LES CONDITIONS DE L'ŒUVRE D'ART ET LES IMAGES
de toute œuvre d'art préside une idée ou image dominante, groupant autour d'elle tout un chœur d'images accessoires. Mais le fait, ainsi désigné, se retrouve chez le médecin et chez l'artiste. Or, Tœuvre de l'un se distingue profondément de celle de l'autre. L'artiste seul a une conscience claire de son travail ; seul il déploie une activité vraiment personnelle; seul il construit un ensemble intelligible et dont l'action sur les âmes cultivées est aussi agréable et aussi bienfaisante qu'elle est sûre.
Mais pour mieux nous expliquer ces différences, demandons-nous d'où vient cette image dominante. Ici, nous trouvons la seconde proposition de M. Taine : elle a un rapport étroit avec la première, et comme elle, elle peut être interprétée diversement. Dans les névroses que nous avons étudiées, l'image dominante vient ou d'une préoccupation qui poursuit obstinément l'individu, ou de l'obsession irrésistible d'un organe malade, ou d'une suggestion quelconque qu'un expérimentateur impose au patient. Dans la formation d'une œuvre d'art, elle est fournie, dit M. Taine, par un caractère essentiel ou dominant de l'objet vu et contemplé. Cela est parfaitement dit. Et voici un commentaire qui ne vaut pas moins. « L'architecte, par exemple, ayant conçu tel caractère dominant, la sérénité, la simplicité, la force, l'élégance, comme jadis en Grèce et à Rome, ou bien l'étrangeté, la variété, la fantaisie, comme aux temps gothiques, peut choisir et combiner les liaisons, les proportions, les dimensions, les formes, les positions, bref les rapports des matériaux, c'est-à-dire de certaines graude\M;% ^\%Vù\fta.^
21* LIMAGIKATION.
de manière .'i inanifestur le caractère conçu. Ainsi encore en musiiiue : quel que soit le point de vue qu'un compositeur ait préfiTe, les sons constituent toujours des ensembles de parties liées a la fois par leurs rapports mathématiques et par la correspondance qu'ils ont avec les passions et les divers états intérieurs de l'être moral. En sorte que le musicien qui a conçu un certain caractère important et saillant des choses, la tristesse ou la joie, l'amour tendre ou la colère emportée, telle autre idée ou tel autre sentiment quel qu'ilsoit, peut choisir et combinera 8on gré, dans cûs liaisons mathématiques et dans ces liaisons morales, de façon à manifester le caractère qu'il a conçu.
« Ainsi, tous les arts rentrent dans la déSnition présentée. Dans l'architecture et dans la musique, comme dans la sculpture, la peinture et la poésie, l'œuvre a pour but de manifester quelque caractère essentiel, et emploie pour moyen un ensemble de parties liées dont l'artiste combine ou modifie les rapports'. Il
Mais de ces observations si justes et si bien exprimées, ne sommes-nous pas déjà en droit de conclure que les caractères essentiels sont, au point de vue de l'art, innombrables, qu'il est permis à l'imagination d'en trouver chaque jour de nouveaux, qu'ils ne s'imposent pas du dehors et ne ressortent pas de la seule vue des choses, mais que l'artiste est libre d'en trouver et d'en élire, comme il lui plait, pourvu qu'il puisse y ralticlier un certain nombre de caractères sccon-