‹ L'ImaginationChapitre 95 sur 110 · Gherbuliez, L'Art et la Nature, p. loi et suiv · texte numérisé non relu

Gherbuliez, L'Art et la Nature, p. loi et suiv

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tion ; il faut ajouter cpic cliaciui forme pour son compte des images semblables et a sa mythologie personnelle.

Ce qu'on appelle le fétichisme ne se sépare point de l'anthropomorphisme, n'en est qu'une forme dérivée. Il ne faut pas en effet charger l'esprit humain, lui attribuer vme dose d'absurdité plus forte que celle qu'il peut naturellement porter. « L'homnie, quoiqu'on en ait dit, remarque judicieusement (jHEh- BULiEz, n'a jamais adoré le soleil, la lune, la terre, la pluie et le beau temps; si ses divinités n'avaient pas été des âmes, à quoi bon leur rendre un culte ? La prière et les sacrifices servent à agir sur des volontés terribles, mais muables, à conjurer des colères qu'apaisentles flatteries et les offrandes. L'homme a toujours tenu ses dieux pour des puissances surnaturelles, mais semblables à lai, et auxquelles la nature fournissait un corps ^ » Même le fétiche n'est

I. Cherbuliez. L'Art et la Nat., ibid. C'est ce que confirme l'observation suivante : « A côté de chaque village on trouve dans le Baol sénégalais un arbre fétiche autour duquel se dressent des pilons à couscouss qui représentent les dieux lares du village. C'est avec raison que je dis représentent et non pas sont, car nos fétichistes insistent bien sur ce point : que leurs dieux sont des esprits qui voient tout, et que l'on ne peut voir, et que les pilons ne sont que des intermédiaires de convention entre l'homme et la divinité.

Dans cet ordre d idées un spahi sénégalais disait à un de ses officiers : 11 ne faut pas se moquer de nous, en disant que nous adorons un arbre, un pilon à couscouss. L'arbre, pour moi, c'est comme l'église de Dakar povn- toi, et le pilon en bois comme la grande croix en bois qui est au fond de l'église. Tu n'adores pas le bois et la pierre; moi, c'est la même chose» {Petit Journal, 33 septembre 1903).

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pas nécessairement l'enveloppe matérielle du dieu ; il peut être, et, selon toute vraisemblance, il est simplement, au moins à l'origine, le signe mnénomique, le point d'appui ou le clou, de la représentation du dieu. Suivant une théorie exposée plus haut, il faut à notre esprit, a fortiori à celui du sauvage, quelque chose de matériel pour fixer ses images flottantes.

Le fétichisme ainsi conçu comme proche parent, et, pour suivre la comparaison, comme fils, non comme ancêtre (ainsi que le suppose à tort A. Comte) de l'anthropomorphisme, s'explique d'autant plus aisément que, lorsque l'esprit n'éprouve pas de répugnance à assimiler les choses à l'homme, il n'en éprouve pas davantage, et pour les mêmes raisons, à assimiler l'homme aux choses.

C'est un fait bien connu que l'imagination, celle du civilisé aussi bien que celle du sauvage, voit dans les volontés ou les passions humaines des puissances élémentaires et aveugles comme celles de la nature. « Elle considère nos amours comme des forces aussi fatales que la gravitation des astres. Elle compare nos fureurs au tumulte des vents, à des orages, à des tempêtes ; elle voit des éclairs dans les yeux d'un homme qui se fâche, et, quand il parle, elle se figure qu'il tonne \ »

L'imagination, en un mot, parait être panthéistique de sa nature. Elle « n'admet pas qu'il y ait deux mondes : l'un gouverné par des lois naturelles, l'autre, par les lois de l'esprit. La nature et la vie hu-

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