Pensées, édit. Havet, art. VI
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latives parce qu'elles nous unissent à un plus grand nombre d'esprits et créent d'eux à nous un lien plus pénétrant et plus intime. Nous trouvons en effet ou devrions trouver, comme dit Pascal, plus de « compagnons en l'étude de l'homme » qu'en l'étude de la «géométrie», et des compagnons en tout cas plus chers et plus précieux. Les sciences morales en effet attestent particulièrement le besoin que nous avons des autres hommes pour nous confirmer en la possession de la vérité. Les choses morales sont de celles « qu'on ne prouve » aux autres qu'en les obligeant « à faire réflexion sur eux-mêmes et à trouver la vérité dont on parle » et qu'on ne se prouve à soimême qu'en constatant l'accord d'autres esprits avec soi sur ces choses. « Il y a dans la conformité des pensées, dit très bien Senaxcour, un principe de joie secrète ; c'est elle qui rend l'homme nécessaire à l'homme, parce qu'elle rend nos idées fécondes, parce qu'elle donne de l'assurance à notre imagination, et confirme en nous l'opinion de ce que nous sommes.» Autant le lien de sympathie entre les hommes apparaît plus nécessaire et plus fort dans les sciences morales ((ne dans les sciences spéculatives, autant il apparaît plus naturel et plus étendu dans l'art que dans la science. D'abord l'art est, par essence, plus communicable que la science. Son objet est « de faire sentir et comprendre des choses qui, sous la forme d'argument intellectuel, resteraient inaccessibles. L'homme qui reçoit une véritable impression artistique, dit Tolstoï, a le sentiment qu'il connaissait déjà ce que l'art lui révèle et qu'il était seulement incapable d'en trouver l'expression. » Ensuite la (oinmunication contagieuse
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des émotions est le critérium de l'art. « Si un homme, sans aucun effort de sa part, reçoit en présence de l'œuvre d'un autre homme une émotion qui l'unit h cet autre liomme, et à d'autres encore, recevant en même temps que lui la même impression, c'est que l'œuvre en présence de laquelle il se trouve est une œuvre d'art... Non seulement le pouvoir de contagion est le signe infaillible de l'art, mais le degré de cette contagion est l'unique mesure de l'excellence de l'art. ^ »
George Eliot reconnaît à l'art les mêmes caractères et lui assigne exactement la même fonction. L'art, dit-elle, « n'est rien moralement s'il n'élargit pas les sympathies humaines », et en ^particulier s'il ne les étend pas bien plus loin que la science. « J'ai fait cette cruelle et déchirante expérience que les opinions sont un pauvre ciment entre les âmes humaines ; et le seul effet que je désire ardemment produire par mes écrits est que ceux qui me liront deviennent plus capables d'imaginer et de sentir les peines et les joies de ceux qui diffèrent d'eux-mêmes en toute chose, sauf en ce point capital qu'ils sont des créatures humaines, luttantes et sujettes à l'erreur ». Elle développe et précise ailleurs sa pensée, alléguant sa propre expérience. Les écrivains, dit-elle, dont j'ai subi la plus profonde influence, qui m'ont le plus remuée et transformée, sont loin d'être pour moi (( des oracles ». «Il se peut même que je ne puisse embrasser une seule de leurs opinions, que je puisse désirer que ma vie prenne une forme toute