Ann, méd.rpsych., ibid
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OU à rester immobile, comme il nous arrive en .une passe périlleuse. Chez lui, l'imnge, le seus et le mouvement, tout est d'accord, ut rien, tant que dure la crise, n'en vient déranger l'harmonie.
Par une suite toute naturelle de cette prédominance de l'image et de son action sur des sensations particulières, le somnambule n'a pas l'idée du temps. Quiconque IraTailte sur ses propres sensations et ses images pour choisir parmi elles et en grouper un certain nombre, fait une série d'efforts personnels dont il a une conscience claire. Il mesure donc le temps écoulé par le nombre des phénomènes intérieurs qu'il a successivement éprouvés et notés. Mais quand l'individu s'abandonne à un charme extérieur et cesse de préméditer ses actions, il s'oublie lui-même : ses appréciations sur In durée sont alors exposées à dus défaillances sinfîulières ou à des erreurs plus bizarres encore. C'est là un fiiit dont nous retrouverons d'intéressants exemples dans d'autres états analogues.
£nfm le somnambule, quand il s'éveille, ne garde pas ie moindre souvenir de ce qu'il a fait ou subi pendant sa crise. Ce souvenir, il peut seulement le retrouver dans une crise ultérieure, quitte à le perdre encore une fois en rentrant dans la vie réelle. Ainsi, en Autriche, une jeune fille avait été outragée dans un accès de somnambulisme : à son réveil, elle n'avait aucun soupçon de cet événement. Mais dans un autre accès, différentes interrogalions lui ayant été posées, elle su souvint de son infortune, la révéla, tout en dormant, en dénonça l'auteur avec tant de pr^ci^ipp qu'elle le fit, paraît-il, flrrpter, cppffoiiter
et condamnera II n*y a pas là de quoi nous étonner outre mesure. Nos souvenirs sont généralement liés aux circonstances dans lesquelles se sont passés les événements d'où ils datent. C'est par ces associations — qui ne le sait? — que se guide notre mémoires allant d'un fait à l'autre avec d'autant plus de rapidité et de sûreté qu'elle en constate plus souvent les rapports. Quand nous revenons, après une longue absence, dans des lieux que nous avons longtemps habités, le cours de nos pensées ne change-t-il pas tout aussitôt?
Les voilà, tels encor qu'il les a vus toujours,
Ces grands bois, ce ruisseau qui fuit sous le feuillage!
Il ne se souvient pas qu'il a marché dix jours !
A chaque détour des rues ou des chemins, à chaque maison, des souvenirs effacés se ravivent; nous remarquons l'absence d'un arbre ou le changement d'un édifice. En un mot, toute une série d'idées, de souvenirs, d'images, interrompue depuis bien des années peut-être, vient se rattacher au présent et se continuer, pour faire place ensuite à une autre série que le retour dans notre habituel milieu nous forcera de recommencer encore. Voici maintenant un fait qui se rapproche un peu plus de ceux que nous étudions. J'ai lu en quelque endroit qu'un soldat, dans un accès d'ivresse, avait égaré un objet appartenant à son supérieur. Revenu à lui et au bon sens, il lui était impossible de retrouver la chose et même de savoir
où il devait la chercher. Ayant eu le malheur de re-
4. Ce fait est {apporté par le D*" H^apar^o, par B. de Boismont, par Gpitioletr
tomber dans le même péché, le souvcnirlui reTÎnl, et il découvrit l'objet en question, ici, on voit bien clairement qu'un souvenir particulier s'était lié par association à divers phénomènes pathologiques, à ce qu'on appelle les fumées de l'ivresse et à certain cours d'idées provoqué par cette perturbation passagère des fonctions organiques. Les conditions natives du sou- Tenir, si l'on peut s'exprimer ainsi, reparaissant, le souvenir lui-même reparaissait.
Nous n'avons pas à nous demander ici en quoi consiste exactement l'état du corps et notamment celui du système nerveux et du cerveau dans le somnambulisme. S'opère-t-il quelques changements, quelques substitutions temporaires dans les éléments constttuliFs des tissus'? Y a-l-il quelque désordre de la circulation, prédominance du sang veineux sur le sang artériel dans les centres cérébraux, ou d'autres troubles analogues? Nous n'en savons rien précisément. Ce que nous constatons certainement, c'est que la vio des sens est en quelque sorte renversée : les uns sont ' complètement Termes; quant aux autres, ils sont tournés en dedans plus qu'en dehors, puisque les faits du dehors ne sont plus perçus qu'autant qu'ils se rapportent aux préoccupations du dedans. Une e.\is[once aussi détachée' ne peut pas ne pas avoir ses assoeia- Uons a elle, par conséquent sa mémoire à elle. Ces alternances d'oubli complet et de subite reviviscence
1. Ainsi, iIads l'nlcoolisine, l'azolc des lia»us <!st cliassé peu à peu cl remplaça par du carbonE et de l'hydrogène nous In stule inflitance du Tégîme. Or, l'élut de l'ilcaolisma n'osl pas sans analogie avec ceux f\ut nous sommes en voie d'étudier.
2. Et qui commence et Unit si brusquement, nuire l'iiii ù remorquer,
des souvenirs s'opèrent donc par des lois conformes à celle de la psychologie proprement dite. Le point par où ces phénomènes se distinguent fortement de la vie commune, c'est la prédominance absolue de l'image.
Alexandre Bertrand, au milieu d*hypothèses plus ou moins hasardées, a entrevu cette explication : oc Le retour subit du cerveau à son type ordinaire de vitalité, dit-il, suffit bien pour faire perdre subitement le souvenir de toutes les impressions reçues pendant son état d'excitation. Nous voyons tous les jours un pareil phénomène dans le délire, et des malades dans le transport d'une fièvre cérébrale sont affectés avec la plus grande vivacité d'impressions qu'ils oublient aussitôt que la fièvre est terminée, sans qu'on puisse trouver d'autre cause à cet oubli total que la cessation de l'état d'irritation dont le délire était le résultats » Ceci est très juste et très bien dit, mais ceci a une contre-partie. Si l'organe cérébral et le système nerveux tout entier ont comme un type de vitalité ou d'activité morbide auquel ils reviennent périodiquement, il est naturel qu'ils oublient alors tout ce qui se rapporte à leur vie normale, mais se souviennent des modes d'existence semblables à celui qu'ils reprennent de nouveau pour un temps.
L'étude d'autres névroses, très proches parentes du somnambulisme, va nous aider à compléter et à confirmer tout à la fois les résultats de cette première étude.