LES CONDITIONS DE L'ŒUVRE D'ART ET LES IMAGES
d'elle tout un cortège d'idées accessoires et transformant les impressions voisines ;
2^ La vue d'un caractère essentiel ou dominant, cause ou objet de cette sensation plus vive que les autres.
Reprenons ces deux propositions. Oui, une sensation forte et vive a bien la puissance que M. Taine lui attribue. Comme ces ferments qui dénaturent le milieu dans lequel ils plongent, en attirant à eux et en s'assimilant ce qui leur convient, une impression puissante, une vive image peut altérer promptement les rapports de notre sensibilité avec les choses. Mais cette influence, elle l'exerce déjà, de la plus remarquable façon, dans les névroses extraordinaires, dans le somnambulisme et dans l'extase. « Cette sensation si vive, dit M. Taine S ne reste pas inâctive. Toute la machine pensante et nerveuse en reçoit l'ébranlement par contre-coup. » Ces expressions où la machine joue vraiment un grand rôle, s'appliqueraient fort exactement, encore une fois, à l'extase pathologique. Où donc est la différence? Dans les états de maladie, l'image n'opère une telle action qu'à l'însu de l'individu, sans son concours et dans des fins absolument insignifiantes. Or, qui dira sérieusement que chez l'artiste éclate ainsi une sensation vraiment spontanée qui, s'emparant de lui malgré lui, trace dans son cerveau les lignes et les couleurs du tableau que, docile esclave d'une inspiration étrangère, il reproduira sur sa toile? On a bien écrit, nous le savons, des phrases