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LES CONUITEONS DE L'ŒUVRE ICAIIT ET LES IJIAUES. 245 daires qui en dépendent, mais qui soient vraia et fournis par la nature. Faut-il entendre, connue beaucoup trop de phrases de M. Taine semblent nous y inviter, que chaque être, chaque portion de l'univere ayant un caractère essentiel, l'art n'a rien à CairE qu'à le compléter et à le mieux mettre en saillie, après l'avoir découvert? Non. Ce serait là trop limiter le domaine de l'art. Si le peintre s'est chargé de me donner le portrait de tel personnage, historique ou non, s'il se propose, comme but spécial et avoué, de me représenter tel paysage connu, déterminé, on pourra lui demander en effet de dégager le caractère essentiel et dominant de l'homme ou du paysage ; et il est probable qu'il n'y en a qu'un'. Mais ce n'est là Lien évidemment qu'une des formes nombreuses de l'art. Car, en général, ce qui dislingue l'art de la science, c'est précisément ceci : la science doit prendre les êtres tels qu'ils sont, et elle doit nous les expliquer sans rien supposer ni rien omettre : l'art choisit, et parmi les caractères des choses qu'il veut soi-disant imiter, il choisit celui qui répond le mieux au sentiment qui l'anime*, à sa fantaisie même; et il n'en doit compte à personne, du moment où il réussit à composer un tout qui non seulement attire le regard de l'homme inleUigent, sensible et cultivé, mais le retient et le captive. Une son imagination doive se représenter for-
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tement ce caractère, en demeurer tourmenlée ou ravie, mais toute remplie enfin, (lendant que sa main re. produit les images secondaires et de détail d'après la ' tcclinique de son art, Toilà qui est incontestable. Mais pour se représenter ce caractère qu'elle a élu et décrété dominateur, son âme n'a pas été passive, ni même simplement contemplative, elle a été active et libre. Elle a été libre, entendons-nous bien, dans sa conception première. C'est dans l'exécution seulement qu'intervient la science des moyens et des procédés, ainsi que l'observation minutieuse delà nature. Nous concluons donc au rebours d<: ce dont les métaphores de M. Taine semblent vouloir nous persuader. Là où il place une série de contre-coups qui ébranlent la machine nerveuse, nous pla<;ons l'observation, le travail et l'étude. Là où il veut que l'esprit subisse l'irrésistible ascendant d'un caractère donné par les choses, nous plaçons la liberté du choix.
Kn vain, pour établir que cette liberté n'est qu'illusoire, accumulera-t-on toutes les conditions extérieures d'une œuvre d'art, la race, le siècle, le moment, le tempérament physique de l'artiste. Les aliments par lesquels s'entretient la vie ne sont pas cette vie même. Si riches et si nombreux qu'ils soient, ils ne se transforment un corps vivant que par l'action d'une vie déjà formée. On peut même dire que cette vie a d'autant plus besoin de vigueur et de force personnelle qu'elle a plus de matériaux à transformer. Non, l'on ne se trompait pas quand on faisait de l'oriffinalilé et de la puissance créatrice la marque du génie 1
LES CONDITIONS DE L'ŒUVRE D'ART ET LES IMAGES. 1*1 Ce mélange d'inspiration , de libre choix et d'étude, d'émotion personnelle et de science de la nature estil difficile à comprendre? Nous ne le croyons pas. Remarquons-le d'abord, quand nous parlons de la passion qui tourmente l'artiste et le porte à créer, nous lie parlons pas d'une passion (juelconque. 11 en est (noua n'avons pas à le prouver ici) qui vouent l'homme au désordre, à la division de ses propres facultés, à la guerre avec lui-même, par conséquent à l'impuissance. Ce ne sont pas celles-là, à coup sûr, qui inspireront les belles œuvres. Mais supposons une nature non seulement riche, mais bonne et sans envie, et remplie d'une émotion telle qu'elle puisse s'y abandonner sans remords et sans scrupules, et qu'elle en sente sa vie morale accrue et agrandie : ne voudrat-elle pas la communiquer? S'il est vrai que nous sommes faits à l'image de la divinité, nous pouvons appliquer dans une certaine mesure à l'âme humaine ce que Platon dit de Dieu ; « Il était bon : ce qui est bon est exempt d'envie. Exempt d'envie, il a voulu que les choses fussent, autant que possible, semblables à lui. » Toute âme bonne qui vit d'une vie intense, veut produire, elle aussi, des choses qui soient, autant que possible, semblables à l'idée qu'elle a d'elle-même. C'est là, suivant Platon encore, l'essence de l'amour, qui est, dit-il, laproduction dans la beauté, selon te corps et selon l'esprit. Prenons avec Platon le mot d'amour dans son acception la plus large : toute émotion qui fortifie et élargit la vie de l'àme n'est qu'une forme de l'amour, lequel veut c Mais il ne suffit pas de vouloir créer, il faut assurer
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la vie de l'œuvre qu'on a conçue. Or, dans l'art, tout est confié au travail de l'homme. Il ne peut pas compter ici, comme dans la formation d'êtres vivants pareils à lui, sur le concours de la nature, ni abandonner aux lois de la puissance universelle le germe émané de lui. Les lois qui président à l'affermissement de la vie de l'œuvre d'art, c'est lui-même qui doit les appliquer, les réaliser, par conséquent les comprendre. On peut dire seulement qu'il saura d'autant mieux les appliquer, sans avoir besoin de réflexion abstraite et d'analyse, qu'il sera plus porté par la générosité de son amour à ne pas se départir un seul instant de la sollicitude qu'il porte k son idée, à vouloir que l'œuvre qu'il a conçue manifeste sensiblement les caractères inséparables de la vie et, avant tout, l'harmonie dans le mouvement.
Ainsi, la raison et l'amour sont bien deux formes sœurs d'une môme vie. La raison cherche l'ordre abstrait : l'amour cherche l'ordre concret et vivant. Là est l'explication de leurs différences et de leurs rapports. Là aussi est l'explication de ce fait que les combinaisons d'images appelées œuvres d'art doivent toujours respecter les lois de la raison, et que néanmoins l'artiste applique souvent ces lois sans daigner en prendre une connaissance raisonnée comme le ferait un philosophe ou un savant.
L'imagination poétique dans la science et dans la conduite
de la Tie.
Dans un ouvrage bien digne de devenir classique (s'il ne Test déjà), M. P. Janet, traitant du rôle de riraagination dans la science, a écrit ces lignes : « Non seulement l'activité, mais la raison elle-même a besoin de l'Imagination : celle-ci est souvent un moyen puissant de découvrir la vérité; et je voudrais voir, dans les traités de logique, un chapitre intitulé : Des erreurs commises par défaut d'imagination. Un capitaine se trompe à la guerre parce que son imagination ne lui a pas représenté tous les cas possibles ; ainsi d'un médecin, ainsi d'un négociant, do tous ceux qui sont obligés de calculer l'avenir. C'est l'imagination qui, leur représentant avec vivacité toutes les chances et tous les risques, leur fournit tous les éléments de calcul que la raison achèvera. La science elle-même, au moins la science de la na-
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ture, est impossible sans imagination ; par elle Newtoa voit dans l'avenir et Cuvier dans le passé. Les grandes hypothèses d'où naissent les grandes théories sont lîlles de l'imagination'. »
Tout cela est rempli du sens autant que d'esprit; et à une époque surtout, c'était une protestation bien nécessaire contre ceux qui avaient tenté, jusque dans l'éducation de la jeunesse, de diviser par des séparalions arbitraires les différentes facultés de l'esprit humain. Il ne faudrait certainement pas tout confondre, ni étendre outre mesure le domaine de la faculté que nous étudions. Il y a une aptitude à trouver des idées, il y a une pui.>*sanco de combinaison qui refève surtout du raisonnement et que l'on ne peut complèlement assimiler à l'imagination, telle du moins que nous avons cru devoir la défmir. Dans la science comme dans la poésie et les beaux-arts, il n'y a travail d'imagination que si les images gardent de quoi occuper et délecter le sens lui-même par leur coloration, leur relief et leur contour, leur arrangement agi'cable et facile à contempler. Mais même ainsi ramenée à son sens strict, l'imagination est encore d'un secours puissant dans les sciences.
D'abord, il est des êtres ou des phénomènes de la nature qu'on ne peut s'expliquer parfaitement qu'autant qu'on se les représente avec force et netteté. Comprendre exactement le rôle d'un organe dans un corps vivant, c'est le voir à sa place avec les connexions qui, le rattachant au reste de l'économie, lui