‹ L'ImaginationChapitre 24 sur 110 · I. iM\r;r\ ni K · texte numérisé non relu

I. iM\r;r\ ni K

menir: point do la rétine, lornb(.'nl h la fois iinr impression qui seule donnerait du rouge, et une autre f(ui seule [)rodiiiiait du bleu. J^es deux impressions, arrivant simultanément sur un mémo point de lorgane, ne peuvent donner lieu qu'à une seule réaction, d'où il résulte la sensation du violet.

(( M. Ampkrk donne le nom de conimémoratioii à l'image ainsi reproduite de l'animal absent, et celui fU; conrrelion au pbénomène qui dans ce cas nous représente l'arbre, pbénomène dans lequel se trouvent roncrélées la sensation actuelle de cel arbre et l'image de la sensation [)assée qu'on a eue. »

La tbéorie psycliologique de la concrétion a une grande portée, l'allé e\[)li(|uerait le lait capital de la mémoire, la reconnaissance . Ainsi, dans le cas qui nous occupe, c'est « cette concrétion d'une sensation actuelle et de Timage d'une sensation passée (qui) détermine le jugement par lequel nous reconnaissons Tarbie pour être le même que nous avons déjà vu » .

Elle explique une loule d'autres laits encore, donl le suivant « sur lequel l'illustre I^vplaci; avait attiré ratlenlinii (je M. A\ii>i;iœ. Lorsqu'à l'opéra, on n'entend (pie les sons et non les mots, si on jette les yeux sur le libretto, (jn entend tout à coup ces mots, et avec une telle netteté que si l'acteur a un accent particulier c[u'on n'a pas même soup(;onné, tant qu'on ne percevait que les sons, on s'en aperçoit tout à coup e( l'on peut reconnaître s'il est Gascon ou Normand ; de sorte qu'il ne faut pas dire, ajoute M. A>u'i;KE, qu'au moyen du libretlf» on sail ([uels sont 1rs mots pro nonces, mais qu'on les entend réellement. Or cela

r. IMAGINATION ET LES SENS ^l y

n'arrive que parce que les caractères imprimés rappellent, par commémoration, en vertu des habitudes acquises depuis qu'on sait lire, les images des mots, images qui se concrètent avec les sensations confuses que nous en avons en même temps, d'où résulte le phénomène d'articulation distincte, qui nous permet de reconnaître l'accent des chanteurs.

« C'est pour la même raison que, lorsque nous écoutons une homme, parlant dans une langue qui nous est tout à fait inconnue, nous ne distinguons nullement ce qu'il articule, tandis que, s'il parle dans une langue qui nous est familière, nous percevons nettement tous les mots qu'il prononce, en raison de la concrétion qui a lieu entre les sensations présentes de sons et les images de ces mêmes sons que nous avons souvent entendus.

(( C'est par ce phénomène de la concrétion que M. Ampère explique les saillies et les creux qui nous apparaissent sur un tableau, quoiqu'il n'y ait réellement qu'une surface plane couverte de diverses couleurs, mais où le peintre a reproduit les dégradations d'ombres et de lumières qui auraient lieu, si les saillies et les creux existaient réellement. En effet, l'habitude a hé, depuis longtemps, chez l'homme, les idées des formes cp.ie le tact lui a fait découvrir dans les objets où les saillies et les creux existent réellement, avec ces dégradations d'ombres et de lumières, et leur vue lui retrace, par commémoration, ces idées de formes, lesquelles se concrètent avec des impressions qui, sans cela, n'auraient produit que le phénomène visuel d'une surface colorée, sans creux ni saillie, comme elle est réellement.

^8 t/imagination

« C'est ce que M. Ampère a confirmé par une expérience qui consiste à tracer, au simple trait, sur une surface plane, des losanges dont les angles soient de 60 et de 120'', ou bien des lignes parallèles, dont les exti'émités soient jointes par des arcs de cercle.

« D'après les habitudes dont nous venons tie parler, le premier de ces dessins vous offre des cubes, et le second les plis d'un rideau. Mais rien ne distingue, dans le premier cas, les angles en saillie de ceux qui doivent paraître en creux ; rien n'indique, dans le second, si ces plis du rideau tournent leur convexité ou leur concavité du coté du spectateur. Alors, si on se figure que certains angles du premier dessin sont en saillie, ce qui met les autres en creux, on voit les cubes disposés de cette manière, et on continue à les voir ainsi jusqu'à ce que, par im autre effort d'imagination, on se figure, au contraire, les premiers en creux et les seconds en saillie.

a De même, dans le second dessin, si Ton s'imagine que les plis sont convexes, on les voit ainsi, et on continue de les voir jusqu'à ce que, se figurant qu'ils sont concaves, on parvienne à les voir de cette manière.

« Tout cela évidemment ne peut avoir lieu cpie parce que, par le rappel volontaire des formes dont il est ici question, on a produit les idées qui se concrètent avec les sensations.

« 11 n'y a j)ersonne qui n'ait remarqué le second fait à l'occasion des papiers peints qui représentent des tentures en draperies, el, pour Nérilici le premier,

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rien n'est plus aisé que de tracer sur un papier les losanges dont nous avons parlé V »

Nous avons cru devoir rapporter, à titre de document, cette théorie peut-être un peu oubliée, et qui mérite de ne pas Têtre. Elle est d'ailleurs un prolongement naturel de celle que nous avons exposée, et elle explique un grand nombre de faits d'imagination, dont l'étude ne rentrait pas dans le cadre de ce livre, mais qu'il était bon de signaler en passant.

I. Essai sur la philosophie des sciences, t. I, préface, note, p. Lxv et suiv.

Distinction de l'iniaginalion reproductrice et de la mémoire. — L'imagination est une évocation ou reproduction spontanée des sensations passées.

i. — Portée de l'imagination 'reproductrice. — Le défaut d'imagination tient au défaut d'exercice des sens, lequel est lui-même l'eflet de l'éducation professionnelle, du tour utilitaire de la vie, des habitudes et des goûts. — 11 est partiel : l'imagination va se s[)écialisant, et, se développant en un sens, 'elle s'atrophie en un autre.

2. — Fjois de l'évocation des images : loi de réintégration et loi (V intérêt. — L'évocation directe et l'évocation indirecte. — Leurs conditions.

3. — Le défaut d'imagination existe à l'égard de tous les sentiments et sensations ; il est proprement une représentation générique et sommaire. — Etant partiel, il est k quelque degré réparable. — Les représentations immédiates et les représentations inférées. — l^es souvenirs faux et abstraits ou pseurloimages et les souvenirs concrets ou images vraies. — La mémoirr afTective (concrète) et la mémoire intellectuelle (abstraite). — Leurs différences: l'tme se développe ^elon la loi de réintégration, l'autre selon la loi d'intérêt. — Leurs rapports.

4. — Applications. — Les esprits qui pèchent par excès, par défaut d'imagination. — L'a\are pris pour tvpe de non-imaginatifs, l'homme de devoir pur, le dogmatisant ou raisonneur. Les hommes d'inspiration, intuitifs et spontanés.

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