‹ L'Imagination Etude PsychologiqueChapitre 58 sur 81 · ACTION DE L'ESPRIT SUR LES IMAGES · texte numérisé non relu

ACTION DE L'ESPRIT SUR LES IMAGES

se retrouver au milieu des images dont son cerveau vient l'assaillir ; ou bien le mot se retrouver peut recevoir ici plusieurs interprétations. L'esprit sent son action ; il la sent supérieure au déterminisme cérébral et aux influences du monde externe ; il la *seat libre, en un mot : mais il y a plus. Dans chacune de ces représentations qui reflètent les phénomènes de la nature, il peut mettre quelque chose de lui-même, il s'y exprime, pour employer le mot consacré. En effet, l'expression, sans laquelle aucune œuvre d'imagination ne saurait nous plaire, ne nous y trompons pas, c'est l'expression de quelque sentiment ou de quelque idée, de quelque chose de nous-même, de notre âme. Comment l'esprit peut s'exprimer par les images, l'âme par la matière, il s'agit, avant d'aller plus loin, de l'expliquer.

Nature et lois de l'expression. — L*homme.

Nous pouvons d'abord poser ce principe général, aussi facile à vérifier qu'à comprendre : Le corps exprime l'âme parce que le corps ne vit pas sans l'âme, pas plus que l'âme, dans les conditions de notre existence actuelle, ne vit sans le corps. Chacun des deux agit sur l'autre; chacun des deux est solidaire de l'autre : il n'est donc pas étonnant que chacun des deux traduise, annonce, exprime les divers états de son associé. Aussitôt que nous avons remarqué en un lieu quelconque de l'univers deux phénomènes liés par des rapports constants de cause à effet, de partie à tout, de moyen à fin, chacun des deux devient par cela même le signe consacré de l'autre : il suffît que l'un soit aperçu pour que l'autre puisse être annoncé, prévu, attendu et, dans tous les cas, imaginé. Or, le physique et le moral sont assez liés entre eux — quelque

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opinion qu'on ait d'ailleurs sur la nature des principe» dont ils dépendent — pour qu'ils s'expriment ainsi mutuellement, et que, par exemple, la colère d'un bonune se lise sur son visage et dans toutes les attitudes de son corps, aussi clairement que la tempête s'annonce par la rapide accumulation de nuages noirs qui en sont les premières manifestatioDs ou, si l'on veut, les premiers elTets.

Décomposons cette loi générale, nous y trouverons, à ce qu'il nous semble, les lois secondaires que voici :

i'Tout organe exprime sa fonction, et la nature des mouvements qu'il laisse apercevoir au dehors exprime la manière facile ou difficile, lente ou rapide, forte ou faible, régulière ou irrégulière dont s'accomplit cette fonction. Ce n'est en effet que par une sorte d'abstraction que nous isolons ou considérons séparément la fonction etson organe. Mais c'est précisément pour l'esprit humain l'une des plus remarquables conséquences de cette habitude inévitable d'abstraire, que de pouvoir décomposer un phénomène et en prendre la partie la plus saillante comme signe ordinaire de la partie la plus cachée,

2° Non seulement tout organe exprime sa fonction ; mais tout organe peut exprimer aussi les fonctions de ceux des autres organes avec lesquels il est lié par une sympathie et une synergie habituelles, résultats des connexions organiques.

3° Parmi ces connexions il en est qui sont plus étroites, plus nécessaires, plus générales par conséquent et d'une signification plus facile à interpréter par tous les hommes, puisque tous les hommes ont pu

les expérimeoter sur eux-mêmes tout en les remarquant souvent chez leurs semblables. Mais il en est qui, étant plus éloignées, ne peuvent produira chez toutes les personnes, ni même toujours chez une même personne, des effets sensibles aussi faciles à saisii' et à comprendre, en un mot aussi expressifs. Il est des organisations chez qui les impressions de toute nature restent facilement localisées. Ces organisations là sont lourdes et paresseuses, à moins qu'elles n'aient à un degré tout à fait éminent la résistance et le calme de la force. Dans de pareilles conditions, on le sait, la physionomie est impénétrable. Chez certains tempéraments, au contraire, rien ne peut \ibrcr sous l'excitatioa la plus légère, sans que toutes les cordes de l'organisme vibrent à l'unisson. Chez un même homme enfin, le nombre, l'étendue, la vivacité des efforts expressifs, dépendent beaucoup de la viîacilé du phénomène physique, ou mental, ou mixte qui l'atTect^.

Tout excès de force nerveuse doitsc dépenser d'une manière ou de l'autre. Une irritation accumulée qui ne trouve pas une issue assez large et assez prompte cherche à se soulager par l'exercice d'une action musculaire quelconque. Si aucune direction précise n'est fixée à cette expansion de force nerveuse par la nature spéciale du phénomène et par sa cause, l'afflux suivra d'abord les voies les plus habituelles : si celles-ci ne Buflîsent pas, il débordera dans des voies moins usitées. En conséquence, les muscles de la face, qui sont ceux dont le jeu est le plus fréquent, seront toujours iisposég à entrer les premiers en action. Viendront

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ensuite les muscles des membres inférieurs, enfin

ceux du corps tout entier'.

L'observation de ces faits nous amène naturellement à comprendre comment il y a certaines expressions qui doivent se retrouver partout et toujours les mêmes, chez tous les représentants de l'espèce humaine ; mais aussi comment il en est qui varient d'un âge àl'autrc. d'un sexe à l'autre, d'une race à l'autre, et ainsi de suite. M. Darwin pense même que certains moyens d'expression, propres jadis à tels ou tels individus dans des circonstances particulières, ont dû se communiquer par hérédité et se renouveler ainsi de génération en génération, après avoir perdu leur utilité première et leur valeur naturelle. Si peu vérîflable que soit cette hypothèse, elle n'est cependant pas sans Traiscmb lance. 11 y a lieu de disCuter et de différer beaucoup d'opinion sur le nombre et l'importance des cas auxquels elle peut s'appliquer ; mais somme toute elle a sa place dans la science.

4''AvecGratiolet et malgréM. Darwin, nous croyons qu'outre les mouvements d'expression directs ou sympathiques, il y a des mouvements d'expression symboliques. Que faut-il entendre par là? Le voici. D'abord l'esprit établit entre ses propres fonctions et celles des organes du corps qu'il anime un certain nombre d'analogies. Il est des idées qui conviennent à notre esprit et il y en a qui lui répugnent, comme il y a des

1. Gh. DarWin, VEipreasion dei émolioni, [i. 7«. On IrouTera II, u pasaa^ que nous citons, non seulement l'opinion pcraonnella de I. Darwin, mais d'intûreesantes cilalions de Millier, de Claude fiermid, d'Herbert Rpcneer, duns le m^nic sens.

substances qui conviennent et d'autres qui répugnent à notre organisation corporelle. Il suffit d'observer et de réfléchir pour constater cette analogie et en tirer parti. Supprimez ce système de comparaison, que deviendrait le langage? — En second lieu, le corps et l'esprit sont liés si intimement l'un à l'autre, que chacun des deux tend toujours à faire partager al'autre ses plaisirs et ses souffrances, ses désirs et ses aversions, ses haines et ses amours, ses craintes et ses espérances. Quelquefois ces sympathies entre le corps et l'esprit sont générales : dans certains cas, un transport purement physique à son origine finit par émouvoir et bouleverser notre être moral tout entier, nos idées, nos volontés, nos sentiments; et de même une simple imagination pourra suspendre ou altérer en nous les fonctions organiques les plus cachées. Mais dans beaucoup d'autres cas où l'émotion première a été plus modérée, la sympathie ne se fera sentir que d'une fonction mentale à une ifonction organique, à la condition qu'entre les deux l'esprit de tout homme puisse instituer une analogie prompte à saisir.

M. Darwin trouve que ce mot d'expression ou de mouvement o symbolique » est vague. Pour lui, ces mouvements ne sont autre chose que les résultats séculaires d'habitudes plus complètement organiques et qui datent, il en est convaincu, des origines semianimales de notre espèce. Mais bien des exemples qu'il cite lui-même dans son ouvrage montrent que te symbolisme est encore plus facile à comprendre et surtout à constater, que cette prétendue sui-vivance . d'habitudes préhistoriques. Quelques hommes, dit

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