‹ L'ImaginationChapitre 87 sur 110 · I. Séaillks. Léonard de 1 inri, p. ^iC · texte numérisé non relu

I. Séaillks. Léonard de 1 inri, p. ^iC

formule abstraite ne supprime pas, n'écarte pas les images sensibles; au contraire, elle les sous-entend ; elle les suppose comme substmction^ou comme base ; elle les évoque et les invoque comme illustrations ou exemples.

La notion générale ou scientifique n'est pas, dit M. Séailles, « un appauvrissement, la réalité vidée, le squelette banal des individus mutilés, ...un je ne sais quoi d'abstrait et de mort )). Elle « est féconde, riche de tout ce quelle résume et concentre... Comme le point où la pierre frappe l'eau devient le centre de couches concentriques qui s'enveloppent, ainsi, au choc de l'idée générale, tendent à se former des images réelles et des images possibles, comme si une agitation sourde soulevait la masse des expériences passées ^ »

Il ne faut pas non plus confondre l^esprit qui abstrai t ou qui dissocie les éléments de l'expérience et celui qui reçoit des idées abstraites toutes formées. Chez le premier, la pensée a toujours son accompagnement d'images ; chez le second, elle peut être vidée, desséchée et vraiment abstraite, au mauvais sens du mot. Mais, dirait Leibniz, le premier seul pense, le second psittacise.

D'autre part, les idées abstraites ne doivent pas être étudiées seiilement dans leur ori^ne ; il faut considérer leur fin. On ne les forme que pour les faire entrer, à titre d'éléments, dans une construction plus vaste, plus complexe et plus riche que les perceptions dont elles sont issues. La science, loin de ré-

I. Séailles. Essai sur le Génie dans l'Art, p. i6, Paris, Perriu.

rîbO L IMAGINATION

trécir, étend le champ de la vision des choses. A ce point de vue encore, on ne peut l'accuser d'appau- ' vrir l'imagination. ^

Enfin les notions ahstraites ne prennent pas seulement ^dee^j;a£ijiii diiasj^e2y3ém elles restent en contact avec cette expérience, elles ont en elle un point d'appui constant et nécessaire.

Dès lors l'opposition classique de l'imajL^i nation et de l'entendement ou s'évanouit ou se réduit singulièrement à l'anal y s^. Tout d'abord, si distincts qu'ils soient, c'est Bossuet qui le remarque, « les deux actes d'imaginer, et d'entendre se mêlent toujours ensemble. L'entendement ne définit point le triangle et le cercle que l'imagination ne s'en ligure un. 11 se mêle des images sensibles dans la considération des choses les plus spirituelles, par exemple de Dieu et des âmes, et quoique nous les rejetions de notre pensée, elles ne laissent pas de la suivre ^ )) .

L'imagination et l'entendement ne sont pas seulement toujours unis en fait, ils sont inséparables, comme étant des opérations complémentaires d'une même pensée. L'imagination soutient l'entendement, et Tentendement guide ou dirige l'imagination.

Le rôle de l'imagination^es^j^fixer les idées, de rendre resprîr"âlfchtif". «L'expérience fait voir qu'il se mêle toujours aux opérations de rentcndement quelque chose de sensible, dont même l'esprit se sert pour s'élever aux objets les plus intellectuels". »

Le rôlederentendemcnt est de diriger la constnic-

I. Bossuet. Comidis^diirc de Dieu et âe soi-même, ch. i, !5 x. a. îbid.

IMAGINATION SCIENTIFIQUE 'i5l

tion iiuaginative. Soit les « idées » que Descartes appelle « factices » . L'imagination ne les « forge pas toutes seules », mais « aidée par l'entendement ». Ces (( compositions supposent quelque réflexion sur les choses différentes dont elles se forment, et quelque comparaison des unes avec les autres, ce qui appartient à l'entendement ^ ».

En résumé, il faut distinguer dans la science, comme dans l'art, comme dans toutes les œuvres humaines, deux éléments : les matériaux, les produits bruts ou les données de l'expérience, et la construction que l'esprit élève sur ces données, forme à l'aide de ces matériaux. Cette construction peut être si élaborée, si puissante et si vaste que nous ne remarquions plus qu'elle, que nous perdions de vue ou que nous ne puissions plus reconnaître les matériaux primitifs. Il semble que nous soyons alors transportés hors des voies de l'imagination et des sens, dans la région dite de l'entendement ou des idées pures. En réalité, l'imagination est, dans ce cas, dépaysée dans son propre domaine ; elle ne se retrouve plus dans son œuvre. Elle en conçoit une sorte de métaphysique effroi qui rappelle celui des enfants en face du « vi- / sage qu'ils ont barbouillé » . Mais il ne lui manque que de pouvoir revenir sur ses propres constructions pour retrouver les éléments sensibles dont elle est partie. Quand on dit que. la science est l'œuvre de l'entendement et des sens, il faut entendre qu'elle est l'œuvre de V imagination créatrice, transformant et combinant, avec l'appui et sous la direction du rai-

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