AlPr. Haoi^, ouvrage cilf', p. 130, Uli
L'IMAGISATIOS DANS LE BÉÏK. 1 19
sensations, si elles ne peuvent être matière à raisonnement, si l'esprit ne rélléchit pas sur elles? Dans beaucoup de cas, elles s'évanouissent aussitôt; presque aussi vite oubliées que peri;ues, elles ne laissât aucune trace d'elles-mêmes. Mais dans beaucoup de cas aussi, on le devine, c'est l'imagination qui s'en empare. Si un rêve tant soît peu suivi ou groupé autour d'une conception dominante est commencé, elles entrent dans ce rêve tant bien que mal, et elles en élargissent les cadres, quitte à lesrorapfe. Autrement dit, les sensations setransforment en images. Ceci est encore un fait dont nous avons trouve l'aaalogue dans l'aliénation mentale. Une folle dont les intestins étaient malades s'imaginait, avons-nous vu, que ses entrailles étaient liabitées. Ainsi, la piqûre d'une puce Gt rêver à Descaries qu'il était percé d'un cdup d'épée. Et une personne dont Dugald-Stewart raconte l'histoire, s'étant fait appliquer aux pieds une houle d'eau très chaude, rêva qu'elle faisait un voyage au mont Etna. D'autre part, les somnambules, avonsnous dit, peuvent avoir une sorte de prévision qui repose uniquement sur une sensation plus délicate de l'état où se trouvent quelques-uns de leurs organes internes. Mais nous avons pris soin de le dire et de le prouver, cette sensation n'est que l'exagération de ce qui se passe souvent dans Te sommeil : nous avons cité déjà quelques-uns de ces rêves dits propbétiques où il n'j avait rien autre chose qu'une sensation transformée en image. Enfin, c'est cette espèce d'avidité de l'imagination, jointe à l'inurlie générale due à la suspension de la volonté, qui rend possible la sug-
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gestion dans le sommeil ordinaire comme dans l'hypnotisme, bien qu'à un degré beaucoup moindre, cela va de soi. L'imagirintion de l'homme endormi accepte, pour ainsi parler, tous les aliments qu'on lui donne ; elle se les assimila et développe ainsi avec eux, comme elle peut, la vie qui lui est propre '.
En résumé, si nous comparons le rftle de l'imagination dans le sommeil au rôle de l'imagination dans le somnambulisme, dans l'hypnotisme, dans l'hallucination, dans la folie, nous constatons aisément que le sommeil n'est qu'une réduction ou qu'un diminutif de ces divers états. Nous retrouvons dans le sommeil l'inertie morale souvent unie à la surexcitation do l'imagination. Nous y retrouvons la transformation de sensations on images, l'oblitération rapide des sensations qui ne concordent pas avec les imaginations actuellement dominantes, l'exagération de celles qui d'une manière ou d'une autre y concourent. Nous y retrouvons enfin la suggestion. Et tout cela peut se ré duire à un seul mot : l'imagination substituée à la raison et se mettant en son lieu et place pour gouverner l'individu.
Maintenant, nous devons chercher les différences. Dans le sommeil ordinaire, l'image exerce-t-elle sur l'individu cette action puissante, capable de suite et de continuité, que nous l'avons vue exercer dans le somnambulisme? Réagit-elle sur les sens comme dans .'hallucination? Tout le monde sait que non. Mais d'où vient que les nombreuses analogies que nous signalions
1, Noua Bions donné pldi haut des ciemplcs de lu so.sscslion dans le
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tout à l'heure s'arrêtent là? Il n'est point dilïicili' du l'expliquer.
D'abord le sommeil proprement dit est hnbîtuellement un état de repos. Bien que l'imagination y soit surexcitée relativement à l'état des autres facultés et qu'elle puisse y atteindre quelquefois un assez haut degré d'intensité, elle ne déploie le plus souvent qu'une activité intermittente; car l'organe cérébral et plus généralement encore tous les organes de la ïie de relation tendent alors au calme le plus complet possible. Sans doute, les préoccupations que l'esprit a gardées de l'état de veille, les sensations internes on externes faiblement et obscurément perçues, mais perçues cependant, le reste d'activité du cerveau qui, comme tous les autres organes, ralentit ses fonctions sans les suspendre tout à fait, voilà autant de causes qui font obstacle à cette tendance au repos absolu. Mais dans la grande majorité des cas, les images du sommeil restent bien loin de celles qui caractérisent les névroses, tout simplement parce que le sommeil n'est pas une maladie.
Ce n'est pas tout ; l'imagination du somnambule est entretenue et surexcitée par la persistance de l'activité locomotrice. Les mouvements que le somnambule exécute sont en grande partie, objectera-t-on, dirigés par les images. Oui, mais cette direction même est un travail ; et si lus sensations se laissent docilement transformer par les images, du moins viennent-elles provoquer ces dernières et fournir des matériaux plus nombreux à leur action. Le dormeur ne va pas ainsi au-devant des impressions;
laS L'IMAGINATION.
il n'entretient pas avec le dehors un tel commerce.
Par suite, il n'est pas soiiiiiis, Iiabituellement du moins, à des suggestions systématiquement suivies, comme celles qui se pratiquent dans le somnambulisme artificiel et dans l'hypnotisme.
Enfm, son imagination n'est pas irritée par une passion dominaute ni par la persistance et l'obsession invincible d'une seule et même image, comme c'est le cas dans un 1res grand nombre d'hallucinations et siirtout dans les difTérentes formes d'aliénation mentale où règne l'idée fisc.
Pour compléter cet examen des ressemblances et des différences qui existent entre le sommeil et les névroses extraordinaires, il est bon de remarquer que le sommeil n'est pas un état nettement tranché, en ce sens que, si les caractères dont nous avons donné plus haut l'analyse se retrouvent dans tout sommeil, ils ne s'y retrouvent pas au même degré. Le sommeil d'un enfant n'est pas le même que le sommeil d'un adulte, et surtout celui d'un homme en bonne santé n'est pas identique au sommeil d'un malade. On conçoit en particulier que, si une personne est sur la voie qui conduit au somnambulisme ou à la folie, elle s'en approchera bien davantage, elle glissera bien plus aisément sur la pente pendant les heures du Sommeil, alors que son intelligence et sa volonté seront engourdies. Ainsi, le fou rêve beaucoup : il a des rêves bien plus agités, des cauchemars bien plus fréquents, bien plus longs et plus douloureux que le coinmun des hommes. Avant même que la folie n'éclate, l'invasion plus ou moins prochaine du mal