‹ L'Imagination Etude PsychologiqueChapitre 19 sur 81 · Cité par Littrc, loc. cit · texte numérisé non relu

Cité par Littrc, loc. cit

2. Beattie, Réflexions sur les songes^ § 4. Cité par Gratiolet. Ana-tomie comparée du système nerveux, etc., p. 4&9.

m L'IMAr.rSATION.

Supposons maintenant un sujet chez qui )e som-l nambulisme naturel ait déjà liéveloppii plus nu moins I sourdement ses cnrarlêrfs : que ne pourra faire de 1 lui, par la suggestion, l'homme qui, à l'instant où il le ploufjera dans le sommeil et dans lu crise, restera l'œil lise sur lui? La dernière pensée que le malade garde de l'état de veille pour l'emporter dans accès est celle de la con6ance docile ou de la crainte non moins obéissante que lui inspire l'opérateur. (Jue si tous deux sont associés et trouvent dans cet étrange commerce leur gagne-pain, s'ils sont habitués à se comprendra mutuellement, si le sujet s'est de longue date familiarisé avec les mêmes questions toujours renouvelées, auxquelles il fait toujours les mêmes réponses, ils peuvent étonner à bien peu de frais l'ignorance et la crédulité populaires. On sait en effet que les somnambules qu'on va consulter sur ses maladies ne répondent pas toutes seules. C'est celui qui les endoi^t qui les questionne. Or, provoquer telles ou telles réponses par la manière dont on pose les questions, c'est l'A B C du charlatanisme. On dira : Mais si charlatanisme il y a, pourquoi endormir les gens? Us répondraient plus sûrement encore, ce semble, s'ils restaient éveillés! — Que beaucoup ne fassent que simuler le sommeil, cela est on ne peut plus vraisemblable. Mais dans beaucoup de cas le sommeil somnamhulique est réel, et le charlatanisme y trouve son compte de deux manières. Premièrement, l'état somnambulique vérifié donne créance à tous les autres phénomènes qui remplissent le reste de la séance, à ceux même oîi interviennent l'en-

f^nie, la préparation, l'artifice. En second lieu, le sujet endormi d'un tel sommeil est réellement mieux préparé à correspondre docilement, machinalement, à toutes les suggestions de l'opérateur ^

i. Nous tenons d'un honorable magistrat, Pun des auditeurs les plus

sympathiques de nos cours, le procès-verbal d'une interrogation ou expertise faite par lui sur une somnambule dont les pratiques avaient été signalées à la justice. La conviction de ce magistrat est que cette somnambule était sincère et qu'elle était réellement endormie. Voici ce procès-verbal :

c Le lundi 4 juillet 1859, je me suis rendu à 8 heures 40 minutes du matin chez les époux B..., demeurant à G. S. S., rue St.-G. J'ai prié le sieur B... de mettre sa femme dans l'état de sommeil magnétique. Cette femme est aveugle depuis deux ans, ne distingue pas les objets, et n'a qu'une pei'ception confuse de la lumière par son œil gauche.

c Quand le sieur B... m'eut annoncé que je pouvais interroger sa femme assise dans une chaise et paraissant endormie, j'ai mis entre les mains de celle-ci un mouchoir blanc, et le dialogue suivant s'est établi. (J'étais seul avec la femme B...)

B. Pouvcz-vous me dire quelle est la marque de ce mouchoir?

R. Très facilement : mais qui vous a donné ce mouchoir?

D. Répondez à ma question. Ce mouchoir est à moi : je l'ai acheté.

R. La marque que fai sous mes doigts est bien difficile à lire. Cependant, je vois un M. Je ne puis lire la lettre qui est avant.

(Le mouchoir est marqué J. Jtf., en coton rouge, lettres anglaises.)

D. Dites-moi la couleur de cette marque.

R. Oh ! c'est une bien belle couleur 1

B. Ne pouvez-vous me la nommer?

R. Il ne manque plus que du bleu, et ce mouchoir porterait les trois couleurs*

D. Je mets ma montre dans vos mains, vous remarquez un médaillon attaché à cette montre. En quel métal est ce médaillon ?

R. Il est en or.

(// est en argent oxydé,)

D. Qu'y a-t-il dans ce médaillon?

R. Des cheveux.

D. De quelle couleur?

R. Ni tout à fait noirs ni tout à fait blonds.

{Le médaillon renferme une petite mèche de c/teueux très

Tel est, en définitive, réduit à ce qu'il a de positif et d'authentique, le somnambulisme artificiel, dit magnétisme animal, état, dit très bien M. Brierre de Boismont, où a Ton fait cesser l'action des sens et de la

blonde. Ile appartenaient à un jeune homme mort à quinze ans, en 1856. Son nom, composé de quatre lettres, est gravé à V intérieur du médaillon,)

D. Quel est l'âge de la personne i qui appartiennent ces cheyeux?

R. C'est une personne jeune. Pouvez-vous me conduire près d'elle?

D. Non.

R. C'est qu'elle n'est plus....

D. Vous avez deviné juste. Pouvez-vous lire les lettres écrites à l'intérieur de ce médaillon?

R. C'est bien difiicile. Je vais essayer... Non, je ne puis pas lire.

D. Dites au moins combien il y a de lettres.

R. Il y en a deux.

D. Je viens d'ouvrir le médaillon ; examinez-le maintenant. Combien y a-t-il de lettres?

R. Juste le double de ce que je vous avais dit.

D. Dites en quel métal sont la montre, la chaîne, le médaillon et la clef.

R. La montre est en or, la chaîne et le médaillon sont d'un autre métal, la clef est en or, la chaîne et le médaillon sont en argent.

[La clef de montre et la montre sont en or; le médaillon est en argent oxydé, la chaîne est en fer noirci. Une petite tête d'ange est ciselée à V intérieur du médaillon.)

D. Que remaixjuez-vous sur le médaillon?

R. C'est une figure : vous pensez qu'il est facile de reconnaître cela par le toucher. Mais je la vois réellement.

D. Que remarquez-vous d'extraordinaire sur le cadran de la montre?

R. 11 y a quelque chose que je n'ai jamais vu. Il y a quatre aiguilles et non pas seulement deux comme sur ma pendule. Expliquez-moi, je vous prie, ce que cela signifie, pourquoi ces deux petites aiguilles tournent sans discontinuer dans un cercle.

D. (î'est une aiguille (et non pas deux) qui, pour marquer les secondes, fait le tour d'un petit cadran dans l'espace d'une minute.

R. Voyez si l'on ne croirait pas qu'il y a deux aiguilles; je n'ai jamais vu de montres marquant les secondes.

(// y a en effet une aiguille marquant les secondes sur un petit cadran.)

D. Pourriez-vous me dire si je porte sur le corps une plaie récente el à quel endroit?

SOMMÀMBULISNE ARTIFICIEL. 05

Tolonté chez rhomme, en l'isolant complètement du monde extérieur et en le concentrant sur lui-même tandis qu'il reste soumis à l'influence de Texpérimentateur. »

R. Oui. Vous avez à la jarabe une plaie, ou plutôt ce n'est pas une plaie, puisqu'elle est fermée.

D. A quelle jambe?

R. C'est à la gauche.

D. A quel endroit précis?

R. Laissez-moi toucher votre jambe (en portant la main à la cheville du pied gauche et pas plus haut); la plaie est au-dessus du genou, ne passe pas le genou.

D. N'en voyez-YOus pas encore une autre moins importante?

R. Iton : TOUS n*en avez pas d'autre.

D. Pouvez-vous dire combien de temps cette plaie a dure, combien de jours à peu près?

{Je porte au mollet gauche une large cicatrice^ suite d'une plate fermée depuis huit jours environ ^ qui est restée ouverte deux moi* et qui avait été causée par un furoncle ou anthrax à la cuisse gauche; il existe une petite plaie plus récente et de même origine,)

R. Elle a duré bien longtemps : ce n*est pas par jours qu'il faut compter.

D. Dites combien de temps.

R. Trois ans... Ce n*est pas aussi longtemps? Eh bien! au moins dix-huit mois. Je puis dire aussi que ce mal vous est venu à la suite d'une chute. »

D. Je Toq^ remets des cheveux enveloppés dans un papier. Examinez-les.

R. Ils ne sont pas blonds comme ceux que vous m'avez montrés déjà; ils sont d'un brun très foncé. Que vouleii-vous en faire? Portez-les à R .. mon voisin : il travaille très bien les souvenii^ en cheveux.

D. Dites-moi de qui sont ces'cheveux.

(Visiblement fatigué, le sujet hésite longtemps sans répondre,)

D. Appartiennent-ils a un homme ou à une femme? R. A une femme.

D. Vous vous trompez.

R. Oui, je me trompais. Je pensais que vous destiniez ces cheveux à être portés par une femme : voilà ce que je voulais dire.

D. Dites-moi si J'aime beaucoup la perbonuc à qui sont ces cheveux.

Entre un somnambule et un extatique la différence n'est pas très grande ; et un même malade peut passer avec beaucoup de promptitude de Tun à l'autre de ces états*. Dans l'extase pourtant, les facultés locomotri-

R. Vous l'aimez tant que l'on ne peat pas aimer davantage.

D. Savez-yous ce qu'est pour moi cette personne?

R. (Avec un peu d'impatience). Je vous ai dit comme vous l'aimiez. C'est d'affection de famille, cela se comprend, c'est le lien du sang ; je ne puis dire autre chose.

{Les cheveux remis à la femme B... sont d'un brun très foncé; ils ont été coupés à mon fils unique par sa mère, qui veut s* en faire un bracelet.)

D. Vous connaissez les petites cicatrices que laissent des piqûres de sangsues. Pourriez-vous me dire sur quelle partie du corps j'en porte de très visibles?

[Comme elle hésite longtemps ^ je lui prends la main et me Vappuie à deux reprises sur la clavicule et la partie supérieure du sternum, pas plus bas.)

R. Vous avez des piqûres de sangsue au creux de l'estomac. Vous me forcez à faire des expériences bien pénibles à travers tant de butin.

(Ce signe existe au creux de mon estomac depuis bien long" temps.)

— Cet interrogatoire avait duré plus de quarante minutes. J'ai envoyé chercher le sieur B... qui a réveillé sa femme. Pendant le cours de l'expérience, j'a^ demandé à cette femme si elle entendait des oiseaux qui chantaient très fort dans leur cage et la pendule qui a sonné. Elle a déclaré ne pas entendre ces deux bruits, t

Le lecteur aura fait aisément les remarques suivantes : 1** La luci' dite de cette somnambule consistait simplement en ce qu'elle pouvait entendre les questions et y répondre, et en ce que ses sens n'étaient pas tous fermés. 2° Elle ne voyait pas du tout; elle entendait la parole de son interrogateur, mais avait l'ouïe fermée à tout autre bruit. 3' Son toucher avait, par compensation, acquis un certain surcroît de délicatesse, et c'est avec son toucher qu'elle lisait. Si une fois elle déclare voir avec sa vue, c'est bien évidemment d'une vue interne et en quelque sorte hallucinatoire ; l'image que le tact lui a donnée se transforme en une image visuelle correspondante. 4" Elle hésite, elle tâtonne, elle cherche le vraisemblable, le rencontre quelquefois et se trompe aussi quelquefois. Interrogée par un compère, elle eût certainement plus brillé.

1. Quelquefois l'extase est une sorte de somnambulisme arrêté dans

ces ne sont pas eraUées; tonte la Tie % rèsmiie on un seul acte : yision, ccmtenipbtioa. Les se&satioos extérieures sont sospendoes, les BOKHiremeots toIodtaires arrêtés. Faction Titale eUe-méme sonreot ralentie. Où donc alors est Tesprit? H est, comme feqiression l'indique (sx-s^zsC;), hors de lui-même, il est ravi (raptus, enlevé) dans les images qu'il contemple^, conmie s'il s'agissait d'un tableau réel et de choses placées hors de lui. Ici doue, non seulement Timagination domine, mais il semble qu'elle soit seule de toutes les facultés psychiques et même physiques à subsister dans l'indiTidu. c Dans l'extase, dit Esquiroi, la concentration de l'innerration est si forte, qu'elle absorbe toutes les puissances de la vie. L'exercice de toutes les fonctions est suspendu, excepté celui de l'imagination*. »

n est donc tout à fait dans notre sujet de rechercher comment se produit un tel état. On pourrait à la rigueur lui assigner deux origines, l'une plus physique, l'autre plus intellectuelle; mais peut-être est-il plus juste de dire qu'il y a dans la préparation de l'extase coopération intime du corps et de l'esprit.

Les exemples de cette néyrose, on le sait, sw*abondent chez un grand nombre de peuplades sauvages

son développement, par quelque condition physiologique peu connue. Les passes dites magnétiques peuvent la produii*e chez une personne suffisamment prédisposée.

1. Vextiue, ravissement de l'esprit, situation dans laquelle un honmie est transporté hors de lui-même, de manière que les fonctions des sens sont suspendues. Il est des personnes chez qui c'est une maladie naturelle : les femmes y sont plus sujettes que les hommes. (Bergier, Dictionnaire de théologie.)

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