et cette trace peut toujours revivre. Toute sensation suppose en effet un mouvement de l'organe sensoriel. Les ondulations lumineuses, les ondes sonores, les émanations odorantes.... ne sont senties et perçues qu'à la condition de communiquer leur propre mouvement aux organes de la vue, du goût, de l'odorat. Or, chacun de ces mouvements qui ébranlent l'organe sensoriel paraît, il est vrai, se suspendre et s'arrêter pour faire place à un autre. Mais une loi que nous constatons, si nous ne pouvons pas encore l'expliquer, fait que l'organe garde toujours une certaine disposition à répéter ces mouvements.
Nous avons dit : l'organe ; mais les deux parties dont se compose tout système sensoriel, la partie extérieure ou périphérique, comprenant les nerfs, rt la partie profonde constituée par une partie des centres nerveux, c'est cette dernière, aucun physiologiste n'en doute plus^ qui reproduit d'elle-même les modifications dont jadis elle n'avait été affectée qu'à l'occasion des impressions à elle transmises par les nerfs.
En voici des preuves convaincantes :
En temps ordinaire, dans l'état normal, nous entendons, quand des sons ébranlent notre oreille et