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I. Ckoss: g. Eliot's lij'c, p

L^MAGINATION ET L/V. SYMPATHIE 167

C'est ainsi que la femme pénètre rintelligence de riiomme. « Pour nous rendre compréhensives au même degré que les hommes, dit une femme dans un roman de Maupassant ÇNotre cœur^ il faut faire appel à notre nature de femme avant de faire appel à notre intelligence. )) Notre nature est de « regarder tout à travers le sentiment. Je ne dis pas à travers l'amour, — non — à travers le sentiment, qui a toutes sortes déformes, de manifestations, de nuances. Le sentiment est quelque chose qui nous appartient, que vous ne comprenez pas bien, vous autres (hommes), car il vous obscurcit tandis qu'il nous éclaire. Oh I je sens bien que cela est vague pour vous, tant pis 1 Enfin si un homme nous aime et nous est agréable, car il est indispensable que nous nous sentions aimées pour devenir capables de cet effort-là, et si cet homme est un être supérieur, il peut, en s'en donnant la peine, nous faire tout sentir, tout entrevoir, tout pénétrer, et nous communiquer par moments et par morceaux toute son intelligence. »

Est-ce à dire que le sentiment ait des lumières spéciales? Peut-être. Mais la sympathie opère encore par une raison simple : elle élève le ton intellectuel, imprime un élan aux esprits ; elle est une source d'intérêt, et par là élargit le champ de l'attention. Par sympathie pour les autres, nous sommes capables de nous intéresser a des choses qui ne nous intéressent plus nous-mêmes. Ainsi un livre a épuisé notre curiosité ; nous le lisons à un autre et nous jouissons de son plaisir. La passion de l'enseignement n'a pas d'autre principe; nous prenons plaisir à révéler (c'est

le mot) des vérités élémentaires et rebattues à des intelligences neuves et vierges.

Si la sympathie humaine, entendue comme Taccord des sensibilités et des intelligences, a une telle portée et est pour nous d'un tel prix, si l'art et la science sont comptés avant tout par quelques-uns de leurs représentants, et non des moindres, comme un lien spirituel, si la vérité est ce qui rencontre l'adhésion, et la beauté, l'admiration universelles, il ne faudra pas s'étonner, d'une part, que la sympathie soit visée directement comme fin, de l'autre, que l'accord des esprits puisse être interprété à lui seul comme une preuve de vérité et de beauté.

(( Rien ne nous plaît tant, dit Ad. Smith, que de trouver de la sympathie dans les autres à notre égard, et rien ne nous choque plus que de les en voir manquer. » Et si nous sommes heureux d'être l'objet de la sympathie, nous jouissons autant, sinon plus, d'en être le sujet. Nous en voulons aux autres d'éprouver des sentiments dans lesquels nous ne pouvons entrer. « Le triste privilège de ne point sympathiser avec un être soulTrant, loin de nous paraître un avantage, nous rend mécontents de nous-mêmes '. »

Par suite, la recherche de la sympathie en vient naturellement à se substituer à la poursuite des objets mêmes qui servent de base à la sympathie. La sympathie est regardée par nous comme un bien. De plus elle est la confirmation de nos opinions sur la valeur des autres biens. La vérité se laisse parfois ditlicile-

1. Théorie des sentiments moraux, part. I, sect. I, ch. ii. Du

plaisir d'une miilnelle sympathie.

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