Laugcl, La voix^ V oreille et la musique
puissance donc ne dispose-t-elle pas pour remuer, pour ébranler, pour charmer nos sens et notre âme ! « Toute variation, dit l'écrivain que nous venons de citer, fait deviner une force, une sorte de vie cachée. C'est pour cela que la musique tient notre sensibilité dans une angoisse si pénétrante et sous un charme si profond. Elle nous force peu à peu à faire des rapprochements occultes et instinctifs entre les agents externes et ce moteur mystérieux que nous portons au dedans de nous-mêmes. Tandis que les sons flattent l'oreille, la dynamique qui en règle le rythme, les ondulations et l'harmonie, obsède l'esprit. Il faut trouver un sens à ces agitations, à ces fluctuations ; il faut chercher le lien mystique qui maintient l'ordre parmi les notes qui se poursuivent, s'enchevêtrent, se défient, se rapprochent. De là vient le privilège particulier de la musique ; elle permet à l'âme de superposer en quelque sorte ses émotions personnelles à la flottante harmonie. » Ainsi, non seulement la musique nous excite et varie à chaque instant la puissance de ses cotations ; mais à ces émotions mêmes qu'elle soulève elle impose soni*ythme et sa mesure; elle les enti'aîne, elle les précipite, elle les calme, elle les adoucit; et en même temps elle laisse à l'esprit la liberté d'évoquer tous les souvenirs, les aspirations, les rêves, les projets, les espérances qui lui sont chères. A-telle à suivre les phases d'une action dramatique, comme elle le fait dans l'opéra, elle adapte ses mouvements à ceux des passions qui dominent tour à tour dans les personnages de la pièce. S'afTranchit-elle et affranchit-elle aussi ses auditeurs du soin de s'inté-
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resser à une nrtion déterminée, se passe-t-ellc. connme dans la symphonie, des indications trop précises de la parole, elle clierclie encore à escilcr quelque passion dont le caractère génénl et quelquefois même l'objet sont suffisamment indiqués : la passion héroïque, la passion religieuse, la passion de la nature champêtre. Veut-elle encore plus de lilierté, elle ne laisse pas de donner à sa composition une unité provenant du ton qu'elle adopte. L'imagination de l'andileur en recevra toujours une secousse particulière à la suite de laquelle elle s'élancera dans une direction ou dans une autre avec une allure déterminée, la sensibilité tout entière étant remuée d'une certaine façon. Mais toute passion, malgré l'unité que lui communique ou son objet ou le caractère de la personne qui l'éprouve, a ses péripéties et ses phases, parce qu'elle a ses heures d'enthousiasme et ses heures d'abattement, ses défaites et ses triomphes, ses consolations, ses retours, ses délices et ses angoisses. Elle a donc son andante, son allegro, son adagio, son scherzo,... et la symphonie qui fait se succéder ces divers caractères ou modes de mouvement ne fait que répondre aux exigences de notre sensibilité, qu'elle excite et satisfait tout à la fois.
En résumé, nous conununiquons et exprimons nos passions par certains états de notre organisme. Tout ce qui provoque et fait naître en nous de tels états fait aussi natlrc en nous ces passions dans une mesure plus ou moins grande, ou, pour mieux dire, nous les fait imaginer. La même route est parcourue en deux sens différents ; mais en somme la route est la même,