I. Imagination créatrice, p
'j. Histoire romaine, i. T, p. 25, 5^ édit. Paris, Calmann-Lévy,
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associantes, de la perception claire du but, d'une pensée patiente, qui n'est autre chose qu'une application sans réserves de toutes les forces à la solution du problème proposé, et qui rend l'attention de l'esprit spontanée et aisée \ » En d'autres termes, la découverte suppose l'orientation de l'esprit vers une fin nettement posée, et la combinaison de moyens en vue d'atteindre cette fin.
Ainsi définie, elle dépend elle-même des éveûtualités de l'expérience. Pour que l'esprit s'avise des conditions dans lesquelles la fin visée peut être atteinte, il faut en efl'et qu'une expérience, survenue à propos, les indique. Telle découverte, dit Bain, celle de Da- L guerre, par exemple, « n'aurait pu être menée à bien ■' par aucune mesure systématique ; // fallait tomber dessus, tant sont divergentes les actions réunies dans un même procédé^ ». Il faut sans doute, d'autre part,
I. Bain. Les Sens et l'Inlelli(jence, tr. fr., p. 503. Paris, Germer Baiilière, 1875, in-8<*.
^ 2. Ibid. — Voici en quoi consista le hasard auquel Bain fait V allusion. Daguerre « expérimentait avec des plaques qui exigeaient une assez longue exposition à la lumière. Il oublia, dit-on, dans une armoire une plaque dont lexposition avait été trop courte pour que l'image s'y fut développée, et sa surprise fut grande lorsqu'il vit un jour la transformation accomplie. Présumant, dit VoGEL (la Photographie et la Chimie de la lumière, ]). 10), que cet eflet était dû à l'ini des corps qui se trouvaient dans l'armoire, il les enleva l'un après l'autre, rapportant chaque fois une plaque impressionnée. Déjà l'armoire semblait vide et l'image apparaissait toujours. Daguerre allait croire à quehpie sortilège, quand il avisa dans un coin une capsule pleine de mercure, métal qui émet des vapeurs à la température ordinaire. 11 supposa que les vapeurs de ce corps pouvaient avoir développé l'image. Pour s'assurer du fail. il prit une plaijue qu'il exposa
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pour que le fait, occasion de la découverte, ne soit pas perdu, un esprit en éveil, j'allais dire averti, prompt à saisir le moindre indice, capable d'en tirer des conséquences, c'est-à-dire des idées nouvelles, éclairant d'autres faits, lesquels, à leur tour, suggèrent d'autres idées, et ainsi de suite.
Les faits nouveaux et les idées nouvelles surgissant tour à tour, l'invention peu à peu se dégage et prend corps : elle n'est point, autant qu'on croit, une illumination soudaine, un trait de génie, mais une œuvre de patience, une accumulation de découvertes de détail. L'inventeur glorieux est d'abord un chercheur obscur qui, pendant longtemps, s'épuise à collectionner des faits, à bâtir des théories, à essayer des expériences, et qui, un beau jour, recueille d'un coup le fruit de ses travaux : ceux-ci ont fait la boule de neige, ou, si l'on veut, le bloc qui détermine l'avalanche.
Dans l'ordre pratique et mécanique, les conditions de succès sont nombreuses, complexes, difficiles à réunir. L'esprit suit sa voie, la nature la sienne, et il faut qu'ils se rencontrent. Or le concours d'un esprit avisé, fertile en expédients et de circonstances favorables est, par essence, fortuit. On sait qu'il peut et même qu'il doit, à la longue, se produire, mais on ne saurait dire en quelles circonstances ni suivant quelles lois. Dès lors le développement de l'invention
pendant peu de temps dans la chambre noire et sur laquelle il n'y avait encore aucune trace d'image visible, puis il l'exposa aux vapeurs du mercure, et voilà qu'il vit, à sa grande surprise, ap[)araîlre une image. Une des plus belles découvertes de ce siècle était faite » (Paulhan. L'Invention in Revue philosophique, mars 1898).
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mécanique ne saurait avoir lieu que par sauts, d'une façon irrégulière et discontinue, et l'esprit propre à une telle inv(3ntion est celui qui sait le mieux se retourner, se plier, s'adapter aux circonstances, qui a le moins d'idées préconçues ou de raideur logique, qui sait le mieux passer d'un ordre de laits à un autre, d'un point de vue à un autre.
On attribue communément h l'esprit inventeur une certaine étroitesse ; on le suppose exclusivement et à toujours orienté vers une fin, apte seulement à trouver et à combiner des moyens variés de réaliser cette fin.
En réalité, cet esprit garde une certaine liberté à l'égard de la fin qu'il poursuit. D'abord cette fin ne représente pas un besoin matériel voulant être à tout prix satisfait, dût-il l'être à bon compte et en quelque sorte au rabais, mais un idéal dont on ajourne au besoin la réalisation pour la rendre parfaite, un problème qu'on s'applique avant tout à bien poser, qu'on élargit et qu'on étend, dont on cherche, non une solution quelconque, mais une solution à la fois élégante et complète. C'est par là que l'inventeur est de la race des artistes, non un simple ouvrier ou manœuvre. Tl poursuit moinsles avantages que l'honneur du succès. Même llgoûtemoins la gloire que lesjoies de la découverte; à la fin, on dirait qu' « il ne cherche I plus que le plein épanouissement, Taffirmation et le ! débordement do sa puissance créatrice, le plaisir d'in- ' venter pour inventer, de tenter l'extraordinaire, l'inouï. ' C'est la victoire de la construction pure* » (Ru^ot).