‹ L'Imagination Etude PsychologiqueChapitre 12 sur 81 · LES DIFFÉRENTES ESPÈCES DIMÂGES · texte numérisé non relu

LES DIFFÉRENTES ESPÈCES DIMÂGES

arrivent par elle jusqu'au cerveau; nous voyons, quand les rayons lumineux passent par l'intermédiaire des nerfs optiques pour venir impressionner la partie des hémisphères cérébraux où ils se rendent. Nous ne voyons donc pas, les yeux fermés, et nous n'entendons pas, les oreilles closes. Mais si les sourds n'entendent plus, et si tes aveugles ne voient plus, dans le sens propre du mot, ils peuvent encore imaginer qu'ils entendent ou qu'ils voient. Leurs imaginations peuvent même atteindre cette vivacité, cette ressemblance avec la sensation positive qui les fait appeler hallucinations. Nous touchons ici à une forme extraordinaire et plus saillante du phénomène que nous étudions ; mais la forme exagérée doit servir à nous faire mieux connaître la forme commune. Qu'estce donc qu'une hallucination? Nous venons de l'indiquer : c'est une imagination si peu différente, quant aux effets ressentis par l'organisme, de la sensation à laquelle elle correspond, qu'elle peut être définie une sensation n'étant actuellement causée par aucun objet extérieur. Or, on a souvent constaté la persistance des hallucinations après l'ablation des organes sensoriels périphériques. Esquirol, par exemple, dit avoir étudié une femme aveugle et maniaque qui voyait des choses étranges; il lui trouva après sa mort les deux nerfs optiques atrophiés. Il parle aussi de femmes sourdes qui, dans leur délire, entendaient des personnes invisibles se disputer*. Presque tous les aléinistes rapportent des faits semblables et en grand

1. Esquirol, Des maladies mentales^ t. I, p* 91, èdiViou t\^ \%*l2k%. J.-B. BaiUière,

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nombre. C'est donc, encore une fois, la partie profonde ou cérébrale de l'organe qui tend h reproduire et qui reproduit souvent, avec une vivacité surprenante, les Hensations qui d'habitude lui sont transmises par les nerfs.

Quoi qu'il en soit, l'organe sensoriel, pris dans son ensemble, a une disposition ii éprouver de nouveau et par son propre mouvement les sensations qu'une cause extérieure a pu antérieurement provoquer en lui. Qu'il en reste à l'image pure et simple, les sensations actuelles gardent leur relief prédominant ; l'esprit, toujours occupé de ces dernières, ne peut pas être dupe de ces représentations plus pâles qu'il se donne à lui-même ; il sait qu'elles répondent à des choses passées ou absentes. Mais que cette tendance de l'organe se prononce, que le mouvement nerveus grandisse, que la représentation s'accuse, que l'image s'accentue et se colore, les apparences deviennent de plus en plus semblables à la réalité; l'esprit ne sait plus, ne peut plus distinguer entre ce qu'il imagine et ce qu'il voit ou entend. L'hallucination parait donc être la forme exagérée, pathologique, d'un phénomène dont l'image est la forme normale et ordinaire. Une seule et même tendance ici surexcitée, là contenue, aboutit à cette dernière forme chez Ions les hommes, à celle-là chez un petit nombre de personnes malades.

Entre ces formes extrêmes, il y a naturellement des degrés, et l'un de ces degrés est l'illusion. Dans l'illusion, la représentation que nous nous formons n'est pas absolument sans objet, comme l'hallucination.

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