‹ L'ImaginationChapitre 14 sur 110 · Dlscaktes, ibiil · texte numérisé non relu

Dlscaktes, ibiil

l'ïmaginatiotv et les setvs i5

Or ce roman, bâti de toutes pièces, et sans modèle, par un <( esprit désincarné"», diraient les spirites, ne laisse pas d'être ouj^'imitation ou le contre-pied de la réalité terrestre. Il porte, « à travers de fantaisistes et un peu puériles innovations, une marque très terrienne, mêmeeuropéenne et civilisée )). On remarque, dit M. Flournoy, « ime identité foncière du monde martien, pris dans ses grands traits, avec le monde qui nous entoure, et son originalité puérile dans une foule de détails secondaires ». Le sujet évidemment vise à nous dépayser avec son miza, véhicule qui a roule sans moteur visible, sur un chapelet de boules » avec « ses globes colorés placés dans Fépaisseur des murs des maisons pour éclairer les rues », avec sa « machine à voler », ses « ponts qui disparaissent sous l'eau pour laisser passer les bateaux », ses personnages qui mangent « dans des assiettes carrées avec une rigole pour le jus », son allaitement « des bébés » à l'aide de « tuyaux allant directement aux mamelles d'animaux pareils à des biches », etc. Mais on n'a pas de peine à saisir le procédé et le point de départ de ces inventions bizarres. Aller à l'encontre des faits terrestres, c'est encore s'inspirer de ces faits.

Quant à la langue martienne, cette création stupéliante de M'^"^ SMrru, M. Flournoy a démontré, avec beaucoup de pénétration et de sens, qu'elle n'est ellemême « qu'un travestissement enfantin du français » . En effet, elle « se compose de sons qui tous, tant consonnes que voyelles, existent en français », autrement dit, elle n'a pas de sons qui lui soient propres, comme l'allemand a le ch, l'anglais, le tli,

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etc. De même si « la forme graphique des caractères est-nouvelle,... d'aspect exotique, néanmoins chaque signe martien répond à un signe français ». — Mais « c'est dans la valeur phonétique des lettres, c'est-àdire dans la correspondance des signes articulés et des signes graphiques qu'on voit percer le mieux la nature essentiellement française du martien ». — Knfm « l'ordre des mots est absolument le même en marlien qu'en français ». — Le vocabulaire seul dilTère ; encore beaucoup de mois du marlien ont-ils le même « nombre de syllabes ou de lettres que leurs équivalents français » *.

Ces analogies inattendues montrent assez que le martien est un français démarqué, pas assez démarque' cependant pour que des yeux pénétrants ne puissent découvrir le modèle dans la contrefaçon, ou, plus exactement, la matière première dans la façon.

Ainsi, si loin qu'on aille dans les créations de \9t fantaisie, et alors même qu'on fait appel au surnaturel, aux prodiges de l'imagination « subliminale», on se heurte toujours aux murs de la « prison » des sens, on constate Timpossibilité pour l'homme de s'alïranchir de la réalité, et de rien créer que sur le ( modèle et à Taide d'éléments empruntés à cette réalité.

vj 2. — Nous allons maintenant montrer que les sensations ne sont pas seulement la matière dont les images sont formées, mais figurent parmi les coudi-

1 . Tu. l*'i.oi RiîOY : Des Indrs à la planète Mars, passim. a<^ édit. Paris, F. Alcan, 1900, in-S».

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