‹ L'ImaginationChapitre 97 sur 110 · I. Cherbuliez : Oui', cité, ibid · texte numérisé non relu

I. Cherbuliez : Oui', cité, ibid

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L'imagination esUiétiqiie, ou affective, use donc d'un langage, et d'un langage nécessairement imparfait qui défigure, matérialise et particularise les sentiments. Le sentiment ne peut se maintenir devant la pensée ou ne s'y maintient pas sans peine. Il se pose et a besoin de se poser sur un objet ou une image sensible, qui en devient le signe mnémonique et évocateur. Mais cet objet subsiste, quand le sentiment s'évanouit ; il demeure le même, quand le sentiment évolue et se transforme ; à la fin, il ne remplit plus ou remplit mal sa fonction première ; il n'exprime plus le sentiment ou l'exprime à faux. C'est ce qui se produit en particulier dans le cas de l'anthropomorphisme. Un objet, destiné à rappeler une émotion religieuse, devient un objet sacré ou fétiche. 11 s'empreint du sentiment qu'il évoque; il l'absorbe en lui. Le signe se substitue à la chose signifiée. La mythologie est, comme on l'a dit, une maladie du langage : noinina numina.

/ L'anthropomorphisme qui parait, à première vue, une forme brillante de Timagination esthétique (affective), accuse donc en réalité l'impuissance de cette imagination, d'abord à se créer un langage adéquat, ensuite à interpréter exactement le langage imparfait qu'elle s'est donnéj

On peut conclure de là que l'imagination esthétique, en général, est naturellement sujette, sinon fatalement vouée, à de pareilles erreurs, revêt nécessairement une forme sensible, autrement dit, est dans la dépendance forcée de l'imagination sensorielle ou imagination proprement dite, et ne peut évoquer ou suggérer les sentiments qu'à l'aide de représentations

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sensibles, créées et employées avec plus ou moins d'art et de bonheur. Les matériaux qu'elle met en œuvre sont, d'une part, les sentiments, de l'autre, les images sensorielles, représentatives des sentiments. La forme que revêtent ces matériaux est complexe en raison de leur diversité même : les sentiments, en effet, ont leurs associations propres, les images sensibles, les leurs, et ces deux courants d'association se rencontrent, se mêlent, et se confondent. Au point de vue de la méthode, c'est donc bien à tort que l'imagination esthétique est communément prise pour l'imagination en général, et étudiée uniquement ou de préférence à toute autre, car elle est justement la plus difficile à pénétrer, en raison de la complexité de sa nature et de la variété de ses formes.

Nous allons maintenant l'étudier dans l'art qui est sa plus haute expression. L'art est une source d'émotions. C'est là sa raison d'être, sa destination première. Les différents arts ne sont que des moyens divers, plus ou moins appropriés et heureux, phis ou moins riches, développés et puissants, de susciter et d'exprimer les senlimcnls. L'art le plus parfait parait être le phis émotif. Mais le plus émotif parait devoir être aussi, et par là même, le plus représentatif, l'image sensorielle la plus vive suscitant naturellement l'émotion la plus forte. En fait, « s'il arrive, dit RiBOT, que les deux éléments sensoriel et affectif soient d'égale puissance : s'il y a à la fois la vision in

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tense, adéquate à la réalité, et l'émotion profonde, la secousse violente ; alors surgissent des imaginatifs hors ligne, comme Shakespeare, Garltle, Miche-

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