Tolstoï: Qu'est-ce que l'art
diiïérente de la leur. Par exemple cela ne signifierait rien pour moi qu'une personnelles sage vînt m'accablcr sous les preuves (|ue les vues de Rousseau sur la vie, la religion, la politique sont pitoyablement fausses et qu'il s'est rendu coupable des pires bassesses qui aient dégradé l'homme civilisé. Je puis admettre tout cela; et il ne serait pas moins vrai que le génie de Rousseau a fait passer à travers mon fHre intellecluelet moral ce courantélectrique qui m'a éveillé h de nouvelles perceptions, qui a faitpournioi de l'homme et de la nature un monde nouveau de pensées et de sentiments, et ceci sans m'enseigner aucune croyance nouvelle ^ » Il y a en effet une sympathie plus profonde que celle des idées et qui se lait jour à travers la divergence même des idées, c'est celle des sentiments et du vouloir, ou mieux des formes et des aspirations du vouloir, du tour, du ton et de l'accent des sentiments.
Cette sym|)athie des sentiments, cet unisson des âmes, est-il besoin de le dire? n'est pas nécessairement distincte de l'accord des esprits. Au contraire, elle peut être cimentée par cet accord, et inversement elle peut servir à le fonder. Il est des vérités qu'on ne comprend, selon le mot de Pi,\tox, qu' (( avec rame tout entière ». Le sentiment conduit à rintelhgence de ces vérités. wSi donc on suppose deux personnes unies de sentiment, elles tendront par là même à se pénétrer tout entières, à s'unir j^ar la pensée. L'union des âmes produira rcntente des esprits.