‹ L'Imagination Etude PsychologiqueChapitre 48 sur 81 · LE RÊVEUR, ETC · texte numérisé non relu

LE RÊVEUR, ETC

mériter. Il attend l'invraisemblable, il souhaite l'impossible, et il ne fait rien pour s'assurer de ce qu'il devrait et pourrait aisément obtenir.

Cette liste pourrait encore être étendue et se grossir des gens à projets, des gens qui se frappent, des gens qui ont leur idée fixe, sans toucher toutefois à la folie, ou de ceux encore chez qui l'esprit est troublé par une attente extraordinaire. Tous ces genres d'esprit, que nous venons d'essayer de 'décrire ont, il est aisé de le voir, un trait commun. Chez eux, l'image n'est ni préparée, ni contrôlée, ni élaborée par l'esprit; c'est elle qui s'impose à l'esprit et qui l'entraîne ; elle ne trouble pas gravement, il est vrai, l'ensemble des fonctions intellectuelles ; elle les provoque même à l'action, autant qu'il le faut pour qu'elle s'en serve, mais elle les empêche de se développer librement, et elle en compromet ainsi la force et la fécondité.

Lois principales de l'action des sens sur les images^ et de l'action

des images sur les sens.

Pour savoir exactement quel est le rôle de l'image et son mode d'action dans la vie commune, il nous faudra chercher comment l'action libre de l'esprit lui résiste et ce qu'il fait d'elle une fois qu'il s'en est rendu maître. Mais, avant d'en venir là, il sera utile de marquer les lois principales de l'image proprement dite, abstraction faite des exagérations dont nous venons de terminer l'examen. Le souvenir que nous avons gardé de cette dernière étude nous servira d'ailleurs puissamment. Ces états, dira-t-on, étaient des états de trouble et de maladie. Sans doute ; mais la maladie de l'être total ou de l'ensemble deTintelligence consistait précisément en ceci, que les autres facultés psychiques étaient momentanément arrêtées ou affaiblies. L'imagination alors ou agissait seule, ou exerçait une domination anormale, elle rendait ainsi l'ensemble malade et elle en troublait les lois; mais elle agissait

1 la L-IMA(ilSATIOS.

toujours, quanl à elle, d'itin^s les lois qui lui sont propres. La nature de son action n'était ni altérée, ni métamorphosée ; elle était simplement agrandie par le manque de résistance ou la réduction plus ou moins complète des autres fonctions avec lesquelles elle doit liabituellement concourir pour réaliser le type complet de l'intelligence humaine. Noua pouvons donc nous tenir pour convenablement préparés à démêler les lois principales de l'image.

L'image est un phénomène mixte, intermédiaire, médiateur même, si l'on veut, entre les sens et l'esprit. Mais nous n'avons guère pu voir jui^qu'à présent que ses rapports avec les sens. Comment donc les sens agissent-ils sur elle, et comment agit-elle sur les sens? Nous sommes en mesure, croyons-nous, de répondre à cette double question :

Les sens agissent sur l'imagination en délerminant ; l^la quantité des images 5 2" leur qualité; 5° la nature propre et spéciale d'un grand nombre d'entre elles.

1. Puisque les images ne font que reproduire avec plus ou moins de force et plus ou moins d'ordre les sensations éprouvées, il est clair que celui qui a recueilli et recueille des impressions nombreuses, doit avoir, toutes choses égales d'ailleurs, une imagination plus riche et plus variée. Privez quelqu'un d'un sens, rendez- le sourd ou aveugle, vous tarissez la source de ses images. Si l'activilé de son intelligence ou uncertain surcroît de vie dans les sens demeurés intacts ne viennent pas y suppléer, les matériaux de sa vie psychique doivent nécessairement diminuer. Quiconque veut être Ut) peintre apte à disposer sur sa toile autre

ACTION DES SESS SUR LES IMA(iES, liT

chose que de sèches allégories on des abstractions mal coloriées, doit avoir beaucoup voyagé, beaucoup vu, beaucoup comparé. Et encore ces- comparaisons ne seront-elles fécondes que si son système visuel est tel, que les lignes et les couleurs l'occupent, lui agréent, qu'il en découvre aisément et en remarque avec plaisir les diverses nuances... Pour avoir ce qu'on appelle des idées musicales, c'est-à-dire tout au moins des images acoustiques assez nombreuses et assez vivantes pour se prêter à des combinaisons multiples, il faut d'abord avoir le sens de l'ouïe bien organisé, puis il faut avoir beaucoup entendu. Les organisations chez qui l'image semble devancer la sensation onl hérité, n'en douions pas, des aptitudes préparées perfectionnées dans les organisations de leurs ancêtres. Puisque les sens lèguent à l'imagination ces im. pressions persistantes qui alimentent son action. faut donc que les occasions de s'exercer sur des objets ■ assez multiples et assez divers lui soient fournies par le milieu, par les habitudes de l'individu. L'homme du Midi vit généralement plus au dehors; il commerce plus souvent avec les objets extérieurs, avec le soleil et la lumière; aussi a-t-il incontestablement plus d'images que l'homme du Nord. Celui-ci vit plus enfermé dans sa demeure, il réfléchit plus profondément, il travaille plus activement, avec une énergie plus soutenue, à combiner les images qui hantent son cerveau, et c'est par là seulement qu'il peut reprendre l'avantage'-

2. La nature des sensations éprouvéeB détermine [a qualité des images. H est des images gaies, il en est de tristes : voilà d'abord des qualités dont tout le monde a l'uxpérience et comprend la nature. Mais tout le monde sait également à quel point elles dépendent des sens tant internes qu'externes. La nature humaine craint généralement la lutte. Si elle la brave quelquefois, c'est qu'elle n'y voit qu'une suite d'occasions favorables pour développer plus brillamment la supériorité qu'elle s'attribue : il faut pourtant que cette lutte soit passagère et que l'individu n'en sorte pas afTaibli, autrement il aurait vite fait de s'en dégoûter et de lafuir. Mais il est un combat qui nous est particulièrement pénible, c'est celui que nous soutenons avec nous-mêmes. Les divers éléments qui constituent notre être complexe veulent, pour ainsi dirf^, s'accorder et se mettre à l'unisson les uns des autres, en même temps que chacun d'eux tend à vivre pour lui, de sa vie propre. Si, attirés par un idéal supérieur, par l'espérance de voir se réaliser les promesses que cet idéal contient, notre libre volonté prend la direction de noire vie, peu à peu les différentes énergies de notre être cessent de se développer au hasard ou dans des sens divergents : elles tendent à un même but, elles concourent, par des associations et des sympathies qui s'affermissent de jour en jour, à développer un état général dont l'unité fait la puissance. Les

offorls d'une industrie laborieuse el inceiMnle. tl en recueille et s'an assimile l'énergie nccumnléc dans Ig9 forills carbonis^Rs du «il, dan; tes végétaui et dana les aniniBui ilout il se nourrit, dans les boissans termenléei, etc.

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