‹ L'Imagination Etude PsychologiqueChapitre 59 sur 81 · IK L'IMAGINATION · texte numérisé non relu

IK L'IMAGINATION

M. Darwin, découvrent leurs canines dans une crisëcle violente colère. Eh bien, cet acte est le vestige persistant d'une habitude acquise autrefois, lorsque nos a cètres à demi humains se battaient a coups de dents, comme font actuellement les orangs-outangs et les gorilles*. Soit! C'est là sans doute une assertion dont la valeur est subordonnée à la vérité ou à la fausseté de la théorie transformiste tout entière, et ce n'est pas le lieu de discuter celte théorie ; mais dans cet exemple, au moins, l'hypothèse est intelligible. Voici où elle ne le serait plus et où le symbolisme, en revanche, est parfaitement évident. « Les sauvages, dit M. Darwin [résumant des observations authentiques ), expriment quelquefois leur satisfaction, non seulement par le sourire, mais par des gestes dérivés du plaisir de manger. Ainsi, M. AVedgwood raconte, d'après Petherick, que les nègres du Nil supérieur se mirent tous il se frotter le ventre, lorsque celui-ci exhiba ses colliers. Leichardt dit que les Australiens faisaient claquer leurs lèvres à la vue de ses chevaux, de ses bœufs et surtout de ses chiens. Les Groenlandais, quand ils affirment quelque chosa avec plaisir, aspirent l'air avec un bruit particulier, ce qui peut être une imitation du mouvement que produit la déglutition d'un mets savoureux', s On ne peut dire, assurément, que les nègres du Nil supérieur eussent envie de dévorer les colliers; conjecturer qu'ils descendaient de quelque aieul inconnu, à l'estomac d'autruche, et que ce geste partiel est un vestige des habitudes attestant les capa-

cités digestives de cet ancêtre, ce serait téméraire. M. Darwin, d'ailleurs, au passage que nous venons de rappeler, se borne à citer les faits, sans commentaires et sans explication d'aucune sorte. Il n'en donne pas davantage quand il décrit les divers mouvements expressifs du mépris et du dégoût, qui sont partout les mêmes. « Le mépris et le dégoût, dit-il, paraissent s'exprimer presque universellement par l'acte de cracher, qui représente évidemment l'expulsion de quelque objet répugnant hors de la bouche. Leichardt fait remarquer que les Australiens interrompaient leurs harangues en crachant et en émettant un son analogue à pouh ! pouh! probablement pour exprimer leur dégoût. Le capitaine Burton parle de certains nègres qui crachaient sur le sol avec dégoût. Le capitaine Speedy m'apprend que le même fait s'observe chez les Abyssiniens. D'après M. Geach, chez les Malais de Malacca, le dégoût s'exprime en crachant, et chez les indigènes de la Terre de Feu, le signe le plus caractéristique du mépris pour un individu consiste à cracher sur lui. » M. Darwin est sans doute de l'avis de M. Tylor, qu'il cite à propos de ces faits, et aussi de celui qui consiste à tirer la langue en signe de mépris et de haine. « On ne voit pas clairement, dit M. Tylor, quelle est l'origine de ces mouvements. » On ne le voit pas, assurément, si l'on veut démontrer à tout prix que chaque mouvement d'expression est le reste de quelque habitude tout animale transmise par hérédité. Mais pourquoi se refuser à l'évidence ? Et qu'y a-t-il donc de si vague ou de si peu scientifique dans un symbolisme si simple, si facile à rattaclv^'c

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