TROIS ÉTATS A ÉTUDIER
la physiologie moins de services qu'elle n'en reçoit, et les monstruosités mêmes servent à mieux faire saisir la composition, la structure, les proportions naturelles des organes.
Telle est la méthode que nous nous proposons de suivre en cette étude.
L'image suspendant les fonctions de la vie intellectuelle ordinaire. Le somnambulisme, l'extase et les états analogues.
Nous ne prétendons ni expliquer, ni même analyser dans leurs moindres détails ces états qu'on qualifie de névroses extraordinaires et dont les types principaux sont le somnambulisme et l'extase. Nous voulons seulement recueillir, de ce que la science a établi sur ces névroses, les faits les plus remarquables touchant l'action et le rôle de l'image.
Dans le somnambulisme naturel (c'est-à-dire qui est né et s'est développé de lui-même, sans pratiques ni artifices comme les attouchements et les passes), le sujet marche et agit, quoique endormi. Tout le monde connaît cette maladie : c'en est une, en effet; qu'on veuille bien remarquer ce point, dont l'importance est très gi'ande. Le somnambulisme peut, il est vrai, se remarquer chez des personnes ne présentant d'ailleurs ostensiblement aucun autre symptôme de maladie physique ou morale grave. Mais, outre qu'il w'e^l ^%s»
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compatible avec une santé vraiment bonne et avec une intelligence vigoureuse, la loi est que le somnambule soit ou l'ascendant ou le descendant de quelque personne atteinte d'une maladie nerveuse caractérisée. On le sait, plus d'une maladie héréditaire sommeille et reste à l'état latent dans une génération intermédiaire. Le somnambulisme est ainsi la forme transitoire d'une maladie grave, comme la goutte, 1 epilepsie ou la folie, soit que cette maladie se repose et soit momentané* ment enrayée, soit qu'elle débute. Voilà pourquoi lea médecins n'hésitent pas à qualilîer cet état de névrose, c'est-à-dire de maladie des centres nerveux'.
Insensible à certaines impressions qu'il sentirait vivement, s'il s'éveillait, très sensible à certaines autres dont il ne s'apercevrait même pas dons son état ordinaire, tant6t souple et agile, tantôt frappé d'immobilité, pouvant passer avec une rapidité extrême d'un état à l'autre, retrouvant infailliblement sa route à traversles obstacles les plus dangereux, sachant mettra le pied comme la main là où il faut, capable des ascensions lesplus aventureuses et des travaux les plus minutieux, parlant et causant sans voir ni les personnes, ni les choses qui l'environnent quand elles sont en dehors de l'acte qu'il exécute, sans entendre parmi les paroles prononcées celles qui ne répondent pas absolument à ses pensées du moment, tout cela en restant endormi, sur quoi donc le somnambule se guide-t-ilî
1. 11 est vrai qu'on a autsi qualifié le gfnie de nfviaie, mais c'est là une oiiinian qui a él& rorlemcnt rérutée, ramme noua le miipellerona plus joii|. — Va]rei autgi notre Ptychulogk des grands Uotn-
Un premier groupe de médecins met en avant Thyperesthésie, c'est-à-dire la délicatesse exagérée de certains sensy et ils citent des faits fort curieux à Tappui de cette explication. Tout d'abord, pour nous préparer à l'accepter, ils nous rappellent qu'en dehors du somnambulisme proprement dit les cas d'hyperesthésie ne sont pas des plus rares. Beaucoup d'aveugles ont une finesse d'ouïe et une délicatesse de toucher fort remarquables; ils paraissent sentir avec la peau, comme les chauves-souris, la proximité d'un obstacle, et ils apprécient de la même manière l'étendue plus ou moins grande d'un espace vide. On parle encore de cas authentiques de vision dans les ténèbres ou de nyctalopie, pour employer le mot technique. M. le docteur Michéa cite*, d'après Boerhaave, un homme qui à la suite d'une ivresse un peu forte avait acquis la faculté de lire dans les ténèbres. Mais le plus souvent ces cas d'hyperesthésie sont liés à un désordre qui affecte l'ensemble du système nerveux. Ainsi Magendie rapporte l'exemple d'un sourd qui, ayant été attaqué de la rage, entendit alors très distinctement*. Puis, arrivant plus au fait, M. Michéa cite encore, d'après Alex. Bertrand, une jeune fille de dix-huit ans, somnambule magnétisée le jour, mais somnambule naturelle la nuit, et qui, pendant ses accès nocturnes, ne pouvait distinguer les objets qu'autant qu'elle se trouvait dans l'obscurité la plus profonde. La moindre
4. Annales médico-psychologiques, aimée 4860, pages 304 et sui- Tantes.
2. Magendie, article Rage, dans le Dictionn, de médecine et de chir\^rgie -pratique.
se 1,■!SIAG[^AT10N.
lumière, celle de In lune ô travers les jalousies, la lueur d'un tison mal éteint dans la cheminée, suflisait pour faire obstacle à sa vision'. D'autre part, ou allègue telle JGune fillii qui ruconnaissait les personnes à l'odorat, une autre qui reconnaissait au simple attouchement de la joue, un autre malade encore qui entendait distinctement une conversation tenue à voix basse à un étage difTércnt, etc., otc'.
Une observation du docteur Mesnet relate des faits tout lemblables : une somnambule qu'il avait à soigner entendait, pendant ses accès, des sons qui ne parvenaient point aux oreilles des gens places près d'elle. Elle pouvait coudre et écrire dans une obscurité assez grande pour que les yeux des observateurs ne distinguassent plus les objets. Se conduisait-elle d'après des sensations? Oui, répond le docteur Mesnet, et en voici la preuve. Si l'on interposait un corps opaque entre les yeux de la malade et son papier, au moment où elle était occupée à écrire, on la voyait s'interrompre en témoignant un vif mécontentement. Mais si l'on interposait le même objet entre ses yeux et la lumière, de manière à projeter sur elle une ombre assez épaisse pour qu'il ne fût pas possible aux autres de distinguer la continuité des lignes, elle n'en écrivait pas moins avec autant de facilité et de précision".
Tous ces faits peuvent être vrais et authentiques. Ils le sont il coup sûr, car le témoignage des savants qui tes ont rapportés ne laisse place à aucun doute.
1. Tnj. il. Berlmild, Du Somiianbulismr, |>f(ge 182 Pi suivantes.
a. Hem, ibid.. pages 133, 182, 467.
3 Annales inétHco-psuclwlogigues.nnnéii \i<^0. p. iG7.
SOMMMBULISME NATUREL. 37
Mais ils n'expliquent pas tout. Le somnambule peut Yoir clair pendant la nuit, ou bien il peut deviner son chemin par la seule délicatesse de son toucher. Soit ! Mais ces sens qui sont si délicats pour certaines sensations restent fermés à toutes les autres. Le sujet Toit son chemin, et il ne voit ni les choses ni les personnes qui l'entourent. Il semble voir les obstacles, et cependant il ne s'en effraye pas, c'est même ce qui lui permet de s'en préserver ou de s'en retirer aussi indemne. Voilà qui est plus mystérieux. Nous comprenons que des sens plus impressionnables et plus fins perfectionnent les fonctions de la vie de relation, en exaltant la faculté locomotrice ; nous ne comprenons pas qu'ils la changent à un tel point. Il faut donc qu'il y ait encore une autre cause, dont l'action puisse s'ajouter à celle qu'on vient de nous signaler.
Selon d'autres observateurs, parmi lesquels est M. Alfred MauryS ce n'est pas d'après les impressions actuelles dues à Thyperesthésie de certains sens que se conduit le somnambule, c'est d'après ses propres imaginations. Il voit, pour ainsi dire, dans sa pensée, et se meut d'après elle ; en d'autres termes, il se retrace dans une suite d'images les actes qu'il doit faire, les lieux qu'il doit traverser, de même que, malgré la plus profonde obscurité, vous pouvez retrouver facilement dans votre bibliothèque, si vous la connaissez à fond, le livre dont vous avez besoin. Le somnambulisme n'est ainsi qu'un rêve double, plus précisément un
1. Annales médico-psychologiques ^ année 1860, pages 298 et suivantes. Voyez aussi l'ouvrage du même M. Alf. Maury sur le Sommeil et les rêves.
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rêve ordinaire accompagné d'un rêve en action, l'un entraînant l'autre et le guidant pas à pas.
Est-il des faits qu'on puisse alléguer à l'appui de cette hypothèse? Asaurément. Alex. Bertrand demandait à une somnambule pourquoi, la nuit, elle se rendait dans toutes sortes d'androits et montait même sur les toits de la maison. La malade lui répondit que c'était dans l'intention d'aller chercher un objet, un clou, une épingle qu'elle voyait en rêve'. Voilà bien l'image entraînant le mouvement et imposant l'action. M. Alf. Maury, de son côté, dit avoir connu un jeune somnambule qui, pendant la nuit, se levait, parcourait l'appartement, l'œil fixe, n'apercevait aucun de ceux qui l'observaient et passait au milieudes meubles sans les heurter, a Mais c'était si bien, dit M. Maury, la mémoire (Imaginative) qui le guidait, que si l'on venait a changer la place d'un de ces meubles et à le mettre sur son passage, il donnait contre et s'éveillait alors généralement*. » Voilà certes un exemple topique et l'un des meilleurs qu'on puisse trouver à l'appui d'une théorie.
Mais comme tous les faits, du moment où ils sont authentiques, sont également des faits, il ne s'agit pas de les opposer les uns aux autres ; il s'agit beaucoup plutôt de les concilier, c'est la seule manière de bien voir tous les aspects d'une même difficulté. Or, si nous réunissons ces deux ordres de faits qu'on invoque de part et d'autre, hyperealhésîe de certains
sens et force directrice de l'image, nous voyons qu'ils n'ont rien d'incompatible. Ce qui serait contradictoire, ce serait une sensibilité fortement occupée par des impressions violentes ou délicates et une imagination errante et vagabonde. Mais qu'un même objet s'impose avec une égale tyrannie aux sens et à l'imagination, qu'autour d'une même conception se groupent à la fois, entraînées et retenues par une force également irrésistible, les sensations et les images, voilà qui est parfaitement acceptable et conforme à l'expérience même de la vie commune. Reprenons notre exemple si simple de tout à l'heure. Je suppose que vous ayez besoin de trouver dans l'obscurité un livre de votre bibliothèque. Si vous cherchez sous l'empii'e dune préoccupation tant soit peu vive et d'un autre ordre, vous aurez beau aller et venir, porter la main ici et là, vous risquerez fort de perdre beaucoup de temps; votre imagination étant ailleurs, vos sens seront comme égarés : il est possible qu'ils ne distinguent même plus ce qu'ils connaissent le mieux. N'étes-vous au contraire préoccupé que de vos livres et spécialement de celui qui vous est nécessaire, alors les yeux fermés, vous vous représentez nettement la suite des volumes classés sur les rayons, la diversité des formats et des reliures, d'autres accidents encore qui vous sont familiers à vous : aussi la moindre sensation vous fera-t-elle reconnaître à quel point de la série représentée vos doigts en sont arrivés dans la série touchée et palpée. Enfin, c'est quand la sensation réelle et la représentation ou image coïncideront que vous vous direz : J'ai trouvé ! Ces comparaison?» ^^wr
40 L'IÏAGINATIO;!.
vent se faire avec une i-apîdité surprenante et avec la sûreté de l'automatisine.
Voici d'autres fait» analogues. Un médecin ou un chirurgien qui opèrent promènent le doigt et l'instrument dans les régions aussi obscures que délicates du corps humain, et ils trouvent avec une sîirelé qui nous étonne les points malades ou menacés. Où donc ont-ila vu et étudié la topographie de ces régions? Dans des pièces d'anatomie, dans des figures schématiques. Et quand ils explorent le sujet qu'ils veulent guérir, il est incontestable que le souvenir exact de ces représentations vient guider leur main. La plus exquise flnesse du toucher ne leur servirait de rien, si elle n'était ainsi dirigée. D'autre part, cependant, cette connaissance anticipée, ces notions générales, plus exactement ces représentations saillantes et précises qui se sont fixées devant l'œil de leur pensée, ont singulièrement aiguisé et assure la délicatesse de leur toucher. Mais elles ne l'ont ainsi perfectionnée que pour les sensations et les actions de cet ordre. On peut en dire autant pour toutes les sciences et tous les arts. Le nez d'un chimiste et celui d'un médecin auront des aptitudes différentes, mais acquises tes unes et les autres, en vertu de la même loi. En un mot, quand une image rainenée par la mémoire et une sensation fournie par l'exercice actuel de l'un des sens coïncident assez bien pour se confirmer mutuellement, la puissance des facultés qu'elles dirigent en est plus que doublée. Or, si le somnambule est en proie à une imagination très forte et très nette, s'il lit, comme on le veut, dans la carte en relief de ses
images, pourquoi ses sens, disposés d'ailleurs par le trouble cérébral à une certaine hyperesthésie, n'en recevraient-ils pas l'influence?
N'était-ce pas là le cas du somnambule observé et décrit par M. Maury ? C'était si bien la correspondance de son rêve avec les sensations actuelles qui le guidait, que, si l'on venait à déranger cette coïncidence, ses sens demeuraient impuissants à s'en rendre compte : brusquement arrêté, il s'éveillait.
Cette explication nous permet de mettre à sa vraie place et dans son ordre un fait très important du somnambulisme et que nous avons seulement indiqué. On nous a dit et montré que la sensibilité .visuelle ou tactile ou auditive du somnambule peut être extraordinaircment subtile. Il faut ajouter qu'elle est encore partielle et exclusive. Ce n'est pas seulement que le tact, par exemple, peut subsister pendant que la vue cesse de fonctionner. Non. Un même sens peut, chez le somnambule, être accessible à certaines sensations et être fermé à toutes les autres. Relisez l'observation du docteur Mesnet, observation dans laquelle il est parfaitement évident que le sujet recevait ceilaines sensations et s'en servait pour agir. Il voyait sa plume et son papier ou son aiguille : il ne voyait pas les personnes qui l'entouraient. D'ailleurs, les exemples de ce caractère exclusif et spécial des sensations du somnambule sont très nombreux. C'est là un fait universellement reconnu des aliénistes. Mais dans les états morbides comme dans les états physiologiques, tous les faits doivent nécessairement se tenir, ils ont un lien qui les enchaîne, ils ont, comme on dit aujourd'hui, kuv:
Tl
4S L'IMA(;INAT10N.
déterminisme. Qu'est-ce donc qui détennine cette spécialité des sensations, d'autant plus vives qu'elles sont plus exclusives? Nous répondrons : C'est la spécialité des ima<(es ; et il n'est pas diiScile de le prouver.
Prenons, si l'on veut, comme point de départ, les conditions mêmes de la vie régulière et de la santé. Une mère ou une nourrice qui couche à côté de son enfant perçoit pendant son sommeil le moindre remuement du berceau, le moindre soupir du baby ; elle n'entend pas les gros bruits qui partent de la rue. Voilà une comparaison que tout le monde a faite, et tout le monde sait que, si la subtilité de l'ouïe s'applique ici à des impressions toutes particulières, c'est que celles-ci répondent et font écho à une préoccupation particulière de l'esprit, La sensation coïncide avec une imagination plus constamment et pVs vivement mise en éveil. C'est là une vérité sur laquelle il est inutile d'insister.
Qu'y a-t-il de plus dans le somnambule? Des images extraordinaires sans doute et anormales, mais qui ont été lentement amenées par un concours de causes physiques et morales qui ont (ait dévier l'organisme et en ont troublé les fonctions. Ces im.iges sont donc liées à une agitation cérébrale plus violente, elles maîtrisent davantage l'individu ; mais l'action qu'elles exercent sur les sens du malade n'est en rien contraire aux lois psychologiques et physiologiques de la vie saine ; ce sont les proportions seules qui diffèrent. Voici encore à ce sujet une observation fort intéressante du docteur Mesnet. « Le malade, raconte-t-il, qui présentait pendant la veille une organisation
SOHNàMBUUSME naturel. 45
peu active, une volonté sans résistance, s'o£frait, pendant la période somnambulique, avec une activité développée, une volonté puissante, des déterminations énergiques. Le but de cette activité était le suicide. Pendant la crise, son esprit et ses sens se fermaient à la plupart des impressions du dehors : tout son être physique et moral se mettait au service de cette idée; il pensadt, combinait, agissait pour arriver à ce but, et présentait ainsi chaque fois le délire le plus complexe qu'il soit possible d'observer. Les sens étaient éveillés y mais n'exerçaient leur action que dans une sphère restreinte, toujours en rapport avec Vidée dominante. Se plaçait-on devant elle pour contrarier ses projets, elle ne voyait dans les personnes en présence desquelles elle se trouvait que des obstacles qu'elle tournait, évitait, bousculait, sans jamais les reconnaître^. »
Shakespeare, chez qui toutes . les descriptions des troubles de l'âme et des sens ont été si justement admirées, n'a pas méconnu ce fait merveilleux. Lady Macbeth, dans son accès de somnambulisme, sent encore le sang du vieillard qu'elle a tué. Et elle revient au lit les yeux ouverts, mais ne percevant aucune sensation lumineuse, bien qu'elle ait toujours un flambeau à côté d'elle. Son œil ne lit que dans les horribles images de son propre crime.
Ces exemples nous préparent non seulement à admettre, mais à comprendre le cas célèbre du somnambule Castelli. Ce sujet, parfaitement observé* et étudié
1* Annales médico-psychologiques, année 1860, pages 464-5. 2. V. Al. Bertrand, Le somnambulisme.
U L'IMAGINATIOS,
par des personnages dignes de foi, Usait et écrivait pendant la nuit. Mais ce qu'il y avait de plus marquable dans son fait, c'est qu'il était tour â tour incapable de lire avec de la lumière et capable de lire dans l'obscurilé, suivant qu'il s'imaginait ou non être éclairé et pouvoir lire. S'arrangeait-on de manière à lui faire placer lui-même dans un flambeau un objet quelconque qu'il prît pour une bougie allumée, il avait beau être plongé dans les ténèbres, il prenait la plume et écrivait imperturbablement. Lui enlevait-on la lumière placée à ses cotes, on avait beau garder derrière lui des lustres ou des flambeaux qui éclairaient la salle et lui-même, on le voyait tâtonner, s'arrêter, cesser d'écrire. En deux mots, quand il s'imaginait pouvoir voir, il voyait; quand il s'imaginait ne pouvoir pas voir, il ne voyait pas, quelles que fussent d'ailleurs les circonstances. C'est encore exactement ce que nous retrouvons dans un somnambule célèbre dont parle un aclicle de \' Encyclopédie, n Notez, dit l'auteur de cet article, que lorsque ce somnambule composait ses sermons, il voyait bien son papier, son encre, sa plume, et savait bien désigner si elle marquait ou non; il ne prenait jamais le poudrier pour l'encrier, et du reste il ne se doutait même pas qu'il y eût quelqu'un dans la chambre, ne voyant et n'entendant personne, à moins qu'il ne tes interrogeât. Il lui arrivait quelquefois de demander des dragées à ceux qui se trouvaient à côté de lui, et il les trouvait fort bonnes quand on les lui donnait. Et si dans un autre temps on lui enmeltail dans ta bouche, sans que son imagination fût montée de
ce côté-là, il n'y trouvait aucun goût et les rejetait. » Nous pouvons donc tenir pour prouvée cette assertion d'un observateur : « Les somnambules ne peuvent recevoir d'autres impressions que celles qui sont en rapport avec la série des idées qui les occupent*. » S'ils ont des sensations très délicates et que la vie saine ne connaît pas, en dernière analyse c'est l'image qui chez eux provoque et avive les sensations, augmente les unes en supprimant les autres. Elle suspend les sens, elle les fait sentir; ces expressions de Pascal sont de l'exactitude scientifique la plus rigoureuse.
On comprend que, dans un tel état, le malade ne réfléchisse ni ne compare. Comme le dit M. A. Maury', le somnambule oc est dans un état d'automatisme dont son imagination fait jouer tous les ressorts. // pense et se meut tout objectivement sans retour sur luimême , comme le rêveur ; sinon l'étrangeté de son état l'amènerait à comparer ses actes à d'autres, à réfléchir et à juger. Et alors, rentrant dans la vie réelle, il s'éveillerait. » C'est ce qui fait que le somnambule succombe rarement au danger. Son esprit n'est occupé que par une seule imagination vers laquelle tout converge et à laquelle tout est subordonné en lui. Donc il ne connaît pas l'incertitude; il n'est pas tiraillé en sens divers; sa marche n'est pas paralysée par la crainte; l'effort que sa volonté commence pour avancer n'est pas contrarié par une tendance à reculer