‹ L'ImaginationChapitre 61 sur 110 · I. Psychologie des sentiments, p · texte numérisé non relu

I. Psychologie des sentiments, p

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une source d'émotions encore, uiais idéales et désintéressées. De là ce qu'on a appelé Fimpa^sibilité de Fart, impassibilité d'ailleurs relative, car larl est la sensibilité non enrayée, mais transposée et déviée, la sensibilité, on un sens, abolie on rédnite, mais, en un autre, portée au plus haut degré d'exaltation et de développement ' ; il est, en un mot, un courant d'images substitué à un autre. Le mot imagination désigne ainsi des dispositions très diilérentes, pour ne pas dire contraires.

C'est ainsi qu'il n'y a aucun rapport entre la sympathie et les liens qu'elle établit entre les hommes, considérés comme êtres vivants et sentants, et la communion dans l'art, les liens spirituels que crée un idéal commun. Mais la sympathie, quelle qu'elle soit, n'en est pas moins toujours sous la dépendance de l'imagination, et c'est la nature dilTérente ou l'orientation dilVércnle des images qui détermine les diiïérentes sortes d'émotion et de sympathie.

Si l'imagination est le principe de la sympathie, la sympathie à son tour donne à l'imagination un appui moral, un appomtou surcroît de force et de puissance.

Toute image, comme on sait, tend à s'objectiver, à se réaliser en acte ou au moins en croyance. Or une

I. Cf. Ghkrbulikz. « L'art est un excitant tout à la fols et un calmant, un ancsthcsique comme il n'y en a point, qui nous laisse notre sensibilité et nous ùte le pouvoir do soufTrir. en cmoussant l'acuité douloureuse do nos sensations. »

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croyance ne paraît s'objectiver d'une façon complète qu'autant qu'elle se communique et se propage. Etant vraie et fondée, elle doit s'imposer par là même aux esprits, s'emparer des âmes et prendre les cœurs. Partant, si une opinion arrive à se répandre, on présume que c'est à sa vérité qu'elle doit sa force d'expansion. La communicabilité devient ainsi un complément et un critérium d'objectivité. Que vaut logiquement ce criterium.i^ C'est ce qu'il n'importe pas de savoir. Il suffit qu'il soit regardé comme valable, qu'on s'y réfère et qu'on s'y tienne.

C'est un fait reconnu qu'une idée ou croyance n'a pour nous tout son prix qu'autant que nous réussissons à la faire partager. Il ne nous suffit pas de connaître la vérité, nous voulons la répandre; de sentir la beauté, nous voulons la faire goûter aux autres. Une science perd de sa valeur, à nos yeux, si elle n'est pas cultivée. « On me donnerait la sagesse, s'écrie Sénèque, sous condition de la tenir enfermée et de n'en point faire part, je n'en voudrais pas^ )) Pascal lui-même nous fait ce curieux aveu : « J'avais passé longtemps dans l'étude des sciences abstraites ; le peu de communication qu'on en peut avoir m'en avait dégoûté ^ )>

La science nous paraissant faite pour être communiquée, nous nous y attachons en raison du lien qu'elle établit entre les esprits. De là l'intérêt particulier que nous prenons aux sciences morales. Ces sciences nous touchent plus que les sciences spécu-

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