‹ L'ImaginationChapitre 89 sur 110 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

n'ont pas pour objet des phénomènes tombant sous le sens de la vue, qu'on fait usage défigures, ou images visuelles, soit qu'on sente le besoin ou, mieux, la nécessite de rendre sensibles des vérités qui n'apparaissent qu'à l'entendement, ou vérités abstraites, soit qu'on trouve avantage à substituer la représentation visuelle, comme plus précise et plus nette, à telle autre représentation sensible. C'est ainsi qu'on exprimera géométriquement des relations numériques, qu'on figurera par un tracé ou graphique les variations barométriques, — les mouvements de la population — l'élévation ou l'abaissement de la température chez un malade, etc.

Les images visuelles jouant ainsi dans la science un rôle considérable, il convient de chercher à quel besoin elles répondent et quels services elles rendent. Elles ne donnent pas seulement corps à la pensée, en la concrétant ; elles viennent encore en aide à la (onction d'abstraire ; lui servant de point d'appui, elles favorisent son élan. Il y a en effet des figures abstraites ou scJièmes. Les schèmes sont ou des Jiyurations naturelles, simplement abrégées des choses, en reproduisant exclusivement les traits, essentiels, fixant ainsi l'attention sur ces traits et la détournant des traits accidentels qu'il y a intérêt à négliger, ou des figurations conventionnelles, symboliques, des constructions, qui font subir aux choses des déformations négligeables, en vue d'en mieux accuser et mettre en relief les lignes essentielles, ou simplement de les rendre plus faciles à saisir et à embrasser. Ils synthétisent en quelque sorte matériellement une masse considérable de laits et en révèlent en outre la direi-

tion et la tendance. Une figure schématique des choses conduit à en découvrir le lien, à en dégager les ressemblances, à en établir les lois.

L'imagination, entendue comme la représentation sensible et, plus particulièrement, visuelle ou figurée des choses, joue dans la science un double rôle : elle intervient dans l'exposition et l'explication des faits.

La science comprend deux opérations : la position et la solution des problèmes, la représentation nette et l'interprétation juste des faits. L'une conduit à l'autre, souvent immédiatement et ipso facto. La première est toujours nécessaire ; elle peut même être regardée comme provisoirement suffisante. « Il y a dans la science, dit M. Ribot, des hypothèses auxquelles on ne croit pas, que l'on conserve pour leur utilité didactique, parce qu'elles sont un procédé commode et simple d'exposition. Ainsi les « propriétés de la matière )) (chaleur, électricité, magnétisme, etc.), considérées comme des qualités distinctes par les physiciens jusque dans la première moitié de ce siècle ; les deux fluides électriques ; en chimie, l'affinité, la cohésion, etc., sont des expressions convenues et admises, mais auxquelles on n'attribue aucune valeur explicative \ »

Bien plus, un mode de représentation, franchement artificiel, peut avoir la valeur d'une découverte, peut constituer une véritable révélation de phénomènes déjà constatés. Ainsi on fait honneur à Ampère d'avoir, non découvert, mais exprimé par une figuration ingénieuse et claire « le mouvement de l'aiguille

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