‹ L'Imagination Etude PsychologiqueChapitre 62 sur 81 · Engel, Lettres sur le geste et sur l'action théâtrale · texte numérisé non relu

Engel, Lettres sur le geste et sur l'action théâtrale

cément, la seule ébauche partielle de l'acte, exprime ainsi l'acte lui-même. Voulons-nous congédier sans repousser violemment, nous déplions et ondulons, en quelque sorte, notre main dans le sens de la porte, comme si nous voulions seulement accompagner notre visiteur, sans hâter notre séparation. Youlons-nous menacer, nous exécutons le prélude d'un acte de violence, et l'imagination du spectateur la continue comme fait la nôtre : aussi nous comprenons-nous mutuellement*.

11 n'est pas jusqu'à certaines nuances de volonté négative qui ne s'expriment de la même manière et conformément à la même loi. Comme le disait encore finement Gratiolet, la raideur marque « l'immobilité dans l'action », c'est-à-dire l'effort. dépensé tout en résistance; et le gémissement, « l'effort de la faiblesse », de même que le changement fréquent d'attitudes et la mollesse de la pose sont les effets et

1. D'ailleurs que n'exprimons- nous pas avec la main? < Avec la main, dit Montaigne, nous requérons, promettons, appelons, congédions, menaceons, prions, supplions, nions, refusons, interrogeons, admirons, nombrons, confessons, repentons, craignons, vergoignons, doublons, instruisons, commandons, imitons, encourageons, iurons, tesmoignons, accusons, condamnons, absolvons, Injurions, mesprisons, desBons, despitons, flattons, applaudissons, bénissons, humilions, mocquons, reconcilions, recommandons, exaltons, festoyons, résiouissons, complaignons, attristons, desconfortons, désespérons, estonnons escrions, taisons, et quoy non ? d'une variation et multiplication, à Tenvy de la langue. De la teste nous convions, renvoyons, advouons, desadvouons, desmontons, bienveignons, honorons, vénérons, desdaignons, demandons, esconduisons, esgayons, lamentons, caressons, tansons, soubmettons, bravons, exhortons, menaceons, asseurons, enquerons. Quoy des sourcils ? Quoy des espaules ? 11 n'est mouvement qui ne parle. » (Montaigne Essaya, 1. II, chap. xu). On pourrait faire, une étude spéciale sur chacun de ces mots et sur chacun de ces gestes expressifs.

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par conséquent les signes nittiirtils de l'indécisioa.

L'homme résolu et qui \a courageusement nf- Ironler une dîffieuUé qu'il se croit sûr de vaincre respire largement, comme pour se mieux préparer a l'action; et en fait, la respiration, qui aide à renouveler le sang, aide aussi à renouveler l'énergie. L'homme qui sent son imjiuissance et qui voudrait, mais ne peut la surmonter, commence d'abord ce même mouvement, puis s'interrompt presque aussitôt et s'abandonne. Chez le premier, c'était l'aspiration qui était la partie saillante, expressive, du phénomène respiratoire; chez le second, c'est l'expiration.

3° Enfm, nous ne pouvons sentir sans être portés à ce que j'appellerai la totalité du plaisir ou de la douleur. Nous l'avons vu, en effet, à bien des reprises et par des exemples nombreux, en nous tout t«ympathise et tout concourt. Nous ne voulons pas seulement parler des effets du cerveau sur les viscères, — nous savons que les émotions produisent promptement et malgré nous sur l'estomac, sur les intestins, et plus particulièrement sur le cœur, un contre-coup qui en modifie quelquefois très profondément les fonctions; — mais dans les organes mêmes placés sous l'empire de notre volonté se fait sentir cette tendance de notre être à la totalité, à l'harmonie, à l'unité. Si la passion qui nous remue est une passion heureuse, tout se dilate dans un mouvement généra! d'expansion, qui est lui-même salutaire et bienfaisant. Si elle est malheureuse, tout se contracte, tout se resserre. Dans le premier cas tous nos organes sont de la l'ète; dans le second, tous

prennent le deuil et souffrent de la douleur commune.

Mais le plaisir et la douleur ont leurs nuances. Notre passion est-elle confiante, il semble que nous allions voiles déployées ; nos sens comptent sur une satisfaction prochaine, mais ils la cherchent, et de là cet air tout en dehors de l'espérance et de la gaieté. Notre passion est-elle triomphante, nos sens alors tiennent leur satisfaction, ils la possèdent ; un orgueil légitime fait que nous semblons trouver tout en nousmêmes; nous nous suffisons ^ et partant, les choses extérieures n'ont plus le don de nous attirer ; le champ de notre regard se limite, c'est nous-même que nous voyons, que nous entendons, que nous goûtons, que nous savourons.

Quant à la douleur, elle a aussi ses modes. divers; car elle peut toucher à deux points extrêmes et osciller entre ces deux points, qui sont l'exaltation et la prostration. Ces deux mots sont assez expressifs par eux-mêmes. Là, le corps tout entier s'apprête à une résistance désespérée contre la cause de la douleur. Ici, les membres eux-mêmes témoignent de l'anéantissement des forces physiques succédant à celui des forces morales, ils renoncent à la lutte en même temps que l'esprit renonce à l'espérance.

n faut tenir compte, sans aucun doute, des efforts que fait souvent l'individu pour comprimer ses propres mouvements et en altérer l'expression. Mais cet effort même se trahit, et il a sa signification qu'il est possible de démêler. « Voulez-vous savoir si une douleur est vraie, disait Réveillé-Parise, demandez si elle se cache. Voilà le principe en général, et sa justesse est fondée

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sur des expériences peu démenties (sauf quelques diversilos de caractère). Il y a donc des douleurs muettes, des douleurs qu'on etiferme à triple tour, qui n'ont ni exclamation, ni explosion, qui glacent le cœur, qui stupéfient, qui donnent un calme apparent; douleurs mille fois plus teiribles que le désespoir qui s'exhale et se fait jour.... Quelquefois, malgré la dissimulation, un trait qui échappe éclaire un ensemble, une suite de sentiments douloureux, met le médecin sur la voie et pose les indications. En effet, toutes les fonctions, tous les organes ne convergent-ils pas vers l'unité uj/a/e? Accordons qu'aucun homme n'a toujours complètement son âme sur son visage; il n'est pas moins vrai que l'état de cette âme, surtout quand elle est agitée, se décèle tôt ou tard par des signes manifestes pris dans l'ensemble de l'organisme, n Corpus animum « tegit et detegit »; ou encore, comme le disait un savant médecin du seizième siècle, Lommiua : « Nulla « corporis pars est, quamlibet minuta et exilis, quan- « tumvis ahjecta et ignobilis, quœ non aliquod argu- « raentum, insita naturie et quo animus inclinet, « exhibeat'. »

Notre but n'étant pas de donner une explication complète des mouvements de la physionomie, nous nous en tiendrons aux exemples que nous avons donnes. Ils suffisent, croyons-nous, pour confirmer cette proposition générale, t'imaginalion de l'homme peut sous un mouvement corporel se représenter un fait mental. Le corps et ses mouvements en effet ex-

priment Tâme et ses états, parce que tous deux sont associés, et que nous ne pouvons être affectés dans aucune partie de ce tout naturel* qui nous constitue, sans tendre autant que possible à l'unité par l'accord et l'harmonie, souvent traversés et contrariés, mais toujours cherchés, du physique et du moral.

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