‹ L'ImaginationChapitre 88 sur 110 · I. Ibid · texte numérisé non relu

I. Ibid

sonnement, les données de la repiésenlalion sensible, à laquelle on donne aussi le nom àinmfjinaiion reproductrice.

Le premier acte de Pima^i nation créatrice est la dissociation des élernents de Texpérience, et cet acte a dans la science une singulière importance. A mesure que notre observation s'enrichit, que notre connaissance s'étend, nous sentons davantage la nécessité de l'organiser ; parlant nous écartons les détails accessoires, nous nous allégeons du fatras des connaissances acquises, nous jetons du lest pour assurer notre marche en avant. Il y a une relation entre l'oubli intelligent, systématique et l'acquisition de connaissances nouvelles. « j\e rien apprendre », c'est presque le même que « ne rien oublier ». Aussi est-il naturel que le progrès de la science se mesure à la simplification des images ou au progrès de l'abstraction.

Mais ce progrès n'est réel que si l'esprit sacrifie seulement ce qui jïiéiii^-4e-4^re, et trouve moyen de tout simplifier sans rien perdre, de réduire ses connaissances au sens où le mot veut dire totaliser et concentrer.

Le savant idéal est celui qui entre le plus avant dans le détail des laits et s'élève aux plus hautes généralisations et vues d'ensemble, qui dégage la loi de la masse des faits et retrouve sous la loi la multiplicité et variété des faits. La simplification et le degré d'abstraction de ses connaissances esta la fois la condition et la conséquence de leur richesse et de leur étendue.

Tel est le caractère général de fimaginalion scicn-

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llfique. Pour le faire mieux ressortir, pour le rendre plus clair et plus précis, nous allons étudier, à titre d'échantillon, une forme particidière de Timagination scientifique, celle du géomètre, et analyser le composé qu'elle forme d'abstraction et d'image proprement dite, de raisonnement et de vision.

Tout d'abord la figure que le géomètre trace au tableau est ou l'objet même sur lequel il raisonne, ou le point d'appui, le soutien de son raisonnement. Suivant le mot d'AmsTOTE « il n'y a pas de pensée sans image ». Entendre la règle, c'est sous-entendre l'exemple ; entendre la loi, c'est sous-entendre les faits

auxquels elle s'applique ; entendre l'espèce, c'est sousentendre un ou plusieurs individus^ pris pour exemplaires ou échantillons de cpUp. pspère. Inversement, peut- on dire, il n'y a pas d'imagination sans pensée. Penser à l'exemple, c'est penser à la règle ; penser aux faits, c'est penser à la loi, etc. Je n'en veux pour preuve que la tendance des enfants à généraliser, à ériger un fait en coutume, en précédent, en règle; un enfant dira : les papas ont de la barbe, et non pas : mon papa a de la barbe. Il suit de là que toute pensée est ou tend à être à la fois générale et particulière , générale quant à sa forme, particulière quant à son objet ; particulière quant aux faits qu'elle constate, générale quant aux lois qu'elle induit. L'entendement suppose une matière à laquelle il s'applique, à savoir une image sensible ; l'image, d'autre part, tend là se généraliser, à devenir une notion de l'entendement.

L'image est la matière ou le véhicule du raisonnement. Bien plus, elle paraît, en certains cas, tenir

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lieu de raisonnement. Il est des vérités qui sautent aux yeux. Il suffit de construire telle figure pour faire saisir tels rapports. Voir, c'est comprendre.

Je veux prouver, dit Malebranche, « que le carré de la diagonale d'un carré est double de celui des côtés. Ouvrez les yeux : c'est tout ce que je vous demande. Regardez la figure que je trace sur ce papier. VosyeuXj Ariste, ne vous disent-ils pas que tous ces triangles a, h, c, d, e,f, (j, h, i, que je suppose

et que vous voyez avoir chacun un angle droit et deux lignes égales, sont égaux entre eux. Or vous voyez que le carré, fait sur la diagonale AB, a quatre de ces triangles et que les carrés ûiits sur les côtés n'en ont que deux. Donc le grand carré est double des autres.

Ariste. — Oui, Théodore. Mais vous raisonnez.

Théodore. — Je raisonne ! Je regarde : et je vois ce que je vous dis. Je raisonne, si vous voulez, mais c'est sur le témoignage fidèle de mes yeux. Ouvrez seulement les yeux, et regardez ce que je vous nomme : ce triangle (/ égal à e, et c égal à h ; et de Tau Ire

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part, d égal à /' et /"égal à ry. Donc le petit carré est égal à la moitié du grand. C'est la môme chose de l'autre côté. Cela saute aux yeux, comme vous dites. Il suffit, pour découvrir cette vérité, de regarder fixement cette figure, eu comparant par le mouvement des yeux les parties qui la composent. Donc nos sens peuvent nous apprendre la vérité ^ » .

Sans doute le raisonnement suit ici les sens. « Ce ne sont pas nos sens, dit Malebr anche, c'est la raison jointe aux sens qui nous éclaire et qui nous découvre la vjéritp-. )) Encore est-il cependant que l'imagination sensible facilite, conduit et emporte le raisonnement. Une démonstration géométrique suppose presque toujours, comme on sait, une construction, laquelle consiste, soit à décomposer une figure donnée de grandeur inconnue en tels ou tels éléments de grandeur connue (comme dans la démonstration ci-dessus), soit à transformer une figure donnée de grandeur inconnue en une autre équivalente de grandeur connue (comme dans la démonstration du théorème : le triangle a la somme de ses angles égale à deux droits). Or l'invention géométrique, dans ces cas, consiste autant, sinon plus, à trouver la construction qui servira de base au raisonnement cherché qu'à effectuer le raisonnement lui-même, à supposer qu'il y ait lieu de distinguer ces opérations indivisibles et solidaires.

Mais ce n'est pas seulement en géométrie, c'est dans toutes les sciences, et dans celles mêmes qui

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