‹ L'ImaginationChapitre 57 sur 110 · Cité par Ribot : Psychologie des Sentiments, p · texte numérisé non relu

Cité par Ribot : Psychologie des Sentiments, p

2. Ad. Smith. Théorie des Sentiments moraux. Part. I, sect. II, ch. I, tr. de M^^*^ Grouchy, veuve de Gondorcet. 2 vol. in-80, Paris, 1798.

r iMAr.n.vTiON

et la délicatesse pour cacher au monde l<iii misère. A mesure qu'il avance dans ce tableau, sa sensibilitr' s'émeut ; ce n'est pas ce qu'il voit, c'est ce qu'il imagine qui le touche. On dira peut-être que c'est sa sensibilité même qui monte son imagination . delà est vrai ; mais il ne Test pas moins que c'est à limagination qu'il doit l'exaltation et la durée de sa sensibilité ^ »

L'action de l'imagination sur la sympathie étant ainsi établie, comment faut-il se la représenter ? Ecartons d'abord une interprétation fausse delà sympathie. Éprouver ce que les autres éprouvent, ce n'est pas se mettre en imagination à la place des autres et s'attendrir alors sur soi ; partager leurs émotions, c'est les ressentir sans doute en soi, mais non pour soi, et parce qu'on les fait siennes. La symj^athie n'est pas ré«^oïsme trans[)Osé, projeté au dehors par une illusion imagmative. Elle est un fait tout spontané, à savoir la commimicationà nous de l'émotion d'autrui, directement produite par la représentation vive de cette émotion.

Il est vrai pourtant qu'il faut attribuer en un sens un coeiricient personnel à la symj^athie. Nous n'en-

Trons pas en elïet dans tous les sentiments des autres, mais dans ceux-là seulement que nous sommes nousmêmes en état d'éprouver, partant d'imagijier ; et nous synjpalhisons (Tautic^ [)arf avec dos s(Mitimenls qui n'existent point clioz les autres, inai-> (|ue nous imaginons en eux, [)arce que nous les é[)rouverions à

I. Philosophie de l'esprit humain, tr. Peisse. t. I, p 38o et suiv.

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leur place. C'est ainsi que « l'impudeur et la grossièreté d'un homme nous font rougir pour lui, quoiqu'il soit incapable de sentir l'inconvenance de ses manières ». C'est ainsi que nous avons pitié du fou, quoiqu'il n'ait pas conscience de son^tat, mlîîs rîe"et chante. C'est ainsi que la mère ressent par contrecoup les souffrances de son enfant plus qu'il ne les sent lui-même, parce qu'elle y ajoute la réflexion et la crainte. C'est ainsienllnque nous- sympathisons avec les morts et les plaignons de ce dont ils ne souffrent pas, comme d'être privés de la lumière du soleil, d'être enfouis dans la tombe, mangés des vers. (( Nous nous mettons nous-mêmes dans leur situation, et, plaçant, pour ainsi dire, nos âmes toutes vivantes dans leurs corps inanimés, nous nous représentons les émotions qu'ils éprouveraient dans un pareil état ^ . » Mais notre sympathie pour les autres a beau revêtir ainsi la forme de notre sensibilité et de notre imagination propres, elle n'a rien de commun avec l'égoïsme et n'en dérive point.

On l'a définie fort bien « un unisson psychologique , un fait affectif unique, réfléchi dans plusieurs consciences » (Ribot). Cet unisson ne se produit pas de lui-même ou mécaniquement, ou du moins, s'il y a des émotions qui, en raison de leur nature élémentaire et simple, se communiquent immédiatement d'uneâmeà l'autre, ily en a d'autres, et en plus grand nombre, qui ne se communiquent ainsi qu'en vertu de leur association avec les premières. Autrement dit,

I. Ad. Smitii : Théorie des Sentiments moraux. Part. I, sect. I, ch. I.

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s'il y a des images qui se réfléchissent (Fcmblée dans plusieurs consciences, il y a d'autres images qui ne se propagent d'une conscience à l'autre qu'à la suite d'autres images naturellement contagieuses. Voyons donc comment dans ce dernier cas, qui est le plus commun et leplusordinaire, s'établit un courant de sympathie, et considérons d'abord comme étant la plus simple, V imitai ion sympathique.

Elle a pour j)oint de départ une sensation ou représentation visuelle. Un mouvement s accom[)lit sous nos yeux ; nous le reproduisons instinctivement. Ce n'est pas cependant la représentation visuelle de ce mouvement qui le suscite à elle seule, car cette représentation peut être vague et néanmoins suivie d'elTet, ou, au contraire, nette et précise, et nonsuivie d'efl'et. On observe que ceux qui cultivent en eux le don d'imitation n'insistent pas sur l'image visuelle pour la renforcer et la préciser en tant que telle, mais ne s'y arrêtent qu'autant qu'il est nécessaire pour évoquer à sa suite et par son moyen des images motrices. (( Ce n'est pas son miroir, mais son propre ejat intérieur, dit Steavart, que le mime consulte pour juger de l'exactitude de son imitation » ; et, s'il s'agit non de la simple imitation, mais de l'invention mimique, comme de la création d'un rôle, c'est encore « sans consulter son miroir, et par une sorte de conscience et de sentiment intérieur » que « l'acteur sait le moment où il a saisi » le ton, l'accent, le geste, le jeu de physionomie naturels et justes '. Le sentiment

I. Philosophie de l'esprit humain, llv. III. cli. ii, Du principe ou loi de l'imitalion sympathique, sect. I et II.

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intérieur, auquel Stewart foit appel, n'est pas autre chose qu'un complexus d'images motrices, particulières et précises, s'opposant aux images proprement dites ou visuelles, lesquelles sont, par comparaison, génériques et confuses. Donc reproduire un mouvement, ce n'est pas, au moins nécessairement, se le figurer ou représenter visuellement d'une façon nette, et inversement, se figurer un mouvement de la façon la plus nette, ce n'est pas être par cela seul en état de le reproduire. L'imagination, si elle était entendue, au sens étroit, comme la représentation visuelle des choses, ne suffirait pas à expliquer l'imitation par sympathie.

Elle ne suffirait pas davantage à expliquer la sympathie proprement dite ou synesthésie. Cela d'abord pour les mêmes raisons, en vertu des mêmes principes, et ensuite, parce que la synesthésie peut ellemême être provoquée par des images motrices, comme il ressort du cas bien connu de Campanelta lequel, « lorsqu'il désirait savoir ce qui se passait dans l'esprit d'une autre personne, contrefaisait de son mieux l'attitude et la physionomie actuelle de cette personne, en concentrant en même temps son attention sur ses propres émotions ^ » .

Ainsi donc, pour comprendre le processus de la sympathie, il faut distinguer des images représentatives (visuelles, auditives), motrices et affectives, d'ailleurs liées entre elles de telle sorte que les premières font jouer les secondes et les secondes, les premières. En vertu d'un mécanisme, soit naturel, ou,

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